Skip to main content

Full text of "Alexandre le Grand dans la littérature française du moyen âge"

See other formats


3o 


BIBLIOTHEQUE     FRANÇAISE 


MOYEN    AGE 
IV 


-^  u 


u 


9' 


-t.; 


ALEXANDRE  LE  GRAND 

DANS 

LA      LITTÉRATURE     FRANÇAISE     DU     MOYEN    AGE 
TOME  PREMIER 

TEXTES 


I  OvJ 


ALEXANDRE  LE  GRAND 

DANS    LA 

LITTÉRATURE  FRANÇAISE 


DU 

MOYEN    AGE 

PAR 

PAUL    MEYER 

MBMBRK    DE    l'iNSTITUT 

TOME     PREMIER 

TEXTES 


PARIS 

F.    ViEWEG,    LIBRAIRE-ÉDITEUR        v 
67,  Rue  de  Richelieu,  67 
1886 


AVANT-PROPOS 


['ouvrage  en  tête  duquel  parait  cet  avant- 
I  propos  a  été  commencé  en  1806.  Le  premier 
volume,  contenant  les  textes,  était  imprimé, 
moins  le  glossaire,  en  septembre  1870,  lorsque  Paris 
fut  séparé,  pour  cinq  mois  et  demi,  du  reste  du  monde. 
Le  second  volume,  consacré  à  l'histoire  de  la  légende, 
fut  mis  sous  presse  en  1 877  et  l'impression  n'en  a  été 
terminée  que  cette  année. 

Si  je  fais  pan  au  lecteur  de  ces  circonstances,  c'est 
moins  pour  excuser  que  pour  expliquer  certaines  in- 
conséquences qu'il  eût  été  facile  d'éviter  dans  un  ou- 
vrage composé  et  imprimé  sans  interruption.  C'est 
aussi  pour  qu'on  ne  soit  pas  surpris  de  voir  cités  dans 
les  dernières  pages  de  l'Histoire  de  la  légende 
d'Alexandre  tels  livres  récents  dont  je  n'aurais  pas 
manqué  de  faire  usage  dès  le  commencement,  s'ils 
i-  a 


Il  ALEXANDRE    LE   GRAND. 

avaient  été  publiés  lorsque  les  premiers  chapitres  de 
mon  livre  ont  été  imprimés. 

Les  motifs  du  retard  insolite  qu'a  subi  ma  publi- 
cation sont  de  nature  privée  et  n'intéressent  pas  le 
lecteur.  Toutefois,  parvenu  enfin  au  terme  d'un  la- 
beur qui  a  été  pénible  autant  que  prolongé,  je  ne 
puis  me  dispenser  de  faire  connaître  le  but  que  je  me 
proposais  à  l'origine,  et  d'expliquer  comment  je  me 
suis  vu  peu  à  peu  obligé  de  modifier  mon  plan  pri- 
mitif, l'étendant  d'abord,  puis  le  restreignant  à  la  me- 
sure de  mes  forces. 

Lorsque  je  me  mis  à  l'œuvre,  en  1 866,  les  seuls 
monuments  de  la  légende  d'Alexandre  en  France  qui 
fussent  publiés  étaient  le  fragment  du  roman  pro- 
vençal ou  plutôt  dauphinois  mis  au  jour  en  1856 
d'après  un  manuscrit  de  Florence  par  M.  P.  Heyse, 
et  le  roman  français  en  vers  de  douze  syllabes  édité 
en  1846  par  M.  H.  Michelant.  Mon  intention  était  de 
faire  connaître  en  entier  ou  par  extraits  quelques  mo- 
numents français  de  cette  même  légende  qui,  jusque- 
là,  étaient  demeurés  inédits  ou  même  inconnus.  C'est 
l'œuvre  à  laquelle  est  consacré  mon  premier  volume. 
Et  si  ce  tome  premier  commence  par  un  texte  qui 
n'était  point  inédit,  le  fragment  de  Florence,  c'est 
parce  que  le  poème  en  vers  décasyllabiques  qui  vient 


AVANT-PROPOS.  tll 

ensuite  est  en  partie  le  développement  du  texte  con- 
servé par  le  ms.  de  Florence  ;  de  sorte  que  le  second 
des  documents  publiés  appelait  presque  nécessairement 
le  premier.  En  tète  de  cette  série  de  textes  je  comptais 
placer  une  introduction  d'étendue  moyenne,  dans 
laquelle  j'aurais  étudié  chacun  des  morceaux  du  recueil 
et  essayé  d'indiquer  la  place  qu'il  occupait  dans  l'en- 
semble de  la  vaste  littérature  qui  s'est  formée  au 
moyen  âge  autour  de  la  figure  du  grand  conquérant 
macédonien.  Le  tout  aurait  formé  un  juste  volume. 

Mais,  dès  le  principe,  je  reconnus  qu'il  était  impos- 
sible d'apprécier  la  valeur  et  surtout  le  degré  d'origi- 
nalité des  poèmes  romans  sur  Alexandre,  sans  d'abord 
s'être  rendu  compte  de  ce  que  la  tradition  (tradition 
écrite  bien  entendu,  et  n'ayant  rien  de  populaire), 
avait  fourni  aux  auteurs  de  ces  romans.  Et  de  là  dé- 
coulait l'obligation  d'étudier  les  récits  latins  relatifs  à 
Alexandre  qui  ont  eu  cours  au  moyen  âge. 

Ce  n'est  pas  tout  :  les  morceaux  dont  se  compose 
mon  recueil  se  rattachent  par  des  liens  variés  à  di- 
verses compositions  que  je  n'avais  point  d'abord  l'in- 
tention d'étudier  à  fond.  Mais  je  ne  tardai  pas  à  me 
convaincre  que,  pour  assigner  sa  vraie  place  dans 
l'ensemble  de  la  légende  a  chacun  des  textes  que  je 
publiais,  il  était  indispensable  d'entreprendre  le  même 


IV  ALEXANDRE    LE    GRAND. 

travail  sur  ceux  que  je  ne  publiais  pas.  Et  tout  d'abord 
je  dus  chercher  à  me  former  une  opinion  sur  la  ma- 
nière dont  s'était  fait  le  grand  roman  d'Alexandre  en 
vers  de  douze  syllabes.  Trois  auteurs  au  moins 
(Lambert  le  Tort,  Alexandre  de  Paris,  Pierre  de 
Saint-Cloud)  y  étaient  nommés  :  qu'avait  fait  chacun 
d'eux  .'*  Dans  quel  ordre  s'étaient-ils  succédé  ?  A  quelle 
époque  avaient-ils  vécu .?  A  quelles  sources  avaient-ils 
puisé  t  Ce  vaste  roman,  pour  avoir  été  publié  dès  1 846, 
n'avait  pas  encore  été  l'objet  de  recherches  critiques. 
Tout  restait  à  faire,  et  l'édition  même  que  nous  en  pos- 
sédons était  loin  d'offrir  aux  recherches  une  base  suf- 
fisante. Il  m'a  donc  fallu  écrire  deux  longs  chapitres, 
les  plus  longs  de  tout  l'ouvrage  ',  sur  un  poème  qui 
ne  faisait  pas  partie  de  ma  collection.  Par  suite,  j'ai 
été  amené  à  traiter  aussi,  bien  que  sommairement,  des 
continuations  qui  ont  été  ajoutées  à  ce  même  poème 
depuis  la  fin  du  xii^  siècle  jusque  vers  le  milieu  du 
XIV®.  Puis  il  a  fallu  parler  des  romans  en  prose  qui  se 
rattachent,  les  uns  aux  vies  latines  d'Alexandre,  les 
autres  au  grand  roman  en  alexandrins,  besogne  fasti- 
dieuse mais  nécessaire.  Enfin  il  n'était  guère  possible 
de  passer  sous  silence  les  ouvrages  variés,  latins  et 

I.  Chap.  vil  et  vm,  pp.  1J2-25J. 


AVANT-PROPOS.  V 

français,  romanesques  et  historiques,  dans  lesquels  la 
légende  d'Alexandre  tient  une  place  plus  ou  moins 
importante. 

C'est  ainsi  qu'au  lieu  d'une  simple  introduction,  je 
me  suis  vu  entraîné  à  écrire  tout  un  livre  dont  le  sujet 
est  Phistoire  de  la  légende  d'Alexandre  dans  la  littéra- 
ture latine  du  moyen  âge  et  dans  la  littérature  vulgaire 
de  la  France.  Je  dois  même  avouer  que  lorsque  les 
premiers  chapitres  ont  été  mis  sous  presse,  mon  am- 
bition était  d'embrasser  dans  mes  recherches  l'en- 
semble des  littératures  romanes'.  L'Italie  et  l'Espagne 
auraient  fourni  la  'matière  de  deux  chapitres  assez 
courts,  qui  se  seraient  reliés  par  de  nombreux  points 
d'attache  aux  chapitres  précédents.  Toutefois,  mon 
but  principal  étant  atteint  et  ne  voulant  plus  retarder 
une  publication  depuis  si  longtemps  annoncée,  je  me 
suis  arrêté  après  avoir  suivi  en  France  la  légende 
d'Alexandre  jusqu'au  moment  où  elle  s'évanouit  au 
contact  de  la  Renaissance. 

Ainsi  limité,  le  sujet  était  encore  assez  vaste  pour 
qui  voulait  le  traiter  à  fond  en  toutes  ses  parties,  et 
je  ne  me  flatte  pas  de  l'avoir  épuisé.  Il  est  des  ques- 


I .  C'est  ce  qu'indique  le  titre  de  départ  :  Histoire  de  la  légende 
d'Alexandre  dans  les  pays  romans. 


VI  ALEXANDRE    LE    GRAND. 

lions  qui  ne  se  laissent  point  aborder  sans  que,  par  un 
long  travail  préliminaire,  on  en  ait  préparé  la  solution. 
Ce  travail,  on  n'a  pas  toujours  le  loisir  de  le  faire. 
Lorsque  j'ai  voulu  me  rendre  compte  de  la  compo- 
sition du  roman  en  alexandrins,  je  me  suis  aperçu  que 
l'édition  unique  de  ce  poème,  étant  faite  d'après  un 
manuscrit  médiocre  et  ne  tenant  aucun  compte  des 
autres  copies,  ne  me  fournissait  pas  les  éléments  dont 
j'avais  besoin.  Il  m'a  donc  fallu  passer  en  revue  tous 
les  manuscrits  du  poème,  rechercher  les  particularités 
de  chacun  d'eux,  en  un  mot  faire  une  très  longue 
étude  préparatoire  pour  assurer  des  résultats  qui  sont 
dans  mon  livre  indiqués  en  quelques  pages'.  Une 
compilation  historique,  qui  s'étend  du  commencement 
du  monde  au  temps  de  César,  contient  une  vie  assez 
légendaire  d'Alexandre.  Une  autre  compilation,  connue 
sous  le  nom  de  Fait  des  Romains  ou  de  Livre  de 
César,  nous  offre  une  version  fort  intéressante  de  Vlter 
Alexandri  Magni  ad  Paradisum.  On  ne  savait  rien  de 
ces  deux  compilations.  Force  m'a  donc  été,  pour  être 
en  état  d'en  parler  avec  quelque  compétence  dans 
mon  livre,  de  les  étudier  en  un  mémoire  spécial  -  qui 


1 .  Mon  examen  des  mss.  du  roman  d'Alexandre  occupe  les  pages 
21}  à  3J2  du  t.  XI  de  la  Romania,  et  il  y  aura  un  supplément. 

2.  Publié  cette  année  même  dans  la  Romania. 


AVANX-PROPOS.  VU 

m'a  coûté  plusieurs  mois  de  travail.  Voilà  donc  deux 
points  sur  lesquels  il  m'était  impossible  d'exprimer 
une  opinion  sans  entreprendre  au  préalable  des  re- 
cherches tout  à  fait  hors  de  proportion  avec  le  but  à 
atleind;*e. 

Les  critiques  reconnaîtront  sans  peine  que  ces  deux 
points  n'étaient  pas  les  seuls  qui  eussent  besoin  d'être 
préparés  par  de  longs  travaux  préliminaires.  Mais  s'il 
m'avait  fallu  faire  tous  ces  travaux,  le  présent  livre 
n'aurait  jamais  paru. 

Ce  n'est  pas  à  dire  que  le  sujet  dont  j'ai  essayé  de 
traiter  aussi  complètement  que  possible  une  partie  bien 
circonscrite  soit  entièrement  nouveau.  Bien  au  con- 
traire :  plusieurs  érudits  s'y  sont  appliqués  avant  moi, 
parmi  lesquels  plus  d'un  a  su  faire  preuve  d'érudition 
et  de  critique,  mais  peut-être  est-ii  permis  de  penser 
qu'en  général,  trop  exclusivement  préoccupés  d'ana- 
lyser et  d'apprécier  les  documents  de  la  légende 
connus  de  leur  temps.,  ils  ne  se  sont  pas  aperçus  que 
ces  documents  demeuraient  en  quelque  sorte  isolés 
les  uns  des  autres,  et  que,  pour  les  relier  entre  eux,  il 
fallait  d'abord  en  étudier  la  constitution  et  en  re- 
trouver les  sources. 

Le  premier  qui  se  soit  proposé  d'étudier  dans  son 
ensemble  la   légende   d'Alexandre .    est  le  genevois 


Vm  ALEXANDRE    LE    GRAND. 

Guillaume  Favre  ',  qui,  en  1818,  publia  dans  la  Bi- 
bliothèque universelle  de  Genève  un  article  remarquable 
sur  l'édition  de  Julius  Valerius  par  Mai.  Plus  tard  et 
à  diverses  reprises  il  remania  et  étendit  son  premier 
travail  qui  fut  publié  après  sa  mort  ^  dans  l'état  encore 
imparfait  où  il  l'avait  laissé.  Les  Recherches  sur  les 
histoires  fabuleuses  d'Alexandre  le  Grand  (tel  est  le  titre 
du  travail  de  Favre  dans  cette  édition  posthume)  sont 
encore  l'œuvre  la  plus  complète  et  la  plus  sage  que 
nous  possédions  sur  ce  sujet,  bien  que  certaines  par- 
ties, n'ayant  pas  reçu  leur  rédaction  définitive,  soient 
représentées  par  de  simples  notes  mises  bout  à  bout. 
Mais  le  plan  même  suivi  par  l'auteur  indique  qu'il  ne 
s'est  pas  rendu  un  compte  exact  du  développement 
historique  de  la  légende.  Passant  en  revue  les  di- 
verses littératures  dans  lesquels  il  existe  des  romans 
d'Alexandre,  il  commence  par  les  Persans  et  les 
Turcs,  tandis  que  les  Grecs,  chez  qui  se  trouve  le 
point  de  départ  de  la  légende ,  ne  viennent  qu'en 
troisième  lieu.  Des  Grecs  il  passe  aux  Moldaves,  aux 
Arméniens  et  aux  Arabes,  qui  se  trouvent  assez  mal- 


I .  Favre  naquit  à  Marseille,  mais  d'une  famille  genevoise,  et  il 
revint  à  vingt-deux  ans  s'établir  à  Genève. 

i.  Dans  le  tome  II  des  Mélanges  d'histoire  littèrnitc.  publiés  par 
J,  Adert.  1856,  deux  vol.  in-8. 


AVANT-PROPOS.  IX 

heureusement  séparés  des  Persans,  et  il  arrive  enfin 
aux  Latins.  Ses  recherches  sur  Julius  Valerius  et  sur- 
tout sur  VHistoria  deprdliis  sont  maintenant  bien  arrié- 
rées. Il  passe  ensuite  aux  Hébreux  et  aux  Samaritains 
pour  arriver  aux  Provençaux ,  sur  lesquels  naturelle- 
mei\J  il  n'a  que  peu  de  chose  à  dire ,  puisque  de  son 
temps  on  ne  connaissait  pas  le  fragment  découvert  à 
Florence  en  1856,  qui  paraît  appartenir  au  domaine 
provençal.  Le  chapitre  qui  vient  ensuite  est  consacré 
à  la  légende  d'Alexandre  dans  la  littérature  française. 
C'est  un  mélange  d'hypot4ièses  et  d'erreurs,  et  ce  ne 
pouvait  être  autre  chose,  puisque  Favre  ne  connaissait 
guère  que  les  titres  des  ouvrages  dont  il  avait  à  trai- 
ter. Les  chapitres  suivants  sont  consacrés  aux  romans 
espagnols,  italiens,  allemands,  anglais  et  Scandinaves. 

Il  y  a  du  moins  chez  Favre  un  louable  effort  en 
vue  de  faire  connaître  les  récits  fabuleux  en  toutes 
langues  qui  ont  été  consacrés  à  Alexandre,  et  il  serait 
excessif  de  lui  reprocher  de  n'avoir  connu  que  de  se- 
conde main  et  par  des  indications  souvent  erronées 
des  ouvrages  qui  de  son  temps  étaient  inédits  plusieurs 
le  sont  encore  maintenant  '  et  qui  de  toute  façon  étaient 
inaccessibles  à  un  homme  qui  n'était  pas  paléographe. 

Il  est  permis  d'être  plus  sévère  pour];  Graesse  qui. 
dans  la  partie  de  son  histoire  littéraire  universelle  in- 


X  ALEXANDRE    LE    GRAND. 

titulée  Die  grœssen  Sagenkreise  des  Mittelalters  (Dresde 
et  Leipzig,  1842),  a  consacré  à  l'histoire  fabuleuse 
d'Alexandre  une  vingtaine  de  pages  (pp.  435-456)  où 
Pon  peut  recueillir  beaucoup  de  titres  de  livres,  mais 
non  point  la  notion  de  ce  que  contiennent  ces  livres, 
et  beaucoup  moins  encore  une  idée  tant  soit  peu  nette 
du  développement  de  la  légende. 

La  matière  de  tous  les  romans  venant  originairement 
du  Pseudo-Callisthènes  grec,  et  n'ayant  été  portée  en 
Occident  que  par  des  versions  latines,  on  conçoit  que 
toute  étude  sur  la  légende  d'Alexandre  dans  les  litté- 
ratures occidentales  doit  être  précédée  de  recherches 
sur  le  texte  grec  et  sur  les  versions  latines  du  Pseudo- 
Callisthènes.  Cette  idée,  assez  élémentaire,  paraît 
s'être  présentée  à  l'esprit  de  Berger  de  Xivrey,  auteur 
d'une  «  Notice  sur  la  plupart  des  manuscrits  grecs, 
«  latins,  français,  contenant  l'histoire  fabuleuse 
«  d'Alexandre  le  Grand  connue  sous  le  nom  de 
«  Pseudo-Callisthene  »,  qui  parut  en  1836  dans  le 
tome  XIII  des  Notices  et  extraits  des  manuscrits  publiés 
par  l'Académie  des  Inscriptions.  Ceux  qui  ont  connu 
Berger  de  Xivrey  lui-même,  ou  parcouru  quelqu'un 
des  nombreux  travaux  de  cet  érudit  laborieux,  mais 
peu  éclairé,  apprendront  sans  étonnement  qu'il  n'y  a 
aucun  profit  à  tirer  de  la  lecture  de  cette  notice.  La 


AVANT-PROPOS.  Xf 

prétention  qu'exprime  l'auteur  de  faire  connaître  «  la 
«  plupart  des  manuscrits  grecs,  latins  et  en  vieux 
«  français  contenant  l'histoire  fabuleuse  d'Alexandre  », 
n'est  rien  moins  que  justifiée.  En  fait  de  manuscrits 
français  il  n'a  cité  que  des  rédactions  en  prose  (dont 
il  n'a  du  reste  pas  su  reconnaître  les  sources)  ;  quant 
aux  rédactions  en  vers,  qui  sont  plus  anciennes,  il  ne 
paraît  pas  en  soupçonner  l'existence.  Pour  les  ver- 
sions latines,  il  n'est  pas  même  parvenu  à  les  caracté- 
riser d'une  façon  tant  soit  peu  précise.  Les  textes 
grecs,  latins  et  français  qu'il  cite,  étant  choisis  sans 
méthode,  ne  peuvent  conduire  à  aucune  conclusion. 

Le  mémoire  de  Frocheur,  publié  en  1847  dans  le 
Messager  de  Gand  sous  le  titre  de  Histoire  romanesque 
d^ Alexandre  le  Grand,  ou  recherches  sur  les  différentes 
versions  du  Pseudo-Callisîhène,  à  propos  d'un  manuscrit 
de  la  Bibliothèque  royale  de  Belgique,  ne  contient  rien 
d'original,  sinon  la  description  d'un  ms.  richement 
enluminé  renfermant  la  version  française  de  VHistoria 
de  prdliis  ■ .  Le  reste  n'est  guère  qu'un  résumé  des 
recherches  antérieures  sur  la  légende  d'Alexandre. 

Le  premier  travail  vraiment  critique  qui  ait  été  con- 
sacré aux   plus  anciens  monuments  de  la  légende 

I.  Voy.  le  présent  ouvrage,  II,  joj,  note  2. 


Xn  ALEXANDRE    LE    GRAND. 

d'Alexandre,  est  celui  que  M.  Zacher  a  publié  en  1867 
sous  le  titre  de  Pseudo-CalUsthenes  :  Forschungen  zur 
Kritik  und  Geschichte  der  sltesten  Aufzeichnung  der 
Alexandersage  (Halle,  1867,  in-8^.  Je  me  suis  assez 
servi  de  cet  ouvrage  dans  les  premiers  chapitres  de 
mon  livre  pour  pouvoir  me  dispenser  d'en  parler  lon- 
guement ici  '.  Je  me  borne  à  rappeler  que  M.  Zacher, 
mettant  à  profit  les  travaux  de  Ch.  Mûller  sur  le  texte 
grec  du  Pseudo-Callisthènes,  a  augmenté  et  précisé  les 
notions  acquises  sur  les  manuscrits  de  cet  ouvrage  ; 
qu'il  a  fixé,  par  une  observation  ingénieuse,  sinon 
d'une  manière  absolument  certaine,  la  date  de  la  ver- 
sion latine  de  Julius  Valerius^,  qu'il  a  étudié  avec  cri- 
tique les  autres  versions  anciennes  du  Pseudo-Callis- 
thènes, nous  fournissant  le  moyen  de  reconstituer  avec 
vraisemblance  la  forme  la  plus  ancienne  du  roman 
grec  original,  et  enfin  donné  de  cet  ouvrage  une  ana- 
lyse critique  très  bien  faite,  où  il  est  tenu  compte  des 
variantes  souvent  considérables  qu'offrent  les  diffé- 
rentes versions.  Quelques  erreurs  et  quelques  lacunes, 
tout  excusées  par  la  difficulté  d'obtenir  sur  chaque 
point  des  renseignements  exacts,  n'empêchent  pas  le 

K  Voyez  d'ailleurs  le  compte-rendu  que  j'en  ai  publié  dans  la 
Revue  critique  du  5  février  1867. 

2.  Voy.  Histoire  de  la  légende  d'Alexandre,  p.  lo. 


AVANT-PROPOS.  XIll 

travail  de  M.  Zacher  de  tenir  facilement  le  premier 
rang  entre  les  ouvrages  que  nous  possédons  sur  le 
même  sujet.  Qu'il  me  soit  permis  de  regretter  que 
d'autres  occupations  et  une  santé  chancelante  empê- 
chent M.  Zacher  de  terminer  et  de  mettre  au  jour  les 
résultats  de  recherches  sur  l'ensemble  de  la  légende 
d'Alexandre  qui  ont  été  commencées  il  y  a  plus  de 
quarante  ans. 

Le  plus  récent  des  travaux  dont  la  légende 
d'Alexandre  prise  en  son  ensemble  a  été  l'objet  est  celui 
que  M.  Grion,  professeur  à  Padoue,  a  publié  en  1872 
comme  introduction  à  une  édition  de  l'ancienne  tra- 
duction italienne  de  VHistoria  de  prdiis  ' .  Contrai- 
rement aux  vraisemblances,  ce  travail,,  s'il  est  le  plus 
récent,  est  aussi  le  plus  mauvais.  Je  n'hésite  pas  à 
dire  qu'il  est,  non  pas  relativement,  mais  absolument 
mauvais.  C'est  un  tissu  d'erreurs  et  d'absurdités  qui 
commencent  dès  le  titre,  où  le  texte  édité  est  donné 
comme  traduit  du  français,  tandis  qu'il  est  évidem- 
ment traduit  directement   de  VHistoria   de  l'archi- 


I.  /  nobili  fatti  di  Atessandro  magno,  Tomdmzo  storico  tradotto 
dal  francese  nel  buon  secolo,  ora  per  la  prima  volta  pubblicato 
sopradue  codici  Magliabechiani  per  cura  di  Giusto  Grion.  Bologna, 
1872,  cLXXi-295  pages  (fait  partie  de  la  ColUzione  di  opère  inédite 
0  rare. . .  pubblicata  per  cura  délia  R.  commissione  p^  testi  di  lingua 
nelle  provincie  dtW  Emilia), 


XIV  ALEXANDRE    LE   GRAND. 

prêtre  Léon.  Un  exemple  montrera  à  quelles  rêveries 
se  laisse  entraîner  l'auteur  de  cet  ouvrage.  L'archi- 
prêtre  Léon,  qui  rapporta  de  Byzance  et  traduisit  un 
manuscrit  du  Pseudo-Callisthènes  grec,  aurait  été,  à 
en  croire  M.  Grion,  l'objet  de  bien  étranges  méta- 
morphoses. C'est  lui  qu'il  faudrait  reconnaître  dans 
l'Alberic  de  Besançon  [von  Bisenzun)  que  le  poète  alle- 
mand Lamprecht  a  imité.  Bisenzun,  c'est  Byzance  ! 
Lambert  le  Tort,  l'un  des  auteurs  du  poème  français, 
n'est  autre,  sous  un  nouveau  déguisement,  que  l'ar- 
chiprêtre  Léon,  Car  Léon  était  de  Naples,  ou  du 
moins  de  l'Italie  méridionale  ',  et  Lambert  aussi.  La 
preuve,  M.  Grion  la  trouve  dans  les  vers  même  où 
Lambert  est  nommé.  En  effet,  dans  le  poème  fran- 
çais, Lambert  est  qualifié  de  «  clerc  de  Casteldun  »  et 
Casteldun  pour  M.  Grion,  c'est  Casîel  dell^uovo,  cette 
forteresse  bâtie  sur  une  presqu'île  qui  est  comme  la 
sentinelle  avancée  de  Naples  !  N'insistons  pas  plus 
longuement  sur  ces  faiblesses. 

On  peut  voir  par  ce  rapide  aperçu  des  travaux  de 
mes  devanciers  que  l'histoire  de  la  légende  d'Alexandre 
était  encore  à  faire.  Obligé  par  les  conditions  dans 

I.  Voy.  ci-après,  II,  36. 


AVANT-PROPOS.  XV 

lesquelles  se  présentait  le  sujet  d'attribuer  plus  d'es- 
pace aux  recherches  critiques  qu'à  l'appréciation  des 
ouvrages  passés  en  revue,  je  crains  de  n'avoir  pas 
mis  suffisamment  en  lumière  les  tendances  de  la  lé- 
gende à  ses  différentes  époques.  Aussi  me  paraît-il 
utile  d'indiquer  brièvement  ici  certaines  idées  géné- 
rales qui  ne  rassortent  pas  assez  de  mon  exposition 
surchargée  de  détails. 

Dans  sa  première  forme,  à  Alexandrie,  la  légende 
telle  que  nous  pouvons  nous  la  représenter,  à  l'aide  du 
plus  ancien  texte  grec  et  des  premières  versions,  a 
pour  objet  évident  de  rattacher  Alexandre  à  l'Egypte 
et  d'en  faire  un  héros  proprement  égyptien,  en  lui 
donnant  pour  père  un  roi  d'Egypte.  On  peut  douter 
que  l'idée  essentielle  du  roman  grec  soit  véritablement 
populaire:  ici,  comme  en  beaucoup  de  cas,  la  légende 
peut  bien  n'être  qu'une  invention  personnelle  tombée 
peu  à  peu  dans  le  domaine  commun.  Plus  tard,  à 
Constantinople  et  bientôt  en  Orient  et  en  Occident,  le 
roman  égyptien  est  accepté  et  goûté,  non  pas  à  cause 
de  son  idée  première,  l'origine  égyptienne  du  héros, 
mais  simplement  parce  qu'il  offrait  en  abondance  ces 
récits  merveilleux  auxquels  se  plaisaient  des  lecteurs 
chez  qui  le  sentiment  littéraire  et  le  jugement  allaient 
toujours  en  s'afïaiblissam.  Introduites  en  Occident  par 


XVI  ALEXAND    LERE    GRAND. 

la  version  deJuIius  Valerius,  par  la  Lettre  latine  à  Aris- 
tote,  plus  tard  par  VHisîoria  depr^Uisde  Léon,  les  fables 
du  Pseudo-Caliisthènes  obtinrent  dans  tout  le  monde 
latin  un  succès  qu'on  peut  dire  sans  précédent.  Je  n'ai 
pas  fait  le  relevé  des  manuscrits  de  VEpiîome  de  Va- 
lerius et  de  la  Lettre  à  Aristote  qui  nous  sont  par- 
venus, mais  je  suis  porté  à  croire  qu'on  en  pourrait 
compter  plus  de  cent.  Et  quant  à  VHisîoria  de  pmliis, 
des  recherches  pourtant  très  incomplètes  m'ont  permis 
d'en  énumérer  plus  de  soixante  exemplaires.  Ce  n'est 
pas  seulement  par  l'amour  du  merveilleux  qu'on  peut 
expliquer  un  succès  aussi  extraordinaire  :  il  n'y  a  pas 
de  doute  qu'en  Occident  les  fables  du  Pseudo-Callis- 
thènes  ont  été  prises  pour  de  l'histoire  réelle.  S'il  en 
était  autrement,  on  ne  s'expliquerait  pas  qu'elles  aient 
pris  place  au  xii^  siècle  et  au  xiii^  dans  des  compi- 
lations véritablement  historiques.  Non  qu'il  ne  se  soit 
élevé  quelques  protestations  tacites  :  j'ai  consacré  un 
chapitre  à  l'élude  d'une  histoire  d'Alexandre  (la  com- 
pilation dite  de  Saint-Alban)  faite  presque  uniquement 
à  l'aide  de  morceaux  empruntés  aux  historiens  de 
l'antiquité.  Mais  cet  ouvrage  a  été  peu  répandu  :  il 
n'a  point  fait  obstacle  à  la  diffusion  des  récits  fabu- 
leux. Et  si  VAlexandreis  de  Gautier  de  Châtillon  a  eu 
plus  de  succès,  elle  le  doit  moins  à  son  caractère  pu- 


AVANT- PROPOS.  XVU 

tement  historique  qu'au  mérite  de  sa  versiftcation,  qui 
lui  assura  l'accès  des  écoles.  Certes  le  succès  si  dif- 
férent de  la  fable  et  de  la  vérité  est  un  fait  à  noter 
pour  rbisioire  de  la  critique  au  moyen  âge. 

L^histoire  fabuleuse  d'Alexandre  était  donc  lar- 
gement répandue  dans  le  monde  des  clercs  lorsque 
les  romanciers  s'en  emparèrent  et  entreprirent  de  la 
mettre  à  la  portée  de  la  classe  nombreuse  de  ceux,  qui 
n'entendaient  pas  le  latin.  Cest  vers  le  milieu^  peut- 
être  même  dans  la  première  moitié  du  xu^  siècle  qu^un 
poète  roman,  qui  paraît  avoir  été  originaire  du  sud-est 
de  la  France,  introduisit  avec  éclat  la  légende  d'A- 
lexandre dans  la  littérature  vulgaire.  Le  nom  de  ce 
poète,  transmis  d'une  façon  probablement  peu  cor- 
recte par  un  rimeur  allemand  du  moyen  âge,  nous  est 
a  peine  connu  ' ,  et  de  son  œuvre  même  nous  ne  pos  - 
sédons  que  les  105  premiers  vers  transcrits  sur  les 
dernières  pages  d'un  Quinte-Curce  de  la  Laurentienne, 
à  Florence,  mais  sur  ce  court  fragment  nous  pouvons 
apprécier  l'importance  de  l'oeuvre.  Et  cette  impor- 
tance est  considérable.  Le  poème  d'Alberic  est  un  vé- 


I .  Alberich  ou  Elberkh  von  Bisemuriy  dit  Lamprccht,  d'où  le 
nom  Alberic  de  Besançon  généralement  adopté,  au  lieu  de  Besan- 
çon, qui  est  inadmissible,  j'ai  proposé  (p.  93)  Briançon.  On  pour- 
rait aussi  proposer  Pisançon  (Drômc  et  Hautes- Alpes). 

I.  b 


XVIIl  ALEXANDRE    LE    GRAND. 

ritable  événement  dans  l'histoire  littéraire  des  nations 
romanes,  d'abord  parce  que  c'est,  selon  toutes  les 
apparences,  le  premier  poème  roman  dont  le  sujet  ait 
été  emprunté  à  l'antiquité  païenne,  ensuite  à  cause  de 
la  manière  dont  le  sujet  a  été  traité.  Avant  Alberic,  la 
France  du  Nord  possédait  de  nombreuses  poésies, 
dont  les  sujets  étaient  empruntés  soit  à  l'histoire  na- 
tionale, soit  à  l'histoire  sacrée,  soit  à  des  légendes 
pieuses,  mais  nous  n'avons  aucune  raison  de  supposer 
qne  ni  Alexandre  ni  aucun  autre  héros  antique  eût  été 
dès  lors  chanté  en  langue  vulgaire.  Le  poème  d'Al- 
beric  est  donc  le  premier  d'une  série  considérable  où 
viendront  prendre  place,  adaptés  plus  ou  moins  habi- 
lement aux  goûts  et  aux  idées  du  moyen  âge,  une  longue 
suite  de  récits  sur  la  guerre  de  Troie,  sur  celle  de 
Thèbes,  sur  Enée,  sur  maints  personnages  de  la  my- 
thologie antique.  On  ne  saurait  douter  que  l'œuvre  d'Al- 
beric  ait  été  favorablement  accueillie,  puisque  nous  la 
voyons  bientôt  imitée  en  Allemagne  par  Lamprecht, 
et  renouvelée  en  France  sous  la  forme  d'un  poème  en 
vers  décasyllabiques.  Il  n'est  pas  téméraire  de  lui  attri- 
buer une  certaine  influence  sur  le  développement  ulté- 
rieur de  cette  partie  de  la  littérature  romane  que  Jean 
Bodel,  résumant  dans  un  seul  nom  tous  les  sujets 
antiques,  appelait  «  la  matière  de  Rome  la  grande  ». 


AVANT-PROPOS.  XIX 

Voyons  comment  le  poète  a  compris  un  sujet  alors 
entièrement  nouveau.  Notons  d'abord  que  dans  les 
classes  illettrées,  à  qui  s'adressaient  les  chansons  de 
geste,  tout  souvenir  d'Alexandre  et  de  ses  exploits 
devait  s'être  oblitéré.  C'est  tout  au  plus  si  quelques- 
uns,  pour  avoir  entendu  exposer  en  chaire  le  début 
des  Macchabées,  pouvaient  savoir  qu'un  roi  grec  de  ce 
nom  avait  vaincu  un  certain  Darius,  roi  des  Perses  et 
des  Mèdes.  C'est  à  ce  public  qu'un  romancier  pos- 
sédant une  certaine  connaissance  du  latin,  pouvant 
lire  Justin  ou  Orose  tout  aussi  bien  que  le  fabuleux 
récit  du  Pseudo-Callisthènes  traduit  par  Julius  Va- 
lerius,  avait  à  présenter  un  héros  païen  dont  l'histoire 
fabuleuse,  telle  qu'on  la  lisait  en  latin,  ne  présentait 
guère  que  des  traits  inintelligibles  ou  répugnants  pour 
un  auditoire  du  xir"  siècle.  Le  procédé  qu'Alberic 
d'abord,  et  bien  d'autres  après  lui,  ont  employé  pour 
exciter  l'intérêt  dans  des  conditions  aussi  peu  favo- 
rables, consiste  simplement  à  modifier  profondément 
le  personnage,  de  façon  à  le  rendre  acceptable  et  pour 
ainsi  dire  familier  aux  auditeurs.  Alexandre,  selon  le 
Pseudo-Callisthènes,  était  le  fils,  non  de  Philippe  de 
Macédoine,  mais  d'un  roi  égyptien  versé  dans  les  arts 
magiques  et  presque  divin.  Cette  fiction  qui,  dans  la 
pensée  de  l'auteur  grec  ou  égyptien,  ne  pouvait  que 


XX  ALEXANDRE    LE    GRAND. 

rehausser  Tillustration  de  celui  qui  en  était  l'objet, 
était  au  contraire  déshonorante  aux  yeux  des  gens  du 
moyen  âge.  On  n'eût  pas  compris  qu'un  héros  recom- 
mandé à  l'admiration  de  tous  fût  bâtard.  Aussi  Alberic 
s'empresse-t-il  de  démentir  ceux  qui  font  d'Alexandre 
le  fils  d'un  enchanteur,  pour  lui  restituer  sa  naissance 
légitime.  Il  n'emprunte  aux  auteurs  latins,  véridiques  ou 
non,  qu'un  petit  nombre  de  traits;  il  dépouille 
Alexandre  de  toute  apparence  exotique,  il  le  trans- 
forme et  le  présente  comme  le  type  du  roi  chevalier 
du  moyen  âge,  type  idéal  plutôt  que  réel,  car,  s'il 
nous  le  montre  habile  aux  exercices  corporels  comme 
tout  jeune  bachelier  de  franche  origine,  il  a  soin  en 
même  temps  de  lui  prêter  l'instruction  d'un  clerc. 

Le  même  procédé  d'adaptation  s'observe  à  chaque 
page  du  poème  en  vers  décasyllabiques  qui,  "en  cer- 
taines parties,  n'est  qu'un  libre  remaniement  de 
l'œuvre  d'Alberic ,  mais  qui  en  d'autres  semble  offrir 
des  développements  indépendants.  Le  récit  de  l'adou- 
bement d'Alexandre,  par  exemple,  est  purement  une 
scène  féodale,  et  la  guerre  avec  Nicolas  pourrait,  les 
noms  étant  changés,  figurer  dans  une  chanson  de  geste 
du  cycle  carolingien.    . 

Le  roman  en  alexandrins,  dans  lequel  on  reconnaît 
plusieurs  mains  que  j'ai  tenté  de  distinguer,  refait  et 


AVANT-PROPOS.  JCXl 

continue  le  poème  en  vers  décasyllabiques.  Mais  il 
innove  en  certains  points.  Il  accumule  les  histoires 
merveilleuses  qu'il  emprunte,  tout  en  les  traitant  avec 
libené,  aux  textes  latins  dérivés  du  Pseudo-Callis- 
thènes,  surtout  à  Vépitome  de  Julius  Valerius  et  à  la 
Lettre  à  Aristote.  Il  est  moins  héroïque  que  les  deux 
poèmes  précédents,  mais  il  vise  davantage  à  exciter 
la  curiosité,  il  offre  aussi  un  trait  nouveau:  dans  les 
parties  que  je  suppose  être  l'œuvre  d'Alexandre  de 
Paris  ou  de  Bernai,  le  héros  grec  est  représenté  comme 
le  type  de  la  libéralité,  et  pendant  une  partie  du  moyen 
âge  la  largesse  d'Alexandre  sera  proverbiale  '. 

Avec  le  roman  en  alexandrins  et  quelques-unes  de 
ses  suites  se  clôt  l'épopée  d'Alexandre.  Le  Roman  de 
toute  chevalerie  d'Eustache  (ou  Thomas)  de  Kent  et  les 
romans  en  prose,  ne  sont  plus  que  des  remaniements 
plus  ou  moins  serviles  des  poèmes  antérieurs  ou  des 
récits  latins.  Le  but  de  ces  œuvres  sans  originalité  est 
de  satisfaire  une  curiosité  qu'on  peut  appeler  histo- 
rique, parce  que  les  auditeurs  ou  lecteurs  croyaient 
en  une  certaine  mesure  à  la  réalité  des  événements 
merveilleux  qu'on  leur  contait ,  et  les  narrateurs ,  du 
moins  ceux  qui  puisaient  à  des  sources  latines,  parta- 

!.  Vey.  Hist.  de  la  légende,  p.  n?-^- 


XXII  ALEXANDRE    LE   GRAND. 

geaient  peut-être  cette  croyance.  Il  a  fallu  pour  dissi- 
per .toutes  ces  fables  le  réveil  du  bon  sens  et  de  la  cri- 
tique, à  la  Renaissance. 

On  voit  maintenant  en  quoi  consiste  l'originalité  de 
ce  qu*on  peut  appeler  l'épopée  d'Alexandre  au  moyen 
âge.  Il  ne  faut  pas,  comme  on  la  fait  longtemps,  la 
chercher  dans  ces  merveilleuses  aventures  à  travers 
lesquelles  se  déroule  l'histoire.  Entre  ces  aventures  il 
en  est  bien  peu  dont  nous  n'ayons  trouvé  l'origine 
dans  le  Pseudo-Callisthènes  ou  dans  Vlter  ad  Para- 
disum.  Nos  romanciers  ont  modifié,  dénaturé  si  l'on 
veut,  les  éléments  antérieurs  :  ils  n'ont  guère  inventé. 
Si,  pour  trois  ou  quatre  récits  français,  la  source  latine 
n'a  pas  été  découverte,  il  n'en  faut  rien  conclure, 
sinon  que  le  vaste  champ  de  la  littérature  du  moyen 
âge  n'a  pas  encore  été  totalement  exploré.  L'origina- 
lité de  nos  romans  est  tout  entière  dans  la  transfor- 
mation qu'a  subie  le  héros  et  qui  d'un  roi  grec  en  a  fait 
un  roi  féodal.  C'est  à  cette  transformation  que  le  vain- 
queur de  la  Grèce  et  de  l'Asie  a  dû  de  revivre,  pen- 
dant les  siècles  du  moyen  âge,  dans  la  mémoire  des 
hommes.  C'est  la  condition  malheureuse  et  inévitable 
de  la  célébrité  d'être  incompatible  avec  la  vérité.  Les 
masses  populaires  qui  font  les  grandes  renommées 
sont  impuissantes  à  concevoir  la  variété  des  éléments 


AVANT-PROPOS.  XXIII 

qui  constituent  la  grandeur.  Elles  ne  peuvent  avoir 
plus  d'un  idéal  à  la  fois  et  elles  en  changent  souvent. 
De  sorte  que  les  héros  ne  peuvent  occuper  l'imagi- 
nation des  peuples  qu'à  la  condition  de  changer  per- 
pétuellement d'aspect. 

oaobre  1885. 


ALBÉRIC 


DE   BESANCON 


»it  Salomon  al  primier  pas, 
^Quant  de  son  libre  mot  lo  clas 
]Est  vanitatum  vaniias, 

Et  universa  vanitas. 

Poyst  l'omne  fraynt  enfirmitas 

Toyl  H  sen  otiositas; 

Solaz  nos  fay  antiquitas 

Que  tôt  non  sie  vanitas. 


1.  Salomon  dit  au  premier  pas,  —  quand  il  fit  résonner  la 
voix  de  son  livre  :  —  Est  vanitatum  vanitas  —  et  universa 
vanitas.  —  Quand  la  maladie  brise  l'homme  —  l'oisiveté  lui 
enlève  le  sens  ;  —  l'antiquité  nous  procure  des  jouissances  — 
pour  que  tout  ne  soit  pas  vanité. 


ALBÉRIC    DE    BESANÇON. 


En  pargamen  nol  vid  escrit, 
Ne  per  parabla  non  fu  dit 
Del  temps  novel  ne  del  antic 
Nuls  hom  vidist  un  rey  tan  rie, 
Chi  per  batalle  et  per  estrit 
Tant  r£y  fesist  mat  ne  mendie 
1 5     Ne  tanta  terra  cunquesist 
Ne  tant  duc  nobli  occisist, 
Cum  Alexander  Magnus  fist 
Qui  fud  de  Grecia  natiz. 


r; 


m. 

ey  furent  fort  et  mul  podent 
20      rV^Et  de  pecunia  manent; 
Rey  furent  sapi  et  prudent 
Et  exaltât  sur  tota  gent, 
Mais  non  i  ab  un  plus  valent 


II.  Je  ne  l'ai  pas  vu  écrit  en  parchemin  —  ni  par  parole  il  ne 
fut  dit  —  que  dans  les  temps  nouveaux  ni  anciens  —  on  ait 
vu  un  roi  si  puissant,  —  qui  par  bataille  et  par  estrif  —  ait 
fait  mats  et  mendiants  tant  de  rois,  —  ait  conquis  tant  de 
terres,  —  ait  tué  tant  de  nobles  ducs,  —  comme  fil 
Alexandre  le  Grand  —  qui  fut  natif  de  Grèce. 


III.  Il  y  eut  des  rois  forts  et  très  puissants  —  et  riches  d'avoir  ; 
—  il  y  eut  des  rois  sages  et  prudents  —  et  élevés  au-dessus 
de  tous,  —  mais  il  n'y  en  eut  pas  un  plus  vaillant  —  que 


ALBÉRIC    DE    BESANÇON, 

De  chest  dun  faz  l'alevament. 
2  5     Contar  vos  ey  pleneyrament 
Del  Alexandre  mandament. 


IV. 


d; 


icunt  alquant  estrobatour 
Quel  reys  fud  filz  d'encantatour 

Mentent  fellon  losengetour; 
^o    Mal  en  credreyz  nec  un  de  lour, 

Qu'anz  fud  de  ling  d'emperatour 

Et  filz  al  rey  Macedonor. 


Philippus  ab  ses  pare  non  ; 
Meyllor  vasal  non  vid  ainz  hom. 
î  5     Chel  ten  Gretia  la  région 
Els  porz  de  mar  en  aveyron. 


celui  que  j'exalte  (?).  —  Je  vous  conterai  à  plein  —  du  gouver- 
nement d'Alexandre. 

IV.  Certains  conteurs  disent  —  que  ce  roi  fut  fils  d'enchan- 
teur :  —  ils  mentent,  les  félons  losengiers.  —  A  tort  vous  en 
croirez  aucun  d'eux,  —  car  au  contraire  il  fut  de  race  d'empe- 
reur —  et  fils  du  roi  des  Macédoniens. 

V.  Son  père  eut  nom  Philippe  ;  —  avant  lui  on  ne  vit  meilleur 
vassal.  —  Il  tint  la  région  de  Grèce  —  et  les  ports  de  mer  à 


ALBÉRIC    DE    BESANÇON. 

Fils  fud  Amint  al  rie  baron 
Qui  al  rey  Xersen  ab  tal  tenzon  ; 


VI, 


Et  prist  moylier,  dun  vos  say  dir, 
^„  Quai  pot  sub  cel  genzor  causir, 

Sor  Alexandre  al  rey  d'Epir 
Qui  hanc  no  degnet  d'estor  fugir 
Ne  ad  envperadur  servir  : 
Olimpias,  donna  gentil, 
45     Dun  Alexandre  genuit. 


VII. 


r; 


eys  Alexander  quant  fud  naz 
-Per  granz  ensignes  fud  mostraz 
Crollet  la  terra  de  toz  laz, 
Toneyres  fud  et  tenpestaz, 


l'entour.  —  Il  fut  fils  d'Amintas,  le  riche  baron,  —  qui  avec  le 
roi  Xerxès  eut  une  telle  lutte; 

VI.  Et  prit  femme,  je  puis  vous  en  porter  témoignage,  —  la 
plus  belle  qu'il  put  trouver  sous  le  ciel ,  —  la  sœur  d'Alexan- 
dre, le  roi  d'Epire  —  qui  oncques  ne  daigna  fuirdu  combat  — 
ni  servir  à  empereur  :  —  Olympias,  dame  gentille,  —  en  qui 
il  engendra  Alexandre. 

VII.  Quand  le  roi  Alexandre  naquit,  —  il  fut  annoncé  par 
des  signes  éclatants  :  —  la  terre  trembla  de  toutes  parts,  —  il 


ALBÉRIC    DE    BESANÇON. 

50     Lo  sol  perdet  sas  claritaz, 
Per  pauc  no  fud  toz  obscuraz, 
Canget  lo  cels  sas  qualitaz, 
Que  reys  est  forz  en  terra  naz. 

VIII. 

En  tal  forma  fud  naz  lo  reys 
^  ^  Non  i  fud  naz  emfes  anceys  ; 

Mays  ab  virtud  de  dies  treys 
Que  altre  emfes  de  quatro  meys. 
Si!  toca  res  chi  michal  peys 
Tal  regard  fay  cum  leu  qui  est  preys. 


IX. 


60     çaur  ab  lo  peyl  cun  de  peysson, 
»3Tot  cresp  cun  coma  de  leon  ; 
L'un  uyl  ab  glauc  cun  de  dracon, 


y  eut  tonnerre  et  tempête,  —  le  soleil  perdit  ses  clartés,  — 
peu  s'en  fallut  qu'il  ne  s'obscurcît  entièrement,  —  le  ciel  se 
bouleversa,  —  car  un  roi  fort  est  né  en  terre, 

VIII.  Le  roi  naquit  avec  une  apparence  —  que  jusqu'alors 
aucun  enfant  n'avait  eue  à  sa  naissance  ;  —  il  eut  plus  de 
force  à  trois  jours,  —  qu'un  autre  enfant  à  quatre  mois;  — 
si  rien  le  touche  qui  lui  pèse  un  brin,  —  il  lait  des  yeux  comme 
un  lion  captif. 

IX.  Il  eut  le  poil  blond  comme  [l'écaillé  d' 3  un  poisson,  —et 
tout  crépu  comme  la  crinière  d'un  lion  ;  —  il  eut  un  œil  glau- 


)  ALBÉRIC    DE    BESANÇON. 

Et  Taltre  neyr  cun  de  falcon. 
De  la  figura  en  aviron 
65     Beyn  resemplet  fil  de  baron. 


Clar  ab  lo  vult,  beyn  figurad, 
Saur  lo  cabeyl,  recercelad, 
Plen  lo  collet  et  colorad, 
Ample  lo  peys  et  aformad, 
70     Lo  bu  subtil,  non  trob  delcad, 
Lo  corps  d'aval  beyn  enforcad, 
Lo  poyn  el  braz  avigurad, 
Fer  lo  talent  etapensad. 


XI. 


Mels  vay  et  cort  del  an  primeyr 
, ,  Que  altre  emfes  del  seyteneyr  ; 


que  comme  [un  œil]  de  dragon,  —  et  l'autre  noir  comme 
[un  œil]  de  faucon.  —  Par  l'ensemble  de  sa  personne,  —  il 
semblait  bien  un  fils  de  baron. 

X.  Il  eut  le  visage  clair,  bien  formé,  —  blonds  les  cheveux  [et] 
bouclés,  —  le  cou  plein  et  coloré,  —  la  poitrine  ample  et 
formée,  —  le  buste  fin,  non  pas  trop  grêle,  —  le  bas  du  corps 
bien  fourché,  —  le  poing  et  le  bras  vigoureux,  —  la  volonté 
fière  et  réfléchie. 

XI.  Il  va  et  court  mieux  delà  première  année  —  qu'un  autre 
enfant  de  la  septième;  —  et  là  où  il  voit  franc  chevalier  — 


ALBÉRIC    DE    BESANÇON. 

E  lay  0  vey  franc  cavalleyr 
Son  corps  présente  volunteyr. 
A  fol  omen  ne  ad  escueyr 
No  deyne  fayr  regart  semgleyr. 
80    Aysis  conten  en  magesteyr 
Cun  trestot  teyne  ja  l'empeyr. 


M 


XII. 


agestres  ab  beyn  affactaz, 
De  totas  arz  beyn  enseynaz, 

Quil  duystrunt  beyn  de  dignitaz 
85     Et  de  conseyl  et  de  bontaz, 

De  sapientia  et  d'onestaz, 

De  fayr  estor  et  prodeltaz. 

XIII. 

L'uns  Tenseyned  beyn  parv  mischin 
De  grec  sermon  et  de  latin 


il  se  présente  volontiers.  —  A  fol  homme  ni  à  écuyer,  —  il  ne 
daigne  jeter  un  seul  regard.  —  Ainsi  il  se  maintient  en  son  temps 
d'école  —  comme  [si]  déjà  il  tenait  tout  l'empire. 

XII.  Il  eut  des  maîtres  bien  dressés,  —  versés  dans  tous  les 
arts,  —  qui  l'instruisirent  bien  de  sentiments  élevés,  —  de  bon 
conseil,  de  bonté,  —  de  sagesse,  d'honnêteté,  —  de  faire  bataille 
et  prouesse. 

xiii.  L'un  lui  enseigna  encore  petit  enfant  —  le  grec  et  le  latin 


8  ALBÉRIC    DE    BESANÇON, 

90     Et  lettra  fayr  en  pargamin 
Et  en  ebrey  et  en  ermin, 
Et  fayr  à  seyr  et  à  matin 
Agayt  encuntre  son  vicin. 

XIV. 


95 


Et  l'altrel  duyst  d'escud  cubrir 
Et  de  s'espaa  grant  ferir 
Et  de  sa  lanci  en  loyn  causir, 
Et  senz  faillenti  altet  ferir  ; 
Li  terz  ley  leyre  et  playt  cabir, 
El  dreyt  del  tort  a  discernir. 


XV. 


100      t'   i  quarz  lo  duyst  corda  toccar, 
i— '  Et  rotta  et  leyra  clar  sonar, 
Et  en  toz  tons  corda  temprar, 
Per  semedips  cant  ad  levar  ; 


—  et  à  tracer  des  lettres  sur  parchemin  —  et  en  hébreu  et  en  armé- 
nien, —  et  à  faire  au  soir  et  au  matin  —  le  guet  contre  son  voisin. 

XIV.  L'autre  lui  apprit  à  se  couvrir  de  son  écu,  —  et  à  frap- 
per de  grands  coups  de  son  épée,  —  et  à  viser  au  loin  avec  sa 
lance,  —  et  à  frapper  haut  sans  manquer  [le  but]  ;  —  le  troisième 
à  lire  la  loi  et  à  tenir  un  plaid,  —  et  à  discerner  le  droit  du  tort. 

XV.  Le  quatrième  lui  apprit  à  toucher  les  cordes,  —  à  faire 
résonner  clairement  la  rote  et  la  lyre,  —  à  monter  la  corde  à 
tous  les  tons,  —  et  à  chanter  seul  ;  —  le  cinquième  [lui  apprit] 


ALBERIC    DE    BESANÇON. 

Li  quinz  des  terra  misurar 
105     Cum  ad  de  cel  entro  lamar. 


mesurer  de  la  terre  —  combien  il  y  a  du  ciel  à  la  mer. 


NOTES, 


V.  5.  Ms.  Poyst  hume  fay  mmfirmitas,  vers  évidemment 
corrompu,  et  pour  lequel  malheureusement  la  version  de 
Lamprecht  n'est  d'aucun  secours.  M.  Heyse  propose  dubi- 
tativement Poys  l'oum  chay  in  (ou  en)  enfirmitas,  leçon 
inadmissible  pour  diverses  raisons  dont  l'une  est  que  oume 
étant  évidemment  régime,  et  enfirmitas  sujet,  il  n'est  pas  légi- 
time d'intervertir  les  rôles  de  ces  deux  mots.  Pour  la  même 
raison  doit  être  repoussée  la  correction  de  M.  Rochat, 
d'ailleurs  peu  satisfaisante  pour  le  sens  :  Pauc  l'oum  fay  en 
enfirmitas.  M.  C.  Hofmann  propose  (Germ.ania,  II,  95  )  :  Poyst 
l'oume  esmaya  enfirmitas,  correction  qui  laisse  à  oume  et  à 
enfirmitas  leurs  qualités  respectives  de  régime  et  de  sujet, 
mais  qui  cause  au  texte  un  trop  grand  changement.  En  outre 
le  prov.  esmagar  comme  le  fr.  csmaicr,  ne  paraît  pas  avoir 
été  employé  autrement  qu'en  la  forme  réfléchie.  M.  Bartsch 
enfin  propose  :  Poyst  l'oume  fay  ni'  enfirmitas  (Chrest.  de 
l'anc.  fr.  25^  9),  et  explique,  au  Glossaire,  faynier  par 
«  faner.  »  Mais,  à  cette  correction  qui,  du  reste,  a  l'avan- 
tage de  n'apporter  au  texte  qu'une  insignifiante  modification, 
s'opposent  le  sens  et  l'étymologie.  Le  sens  d'abord,  parce 
que  l'emploi  métaphorique  de  faner  à  une  époque  aussi 
ancienne  et  avec  le  sens  actif  est  fort  douteux  ;  l'étymologie 
surtout  parce  que  faynier  (et  en  tout  cas  il  faudrait /^y/jcr) 
correspondrait,  d'après  les  lois  phoniques  de  notre  texte,  à 
un  franc,  fagner,  et  à  un  prov.  fanhar,  formes  qui  n'existent 
ni  l'une  ni  l'autre.  Il  est  bien  vrai  que  Raynouard  enregistre 


ALBÉRIC    DE    BESANÇON.  II 

(Lex.  rom.  III,  261  )  un  verbe  fanhar^  mais  cette  forme  n'a 
aucune  authenticité.  Le  seul  exemple  cité  est  ce  vers  de 
Marcabrun  : 

El  (/.  Bel)  m'es  quan  la  fuelha  fana  *. 
Mais  fana,  rimant  dans  cette  pièce  avec  afana,  lugana,  sana, 
rana,  chavana^  etc.,  a  nécessairement  pour  infinitif  fanar  et 
non  fanhar.  La  correction  fraynt  que  je  propose  ne  fait  pas 
une  grande  violence  au  texte  et  me  semble  convenir  assez 
bien  au  sens.  —  Oume^  qui  paraît  n'avoir  choqué  personne, 
est  cependant  inadmissible  :  0  en  position  {hom'nem)  ne 
devient  ou  ni  en  français  *  ni  en  provençal  ;  omnc  est  à  peine 
une  correction,  puisque  ce  sont  les  mêmes  traits  divisés 
autrement  '.  Cette  forme  peut  s'autoriser  de  Bo'ècCj  v.  i  : 

Nos  jove  omne ;  on  pourrait  aussi  rétablir  omm  que  notre 

texte  présente  au  v.  78. 

V.  6.  Ms.  To'jl  le  sen,  —  li  est  une  correction  de  M.  C. 
Hofmann  adoptée  par  M.  Bartsch.  Si  on  suppléait  l'article 
devant  sen  (  toyl  li  lo  sen  )  le  sens  serait  plus  satisfaisant,  mais 
il  n'est  guère  possible  de  réduire  otiositas  à  quatre  syllabes. 

V.  7.  Ms.  faz;  —  ce  mot  ne  peut  être  que  la  y  pers.  sing. 
du  subjonctif  présent,  la  finale  s'élidant  sur  la  voyelle  qui 
suit  (faz'  antiqultas).  On  traduirait  donc  alors  avec 
M.  Bartsch  (Germania,  II,  462).  «  Que  l'antiquité  nous 
fasse...  »)  mais  cette  tournure  ne  semble  guère  dans 
le  style  du  temps.  Je  corrige  fay  (facit). 

V.  9.  M.  Rochat  et  M.  Bartsch  considèrent  vid  comme  la 
3*  pers.  sing.  du  prétérit;  mais  alors  ce  verbe  manque  de 


1 .  Cette  pièce  ne  se  trouve  que  dans  deux  mss.  :  Bibl.  imp.  fr. 
856  f.  170  by  et  1749  f.  152  b. 

2.  On  le  rencontre  en  picard,  mais  cela  ne  prouve  rien  pour  le 
cas  précédent. 

3.  Dans  le  ms.   les  traits   ne  paraissent   pas  être  très- nettement 
divisés,  car  il  y  a  v.  62  lunnyl  pour  lunuyl^  et  v.  93  incin^ourvicin. 


12  ^ALBÉRIC    DE    BESANÇON. 

sujet.  M.  Rcjchat  se  tire  d'affaire  en  proposant,  d'après 
M.  Mahn,  de  corriger  non  fud  ou  nul  vid,  «  il  ne  fut  pas  » 
ou  «  personne  ne  vit,  »  et  M.  Bartsch,  en  sous-entendant 
horriy  ce  qui  n'est  guère  légitime.  Il  est  beaucoup  plus  simple 
de  considérer  vid  comme  étant  à  la  i"  pers.  «  je  ne  vis  pas.  » 
Il  est  vrai  que  le  même  mot,  au  v.  34,  est  évidemment  à  la 
}•  pers.,  mais  vid  répond  également  bien  à  vidi  et  à  vidit. 

V.  13.  M.  Heyse  avait  d'abord  lu  estricj  mais  la  leçon  du 
ms.  est  bien  estrit  comme  l'a  constaté  M.  Tobler  (Berner- 
kungen,  p.    37). 

V.  3  5.  Ms.  E  chel  ten  Grecia  la  regio;  —  Je  supprime  e  qui  a  été 
sans  doute  attiré  par  le  e  initial  du  vers  suivant,  et  qui  fausse 
la  mesure  *.  En  effet  Grecia  compte  pour  trois  syllabes  comme 
on  le  voit  par  le  v.  18  {Qui  fud  de  Grecia  natiz),  et  par  le 
v.  20  ou  pecunia  compte  pour  quatre  syllabes.  Regio  ne 
forme  que  deux  syllabes,  comme  roion  en  français  et  comme 
reio  dans  tous  les  anciens  textes  provençaux  (voir  Bartsch, 
Chrest.  prov.  2,  2y,  31,  26;  81,  1).  C'est  plus  tard  seule- 
ment que  s'est  produite  la  forme  savante  à  trois  syllabes 
(regio  en  prov.,  région  en  franc.  ). 

V.  37.  Ms.  rey  baron;  —  .l'admets  la  correction  rie  baron 
proposée  par  M.  Bartsch  (Germania,  II,  463).  En  écrivant 
rey,  le  copiste  a  anticipé  sur  le  vers  suivant  où  ce  mot  est 
à  sa  vraie  place. 

V.  38.  M.  Bartsch  a  proposé  en  1857  ^^  retrancher  de  ce 
vers  tal  qui  lui  semblait  troubler  le  sens  (Germania,  II,  463). 
Dans  sa  Chrestomathie  il  l'a  laissé  subsister,  et  avec  raison. 

V.  40.  Ici  et  au  v.  96  M,  Heyse  avait  d'abord  lu  jausir;  mais 
il  s'est  assuré  par  un  nouvel  examen  du  ms.  que  la  leçon 
est  dans  les  deux  cas  causir,  comme  au  v.  ^2  canget  et  non 
janget  (Tobler,  Bemerkungen,  p.  57). 

1 .  D'ailleurs  e  est  une  forme  insolite  dans  notre  texte  qui  porte 
constamment  et. 


ALBÉRIC    DE    BESANÇON.  I^ 

V.  41.  Ms.  far;  —  la  leçon  sor  est  une  correction  excellente 
de  M.  C.  Hofmann  {Germania,  II,  95). 

V.  56.  Ms.  de  ches  treys;  —  dies  au  lieu  de  ches  est  encore 
une  correction  de  M.  Hofmann. 

V.  j8.  M.  Heyse  et  M.  Rochat  lisaient  tocares  (toucherez), 
mais  en  ce  cas  il  y  aurait  la  conjonction  que  et  non  le  relatif 
chi.  —  Michal  est  une  bonne  correction  de  M.  Hofmann; 
ms.  micha. 

V.  ^9.  Malgré  Lamprecht  qui  traduit  aise  der  wolfy  on  ne 
peut  admettre  que  leu  signifie  loup.  D'abord  il  est  très  dou- 
teux que  û  accentué  se  soit  affaibli  en  eu  dès  le  XII*  siècle 
et  ailleurs  que  dans  le  nord  de  la  France.  Ensuite  il  faudrait 
leus,  au  cas  sujet.  J'adopte  donc  l'interprétation  de  M.  Tobler 
{Germania,  II,  447,  et  Bemcrkungerij  41  ),  selon  laquelle  leu 
représente  le  nomin.  lat.  leo^  prononcé,  en  vertu  de  son 
accentuation,  d'une  seule  émission  de  voix,  comme,  par  ex. 
Deo  dans  Sainte  Eulalie,  v.  3. 

V.  62.  Ms.  lunnyt. 

V.  71.  enforcad;  —  le  sens  que  j'ai  adopté  dans  la  traduction 
a  été  très-bien  justifié  par  M.  Tobler  (Germania,  II,  446; 
Bemerkungeny  p.  42).  Il  faut  donc  rejeter  l'interprétation 
toute  différente  que  M.  Bartsch  donne  de  ce  mot  dans  le 
glossaire  de  sa  Chrestomathie. 

V.  74.  M.  Heyse  avait  d'abord  lu  primyer,  que  M.  Bartsch  a 
corrigé  en  primeyr  à  cause  de  la  rime.  Mais  dans  le  ms.  le 
y  est  écrit  au-dessus  de  l'e,  de  sorte  que  ce  n'est  point  faire 
une  correction  que  d'écrire  primeyr  (voir  Tobler,  Bemer- 
kungen,  p.  37. 

V.  75.  Ms.  soyientreyr.  Leçon  évidemment  corrompue  pour 
laquelle  différentes  restitutions  ont  été  proposées  par 
MM.  Rochat,  C.  Hofmann,  G.  Paris  *  et  par  moi-même*. 

1 .  Etude  sur  le  rôle  de  l'accent  latin  dans  la  langue  française,  p.  60. 

2.  Correspondance  littéraire,  VII,  117  ''186?). 


14  ALBÉRIC    DE    BESANÇON. 

Le  texte  de  Lamprecht  porte  :  «  à  un  an  il  était  plus  grand 
qu'un  autre  à  trois  »  (v.  178-80);  et  c'est  le  sens  auquel 
visent  les  corrections  proposées  par  M.  Rochat  et 
par  M.  G.  Paris.  M.  Rochat  propose  :  Que  altre  emfes, 
s'oy,  del  an  tyer,  (qu'un  autre  enfant,  à  ce  que  j'entends  dire, 
de  la  troisième  année),  ou  encore  nel  say  l'an  tycr.  C'est 
dans  un  cas  comme  dans  l'autre  faire  une  grande  violence 
au  texte  pour  arriver  à  un  résultat  bien  peu  satisfaisant. 
M.  G.  Paris  lit  soyien  tieyr,  considérant  soyien  comme  une 
forme  de  suen  (sien),  ce  qui  est  difficilement  admissible, 
parce  que,  dans  ce  texte,  //  se  conserve  généralement  et, 
loin  de  céder  sa  place  à  Vo,  la  lui  enlève  en  bien  des 
cas.  En  outre  tieyr  ne  saurait  venir  de  terdus  ;  il  faudrait, 
au  cas  régime  comme  au  cas  sujet,  terz  (cf.  v.  98). 
Pour  moi  je  regardais  soyientreyr  comme  un  dérivé  de 
soantre^  signifiant  «  suivant.  »  Cette  dérivation  ne  peut 
guère  se  justifier.  J'ai  adopté  comme  la  plus  probable  la 
correction  de  M.  Hofmann,  seulement  j'écris  seyteneyr  et 
non  seytenieyr^  la  désinence  arius  {septenarms)j  donnant  dans 
ce  texte  eyr  et  non  ieyr.  La  version  en  vers  de  dix  syllabes 
a  énormément  exagéré  la  donnée  d'Albéric  : 

Li  enfes  crut  d'ahé  et  d'escient 

Plus  en  .VII.  anz  qu'autra  ne  fist  en  cent. 

Cependant  les  vu  anz  contiennent  peut-être  un  souvenir  du 
seyteneyr  d'Albéric. 

V.  76.  Ms.  Ey  lay  oirey. 

V.  93.  Ms.  incin. 

V.  94.  Ms.  altre;  —  j'ajoute  /  parce  qu'il  faut  un  régime  à 
duyst.  C'est  de  même  qu'on  a  restitué  michal,  v.  58. 

V.  95.  Ms.  des  sesspaa.  —  Au  même  vers  M.  Hofmann  pro- 
pose de  corriger  grant  en  gent,  mais  MM.  Tobler  {Ger ma- 
nia, II,  443  ),  et  Bartsch  (ibid,  465  ),  repoussent  avec  toute 
raison  cette  correction. 


ALBÉRIC    DE    BESANÇON.  I  5 

V.  96.  Caasir,  —  cf.  la  note  du  v.  40. 

V.  97.  La  correction  de  altet  en  altrc,  proposée  par  M.  Hof- 

mann  est  très-soutenable,  cependantellen'est  pas  nécessaire. 

Altet  n'a  du  diminutif  que  la  forme,  comme  au  v.  68  collet. 
V.  loyMs.  entra  bemar,  —  M.  Hofmann,  suivi  par  M.Bartsch 

corrige  entro  quc^  ce  qui  n'est  pas  admissible,  car  entro  est 

suivi  de  que  seulement  quand  il  précède  un  verbe  (voy.  Lex. 

roniy  V,  427).  La  correction  la  (au  lieu  de  bc),  a  déjà  été 

faite  par  M.  Heyse. 


MANUSCRIT 


DE  L'ARSENAL 


SOMMAIRE 
DE   LA    PARTIE    EN    VERS    DÉCASYLLABIQUES   (785   Y.)- 


I.  L'auteur  veut  faire  une  chanson  rimée  d'Alexandre,  le 
fils  de  Philippe  de  Macédoine.  —  II.  Signes  qui  se  manifes- 
tèrent lors  de  la  naissance  d'Alexandre  et  présagèrent  sa 
gloire  future.  —  III.  Trente  fils  de  comtes  naquirent  le  même 
jour  que  lui  et  devinrent  par  la  suite  ses  compagnons  fidèles. 
—  IV.  Le  roi  Philippe  lui  donna  pour  père  nourricier  l'un  de 
ses  privés.  Le  petit  enfant  avait  le  cœur  si  fier  qu'il  refusait 
de  se  laisser  allaiter.  Il  fallut  qu'une  pucelle,  fille  d'un  cheva- 
lier, le  nourrît  avec  une  cuiller  d'or.  —  V.  Progrès  rapides 
d'Alexandre;  il  méprisait  les  flatteurs,  aimait  et  honorait  les 
chevaliers  et  les  comblait  de  présents.  —  VI.  Le  roi  Philippe 
lui  donne  les  sept  meilleurs  maîtres  de  la  Grèce  qui  lui  ensei- 
gnent le  cours  des  étoiles,  les  révolutions  célestes,  les  jeux  des 


l8  MANUSCRIT    DE    L'aRSENAL. 

échecs  et  des  tables  ;  ils  lui  apprennent  aussi  à  parler  courtoi- 
sement d'amour  avec  les  dames,  à  juger  mieux  que  les  juges, 
à  tendre  des  embûches  pour  prendre  les  voleurs.  —  VII.  L'un 
de  ces  docteurs,  le  plus  savant  de  tous  et  le  plus  versé  dans 
la  science  des  enchantements,  était  Neptanebus  ;  plusieurs  pré- 
tendirent qu'il  était  le  père  d'Alexandre,  mais  il  n'en  fut  rien. 
Par  suite,  Alexandre  le  jeta  du  haut  d'un  mur.  Il  le  regretta, 
mais  en  vain.  —  VIII.  Portrait  d'Alexandre  à  quinze  ans.  — 
IX.  Un  jour  qu'il  s'était  allé  promener  en  un  pré,  il  entendit 
hennir  un  cheval  qu'on  tenait  captif.  Il  demanda  ce  que  ce 
pouvait  être.  —  X.  «  C'est  un  cheval  qui  dévore  le  monde,  » 
répondit  Ptolémée,  «  il  court  plus  vite  que  le  vent  ;  il  dédaigne 
«  l'avoine,  l'orge  et  le  froment,  mange  du  pain  et  boit  du  vin 
«  et  du  piment.  —  XI.  Quand  le  roi  Philippe  prend  un  larron, 
«  il  le  livre  au  cheval  qui  a  plus  tôt  fait  de  l'avaler  que  douze 
((  loups  de  happer  un  mouton.  —  XII.  C'est  un  fier  cheval  et 
«  tel  qu'on  n'en  vit  jamais.  Aucun  maréchal  n'ose  l'approcher  : 
M  il  les  mange  tous.  Cinq  cents  hommes  n'en  viendraient  pas 
«  à  bout.  »  Alexandre  part  comme  un  faucon,  désireux  de 
montrer  sa  prouesse.  —  XIII.  Arrivé  à  la  prison,  il  n'y  trouve 
personne  pour  lui  ouvrir  la  porte.  Il  fait  sauter  les  gonds  à 
coups  de  maillet.  A  la  vue  d'Alexandre,  Bucéphale  baisse  la 
tète.  —  XIV.  Le  jeune  prince  lui  met  un  frein,  lui  saute  sur 
le  dos  et  se  rend  droit  au  palais.  Effroi  des  ducs  et  des  vavas- 
seurs  qui  viennent  à  sa  rencontre.  Le  plus  hardi  eût  voulu 
être  en  un  fort.  —  XV.  Alexandre  monte  par  les  degrés,  et 
Bucéphale  sous  lui.  Fier  fut  le  sire  et  fier  le  vassal.  Bucéphale 
renverse  les  tables  et  brise  les  bancs.  Tout  le  monde  s'enfuit. 
—  XVI.  Alexandre  descend  et  remet  le  cheval  à  Ephestion, 
puis  il  s'approche  de  son  père.  —  XVII.  Il  lui  demande  de 
l'adouber  chevalier.  —  XVIII.  La  reine  entre  dans  la  salle  et 
embrasse  son  fils.  —  XIX.  «  Beau  fils,  dit-elle,  vous  saurez 
i(  dompter  ce  cheval  ;  il  doit  être  à  vous.  Vous  saurez  bien 


MANUSCRIT   DE   l'aRSENAL.  I9 

<t  gouverner  le  royaume.  Vous  avez  quinze  ans  et  quatre  mois  ; 
«  il  est  bien  droit  que  vous  soyez  adoubé.  »  —  XX.  Le  roi 
Philippe  dit  à  la  reine  :  «  Dame,  fournissez  les  vêtements,  je 
«  fournirai  le  reste.  Faites  baigner  votre  fils  et  ses  damoiseaux. 
«  Pour  l'amour  de  lui  j'adouberai  cent  d'entre  eux.  »  — 
XXI.  La  reine  fait  préparer  les  vêtements  et  dit  aux  damoi- 
seaux de  s'aller  baigner  dans  la  mer.  Pendant  ce  temps  le  roi 
fait  amener  les  chevaux  et  apporter  les  armes.  —  XXIL  Si 
vous  vous  étiez  trouvé  alors  sur  le  rivage,  vous  en  auriez  vu 
des  pelisses  d'hermine,  de  riches  bliauts,  des  peaux  de  martre  I 
Là  auprès  se  tenait  la  reine  sous  une  courtine  qui  brillait  plus 
que  le  cristal.  —  XXIII.  Si  vous  aviez  été  là  sur  le  rivage, 
vous  en  auriez  vu  des  destriers  sellés,  des  hauberts,  des  écus, 
et  des  harnois  de  tout  genre  qu'on  avait  assemblés  pour  les 
damoiseaux  !  —  XXIV.  Sortis  de  la  mer,  les  damoiseaux  reçoi- 
vent des  chambellans  les  vêtements  qui  leur  étaient  réservés, 
et  la  reine  ordonne  de  préparer  la  quintaine..  —  XXV.  Pen- 
dant qu'Alexandre  s'habillait,  Ptolémée  vient  le  presser  de  se 
rendre  à  la  quintaine.  —  XXVI.  Appel  de  l'auteur  à  ses  audi- 
teurs. —  XXVII.  Alexandre  demande  sa  chemise.  Sa  mère  la 
lui  passe.  C'était  une  chemise  sans  couture  ni  reprise;  elle 
avait  été  faite  sur  les  bords  de  la  Tamise  et  portée  par  mer 
en  Frise  au  roi  Philippe.  Celui  qui  la  porte  est  protégé  contre 
les  blessures,  et  sa  chair  ne  sera  point  trop  enflammée  des 
ardeurs  de  la  luxure.  —  XXVIII.  Alexandre  revêt  ensuite  un 
bliaut  fait  par  des  fées  dans  une  forêt  voisine  de  Babylonne. 
—  XXIX.  Par  dessus,  il  vêtit  une  pelisse  d'hermine.  La  bor- 
dure en  était  faite  de  la  peau  d'une  bête  marine  qu'on  appelle 
panthère.  Elle  a  la  gorge  et  la  poitrine  rouges,  et,  quand  il  la 
voit,  le  lion  s'incline  devant  elle.  Qui  porte  cette  pelisse  est 
sûr  de  n'avoir  jamais  de  cheveux  blancs.  —  XXX.  Puis  il 
agrafa  un  manteau  de  martre  enlevé  par  le  roi  Philippe  à  un 
roi  sarrazin.  Il  valait  bien  cent  livres  de  fin  or  poitevin. 


20  MANUSCRIT    DE    l'aRSENAL. 

L'homme  qui  le  porte  pourra  boire  autant  de  vin  qu'il  voudra 
sans  en  être  incommodé.  —  XXXI.  Olympias  ceignit  à  son 
fils  un  baudrier  et  lui  mit  au  doigt  un  anneau,  pourvus  aussi 
l'un  et  l'autre  de  vertus  particulières.  —  XXXII.  Alexandre, 
monté  sur  un  blanc  palefroi,  se  dirige  vers  le  palais  du  roi. 
Tout  le  barnage  vient  à  sa  rencontre  en  criant  :  «  Royal! 
notre  roi  est  venu.  »  Alexandre  s'en  irrite.  —  XXXIII.  Sei- 
«  gneurs  barons,  »  dit-il,  «  pourquoi  m'appelez-vous  roi 
«  quand  je  n'ai  pas  en  terre  le  travers  de  mon  doigt?  mais 
«  j'espère  bien  en  avoir,  si  Dieu  conserve  les  damoiseaux  que 
«  je  vois  ici.  »  Puis  il  vient  s'asseoir  auprès  du  roi.  — 
XXXIV.  «  Souviens-toi,  »  dit  Philippe,  «  qu'il  te  faut  mar- 
«  cher  contre  Darius  le  félon.  »  Alexandre  s'engage  à  lui  tran- 
cher la  tête.  —  XXXV.  «  Ceux  qui  lui  ont  payé  tribut,  » 
s'écrie-t-il,  «  furent  des  lâches.  Dorénavant,  il  n'en  recevra  la 
«  valeur  d'un  fétu,  et,  ce  qu'il  en  a  eu,  il  le  paiera  de  sa 
«  tête.  »  —  XXXVI.  Les  barons  demandent  à  grands  cris 
que  le  jeune  prince  soit  aussitôt  armé  chevalier,  sinon,  ils 
abandonneront  Philippe,  le  jetteront  dans  une  prison  et  ser- 
viront Alexandre.  —  XXXVII.  Philippe  se  lève  et  ceint  à  son 
fils  une  épée  enchantée  que  la  reine  Pantalée  lui  avait  fait  por- 
ter par  une  fée.  —  XXXVIII.  Il  lui  donne  un  haubert  dont  la 
ventaille  était  d'or  d'Arabie,  et  un  heaume  de  Cornouailles  que 
le  roi  Arthur  avait  porté  en  mainte  bataille.  —  XXXIX.  Il 
lui  donne  un  écu  en  côte  de  poisson  dont  la  boucle  était  bor- 
dée d'orfroi,  et  au  milieu  duquel  était  figuré  un  lion.  Il  avait 
appartenu  à  Sanson ,  qui  le  donna  au  sage  Salomon ,  et  celui- 
ci  l'envoya  au  fort  roi  Philippe.  —  XL.  Philippe  lui  donne 
ensuite  un  épieu.  Le  forgeron  du  roi  Xerxès  en  forgea  le  fer. 
Ne  plaise  à  Dieu  qu'il  forge  jamais,  car  il  n'y  a  sous  le  ciel 
homme  qui,  frappé  de  ce  fer,  ne  meure  avant  d'avoir  pu  se 
confesser.  Le  roi  Philippe  prit  cette  épée  au  roi  Xerxès  dans 
la  bataille  qui  eut  lieu  sous  la  cité  de  Roais.  —  XLI.  Quand 


MANUSCRIT    DE    l'aRSENAL.  21 

Alexandre  fut  armé,  il  était  le  plus  beau  chevalier  qu'on  pût 
voir.  Il  monta  sur  Bucéphale  et  se  rendit,  suivi  de  tout  le  ba- 
ronnage,  au  lieu  de  la  quintaine.  —  XLII.  Il  éperonne  son  cheval 
et,  se  précipitant,  lance  baissée,  sur  les  écus,  il  les  brise  et 
renverse  les  pieux  qui  les  supportaient.  Les  barons  s'écrient  : 
«  Darius  est  en  mauvaise  passe  !  voilà  celui  qui  nous  acquittera 
«  du  tribut.  »  —  XLIII.  Sentiments  que  les  dames  éprouvent 
à  la  vue  d'Alexandre.  —  XLIV.  Le  damoiseau  descend  au 
pied  de  l'escalier  du  palais  ;  il  remet  son  cheval  à  Ephestion  et, 
tenant  par  la  main  Ptolémée,  il  monte  en  la  salle  où  le  man- 
ger était  apprêté.  —  XLV.  Les  crieurs  appellent  à  table  les 
chevaliers  ;  ceux-ci  ne  se  font  pas  prier.  Philippe  place  Alexandre 
en  face  de  sa  mère  qui  ne  pouvait  se  lasser  de  regarder  son 
fils.  —  XLVI.  Après  manger,  comme  on  enlevait  les  nappes, 
voici  qu'arrive,  de  la  part  de  Nicolas,  allié  de  Darius,  un 
messager  porteur  d'une  déclaration  de  guerre.  Alexandre 
réclame  le  commandement  de  l'expédition.  —  XLVII.  Le  roi 
Philippe  répond  à  l'envoyé  qu'il  enverra  son  fils  et  ses  che- 
valiers au  roi  Nicolas.  «  S'ils  ne  me  vengent,  qu'ils  n'aient 
«<  jamais  l'audace  de  reparaître  devant  moi!  »  —  XL VIII. 
Philippe  encourage  son  fils  à  bien  faire.  —  XLIX.  Alexandre 
saute  sur  le  dais  (la  table)  et  dit  à  ses  chevaliers  de  se  préparer. 
Ils  obéissent  avec  joie.  —  L.  Tumulte  qui  précède  le  départ; 
l'armée  s'élève  à  plus  de  deux  cent  mille  hommes.  Les  trom- 
pettes sonnent;  Philippe  leur  dit  :  «  Francs  chevaliers,  allez!  » 
—  LI.  L'armée  se  met  en  marche.  A  la  nuit  on  fit  halte  sous 
Montarin;  l'avant-garde  fut  confiée  à  Ephestion.  —  LU.  Le 
lendemain,  à  l'aube,  on  se  remit  en  marche.  Ce  jour-là  on  fit 
la  rencontre  d'un  pèlerin  de  bonne  mine.  Alexandre  le  tire  à 
part  et  l'interroge.  —  LIII-LIV.  Le  pèlerin  était  deTyr,  il  se 
nommait  Sanson  ;  d'abord  lié  d'amitié  avec  Darius,  il  lui  était 
arrivé  de  tuer  l'un  des  amis  de  ce  roi,  un  félon  par  qui  son  père 
avait  été  trahi  ;  obligéde  s'enfuir,  il  se  rendait  auprès  de  Philippe, 


22  MANUSCRIT    DE    L'aRSENAL. 

l'ennemi  de  Darius.  —  LV.  Il  avait  passé  la  nuit  en  la  cité  de 
Nicolas  et,  au  chant  du  coq ,  il  avait  entendu  seller  les  che- 
vaux et  des  troupes  se  rassembler.  —  LVI.  «  Ont-ils  beau- 
«  coup  de  monde.?  »  lui  demande  Alexandre.  Il  n'est  point  en 
état  de  répondre,  mais  si  on  veut  lui  donner  un  cheval  et  des 
armes,  il  ira  volontiers  explorer  les  forces  ennemies.  —  LVII. 
Alexandre  lui  fait  donner  un  cheval  et  des  armes  et,  l'ayant 
fait  son  messager,  veut,  en  témoignage  de  confiance,  le  baiser. 
«  Que  d'abord  je  vous  connaisse!  »  répond  Sanson.  — 
LVIII.  Alexandre  se  fait  connaître;  il  le  charge  de  proposera 
Nicolas  un  combat  singulier.  —  LIX.  Joie  de  Sanson.  Il  des- 
cend de  cheval  pour  embrasser  Alexandre  qui  met  aussi  pied 
à  terre.  —  LX.  Sanson,  accompagné  d'Ephestion,  se  met  en 
route.  Ils  arrivent  à  la  cité  de  Nicolas.  —  LXI.  L'écu  devant 
la  poitrine  et  l'épieu  baissé,  ils  parviennent  jusqu'à  la  tente  du 
roi.  Le  sénéchal  reconnaît  son  hôte.  —  LXII.  «  Voilà,  »  dit- 
il,  «  un  pèlerin  qui  but  hier  en  ma  coupe  d'or  fin.  Je  le  recon- 
«  nais  bien  à  son  manteau  et  à  ses  cheveux  blonds,  mais 
«  depuis  hier  il  a  changé  son  bâton  de  pommier  pour  cet 
«  épieu  de  frêne.  »  —  LXIII.  Sanson  reconnaît  à  son  tour  le 
sénéchal  et  dit  comment  il  a  eu  ses  armes  et  son  cheval.  — 
LXIV.  Interrogé  par  Nicolas,  il  déclare  son  nom  et  accomplit 
son  message.  —  LXV.  Nicolas  l'engage  à  quitter  Alexandre, 
ce  fils  d'un  enchanteur.  —  LXVI.  Fière  réponse  de  Sanson. 
Nicolas,  de  son  côté,  est  prêt  à  bien  recevoir  son  adversaire. 
—  LXVII.  Il  accepte  le  combat  singulier  qui  aura  lieu  sur  la 
colline,  en  présence  des  deux  armées.  —  LXVIII.  Sanson  se 
retire  en  prononçant  des  paroles  menaçantes.  —  LXIX.  Il 
revient  à  Alexandre  et  lui  rend  compte  de  son  message.  — 
LXX.  «  Nicolas  prétend,  »  dit-il,  «  que  vous  êtes  sorti  trop 
«  jeune  de  votre  pays,  et  que  le  jour  du  combat  vous  semblera 
«  durer  trois  mois.  »  —  «  Voilà  un  vilain,  »  reprend 
Alexandre,  «  par  Dieu!  de  tels  rois,  j'en  conquerrais  qua- 


MANUSCRIT    DE    L^ARSENAL.  2} 

*  rante!  —  LXXI.  Le  lendemain,  l'armée  se  met  en  route. 
Bientôt  elle  arrive  en  vue  de  Césarée.  L'armée  était  rangée 
hors  de  la  ville,  et  le  roi,  sur  la  colline,  était  revêtu  de  ses 
armes  et  prêt  au  combat.  Alexandre  se  fait  aussitôt  armer.  — 
LXXIL  Description  de  son  armement.  Il  ceint  une  épée  qui 
avait  appartenu  à  Raimbautde  Frise.  —  LXXIIL  On  lui  pend 
au  cou  un  fort  écu  à  boucle  couvert  de  la  peau  d'un  dauphin; 
c'est  un  poisson  qui  n'est  jamais  plus  heureux  que  quand  la 
mer  est  agitée.  Un  enchanteur  en  avait  uni  les  ais  avec  de  l'or 
d'Arabie.  —  LXXIV.  On  lui  amène  Bucéphale,  un  cheval  qui 
était  né  en  l'île  de  Miçaine  d'un  éléphant  et  d'une  dromadaire. 
—  LXXV.  Nicolas  recommande  à  ses  hommes  de  se  bien 
garder  de  prendre  part  au  combat.  La  lutte  s'engage.  — 
LXXVL  Nicolas  porte  le  premier  coup,  mais  sa  lance  se  brise 
sans  entamer  I?  haubert  de  son  adversaire.  Alexandre,  frappant 
à  son  tour,  démonte  Nicolas;  puis,  mettant  l'épée  à  la  main, 
il  lui  coupe  la  tête  avec  la  ventaille.  Il  envoie  à  son  père,  à 
titre  de  tribut,  le  heaume  de  son  ennemi.  Il  prend  la  ville  et 
en  distribue  les  richesses  à  ses  barons.  —  LXXVII.  Il  reçoit 
le  serment  des  habitants  et,  en  échange  de  leur  hommage,  il 
leur  rend  leurs  terres  et  leurs  fiefs. 


MANUSCRIT 


DE    L'ARSENAL 


lançon  voil  faire  par  rime  e  par  lioine 
)Del  fil  Felip  lo  rei  de  Macédoine, 
[Qui  tint  Espagne  deci  qu'en  Babiloine, 
ÎAise  e  Afrique  e  Tire  e  Sidoine, 
E  tôt  lo  mont  mist  en  si  grant  aigoine 
Qui  ne  le  volt  servir  par  son  espoine 
Nel  pot  garir  ne  l'escuz  ne  la  broine, 
Morir  l'estut,  que  n'i  quist  autr'essoine. 


I .  Ici  et  presque  toujours  par  est  abrégé.  Dans  Us  cas ,  tous  indi- 
qués en  note,  où  ce  mot  est  en  toutes  lettres,  il  y  a  tantôt  par  et  tantôt 
pcr,  formes  qui  se  rencontrent  l'une  et  l'autre  dans  les  chartes  du 
Poitou.  —  }.  A  cet  endroit  l'écriture  est  tellement  usée  par  le  frotte- 
ment que  le  dernier  mot  du  vers  est  seul  clairement  lisible.  Je  restitue 
le  commencement  d'après  /<  v.  25}.  —  7.  Les  deux  derniers  mots  sont 
douteux  :  on  distingue  quelque  chose  comme  lidroine. 


26  MANUSCRIT    DE    l'aRSENAL. 

II. 

Quant  Alix,  li  filz  Felip  fu  nez 
Par  molt  granz  signes  fu  li  jors  demostrez  : 
Li  ceuz  mua  totes  ses  calitez, 
Soleil  e  luna  perdirent  lor  clartez, 
Par  poi  ne  fu  li  jors  toz  oscurez_, 
Crolla  la  terre  e  se  mut  de  toz  lez, 
1 5     En  plusors  los  fu  granz  la  tempestez  ; 
Li  reis  Felis  fu  molt  espaventez 
De  cel  enfant  qui  si  fu  demostrez.  (y°) 

Ce  signifie  qu'il  sera  molt  senez 
E  que  li  enfes  conquerra  mainc  régnez. 


m. 


20     >r>.  uant  Alix,  nasqui  en  icel  jor 

V^Ot  lui  nasquirent  .xxx.  fil  de  contor 
De  Macédoine,,  del  fé  l'empereor; 
Cil  enfant  furent  de  l'ahé  lor  segnor. 
En  manctes  terres  li  conquistrent  honor; 

2  5     Tuit  lo  servirent  de  gré  e  par  amor  ; 
Por  lui  sofrirent  fain  e  sei  e  dolor 
Em  Babiloine,  en  Inde  la  major, 
En  l'aspre  terre^  en  la  superior. 
0  li  serpent  li  firent  la  paor. 


9.  Alix.,  toujours  abrégé  dans  le  ms.,  d'où  il  suit  qu'on  ne  peut 
savoir  si  le  copiste  entendait  donner  à  ce  mot  l's  du  sujet.  —  Ibid.  Felips. 
—  14.  Tôt.  —  26.  Por  est  figuré  par  un  p  barré;  de  même  w.  57, 
200, 22 1,230, 23  $,248, 260, 263, 3 18,343,35  5,  $20,642. —  /b/</.fai. 


MANUSCRIT    DE    L'ARSENAL.  27 

IV. 

^o     ¥    i  reis  Felis  ot  cel  enfant  molt  ger  ; 

i— <  D^un  de  ses  druz  li  a  fait  norricer. 

Oiimpias  em  preia,  sa  moller. 

Que  laida  fenne  ne  l'osas  atocher. 

Li  petiz  enfes  aveit  lo  cur  si  fer 
3  5     Que  lait  de  fenne  ne  voleit  alaiter 

Ne  la  vianda  de  sur  son  dei  coster. 

Une  pucele,  filla  d'un  chivaler, 

L'estoveit  paistra  à  un  orin  coller. 

V. 

Li  enfes  crut  d'ahé  e  d'escient 
^_  Plus  en  .vil.  anz  qu'autra  ne  fist  en  cent; 

Quant  que  il  veit  e  quant  que  ot  aprent. 
Losengeor  ne  prisa  il  nient 
Ne  sa  parola  plus  que  trespas  de  vent  ;        (f.  2) 
Chivalers  aime  e  honore  forment, 
45     Quant  que  il  a  tôt  lor  met  em  présent. 
Tant  par  es  larges  ne  prisa  or  ne  argent  ; 
Les  chivalers  teneit  toz  à  talent. 


VI. 


i  reis  Felips  quist  à  son  fil  doctors  : 
De  tote  Grèce  eslist  les  .vu.  mellors. 
50    Cil  li  aprenent  des  esteles  les  cors, 


l: 


j2.  pia.  —  j6.  coster  ne  convient  pas  à  la  rime.  P.-ê.  faut-il 
menger  (— »  mengier). 


28  MANUSCRIT    DE    l'aRSENAL. 

Del  firmament  les  soveirains  trestors, 
Les  .VII.  planètes  e  les  signes  auçors, 
E  les  .VII.  arz  e  toz  les  granz  autors, 
D^eschas,  de  tables,  d'espervers  e  d'ostors, 
j  5     Parler  ot  dames  corteisament  d'amors, 
De  jugement  surmonter  jugeors, 
Bastir  agait  por  prendre  robeors. 


Q! 


VII. 

uant  li  .VII.  maistre  l'orent  apris  forment, 
Un  en  i  ot  de  plus  grant  escient  : 
60     Sur  toz  les  autres  sot  cil  d'enchantement, 

Neptanebus  ot  nom,  men  escient. 

Par  lo  reaume  0  desient  la  gent 

Que  Alix,  ert  sis  filz  veirement; 

Plusor  0  distrent,  mas  il  ne  fu  nient  : 
6  5     Li  reis  Felis  l'engendra  veirement  ; 

Pois  l'enpeinst  Alix,  d'un  mur  au  fundament. 

Pois  l'en  pesa,  si'n  ot  lo  cur  dolent; 

Forment  lo  regreta,  mas  ne  valut  nient.         (v^) 

VIII. 

Tant  crut  li  enfes  qu'il  ot  .xv.  anz  passez, 
,  _  Molt  par  fu  proz  e  molt  de  grant  beuté  : 

Vars  ot  les  oilz  cume  faucons  muez. 
Tant  par  est  fers  de  nul  n'est  regardez. 
Gent  ot  lo  cors  e  les  flans  ben  mollez. 
De  totes  genz  esteit  forment  amez. 

62.  reaime,  —  66.  H.-ê.  il  au  lieu  rf'Alix.?  —  70.  beutez. 


f-  c^tmttrVdttîjttm'ttaftîmdttrniflrtr-. 
-V  MfotrlefoLVcumcfnutonrmu^;^ 
rV    totxCgpt^eftaŒ-fiwmt-Atn^ 

I    VL/ôttir'biftriltuifleWutuettc: 


I 


'/-%•- 
&-.^'- 


f   vTAa  u  fùm^ruoToimettr-. 

VW)nr>iA-  0^  «Tcolninututûa- 
"^    «mort  c^ul  p^  oir  tofoa. 

]    laeliFtur  AUtnCbfofvittotv 
9  AraudTtudllàbenaaliuretfbf^- 
"J   tlayUirtsft<9zt:ven&n^tiT>a. 
^    iftt'lof  twuuTuncuntcuJtmi- 
^û    uilîaatam  itlf  mrfinfcxmtniûJti 

^    V«»c  moeft-  fcçVncfuutfM^  tmuf- 
e   ttuu^4>art<3t  U)a^tet*tl^^:^eticLili^• 


MANUSCRIT    DE    L'aRSENAL.  2^ 

75     Pris  li  corages  d'aler  esbaneier; 

Ben  fu  vestuz  de  dos  pailes  roez, 

Pois  afiibla  un  mantel  de  cendé, 

Ben  val  mil  livres  de  deners  moneez. 

Ot  lui  esteit  de  jovne  gent  asez, 
80     De  filz  de  contes  e  de  filz  d'amirez 

Qui  tuit  lo  servent  volenters  e  de  gré 

Chivaus  lor  dona  e  muiez  sojomez. 


U 


IX. 

n  jor  s'alot  desdurre  par  un  pré 
Soz  lo  palais  de  la  reial  cité. 
85     Ot  lui  esteient  .v.c.  danceus  josté. 
A  sei  apele  Festivon,  Tolomé, 
Cil  dui  esteient  si  dru  e  si  privé. 
Frémir  oit  un  chival  engertré, 
Cuda  oir  lion  enchaené  ; 
90    Ses  druz  apele,  si  lor  a  demandé 
Ce  que  pot  estra,  ne  li  sia  celé. 


d; 


X. 

anz  Tholomés  parla  premeramentj 
«  Sire,  »  dist  il,  «  nel  cèlerai  nient, 
<i  Feus  sia  ja  siunques  vos  en  ment  :         (f-  0 
95     «  C'est  uns  chivaus  qui  manjoe  la  gent, 
«  De  mareschaus  a  mangé  plus  de  cent, 
«  E  cort  plus  tost  qu'acesmée  de  vent. 


7J.  csbaneicz.  —  77.  cendez,  —  80.  fil.  -—  81.  grez.  —  84.  solz, 
—  89.  lihon  e.  —  97.  qua  (abrégé  par  un  a  suscrit)  ces  mée. 


30  MANUSCRIT    DE    l'aRSENAL. 

«  N^a  sonc  d'aveine,  d'orge  ne  de  froment, 
«  Pain  cuit  manjoe  e  beit  vin  e  piment.  » 
100    Ot  le  Alix.,  desrenge  e  destent; 
Enqui  fera  mostrer  son  hardiment. 


d: 


XI. 

,ist  Tolomés.  «  Escolta  ma  raison  : 
D'un  tel  chival  poez  oïr  le  son 

«  Qui  plus  est  fers  que  tigres  ne  lion. 
105     «  Grant  a  la  gole,  de  denz  sembla  dragon. 

«  Li  reis  Felis,  quant  pot  prendre  larron, 

«  Il  ne  li  fait  autra  dampnation, 

«  Mas  au  chival  lo  dona  a  livreison  ; 

«  Il  l'a  plus  tost  geté  en  son  goitron 
1 10     «  Que  .XII.  lof  n'aureient  un  moton. 

«  Quil  dontera  reis  ert  sens  contençon. 

XII. 

Per  ma  fei,  sire,  molt  est  fers  li  chivaus, 
«  Hune  en  cest  segle  ne  fii  veûz  itaus. 

«  En  une  chartra  lo  tent  tis  pères  enclaus, 
115     «  Vers  lui  nen  ose  abiter  mareschaus  : 

«  Toz  les  menjoe,  e  les  bons  e  les  maus. 

«  Se  .v.c.  homes  i  aveit  ot  tinaus  (v") 

«  Nel  destreidrient  plus  que  fereit  un  chaus.  » 

Ot  le  Alix.,  desrenge  come  faus, 
1 20     Demostrer  volt  com  il  sera  vasaus. 

En  la  chartra  est  ben  enclos  li  chivaus 

102.  sire  d.  T   —  112.  Per  en  toutes  lettres.  —  118.  N.  d.  il. 


MANUSCRIT    DE    L'aRSENAL. 

Qui  plus  est  fers  que  nulla  rens  charnaus. 
En  une  tor  le  tent  li  reis  enclaus; 
En  tôt  lo  monde  ne  fu  veùz  si  maus, 
1 2  5     Alix,  lo  chetera  de  maus  ; 

Jusqu'à  petit  le  verra  li  chivaus. 


q: 


XIII. 

uant  à  la  chartra  pot  anceis  avenir, 
Il  ne  trova  qui  Pus  osast  ovrir; 
Fert  à  un  mal,  les  gons  en  fait  sallir. 

MO    Li  fers  chivaus  vit  son  segnor  venir, 
Les  pez  devant  comença  à  flatir. 
Baisa  lo  chef,  semblant  fait  de  servir. 
Quant  Bucifal  vit  son  segnor  venir 
Ce  sachez  ben  paor  ot  de  morir. 

1 3  5     D'ore  en  avant  li  covendra  servir; 
Li  reis  l'a  fait  molt  richement  norrir. 


XIV. 


q: 


uant  Bucifal  vit  venir  sun  segnor, 
Baisa  la  testa,  grant  semblant  fait  d'amor. 
E  Alix,  lo  prist  par  grant  vigor, 
140    Au  gef  li  mist  le  frent  fait  à  Monflor; 
Saut  sur  lo  dos,  si  s'en  eist  de  la  tor, 
Dreit  au  palais  en  vint  à  l'aumacor, 
Desfublez  fu,  si  ot  gente  color;  (f.  4) 

Contra  lui  vindrent  e  duc  e  vavasor. 
145     De  Bucifal  lor  vent  si  grant  freor 

140.  1.  f.  qui  fu  faiz. 


?2  MANUSCRIT    DE    L'aRSENAL. 

N'en  i  ot  nul  qui  n'oùst  grant  paor. 
Li  plus  ardiz  vosistestra  en  um  fort. 


XV. 


Par  les  degrez  s'en  monta  li  vasaus, 
De  desoz  lui  monta  danz  Bucifaus. 
1 50     Fers  fu  li  sires  e  fers  fu  li  vasaus, 
Par  mé  la  sale  tresvola  corne  faus, 
Despecce  tables  e  brisa  eschamaus  ; 
Tuit  li  plusor  fuient  à  lor  ostaus, 
Ce  lor  est  vis  cent  anz  dura  ciz  maus. 
1 5  $     Li  reis  Felis  dit  à  ses  seneschaus 
Qu'il  lo  défendent  ot  fiiz  e  ot  tinaus. 


XVI. 


Q 


uant  Alix,  vit  lo  rei  Felipon 
En  tel  paor  e  en  tel  suspiçon, 

E  de  la  sala  fueient  li  baron, 
160     Nus  d'eus  nen  osa  ester  en  la  maison, 

Del  fer  chival  desent  sur  un  perron  ; 

Par  un  fren  d'or  lo  rent  à  Festivon. 

Cil  lo  tent  plus  que  tigre  ne  leon^ 

N'ert  pas  mervelle  quar  il  sembla  dragon. 
16$     Li  filz  lo  père  en  a  mis  à  raison, 

Ne  laisera  ne  li  demant  un  don. 


147.  for.  —  148.  Par  en  toutes  lettres.  —  »Ji.  très  vola. 


v; 


MANUSCRIT    DE    l'aRSENAL.  5^ 

XVII. 

■int  Alix,  dreit  à  son  père  au  deis , 
Il  li  a  dit  :  «  Saus  siés,  sire  reis; 
«  Asez  soi  forz  e  soi  jovnes  e  freis,  (y°) 

1 70     «  Volet  que  sie  chivalers  o  borgeis  l 
«  Adobet  mei  à  quise  de  Greceis, 
te  Vostra  reaume  vol  metra  en  defeis  ; 
«  Si  vos  nel  faites  tornera  à  sordeis.  « 
Respont  li  pères  :  <c  Dit  avez  que  corteis.  )> 

XVIII. 

175     >^uant  la  novele  en  vint  à  la  reine  , 

v^Ele  seeit  de  devant  sa  cortine, 

Ensemble  lei  une  bêle  meschine, 

Qui  d'un  fil  d'or  aveit  lie  sa  crine, 

El'  afubla  un  bon  mantel  hermine, 
1 80     El*  est  venue  en  la  sala  perrine  ; 

Quant  veit  son  fil  corteisement  Pencline, 

Après  li  fu  molt  protchana  veisine , 

Ele  l'embrace  par  desoz  la  peitrine, 

De  lui  baiser  en  la  boche  ne  fine. 


XIX. 


85      •-^yuant  Pot  baisé  e  acolé  assez  : 


n 

V^^Beus  filz,  »  dist  ele,  «  bon  'ora  fussez  nez. 
«  Par  vos  ert  ben  li  fers  chivaus  dontez; 


167.  Alix,  en  vint  d.  —   171.  adob  et  un  signe  d'abréviation  qui 
parait  signifier  plutôt  et  que  ez.  —  17).  f.  o  t.  —  186.  bona  f. 

3 


54  MANUSCRIT    DE    L*ARSENAL. 

((  Vostra  deit  estra,  sire,  si  vos  volez. 
<(  Par  vos  ert  ben  li  règnes  governez  ; 
190     «  .XV.  ans  avez  et  quatra  meis  passez, 
«  Il  est  ben  dreiz  que  siez  adobez. 
«  Désormais  deivent  pareistra  voz  bontez.  » 
Respont  11  enfes  :  «  Mère,  merciz  e  grez.  » 

XX. 

Li  reis  Felis  qui  ne  fu  mie  lent 
.  ^ ,  A  la  reïna  parla  premerament  : 

«  De  vos,  reine,  vengent  li  vestiment, 
((  De  mei  vendrunt  li  autra  garniment.      (fol.  5) 
«  Vostra  fil  faites  bagner  astivement, 
«  E  sei  doncel  se  bagnent  epsament  ; 
200     «  Por  soa  amor  en  adoberai  cent.  » 

Quant  l'ot  li  enfes,  motes  merciz  l'en  rent. 
Il  li  encline  del  chef  hastivement. 


p^uai 


XXI. 

uant  la  reine  oit  lo  rei  parler. 
Fors  de  la  chambre  fait  les  dras  aporter  ; 
20^     PoisTi  a  fait  aus  donceus  comander 

Que  bagner  s'augent  là  jus  au  port  de  mer. 
Li  reis  a  fait  les  chivaus  amener, 
Totes  les  armes  lor  a  fait  aporter. 
E  la  reine  a  fait  ses  chivalers  mander, 
2 1 G     Lor  vestiment  lor  a  fait  aporter. 

Li  doncel  sallent  qu'ans  e  anz  en  la  mer. 

209.  Peut-être  faut-il  :  La  r.  a  f.  s.  donceus  m.?  —   211.   P.-ê. 
qui  anz  anz  (=  qui  ains  ains)?  locution  fréquente  en  ancien  français. 


S: 


MANUSCRIT   DE   L*ARSENAL.  5  5 

XXII. 

li  la  fusez  el  pré,  soz  la  marine, 
'Soz  les  degrez  de  la  salle  perrine, 

La  veissez  tanta  pellice  hermine, 
2 1 5     Tant  bel  bliaut  e  tanta  pel  martrine, 

Tant  jovencel,  tanta  bêle  meschine! 

Olimpias  i  esteit  la  reine 

D'un  vert  samiz  vestue  e  eschevie, 

Environ  lei  tendu[e]  une  cortine 
220    Qui  plus  reluist  que  cristaus  ne  verine. 

Ce  esteit  fait  por  oster  la  chaline. 


S' 


XXIII. 

i  lai  fiisez  soz  la  marine  el  pré, 
Desoz  la  sale,  très  au  pé  del  degré,  (yo) 

Lai  veïsez  tant  destrer  enselé , 
225     Tant  bon  hauberc  e  tant  escu  cloé, 
Tant  bone  espée  e  tant  brant  acéré, 
Tant  bel  pitral  e  tant  estré  doré, 
Tant  esperon  à  fin  or  nielé. 
Tôt  cist  herneis  esteient  asemblé 
230    Por  les  donceus  qui'n  serunt  adobé. 


XXIV. 

uant  li  donceil  issirent  de  la  mer 
Les  dras  lor  fait  la  reine  aporter, 

Aus  chamberllens  les  a  fait  despleier. 

Cil  les  lor  portent  sens  nesun  demander  ; 
2  ]  5     Chascuns  em  prist  por  son  cors  conreer. 


^6  MANUSCRIT    DE    l'aRSENAL. 

E  la  reine  vait  son  fil  atorner  ; 
De  chères  armes  le  fist  ben  afaiter. 
Son  conestable  a  fait  après  crier 
Que  la  quintaine  ne  volt  pas  oblier, 
240    Que  Alix,  i  fferra  corne  ber. 

XXV. 

Quant  Alix,  fu  bagnez  e  sis  druz, 
A  une  part  s*en  est  alez  toz  nuz. 

Uns"chamberllens  i  est  corranz  venuz; 

Braies  li  porta  e  chauçons  ben  cosuz, 
245     Chauces  de  paile  e  solerez  aguz. 

E  Tolomés  li  est  devant  venuz 

E  Festivons,  sis  amis  e  sis  druz, 

«  Sire,  »  dist  il,  «  porquei  n'estes  vestuz  ?    (f.  6) 

«  De  la  quintaine  sunt  cha  li  pel  feruz; 
250     «  Men  escient  cha  firunt  es  escuz.  » 


o; 


XXVI. 

ez,  seignor,  l'estoire  par  rime  et  par  leoine 
D'Alix,  lo  rei  qui  conquis  Garsedoine 
E  tote  Espagne  deci  qu'en  Babiloine. 
Molt  par  fu  proz,  plus  fist  que  Charlemaine ; 
2  $  5     Hune  tant  ne  fist  li  forz  reis  d'Alemaine. 
Molt  fu  proz  Alix,  e  sa  gent  fu  grifaine, 
Par  unt  que  ele  aut  tôt  derumpeit  e  fraine, 
Des  vergers  et  des  blez  fu  perdu  la  gahaine. 
Dant  Tolomés  l'apele  qui  forment  lo  laideine 

242.  Eu.  —  2p-6j.  Vers  manifestement  interpolés. 


MANUSCRIT    DE    L'aRSENAL.  37 

260    «  Porquei  n'estes  vestuz,  gémis  reis  de  Miceine  ? 
«  Cil  vostra  compagnon  ferent  en  la  quintaine. 
«  Je  vos  di  veir,  beus  sire,  fé  que  je  dei  Eleine, 
<(  Je  ne  vos  mentireie  por  tôt  l'or  de  Miceine.  )> 


Di 


XXVII. 

anz  Alix,  demanda  sa  chamise 
265      i-^E  la  reine  la  li  a  el  dos  mise. 

Unques  ne  fu  cosue  ne  reprise; 

Ovrée  fut  sur  l'aiqua  de  Tamise, 

Par  haute  mer  en  fu  portée  en  Frise 

Au  rei  Felipe  cui  ele  fu  promise. 
270    Or  l'a  li  enfes  cui  ele  fu  tramise, 

Ne  poeit  estra  en  nul  lo  meuz  asise. 

Qui  l'a  vestue  cha  sa  char  n'ert  malmise, 

Ne  de  luxure  ne  sera  trop  esprise. 

XXVIII. 

Sus  sa  chamisa  a  vestu  un  bliaut  ;  (v°) 

-, ,         Ben  pot  hom  dire  que  .c.  livres  d'or  vaut, 
Quar  quatra  fées  le  firent  en  un  gaut 
Sur  Babiloine,  el  poi  de  Monribaut  ; 
Sos  cel  n'a  home  si  hardi  cha  i  aut. 
Uns  enchanteres  qui  ot  [à]  nom  Rainbaut 
280     Par  grant  enging  fist  aveir  cel  bliaut, 
Par  un  oisel  c'um  apele  girfaut. 
Qui  l'a  vestu  n'a  trop  freit  ne  trop  chaut. 

XXIX. 

Desus  vesti  un  pelliçon  hermine  : 
Les  goles  furent  d'une  beista  marine 


^8  MANUSCRIT    DE    l'aRSENAL. 

28$    Qui  fu  trovée  el  lac  Sainte  Cristine  ; 

Panter  a  nom  e  luist  plus  que  verine, 

La  gole  ot  roge  e  tota  la  peilrine  j 

E  quant  lions  la  veit,  si  li  encline. 

Qui  Ta  sur  sei,  si  a  tal  médecine 
290     Que  cha  n'aura  pel  chanu  en  la  crine. 

XXX. 

Pois  afubla  un  bon  mantel  martrin 
Qui  fu  cuverz  d'um  paila  costantin. 
Li  reis  Felis  l'ot  d'un  rei  sarrazin 
Que  il  ocit  au  poi  de  Montarbin  ; 
295     Ben  vaut  .c.  livres  de  fm  or  peitevin. 
La  reine  le  traist  de  son  escrin  ; 
Son  fil  lo  dona,  au  nobile  meschin  ; 
Hom  qui  lo  porta  n'aura  cha  mal  de  vin , 
Tant  n'en  set  beivre  au  seir  ni  au  matin,      (f.  7) 

XXXI. 

300     x-^v  limpias  li  a  cent  un  baldrei. 

vy  cha  chivalers  qui  l'a  environ  sei 

N'ert  abatuz  ne  honiz  en  tornei. 

Pois  li  a  mis  un  tel  anel  au  dei , 

Si  com  reconte  cil  cui  ge  ben  en  crei, 
305     Hom  qui  lo  porte  cha  n'aura  trop  grant  sei. 

Monta  li  enfes  sur  un  blanc  palafrei, 

E  la  reine  lo  conduist  jusqu'au  rei. 

296.  [E]  la  r.?  —  joo.  cente. 


MANUSCRIT    DE    L'aRSENAL.  J9 

XXXII. 

uant  au  palais  fu  li  enfes  venuz 
Del  palafrei  est  à  pé  decenduz. 
^  I  o    Tozli  barnages  est  encontra  venuz  ; 

Plus  de  .v.c.  en  i  ot  de  chanuz 

E  autre  tanz  de  jovenceus  crenuz. 

N'i  a  celui  ne  li  renda  saluz 

«  Reau!  »  s'escrient,  «  nostra  reis  est  venus.  » 
515     Et  Alix,  s'en  est  molt  irascuz  ; 

Les  deus  en  jura  e  les  soes  vertuz 

Qui  rei  Papele  cha  ne  sera  sis  druz. 

XXXIII. 

Segnor  baron,  porqué  m'apelez  rei 
«  Quant  ge  de  terre  nen  ai  travers  mon  dei  ? 
320     «  Mas  g'en  aurai  encor,  si  cum  ge  crei, 
«  Si  Deus  garist  les  donceus  que  ci  vei. 
«  Il  me  serunt,  ce  cuit,  de  bone  fei, 
«  Je  lor  serai  tés  cum  estra  lor  dei.  » 
Quant  ot  ce  dit,  si  s'aproisma  dei  rei, 
325     E  il  lo  baisa,  si  l'asist  joste  sei;  (v") 

Remant  la  noise  par  la  sala  e  l'esfrei. 

XXXIV. 

Quant  par  la  sale  se  turent  li  baron 
Li  reis  Felis  mist  son  fil  à  raison  : 
«  Beus  filz,  »  dist  il,  «  molt  as  gente  faiçon; 

}2o.  gc  naurai. 


40  MANUSCRIT    DE    l'aRSENAL. 

330     «  Ben  te  convent  cil  hermins  pelliçon. 

((  Remembre  tei  de  la  succecion 

((  Que  t'estot  faire  vers  Daire  lo  félon.  » 
'  Dist  Alix.  :  «  A  nul  en  sa  prison. 

«  Ja  ne  port  je  lance  ne  confanon 
3  3  $     «  Si  ne  li  tranche  lo  chef  soz  le  manton.  » 

Dist  li  barnages  :  «  Ciz  a  cur  de  baron.  » 


p^uai 


XXXV. 

uant  par  la  sala  se  furent  tuit  teù 
Dans  Alix,  a  au  rei  respondu  : 
a  Père,  »  fait  il,  «  ne  parlez  del  treû  ; 
340     <(  Recréant  furent  tuit  cil  qui  l'unt  rendu. 
«  Ja  ne  por  ge  ne  lance  ne  escu 
<c  Si  gemais  n'a  vallissant  un  festu. 
<(  Por  sol  itant  cum  il  en  a  où 
«  Li  trancherai  le  chef  desor  le  bu.  « 
345     Dist  li  barnaches  :  «  Deus  t'em  prest  la  vertu!  « 

xxxvi. 

Forment  s'escrient  li  petit  et  li  grant  : 
«  Dreiz  empereres,  porquei  demorestant? 
«  Dona  à  ton  fil  armes  à  son  talant.  (f.  8) 

((  Si  tu  nel  fais  devendrons  sei  cornant; 
350     «  De  lui  ferons  e  segnor  e  garant; 
<(  Te  gurpirons  corne  rei  recréant. 
((  En  une  chartra  te  geterons  devant.  )> 
Quant  Pot  li  reis  si  se  dreiça  en  estant. 

3J0.  convint.  —  334.  Ja  ne  porte  je  mais  1.;  cf.  le  v.  341. 


MANUSCRIT    DE    lVrSENAL.  4I 

XXXVII. 

Quant  vit  li  reis  sa  maisnée  privée 
Por  Alix,  [e]  marie  e  troblée 
De  s^rmaûre  qui  fut  tant  demorée, 
Passa  avant,  vait  li  cendre  l'espée 
Qui  fu  forgée  ultra  la  mer  bethée. 
Une  reine  qui  ot  nom  Pantalée, 
560    Qui  em  batalla  en  soit  estra  armée, 
La  li  tramist  par  une  soe  fée. 
Sos  cel  n'a  home,  si  en  receit  colée, 
Que  gemais  sie  par  nul  home  sanée. 


A 


XXXVIII. 

uberc  li  done  o  entérine  malla 


565     -rV-De  l'or  d'Araiba  fu  tote  la  ventalle  ; 

Contra  lui  sunt  tuit  tuit  li  autra  coralle  ; 

Hune  ne  fu  hom  par  cui  il  face  falle. 

Pois  li  présente  l'elme  de  Cornualle  ; 

Li  reis  Artus  Tôt  man  jor  en  batalle. 
570    Pois  que  il  la  lace  par  dessus  la  ventalle 

Ne  pot  chaler  qui  fere  Jie  qui  malle. 

Cuverz  esteit  d'une  riche  toalle  ;  (v^) 

Li  gentis  reis  à  son  ger  fil  lo  balle. 

XXXIX. 

Escu  li  done  de  coste  de  peison  ; 
,,  j  La  bocle  fu  à  orfreis  environ. 


}  5  5 .  tropblée  ;  It  copiste  de  ce  ms.  a  une  propension  à  écrire  p  pour  b, 
insi  V.  2  j8  //  avait  écrit  despblez,  mais  il  a  pointé  lej».  —  }  jy.  passe. 


42  MANUSCRIT    DE   L'aRSENAL. 

Très  en  men  lo  ot  escri  un  lion  : 
Ce  signifie  la  ferté  del  baron. 
Il  fu  chadis  au  fortisme  Sanson 
Qui  lo  dona  au  saive  Salemon  ; 
380    Cil  lo  tramist  au  fort  rei  Felipon. 

Hune  en  cest  segle  ne  fu  veùz  si  bon, 
Quant  arme  i  ffert  resort  corne  bozon. 


E 


XL. 

spé  li  done  li  reis  Felis  enprès; 
Uns  febles  hom  i  oiist  tôt  son  fès  ; 

385     La  lance  fu  d'un  quarter  de  ciprès, 
Le  fer  en  fist  li  fevre  au  rei  Sercès. 
Cha  Deus  ne  place  que  il  forge  gemès  : 
Sos  cel  n'a  home,  si'n  es  feruz  d'eslès, 
Sempres  ne  moire  ainz  que  sia  confès. 

390    Li  reis  Felis  e  li  Macedonès 

Lo  tolirent  par  force  au  rei  Sercès 
En  la  batalla  soz  la  cit  de  Roès. 

XLI. 

><>w  uant  Alix,  fu  del  tôt  adobez 
V,A^s  espérons  a  en  ses  pez  fermez  ; 
395     Li  reis  sis  pères  les  li  aveit  donez  ; 
De  fin  or  furent  à  esmal  niellez. 
Hune  chivalers  ne  fu  plus  bel  armez; 
Poez  saver  qu'il  fu  ben  conreez. 
Bucifal  fu  devant  lui  amenez  :  (f.  9) 

391.  Tolirent  lo?  —  399  eî  ss.  Le  fol.  9  est  tout  entierd'une  main 
italienne,  et  y  à  ce  qu'il  semblej  du  XI V  siècle. 


MANUSCRIT    DE    l'aRSENAL.  4) 

400    Chère  ot  benfate/oregles  e  costéSy 

Cropa  reonde  e  fu  bene  enselez, 

Li  stref  furent  de  fin  or  adobez 

E  li  pitraus  fu  d*un  paila  envolsez , 

Fors  solame[n]t  les  rennes  tôt  li  frens  fu  dorez. 
405     Per  grant  vertu  est  li  donceus  montez; 

Ponc  par  les  rues  cumme  faus  abrivez  ; 

Grant  aleiire  en  est  venuç  aus  prez; 

Tôt  le  bernages  est  aprèf  lui  alez. 

XLII. 

Jouant  de  la  citfu  le  enfes  issuz, 
4 1 0     \Jpe  la  quintaine  furent  li  pelferuz. 

Bucifal  ponz  chi  li  saut  fait  menuz 

Quant  il  lo  broche  des  espérons  aguz; 

Basa  la  lança,  fert  per  mé  les  escuz, 

Trestot  les  a  peçoiez  e  fendus, 
4 1 5     Brisent  les  perche  et  li  pels  et  li  fuz. 

Per  grant  vertu  s* en  est  oltra  coruz. 

Dist  le  bernages  :  «  Daires  est  maus  venuz, 

«  Per  cestui  ert  aquitez  le  trauz.  » 

XLIII. 

Quando  Alix,  fu  oltra  trapasez, 
Ponç  Bucival  e  broche  per  les  prez; 
Fait  un  eslais  qui  mulî  perfu  loez, 


405  et  438.  Per  tn  toutes  lettres  ;  c'est  la  forme  que  j'adopte  comme 
la  plus  probable  pour  tous  les  cas  où,  dans  les  deux  feuillets  écrits  par 
un  Italien,  ce  mot  est  abrégé.  —  41 J .  Brisesent.  On  sait  que  briser  est 
en  ancien  français  aussi  bien  intransitif  que  transitif. 


44  MANUSCRIT    DE    L'aRSENAL. 

Pois  desendi  suz  la  sala  aus  degrez.  (y°) 

De  mantes  dames  (u  le  jor  esgardez  ; 
Dit  l'una  à  l'a[u]tra  :  «  Mult  e[st]  bene  acismez. 
42  5     «  Si  in  un  lit  estions  asemblez 

«  Que  a  plait  mis  cors  s'il  U  est  veezî  » 
Le  donceus  est  desenduz  aus  degrez 
De  îot[es]  partes  est  bene  evironez. 

XLIV. 

* 

Quant  Alix,  desendi  au  degré 
A  Festion  a  son  caval  livré; 
De  chères  armes  a  son  cors  désarmé, 
Su\s]  ses  spales  a  un  ma[n]tel  geté, 
Per  la  ma  prende  un  so  dru  Tolomé, 
Suso  en  la  sala  sont  ambidu  moln^té. 
435     Le  rés  lor  a  le  manger  apresté; 
Poez  saver  quHl  i  oî  à  pla[n]té  ; 
Li  baner  crient  l'ev[e]  par  la  cité. 


p; 


XLV. 

^er  la  cité  vont  criant  li  baner 
Aus  cavalers  que  il  aient  manger. 
440    //  /  vo[n]t  tutiy  ne  se  funt  pax  preger. 
Quant  lavé  ont,  lors  mans  vont  essuer. 
Li  res  Felips  asist  sum  fil  premer 
Dentro  les  dos,  très  davant  sa  moler  : 
Ço  ert  sa  mère  qui  sur  tôt  Pavoit  cher; 
445     Tant  fort  l'esgarde  ne  pot  de  l'oil  cegner.    (f.  1 0) 

425.  e.  à  lui  a,  — 426.  On  peut  corriger:  Mal  ait  m.  c.  si  il.  —  443. 
Sic.  On  pourrait  corriger  lo  deis  ;  cf.  v.  476. 


MANUSCRIT  DE  L  ARSENAL.  45 

XLVI. 

Quant  mangé  orent  li  reis  fait  napes  traire. 
Ec  vos  un  mes  de  la  cit  de  Cesaire, 

De  Nicolas  qui  s'acorde  à  rei  Daire; 

E  si  li  manda  guerre  li  voldra  faire. 
450     Quant  Alix,  a  oit  lo  contraire, 

Molt  ferement  en  regarda  sun  paire, 

E  en  après  li  a  dit  son  viaire  : 

«  Père,  »  dist  il,  «  done  mei  cest  afaire  ; 

«  Cha  Dés  ne  place  que  me  veez  mais  maire 
455     «  Si  ne  l'oci  o  pendo  corne  laire.  » 


l; 


XLVII. 

i  reis  Felis  est  levez  del  menger, 
Corteisement  a  dit  au  mesager  : 

«  Amis,  »  dist  il,  «  pensez  de  l'espleiter; 

«  Par  tei  voldrai  à  Nicolas  nuncer 
460     «  Que  ors  li  vol  Alix,  envier; 

«  Une  ne  reçut  si  corteis  mesager. 

«  Ensemble  lui  irunt  mi  chivaler. 

«  Se  il  de  lui  ne  me  poent  venger, 

«  Jemais  vers  mei  nenn  ost  uns  repairer.  » 

XLVIII. 

46  $      y    i  reis  Felipes  a  oit  le  mesage  : 

i-««  Beus  filz,  »  dist  il,  «  vos  oez  quel  ultrage 
«  De  Nicolas  qui  tant  est  plens  de  rage. 
«  Molt  prisa  poi  e  tei  et  ton  lignage  ; 


46  MANUSCRIT    DE    L'aRSENAL. 

u  Tu  iras  à  lui  e  raenras  mon  bamage 
470     <(  E  mostreras  iloc  ton  vasalage.  »  (y°) 

Et  Alix,  l'en  a  dit  son  corage  : 
«  Par  icel  Deu  qui  me  fist  à  s'image, 
«  Ne  io  garra  ne  l'escuz  ne  la  targe 
«  Que  de  son  cors  ne  li  face  damage.  »  • 

XLIX. 

475      r-xanz  Alix,  fu  de  cel  ost  baners; 

L'Saut  sur  lo  deis  cum  hom  qui  fut  litgers,    - 
Neguns  lions  ne  fu  unques  plus  fers  ; 
Corteisement  somont  ses  chivalers  : 
«  Segnors,  »  fait  il,  «  dites  aus  escuers 

480     «  Que  tost  vos  augent  amener  les  destrers. 
(c  Or  i  parra  qui  ert  bons  chivalers.  » 
Tuit  li  respondent  :  «  Nos  irons  volenters.  » 


L. 


Si  lai  fusez  à  l'esir  des  degrez , 
Molt  oûsez  debrisez  les  costez  : 
485     L'uns  empenc  l'autra  come  hom  forsenez; 
Plus  de  quaranta  en  i  ot  de  crevez  ; 
L'uns  voleit  estra  devant  l'autra  aprestez. 
A  dos  cenz  mila  les  a  li  reis  esmez  ; 
A  son  ger  fil  les  a  li  reis  livrez. 
490    Les  grailes  sonent,  de  fin  or  adobez  ; 

Pois  lor  a  dit  :  «  Franc  chivalers,  alez.  » 


469.  Prononcez  T'iras;  cf.  dans  Huon  de  Bordeaux  t'as  740,  t'ase- 
ûras  1279,  t'es  Ç012,  etc. 


L 


MANUSCRIT    DE    l'aRSBNAL.  47 

LI. 

i  escuer  se  metent  en  l^estrée  ; 
N'i  a  celui  qui  n'ait  lance  parée. 

De  bones  armes  luist  tote  la  contrée  ; 
495     Des  escuers  i  ot  grant  asenblée. 

Alix,  chivauge  desoz  une  valée,  (f.  1 1) 

Environ  lui  sa  maisnée  privée. 

Quant  vint  la  nuit,  qu'orent  fait  lor  jornée, 

Soz  NTonterin  herbergent  en  la  prée. 
500    A  Festivon  fu  Tengarde  livrée; 

Il  la  fist  ben  jusqu'à  la  matinée 

Que  li  soleiz  abati  la  rosée. 


L 


LU. 

a  nuit  herbergent  es  prez  soz  Montarin, 
A  Taube  clere  se  metent  el  chemin. 
505     Lo  jor  encontrent  un  corteis  pèlerin; 
Ben  resenblot  à  nobile  meschin  : 
Bliaut  aveit  d'un  paile  costantin, 
Sur  ses  espalles  geseient  si  bloi  crin, 
En  sa  main  porte  un  baston  pomerin. 
510    Quant  Alix,  lo  veit  lo  chef  enclin, 
A  une  part  lo  trait  fors  del  chemin. 


LUI. 


D 


ist  Alix.  :  «  D'un  estes  vos,  amis  ? 
Par  ma  fei,  sire,  de  la  cité  de  Tyrs. 


5 1  ).  Pour  obtenir  une  rime  exacte  il  faudrait  Tris,  forme  qui  existe; 
par  ex.  dans  Aye  d'Avignon,  v.  3489  :  Apolines  de  Tris. 


48  MANUSCRIT    DE    l'aRSENAL. 

a  Nés  soi  rei  Daire,  molt  fui  cha  sis  amis, 
515     «  Mes  avint  mei  d'un  sen  dru  que  ocis, 
((  Se  ne  fuïsa,  ne  fuse  ore  pas  vis. 
«  Querant  aloe  un  de  ses  enemis, 
«  En  penser  ai  à  gaster  son  pais, 
«  Men  escient,  ce  est  li  reis  Felis, 
520     «  Por  un  treù  que  tos  tens  li  a  quis. 

«  Si  lai  pois  traire  meudre  en  ert  li  estris.  » 


D" 


LIV. 

jst  Alix.  :  «  Amis,  cum  avez  non  ?  (v°) 

Par  ma  fei,  sire,  hom  m'apela  Sanson; 
«  Nés  soi  rei  Daire,  del  meuz  de  sa  maison, 
525     «  Mes  avint  mei  que  ocis  un  félon 

«  Qui  de  mon  père  aveit  fait  trahison. 
«  Fuiant  m'en  vois  dreit  au  rei  Felipon. 
«  Il  a  un  fil  qui  Alix,  a  non. 
((  Se  me  pois  metra  en  sa  succeccion 
530     ((  Vers  lo  rei  Daire  movrai  grant  contençon.  » 

LV. 

Dist  Alix.  :  «  Molt  est  proz  e  vassaus, 
«  Mas  en  quel  lo  fo  enuit  tis  ostaus  ? 
—  Par  ma  fei,  sire,  en  la  cit  Nicolaus; 
«  Me  herbercha  uns  de  ses  mareschaus. 
535     «  Quant  vint  au  jor,  que  il  chanta  li  chaus, 
((  Par  la  citté  ohi  les  mareschaus 


$  1 7-8.  La  suite  des  idées  serait  plus  claire  si  on  intervertissait  l'ordre 
de  ces  deux  vers. 


MANUSCRIT   DE   L'aRSENAL.  49 

«  Qui  comandoent  enseler  les  chivaus. 
«  Tota  la  genz  i  veneit  des  chasteus  ; 
«  Fors  de  la  vila  en  vi  toz  pleins  les  vaus; 
540    «  Men  escient  vos  alez  encontr^eus.  » 


D' 


LVI. 

ist  Alix  :  «  Amis,  hunt  il  grant  gent  ? 

Par  ma  fei,  sire,  il  Punt  grant,  verement; 
«  Je  no  'n  sai  pas  lo  nombre  à  escient, 
«  Mas  ballez  mei  un  bon  chival  corrent 

$45     «  E  unes  armes  qui  sient  à  talent, 
«  Jes  esmerai,  quar  jo  n'en  sai  nient. 
«  Si  lai  m'enveies  ge  irai  veirement.  (f.  1 2) 

«  Une  Nicolas  ne  garda  sairement  : 
«  Il  est  trahitra,  fei  mentie  epsament, 

550    «  Vers  lui  vodrai  mostrer  mon  hardiment.  » 


Di 


Lvn. 

anz  Alix,  li  dona  bon  destrer  : 
Fors  Bucifal  nen  aveit  nul  tant  cher, 
Totes  les  armes  qui  sunt  à  chivaler. 
Il  geta  jus  lo  baston  de  pomer, 
5  5  j     Saisist  les  armes  e  saut  sur  lo  destrer. 
Quant  il  fu  sus  ben  sembla  chivaler  : 
Gent  ot  lo  cors  e  lo  viaire  fer. 
Dist  Alix.  :  «  De  vos  faz  mesager, 
Mas  ors  te  vol  par  créance  baiser.  » 

5  J2.  //  semble  au  premier  abord  qu'il  y  ait  une  lacune  après  ce  vers; 
cependant  on  trouve  de  même,  v.  693-6,  une  énumération  dont  les 
diverses  parties  ne  sont  point  réunies  par  la  conjonction  e.  —  ^9*  volt. 


50  MANUSCRIT    DE    L'aRSENAL. 

560    Ce  dist  Sansons  :  «  Conoistrai  vos  premer.  » 

LVIII. 

Dist  Alix.  :  «  Molt  es  corteis,  Sanson, 
«  Jemais  vers  tei  ne  cèlerai  mon  non  : 

«  C'est  Alix.,  fil  le  rei  Felipon. 

«  A  Nicolas  vol  rendra  gueherdon 
565     «  Deu  rei  mon  père  que  gurpist  sa  rraison. 

«  A  lui  irez  e  vos  e  Festivon  ; 

((  Desores  vol  que  siez  compagnon. 

«  Ce  me  diras  à  Nicolas,  Sanson, 

«  Que  n'est  pas  ben  que  moirent  tant  baron. 
570    «  Par  nos  dos  cors  sia  la  contencon.  » 


l; 


LIX. 

i  pro[s]  Sanson,  quant  il  l'oit  parler, 

!  Une  ne  se  pot  à  tenir  de  plorer  :  (v^) 

«  Deus,  »  dist  Sansons,  «  te  poscha  aorer, 

«  De  mon  segnor  que  m'as  doné  trover  !  » 
575     Desent  à  terre  del  correor  destrer, 

Qu'el  lo  voleit  baiser  et  acoler, 

Et  Alix,  qui  lo  volt  honorer 

Desent  à  pé  e  fait  que  corteis  ber. 

Qui  les  veïst  baiser  e  acoler 
$80    De  frans  donceus  li  poùst  remembrer. 


LX. 


Q 


uant  Pot  baisé  e  acolé  asez, 

Pois  joi[n]st  ses  mains,  à  lui  s'est  commandez. 


MANUSCRIT    DE    L*ARSENAL.  5I 

Poist  apela  Festivon  son  privé  : 
«  Alez,  »  fait-il,  «  en  la  garda  de  Dé; 
585     «  Au  Creator  siez  vos  commandé.  » 
Ambedui  sunt  en  lor  chival  monté, 
Tant  chivaucherent  qu'il  virent  la  cité. 


LXI. 


uant  à  la  cit  sunt  li  doncel  venu 
^'ost  Nicolas  virent  de  fors  issu, 
$90     E  Sun  gran  tref  desus  un  poi  tendu. 

Devant  son  piz  met  chascuns  son  escu. 

Les  espez  baisent  e  pognent  de  vertu. 

Parme  tôt  Tost  en  sunt  au  rei  venu  ; 

Devant  son  tref  o  esteient  si  dru 
595     Li  mesager  sunt  à  pé  decendu. 

Sanson  parole,  Festivons  s'est  teû; 

Li  seneschaus  son  oste  a  coneù. 


LXII. 


L 


i  seneschaus  reconut  lo  meschin  (f.  1 3) 

E  dist  au  rei  sempres  en  son  latin  : 
00     «  Par  ma  fei,  sire,  ça  vei  un  pèlerin, 
«  Il  but  er  ser  à  ma  copa  d'or  fin  ; 
«  Se  li  donai  e  pain  e  char  e  vin; 
«  De  mon  ostal  se  leva  oi  matin. 
«  Sel  conois  ben  el  paila  costantin 
05     «  E  à  la  teste  0  pendent  si  bloi  crin. 

604.  Il  faudrait  al  de  mime  qu'il  y  a  k  lu  au  v.  suivant. 


52  MANUSCRIT   DE   L'aRSENAL. 

«  Il  a  changé  son  baston  pomerin, 
«  Men  escientre,  por  cel  espé  fraisnin. 
«  Qui  que  il  seit  ben  sembla  de  franc  lin.  » 

LXIII. 

Li  proz  Sanson  conut  lo  seneschal  : 
((  Sire,  ))  dist-il,  «  Deus  te  porgart  de  mal. 

«  0  tei  manchai  er  ser  à  ton  ostal, 
«  E  oi  matin  m'en  tornai  tôt  un  val 
«  Ultra  cel  bois,  enz  el  chemin  reial. 
«  Lai  encontrai  un  nobila  vasal, 
615     «  C'est  Alix,  qui  dona  cest  chival; 
«  Il  n'a  mellor  fors  lo  sen  Bocifal. 
«  Se  Nicolas  li  vol  tenir  estai 
«  Batalla'n  ert  une  ne  veïstes  tal.  » 

LXIV. 

Quant  Nicolas  a  oï  la  raison  : 
«  Amis,  dunt  es,  e  cornent  avez  non  ? 
—  Par  ma  fei,  sire,  hom  m'apela  Sanson. 
«  Nés  soi  rei  Daire,  del  meuz  de  sa  meison, 
«  Qui  m'a  chaicé  par  malvaisa  achaison.- 
«  Or  me  soi  pris  à  un  noble  baron,  (vo) 

62$     «  C'est  Alix,  filz  lo  rei  Felipon; 

«  Par  mai  te  manda  e  par  mon  compagnon 
«  De  la  batalla  seit  en  t'eslicion  : 
.    «  Cent  contra  gent  0  ton  cors  contrel  son.  » 
Respont  li  reis  :  «  Or  oi  ardi  guiton. 


615.  Peut-être  qui[m]  d? 


I 


MANUSCRIT    DE    l'aRSENAL.  55 

LXV. 

630      Y^er  Deu,  Sansons,  molt  par  es  enuiere  : 
1    «  Par  ma  citté  passas  er  corne  leire, 
V  .XXX.  citez  vi  tenir  à  ton  père. 
«  Il  est  mis  uncles,  je  sui  filz  de  son  frère  : 
«  Mis  cosins  es,  ben  deis  estra  ajuere; 

635     «  E  Alix,  fu  filz  d'un  enchantere. 
«  Gurpis  lo  fil  de  la  pute  de  mère; 
«  Pois  te  menrai  à  Daire  l'enperere.  » 
Respont  Sansons  :  «  Reis,  tro[p]  par  es  parlere. 

LXVI. 

Par  Dé,  dan  reis,  molt  avez  dit  grant  falle, 
__,_  t(  Vostra  consel  ne  pris  une  mealle. 

«  Nen  est  pas  dreiz  que  à  mon  segnor  falle  ; 
«  Por  dreit  nient  querez  la  desevralle. 
«  Mas  faites  sus  traire  ceste  rencalle  : 
«  Il  esttoz  prez  que  vostra  cors  asalle.  » 
645     Respont  li  reis:  «  N'est  pas  ben  que  l'en  falle. 
«  Se  Alix,  vent  vers  mei  en  batalle, 
«  Nel  défendra  ni  escuz  ne^ventalle 
«  Que  tôt  nel  fenda  enlros  qu'en  la  coralle. 

LXVII. 

L'oz  Alix,  seit  lai  oltra  passée  (f.  14) 

. ,_  «  E  li  men  seient  de  deçai  en  la  prée; 

6}o.  Per  en  toutes  lettres.  —  634.  //  faudrait  bem.  —  6J9.  Par 
en  toutes  lettres. 


54  MANUSCRIT    DE    l'aRSENAL. 

«  Soz  le  pin  seit  la  bataille  fermée, 
«  Quar  Alix,  meine  trop  grant  potnée. 
«  S^al  premer  cop  eschape  de  m'espée 
(c  Ne  pris  ma  force  une  pome  parée, 
655     «  Ben  porra  dira  ne  val  une  tostée. 

«  Trop  par  es  jovne  issuz  de  sa  contrée.  » 
Quant  l'ot  Sansons  par  poi  ne  traist  s'espée. 


LXVIII. 


f: 


lous  reis,  »  fait-il,  «  molt  poez  menacer, 
«  Vostra  menace  ne  pris  mie  un  dener  ; 

660     «  Quant  vos  verrez  Alix,  au  vis  fer 
«  Plus  lo  crendrez  que  aloe  esparver. 
«  Or  vent  li  jors  qu'il  se  voldra  venger, 
«  Qu'il  vos  toldra  la  corona  d'ormer.  » 
A  icest  mot  si  sunt  pris  li  destrer, 

66^     Par  les  estrés  montent  li  chivaler. 
Tant  chivaugerent  li  corteis  mesager 
Que  à  lor  gent  vindrent  à  l'arberger. 


Qïï' 


LXIX. 

uant  li  mesage  sunt  venu  à  lor  gent 
Li  proz  Sansons  del  bon  destrer  desent, 
670     E  Festivons  sis  companz  epsament. 

A  une  part,  auques  secreement, 

0  Alix,  firent  lor  parlement  ; 

Que  dux  que  contes  i  ot  ben  plus  de  cent. 

E  dist  au  rei  molt  afaiteament  :  (v°) 

65).  Se  il  del  p.  —  664.  Corr.  as  destrers  ? 


MANUSCRIT    DE    L'aRSENAL.  55 

«  Par  ma  fei,  sire,  Nicolas  vos  atent; 

«  De  la  batalla  n'eschiva  il  nient, 

«  Par  voz  dos  cors  sera,  men  escient.  » 

LXX. 

Li  proz  Sansons  reparla  en  greceis  : 
«  Par  ma  fei,  sire,  encors  dist  il  sordeis  : 
«  Que  trop  es  jovnes  issus  de  ton  paeis 
«  E  estes  fous  e  fera  vos  ce  peis. 
«  S'a  lui  jostez  par  vos  dos  el  chaumeis, 
«  Cha  de  son  cop  n'eschaperez  anceis 
i<  Tros  que  li  jors  vos  semblera  treis  meis.  » 
Dist  Alix.  :  «  Or  ci  vilain  corteis. 
«  Par  icel  Deu  de  cui  ge  tenc  mes  leis 
a  J'en  conquerreie  de  tés  quaranta  e  treis.  »      " 


a; 


LXXI. 

icest  mot  hunt  lor  consel  fine  ; 
•La  nuit  herbergent  li  baron  par  lo  pré 
690    Jusqu'au  matin  que  parut  la  clarté. 

Sonent  li  graisla,  au  gemin  sunt  entré. 

Tant  chivaugerent  li  chivaler  prové 

Que  de  Cesaire  virent  la  fort  cité, 

L'ost  Nicolas  defors  tôt'  asemblé, 
695     Le  rei  meisme  suz  lo  pin  adobé, 

Prest  de  batalle  e  de  son  ost  sevré. 

Quant  Alix,  vit  lo  rei  adobé 

Fremist  e  jure  à  guise  de  desvé. 

698.  //  manque  certainement  un  vers  entre  les  w.  698  et  699,  omission 


56  MANUSCRIT    DE    L'aRSENAL. 

E  Festivon  cui  il  l'ot  commandé.  (f.  1 5) 

700     D'un  vert  samit  son  bon  aubère  foré 

0  un  cisel  menuement  ovré 

Danz  Alix,  l'a  en  son  dos  geté, 

E  la  ventalle  li  lacent  si  privé  ; 

Pois  lacce  l'eume  qui  vaut  une  cité  ; 
70$     Sol  li  jargonce  del  cercle  d'or  listé 

Relusent  plus  que  chasteus  enbrasé. 

LXXII. 

L'espée  prent,  si  la  cenc  à  sa  guise  g^ 

Desoz  l'auberc  sur  la  pellice  grise, 

Quant  plus  l'estrenc  sis  ardime[n]z  aguise; 
710     Ela  fu  cha  au  fort  Rei[m]baut  de  Frise  ; 

Molt  a  duré,  unques  ne  fu  malmise; 

Cent  anz  e  plus  fu  en  un  sarco  mise. 

Reis  Nicolas  vit  mal  la  guerre  enprise, 

Morz  ert  e  pris,  fuient  en  la  devise  ; 
7 1 5     Nel  défendra  ni  escuz  ni  chemise, 

Elme  ne  brogne  qui  sur  lui  seit  assise 

Que  tôt  nel  fende  deci  qu'en  la  peitrise. 


LXXIII. 


u  col  li  pendent  un  fort  escu  bocler, 
Desus  ert  volt  d'un  grant  peison  de  mer, 
720     Daufm  lo  claiment  cil  qui[l]  sevent  nommer, 


A' 


qui  s'explique  d'autant  mieux  qu'au  vers  699  commence  un  nouveau 
feuillet.  On  pourrait  proposer  :  S'a  son  aubercmaintenant  demandé. 

—  708.  Desor.  —  714.  //  serait  plus  naturel  de  lire:  Pris  ert  e  morz. 

—  716.  asissç. 


MANUSCRIT    DE    l'aRSENAL.  57 

Grant  joie  meine  quant  veit  Taiqua  trobler. 
Li  enchanteres  qui  fist  les  es  joster, 
Ot  l'or  d'Araibe  sarcir  e  treschiter, 
Par  nigromance  les  i  fist  acobler.  (v«) 

725     E  cil  lo  prent,  qui  cuda  surmonter 
Totes  les  genz  o  il  pensa  abiter. 

LXXIV. 

Antigonus  Bucifal  li  ameine, 
Un  bon  destrer,  une  ne  mancha  d'aveine. 

Engendrez  fu  en  Tisle  de  Miceine 
7J0     D'un  olifant  e  d'une  dromedaine. 

.XX.  anz  e  plus  lo  fist  norrir  en  laine  ; 

Li  reis  Felis  l'en  traist  à  molt  grant  peine. 

La  sele  fu  de  l'os  d'une  batleine, 

E  cel  i  monta  quil  tint  en  son  domeine. 
735     Quant  il  fu  sus  un  saut  fist  par  l'areine; 

Plus  esnist  cler  que  ne  ne  chanta  sereine. 

Nicolas  est  entrez  en  molt  mala  setmaine, 

Or  est  li  jors  venuz  qu'il  en  aura  estreine. 

LXXV. 

Quant  Nicolas  vit  adobé  lo  rei 
A  ses  homes  parole,  si  lor  dit  en  segrei 
Que  cha  nus  d'eus  mal  ir^  après  sei, 
Oniz  sereit,  si  emfrandreit  sa  lei. 


7J7-8.  Cts  vers  paraissent  interpolis.  —  7Î9-  lo  re»  adobei.  — 
740.  P.-i.  parle  à  ses  homes.  —  741-  La  première  leçon  était  mal 
les  aut  apresser  et  a  été  corrigée  en  interligne  et  en  marge. 


58  MANUSCRIT    DE    l'aRSENAL. 

Baisa  la  lance,  met  l'escu  devant  sei; 
E  Alix,  vint  vers  lui  à  desrei, 
745     Lance  baissée,  le  confanon  desplei, 
De  grant  vertu  se  ferent  li  dui  rei. 


Di 


LXXVI. 

^anz  Nicolas  l'a  premeiran  féru 
Desoz  la  bocle,  très  en  mi  sun  escu  ; 

Ne  l'entama  vallisant  un  fesîu,  (f.  1 6) 

7$o    Sa  hasta  brixa,  le  confanun  perdu. 

Quant  Alix,  le  vit  si  irascu 

Sum  bom  corage  nen  a  mie  perdu; 

Baisa  la  lance,  fert  per  mé  sum  escu 

Que  tôt  li  a  dépecé  et  fendu, 
755     Lo  blanco  ubergo  desmalé  e  rompu. 

Vasta  fu  fort,  il  l'empe[in]t  de  vertu, 

Rompet  les  ceingles,  le  arçom  sunt  fendu, 

Petral  ne  reine  ne  li  a  rein  valu, 

Plena  Vasta  l'a  a  campo  abatu; 
760     Bucifal  broca,  sur  li  est  coru; 

Se  Deus  ne  pensa  ça  sera  malvenu. 

Del  for 0  trait  les  bom  brando  amolu, 

Le  qués  che  set  i  aura  ça  perdu, 

Asavement  l'a  el  costé  féru. 
76  5     Le  chevo  0  tota  la  ventayle  li  a  sevré  del  bu, 

Una  grant  tesa  si  chi  îuti  l'ont  veii; 


749.  Ce  feuillet  est,  comme  le  fol.  9,  d'une  main  italienne.  —  754. 
Ici  et  aux  vers  -jj-j,  778  et  794^  et  est  en  toutes  lettres  ;  partout  ail- 
leurs il  y  a  t  ou  un  signe  abréviaîif  qui  peut  être  rendu  indifféremment 
par  e  ou  par  et. 


MANUSCRIT    DE    L'aRSENAL.  59 

Prende  le  nasal,  Aristé  l'a  rendu; 
Per  Festivon  son  ami  e  son  dru 
L*a  à  son  père  envié  per  îrehu; 
770     N'a  pas  falli,  del  tôt  l'en  a  chalu, 
La  citté  prisî  e  tôt  que  mantenu 
Sum  blanc  argent  e  toi  son  or  moluy 
Tôt  lo  dona  e  tôt  l'a  dispendu 
A  sum  bar  nage  qui  emprès  l'a  seii.  (v®) 

LXXVII. 

775      va  citté  prist  e  tôt  lo  mandement, 

L-i  Sales  e  tors  e  tôt  qui  ço  apent, 

P ailes  d'Aufriqua,  lo  vin  et  lo  piment, 

Destrers  et  muls  e  tôt  l'or  e  l'argent  ; 

A  son  barnage  dona  tôt  e  despent. 
780     Ceus  de  la  vile  a  pris  per  sairement, 

Per  homenage  e  per  aliement 

Qu'il  liferunt  tôt  son  commandement; 

Totes  lor  terres  e  tôt  lor  feu  lor  rent. 

Apres  orrez  tôt  atiréement 
785     De  ses  proeises,  de  son  conquerement. 


d: 


e  Daire  lo  persant  si  cum  il  l'oi  conquis  ' 
E  del  rei  Porus  dinde  ^  qu'il  chaiça  e  ocis 
E  des  bones  Artus  que  il  trova  e  quis, 
E  de  la  fort  cité  î  Babiloine  qu'asis. 


I.  Ce  vers  et  les  i{  suivants  correspondent  à  M.  249,  2  j -2 50,  4. 
-  ?.  Prons  doindc.  —  j.  citre. 


6o  MANUSCRIT    DE    l'aRSENAL. 

E  de  la  voit  de  l'arbre  qui  de  sa  mort  li  dis, 

Issi  cum  '  Apeles  Vimage  contrefis^ 

De  Got  e  de  Magot  que  il  inclaust  e  pris 

Que  gemais  rCenn  istrunt  tros  venquege  Anîichrisy 

Del  duc  de  Palatine  qu'il  pendi  et  ocis, 

E  si  cum  Aristoîes  l'entroduist  e  apris, 

La  virîé  de  Vestoire  si  cum  li  reis  le  fis  ^^ 

Un  clers  de  Chasteldum,  Lamherz  li  ton,  Vescris  î, 

De  latin  o  il  ère  qui  en  romanz  la  mis. 

Ce  fu  el  mei  de  mai  que  hom  dit  roveisons 
Qu'Alix,  repare  4  de  desduit  de  faucons 
A  son  maistre  vient  e  à  ses  compagnons. 


Fol.  17.  La  moitié  supérieure  de  la  page  est  grattée.  On 
distingue  encore  la  lettre  initiale  de  chaque  vers,  les  deux  pre- 
miers exceptés  :  q,  c  {?),  s,  l,  h,  d,  s,  c,  c,  t.  Le  texte  pour- 
suit ainsi  : 

Per  brés  e  par  mesages  quant  Daires  ot  apris 
Que  Alix,  s'est  de  la  guerre  antramis, 
Par  trestotes  ses  terres  enveie  ses  corlis 
E  manda  à  toz  ses  homes  que  ben  seit  chascuns  fis 
5  Cil  qui  no  ert  à  lui  entros  qu'à  ,xv.  dis 
Qu'il  em  perdra  les  menbres;  ne  l'en  sereit  aidis 
Li  ors  ne  11  argenz  que  ot  Semiramis. 
E  quant  ot  asemblé  la  gent  devers  Tigris 


I.  E  sacu.  —  2.  r.  l'escris.  —  3.  t.  la  fis,  —  4.  reparent. 

I  et  suiv.  M.  254,7.  "~-  Per  en  toutes  lettres.  —  j.  M.  desi  à  .xv. 


MANUSCRIT   DE   L^ARSENAL.  6l 

Si  ot  .XXX.  itant  genz  qu'Alix.  n*ot  Gris; 

10  Mas  par  ço  fu  oniz  e  à  la  mort  aquis 

Qu'aus  filz  de  ses  garçons  aveit  son  consel  mis, 
Donées  gentis  fennes  e  es  onors  asis. 
Cil  li  unt  si  son  règne  afolé  e  malmis ,  (v°) 

Les  vilains  cunfunduz  e  les  borgeis  enquis, 

1 5  Ceus  qui  ne  se  rehement  enmenoent  toz  pris  ; 
A  lor  mollers  en  ont  molt  grant  aveir  tramis. 
Les  povres  chivalers  ceus  par  teneit  si  vis 
Qu'asez  sunt  plus  dolent  que  se  il  fusant  pris  ; 
E  huntes  et  contraires  hunt  tant  fait  aus  gentis 

20  N^a  home  en  sa  contrée  ne  li  seit  enemis. 
E  quant  vent  au  besong,  sur  l'aiqua  de  Gangis, 
A  dit  li  uns  à  l'autra  :  «  Cha  n'ait  sanc  paradis 
«  Qui  por  malvais  segnor  se  lait  nafrer  el  vis, 
«  Ne  qui'n  receit  colée  desur  son  escu  bis  ! 

2  5  «  Combatent  sei  li  serf  dunt  il  a  fait  marquis, 
<f  Qui  noz  avers  nos  tolent  e  tenent  por  chaitis  ! 
«  Cha  cil  n'aura  la  terre  qui  nos  en  face  pis.  » 
Or  s'entorna  chascuns  tôt  dreit  en  son  pais  ; 
Daires  remest  el  champ  come  hom  ses  aidis, 

30  Veit  en  aler  les  sens,  si  s'en  torna  fuidis; 

E  a  dit  à  ses  homes  :  «  Cest  mal  m'avez  vos  quis  : 
«  Tant  lor  avez  fait  tort  e  desur  eus  enquis 
«  N'a  baron  en  ma  terre  ne  me  seit  enemis, 
«  Asez  lo  me  mostrerent,  hune  dreit  ne  lor  en  fis; 


14.  M.  h.  ocis;  789  aquis.  —  16.  Manque  dans  Af.,  mais  se  trouve 
ailleurs.  —  2j.  por  par  un  p  barré;  de  même  w.  51,  70,  74,  92,  — 
2j.  li  fers.  —  29.  Af.  com  li  h.  sans  amis;  789  corn  om  amateïs. 
—  }i.  Af.  à  ses  sers. 


62  MANUSCRIT   DE   L^ARSENAL. 

3  5  «  Or  m'en  peisa  forment,tart  est  li  repenti(r]s;  (f.  1 8) 
«  De  vos  me  vencherai  si'n  poi  estordre  vis.  » 


Di 


^aires  fait  sa  besogna;  quant  il  [I']  ot  ordenée 
Molt  par  i  ot  grant  masse  de  la  gent  desfaée. 

Quant  il  furent  ensens  e  l'ost  fu  asemblée, 
40  Ensi  cum  li  reis  l'ot  somose  e  ordenée, 

Molt  en  i  ot  petit  que  son  cors  ne  agrée. 

E  Deus  !  tant  bêle  lance  i  fu  lo  jor  mostrée  ! 

Clers  fu  li  jors  e  beus  e  gente  l'avesprée , 

Des  riches  armes  luist  trestote  la  contrée, 
45  Tant  bon  destrer  esnis  par  icele  contrée, 

Tant  bon  hauberc,  tante  sele  dorée. 

De  la  gent  Daire  i  ot  grant  asemblée, 

Aus  povres  chivalers  a  tolut  lor  soldée. 

Ce  fu  el  meis  d^avril,  un  poi  devant  l'essue, 
,  -        Qu'Alix,  li  reis  a  sa  gent  esmoùe, 
Por  aler  desur  Daire  à  la  teste  chanue. 
Grant  fu  la  gent  qui  lo  jor  fu  moue  ; 
Morz  sera  reis  Daire  sens  nulla  retenue. 
Sur  l'aiqua  de  Gangis  la  r[i]vere  unt  tenue. 
5  5  Alix,  chivaucha  sur  la  mule  crenue, 

Molt  ot  gent  cors,  fere  l'esgardeure,  (v°) 

Grant  paor  a  cil  qui  veit  sa  figure. 

Li  chivaler  chivaugent  la  petite  amblaùre. 

37-48.  Cette  laisse  manque  dans  M. — 40,  cume.  —  49.  le  m.  — 
49  et  suiv.  Cette  laisse  et  la  suivante  sont  placées  dans  les  autres  mss. 
avant  les  deux  précédentes,  M.  2J2, 34  et  suiv.  —  52-59.  Manquent 
dans  M.,  excepté  le  v.  54  qui  revient  plus  loin  (v.  62)  et  naturellement 
ne  se  trouve  qu'une  fois  dans  M.  —  53,  Corr.  M.  ert.  —  58.  âbblaure. 


MANUSCRIT    DE    l'aRSENAL.  6^ 

La  terre  Daire  ert  tote  confondue, 
60  Portent  li  chivaler  falcon  de  terce  mue 
E  girfaus  ben  muez  et  faucs  de  quinte  mue. 
Sur  l'aiqua  de  Gangis  la  rivere  hunt  tenue  ; 
Ne  remant  sur  la  rive  cigne  ne  bone  grue 
Que  ne  seit  des  faucons  e  prisa  e  retenue. 
65  Alix,  chivaucha,  qui  molt  fort  s'esvertue, 
Totes  les  terres  depece  e  fondue, 
Perdue  est  la  bleve  e  la  grant  semeùre. 
Les  vignes  sunt  gastées  e  totes  derompues, 
Totes  les  genz  des  vignes  à  la  cité  s'en  fue 
70  Por  la  paor  de  l'ost  qui  si  fere  est  moue. 


60-1.  Pour  ces  deux  vers  il  y  a  dans  M  :  Portent  girfaus,  fau- 
cons, oisiaus  de  mainte  mue,  et  dans  789  :  P.  faucons  mués,  gir- 
faus de  quinte  m.,  vers  qui  prend  place  après  le  v.  62.  —  64.  Qi  de- 
scit.  —  6J-85.  Ces  vers  sont  un  remaniement  de  M.  2J3,  5-17.  Voici 
ce  dernier  texte^  corrigé  à  l'aide  de  375  et  de  789  : 

Li  rois  est  à  sejor,  ne  vaut  sa  gent  menue 

Lasser  ne  anuier,  car  tost  l'aroit  perdue 

Tant  les  maine  souef  que  l'ost  s'est  enbatue 

En  la  tiere  roi  Daire  por  cui  ele  est  mcûe  ; 
10  Et  puis  que  ele  fu  en  la  tiere  enbatue 

Ceurent  par  la  contrée  k'il  trouvèrent  vestue. 

Peçoient  hors  et  viles,  castiaus  sans  retenue; 

.11.  cités  i  ont  arses  et  la  tiere  fondue; 

Prendent  vin  et  forment  et  ferine  molue, 
1 5  Et  pain  et  car  salée  et  de  la  quite  et  crue, 

Or  et  argens  et  dras  et  monnoie  batue  ; 

Riens  qu'il  voellent  avoir  ne  lor  est  desfendue. 

Plusieurs  de  ces  vers  se  sont  conservés  dans  Ars.:  71-4  -=■  6-9; 
76-8  rappellent  lo-ii;  80-3  correspondent  à  14-7;  84=  13.  Restent 
donc  les  w.  6J-70,  7$  et  -jç)^  qui  doivent  être  laissés  au  compte  de 
l'auteur  du  remaniement  et  pour  lesquels,  par  conséquent,  il  n'y  a  pas 
lieu  à  correction.  Les  w.  66  et  j s  se  répètent  et  semblent  inspirés  des 
w.  j  9  ou  84;  le  V.  79  répète  à  peu  près  le  v.  J9  qui  est  également 
interpolé. 


64  MANUSCRIT    DE    L^ARSENAL. 

Li  reis  vait  à  sejor,  ne  vol  la  gent  menue 
Travaller  ne  lasser,  quar  tosl  l'oùsl  perdue. 
Tant  la  mena  soef  qu'ele  s'est  embatue 
En  la  terre  au  rei  por  qu'ela  ert  moue 

75  Totes  les  viles  arses  e  la  gent  confondue. 
E  poises  que  l'ost  fu  en  la  terre  férue, 
Gasterent  la  contrée  qui  molt  esteit  remplue 
De  tôt  lo  ben  del  mont  e  garnie  e  vestue.      (f.  1 9) 
Alix,  chivauge  tôt  sa  grant  amblaûre, 

80  Prenent  pain  e  froment  e  farine  molue, 
Or  e  argent  e  dras  e  monée  batue. 
Vin  veil  e  char  salée  0  seit  0  cuite  0  crue, 
Ren  qu'il  voilent  aveir  ne  lor  est  contendue. 
Dos  cittez  li  unt  arses  e  la  terce  fundue, 

8j  Par  unt  que  que  il  augent  la  terre  est  confondue. 
Daires  ot  la  novele^  quant  il  l'ot  entendue 
Fremist  e  devint  ners  e  toz  li  sans  li  mue. 
De  mautalant  a  si  la  parole  perdue 
Que  il  ne  pot  parler  plus  c'une  beste  mue, 

90  Anz  art  d'ire  e  esprent  e  la  chars  li  tressue. 
E  quant  l'ardors  li  fu  un  poi  recorreiie. 
Si  se  dreice  em  pez  por  la  mesavenue. 
Il  tire  e  depeile  sa  grant  barba  crenue 
Molt  par  a  grant  dolor  de  la  descovenue. 

95   Entros  qu'à  quatre  jors  aura  tel  avencture 
Une  tés  ne  vi[n]t  à  home  par  sa  mesavencture. 


75.  viles,  le  copiste  avait  d'abord  écrit  vignes.  —  77.  remplue, 
le  copiste  avait  d'abord  écrit  pleure.  —  83.  Rren.  —  92-6.  Les 
vers  qui  se  trouvent  dans  M.  à  l'endroit  correspondant,  sont  tout 
différents. 


D 


MANUSCRIT    DE    L'aRSENAL.  6$ 

aires  tramet  ses  hommes  au  fort  roi  Alix., 
Et  cil  i  sunt  aie  qui  ne  l'osent  ofendre. 


Après  cette  laisse  reparaît,  cette  fois  à  sa  vraie  place,  celle 
qui  a  été  transcrite  plus  haut  : 

Per  brés  et  par  mesages  quant  Daires  ot  apris 


Mais  elle  n'est  pas  donnée  complète  :  il  n'y  en  a  que  les 
dix  premiers  vers;  au  6*  on  lit  plaidis  au  lieu  de  ûiW/;,  au  lo', 
fu  vcncuz  e  sis  règnes  conquis  au  lieu  de  fu  oniz  c  à  la  mort 
aquis  '.  Suit  immédiatement  : 

Dès  que  Daires  sot  bien  que  ce  fu  veritez»  (f.  20) 
Que  la  nois'e  li  cris  de  la  guerre  est  levés, 
Il  a  î  mandé  en  Inde  par  ses  briés  saielés 
Que  ses  hom  Al.  s'est  vers  lui  révélés. 
Porus  viegne  en  s'aïe  ab  [m]il  de  ses  privés, 
Ja  uns  non  i  venra  qui  no  seit  bien  loés  : 
Il  aura  à  son  os,  si'n  iert  aseùrés, 
Quatre  .cm.  sols  de  deniers  moneés. 

Le  ms.  de  l'Arsenal  continue  à  marcher  d'accord  avec  M. 
jusqu'au  châtiment  infligé  par  Alexandre  aux  meurtriers  de 
,  Darius,  c'est-à-dire  pendant  cent  et  quelques  vers.  Puis  vien- 
nent ces  deux  laisses  qui  dans  les  autres  mss.,  excepté  789*, 

97.  M.  25},  )j.  —  i.  Ces  deux  var.  sont  aussi  la  leçon  ordinaire 
des  autres  mss.;  c/.  Af.  2J4,  12  et  16  [dans  le  premier  cas  la  leçon 
de  M.  [ms.  786]  est  fautive^  mais  voy.  la  var.).  —  2.  Af.  2j  j,  7-  — 
).  Ula.  —  4.  Dans  le  ms.  789  l'épisode  de  la  descente  d'Alexandre 
au  fond  de  la  mer  est  placé  au  commencement  du  poème,  dans  ce 
qu'on  peut  appeler  les  Enfances  Alexandre,  et  présenté  tout  autre- 
ment. Ce  ms.  n'a  pas  la  première  des  deux  laisses  qui  suivent. 


66  MANUSCRIT    DE    L^ARSENAL. 

sont  séparées  par  l'épisode  de  la  descente  d'Alexandre  au  fond 
de  la  mer  ; 

Quant  ensi  ot  li  reis  destruiz  les  traïtors  '  (f .  2  2) 
E  tormentés  à  forches  e  fait  tels  deshonors, 
De  par  totes  las  terres  a  mandé  les  doctors. 
«  Seignor,  »  fait  Al.,  «  or  me  rendez  les  tors, 
((  Les  chastels  e  les  viles,  les  cités  e  les  hors, 
«  E  ja  vos  recrestrai  à  trestoz  vos  honors.  » 
Cil  le  funt  volentiers,  qui  orent  grans  paors, 
E  il  comanda  estre  cel[s]  que  lui  plaist  segnors  ^. 

Ce  fu  el  mes  de  mai  qu'il  se  sunt  combatu  î, 
Alixandres  li  rois  ot  Daire  en  champ  vencu. 
Quant  ot  en  son  domeine  lo  règne  retenu, 
Ses  privez  ordeiné  tés  com  ses  plaisirs  fu 
Qui  par  tôt  Oriant  li  cuillent  sen  treù. 
Set  jors  unt  sojorné,  à  l'huime  sunt  meù.         (v) 
A  l'issir  del  junois  4  sunt  en  Inde  venu, 
Porus  en  estoit  rois,  uns  hom  de  grant  vertu, 
E  ot  [ot]  soi  mandé  toz  cels  de  Galeru , 
De  ci  qu'en  Ethiope  n'ot  home  remasu; 
Garimandois  i  vinrent  qui  por  le  chaut  vont  nu. 
Quatorze  lies  grant  5  en  sunt  li  champ  vestu  ; 
Ja  ne  remanra  mais  si  aura  colp  féru. 

pvorus  ot  une  fille  qu'il  aveit  molt  gardée 


I.  M.  259,  18.  —  2.  segurs.  —  ^  M.  266,  34.  —  4.  deluinois: 
M.   Si  com  issi  yviers.,  var.  jugnet.  —  5.  Grant  q.  1. 


MANUSCRIT    DE    L'aRSENAL.  ($7 

Dans  l'épisode  de  la  lutte  de  l'armée  d'Alexandre  contre  les 
bêtes  sauvages,  une  petite  différence  se  manifeste  entre  les  deux 
leçons.  Ces  trois  laisses  du  ms.  de  l'Arsenal  ont  dans  M.  un 
ordre  différent  : 


Cil  rebevent  de  l'eve  o  volsissent  o  non  ».    (f .  3  j  v°) 

Devant  la  mée  nuit  la  vermine  est  »  meùe  J, 
Unques  en  nuille  terre  si  grans  ne  fu  veùe , 
Del  chalt  e  de  le  soi  lassaee  e  confundue. 
Par  mi  le  fou  se  metent  por  le  soi  quis  argiie. 
Li  grans  en  va  bien  oltre,  li  fus  les  art  e  mue  ; 
E  arrière  s'en  vont  quant  de  l'eve  unt  beùe. 

Contra  la  mée  nuit  vindrent  chauves  soriz4; 
Si  viennent  es  herberges,  greignorsuntdegopiz, 
Ne  mordent  rien,  sens  5  home,  sempresne  soit^ feniz, 
Mais  li  om  en  est  tost  respassés  1  e  gariz. 
Des  chivals  e  des  bestes  les  ont  si  ^  degarniz; 
Molt  en  geterent  mort,  si  cum  dist  li  escriz. 

Des cros  e  des crevaces  eissent  serpent  coé  9 ,  (f .  3 6) 
Greignor  sunt  que  colump  qui  se  sunt  dévalé. 
Après  la  mie  nuit  vindrent  serpent  cresté, 
De  dous  chiés  u  «o  de  trois  sunt  li  plusor  armé, 
De  blanc  e  de  vermeil  sunt  li  alquant  bendé; 


I.  M.  289,12.  —  2.  e.  la  V.  —  j.  M.  290,15.  —  4.  Af.  290,6. 
—  j .  Af .  fors  —  6.  foiz  àonX  la  dernière  lettre  a  été  corrigée  en  t.  — 
7.  trespassés.  —  8.  Af  mult.  —  9.  Af.  289,15.  —  10.  un. 


68  MANUSCRIT   DE   L'aRSENAL. 

Li  oil  lor  reflamboient  qui  sunt  enveriné; 
Par  mi  le  fu  se  metent,  si  l'ont  tôt  esbrasé. 
Quant  cil  de  l'ostle  voient,  si  unt  le  hu  levé  '; 
Od  espiés  et  ot  lances  lor  sunt  encontre  aie. 
Qu'en  diroie  je  plus  ?  trente  en  i  sunt  dampné 
Qui  tuit  sunt  des  serpens  ocis  e  afolé. 

>^ontra  quatre  loées  devant  l'auba  aparant*. 

Puis  deux  laisses  comme  dans  M.  Ensuite  manque  la  laisse 
Es  vous  caus  d'Etiopc  sor  h  rive  arestés  (M.  292,16,  à  293,3). 
Après  la  laisse  : 

Devant  Tauba  aparant  vindrent  niticorace  ?,  (f.  36v°) 

manquent  les  laisses  Des  poisçons  de  l'estanc  ont  assis  dévoré,  et 
Ains  qat  les  os  sefuscent  de  l'estanc  remuées  {M.  293 ,17a  294, 1 6)*. 
—  Dans  l'épisode  où  Alexandre  se  rend,  sous  un  déguisement, 
au  marché  octroyé  par  Porus,  et  se  donne  le  plaisir  de 
gaber  le  roi  indien,  plusieurs  des  parties  comiques  font  défaut, 
ainsi  la  description  de  la  jument  que  monte  Alexandre  (M. 
296,1 1-20)  et  la  laisse  entière  oîi,  à  son  retour,  il  raconte  aux 
siens  son  aventure  (M.  298,8  à  299,2  ^  )  ^  —  Dans  le  récit  de  la 
bataille  d'Alexandre  et  de  Porus,  manquent  les  laisses  Quant 
furent  ambes  Àj.  jostées  les  batalles,  et  Quant  Alixandres  voit  la 
batalle  en  la  prée  (M.  303,26  a  304,23).  —  Quelques  vers  plus 
loin,  toujours  dans  le  même  récit,  l'ordre  des  laisses  diffère.  Le 
voici  d'après  les  deux  textes.  Les  vers  cités  appartiennent  au 
ms.  de  l'Arsenal  ;  les  chiffres  en  marge  indiquent  l'ordre  de  M.  : 

I.  hunt  leu.  —  2.  M.  291,1.  —  j.  M.  293,4.  —  4.  Les  mêmes 
laisses  manquent  aussi  dans  789.  —  i.  De  même  dans  789,  voy. 
fol.  5  $  a  et  h. 


MANUSCRIT    DE    l'aRSENAL.  6ç) 

I    I    i  cons  Aristes  meine  la  compagne  reial  ' .  (f.41) 

M  oit  fu  proz  e  hardiz  Aminadab  li  reis  »,     (v^) 
Duiz  de  chevalerie  e  satges  e  corteis, 
E  dist  à  Tholomé  :  «  Mal  entras  el  chalmeis  !  » 
Pent  Tescu  à  sun  col  par  la  guige  d'orfreis, 
Irez  plus  que  lions  vait  les  sauz  agrieis  3. 
Tel  li  dona  sur  l'eume  qui  fu  plus  blans  que  neis 
S'el  ponc  ne  li  tornast  ses  bons  branz  vianeis 
Ja  oust  del  vasal  aquitées  les  leis. 
E  Tholomés  fert  lui,  qui  ne  fu  pas  galeis; 
Il  li  monstrara  senpres  un  des  cous  bretoneis  *. 
Antre  lui  e  l'escu  décent  li  acers  freis, 
La  guiga  li  trencha  de  l'escu  lioneis  ; 
S'il  ne  ganchis  sur  destre,  mort  Paùst  demaneis. 
Aicest  cop  i  pognent  plus  de  .v.c.  Indeis, 
Par  force  li  rendirent  sun  hauferrant  moreis. 

Li  dotze  copaignon  i  sunt  venu  pognant,    [(f.42) 
Ja  hi  aura  féru,  qui  qu'en  plor  0  qu'en  chant. 
Filades  part  des  rencs,  si  vint  esperonant, 
Ne  laissara  n'asalla  î  un  amiral  persant. 
Tel  li  done  en  l'escu  à  or  resplandisant 
Que  deci  el  menton  le  va  tôt  porfendant. 
Il  a  estors  sun  colp,  si  l'abat  mort  atant, 
E  escrie  s'ensegne  :  «  Baron,  ferez  avant!  » 
E  il  se  fièrent  tuit  manct  e  comunalmant  6; 

I.  M.  }oj,i.  —  2.  Cette  laisse  et  la  suivante  ne  se  retrouvent  pas 
dans  M.,  qui  en  revanche  offre  (309,6-33)  deux  laisses  consécutives 
(10  et  II)  que  le  ms.  de  l'Ars.  n'a  point.  —  3.  ageis  avec  un  i  sus- 
crit  au-dessus  du  g.  —4.  bretroneis. —  N  1.  qu'il  n'a. — 6.  manetre  c. 


70  MANUSCRIT    DE    l'ÂRSENAL. 

Ot  lor  bones  espées  les  vont  fort  démanchant'; 
A  Tholomé  rendirent  sun  bon  chival  corrant 
E  li  vasaus  i  monta  tant  acesmaeement  ^ 
Qu'il  n'i  balla  estref  ni  arçon  nen  i  prant. 

7  Porus  vait  par  lo  champ,  qui  sa  grant  gent  enorte  J, 

8  Quant  Porus  ot  rescos  lo  rei  Salatiel  4. 

9  Licanorz  saut  en  pez  cum  hom  de  grant  vertu.  5  (v©) 

2  Eminedus  broche  lo  bon  chival  liart.  ^ 

3  Eminedus  en  va  astez  par  la  bataille.?         (f.43) 

4  Pilotes  s'est  armez  desur  un  chival  neir.  ^ 

5  Pilotes  sist  armez  el  chival  espaneis9  (v^) 

6  Desur  un  chival  neir  Perdicas  sist  armez  '° 

1 2  Porus  vait  parlo  chanp,  des  Grésfaitgrantmagrace.  '  « 


Plusieurs  épisodes  des  Merveilles  du  désert  manquent  au 
ms.  de  l'Arsenal.  La  première  lacune  comprend  362  vers  de 
M.  Elle  se  place  entre  les  deux  laisses  : 


I.  Corr.  detranchant.   —   2.  La  fin  du  mot  est  surchargée.  — 
3.  M.  307, 34.  —  4.  M.  308,7.  —  5.  M.  308,30.  —  6.  M.  305,17. 

—  7.  M.  305,30.  —  8.  M.  306-6.  —  9,  M.  306,23. —  10.  M.  307,6. 

—  \\,  M.  309,34. 


MANUSCRIT    DE    l'aRSENAL.  Jt 

Quant  il  furent  tuit  oltra,  sers  e  bas  vespres  fu  '. 

[(f-49v°) 

et 

A  l'auba  aparisant  sunt  monté  li  baron  *.     (f.  50) 

La  seconde,  de  172  vers,  est  entre  ces  deux-ci  : 

Quatra  s'en  sunt  torné  qui  au  rei  sunt  venu  î.(f.  jov^) 

Alix,  chivauge  lo  poi  de  Falicost.4 

Après  cette  tirade  il  en  manque  encore  une  (M.  336,10-21); 
puis  l'accord  entre  ces  deux  textes  se  maintient  jusqu'à  l'épi- 
sode des  pucelles  où  l'ordre  des  laisses  varie  encore'  : 

I  Molt  fu  beus  11  vergers  e  gente  la  praele^.   (f.  54) 

4  Devant  la  forest  ot  un  poncel  torneïz?. 

5  Quant  li  reis  vit  les  dos  qui  se  vont  défendant  s.  (v») 

6  Li  viellarz  li  a  dit  que  il  fera  laiser  9.  (f-  $  j) 

7  Près  de  l'enchantement  s'est  cil  ag[i]noillez.  '^ 

8  Après  lo  rei  si  vont  tuit  li  per  essaier.  "  (v^) 


I.  319,14-  —  2.  W-  329,3$.  —  3.  M-  )ÎO,26.  —  4.  Af.  336,1. 

—  s.  Les  chiffres  placés  à  gauche  indiquent  l'ordre  des  laisses  dans 
M.  Après  la  laisse  2  M.  (342,22  à  343,4)  en  contient  une  (3)  qui  man- 
que dans  Ars.  —  6.  M.  341,22.  —  7.  M.  343, J.  —  8.  M.  34î,2i. 

—  9.  Af.  344,1.  —  10.  M.  544,10.  —  II.  Af.  344)28. 


72  MANUSCRIT    DE    l'aRSENAL. 

2  Alix,  comanda  l'osl  mener  en  avant.  ' 

9  En  la  forest  s'est  Poz  cele  nuit  ostelée.  *      (f.  56) 


A  cette  dernière  laisse  manquent   dans  Ars.   les  derniers 
vers  (M.  346,919).  Puis  vient  dans  les  deux  textes  la  laisse 

Alix,  apele  les  veillarz,  sis  conjure,  î  (v») 


après  laquelle  manque  dans  Ars.  tout  l'épisode  de  la  fontaine 
de  Jouvence.  Le  texte  reprend  à  la  laisse  : 

Al  quint  jor  mut  li  reis,  n'i  vol  plus  demorer4.(f.  57) 


et  continue,  d'accord  avec  M.,  jusqu'au  combat  singulier 
d'Alexandre  et  de  Porus.  Cet  épisode  est  raccourci  dans 
Ars.  par  la  suppression  des  cinq  laisses  qui  dans  M,  prennent 
place  après  celle-ci  : 

Ferement  a  Porus  lo  rrei  araisoné.  J         (f.  63  \°) 


Dans  ces  cinq  laisses  est  racontée  la  mort  de  Porus.  Comme 
c'était  là  un  événement  essentiel  qui  ne  pouvait  être  omis,  le 
ms.  de  l'Ars.  le  raconte  brièvement  en  quelques  vers  qu'il 
ajoute  à  la  fm  de  la  tirade  dont  le  premier  vers  vient  d'être 
rapporté.  Voici  cette  fm,  et  le  premier  vers  de  la  laisse  sui- 
vante : 

Porus  ot  lunge  lance,  lo  rei  a  enversé  ; 
Anceis  qu'il  fust  à  terre  l'unt  cil  d'Inde  uhé. 


I.  M.   342,9.  —  2.  M.   344,35-    —    h  ■W-   346,20.  —  4.   M. 
3îi,ii.  —  s-  M.  365,$. 


MANUSCRIT    DE    l'aRSENAL.  7? 

Alix,  salli  à  pé  en  mi  lo  pré,  (v«) 

E  vit  que  Porus  ot  le  pennil  esnué. 

0  does  mains  lo  fert  de  l'espé  nielé 

Qu'anbedui  li  coltel  li  sunt  el  cors  colé  ■; 

Tote  pleine  sa  lance  l'a  mort  acravanté. 

L'arme  s'en  est  alée,  li  oil  li  sunt  torné. 

E  cil  d'Inde  e  de  Baustres  sunt  au  cors  asemblé. 

Meismes  Alix,  l'a  forment  recreté 

E  de  chivalerie  e  preisé  e  loé. 


L 


cors  gist  à  la  terre,  li  reis  pas  nel  gurpi.  * 


q: 


Un  peu  plus  loin,  la  laisse  où  le  poète  annonce  qu'Alexandre 
sera  empoisonné  (M.  370,26  à  371,7),  est  très-abrégée  dans 
Ars.  : 

[(f.65vo) 

uant  sevent  li  dui  serf  que  pas  ne  remandrunt, 
Oez  cum  grant  mervelle  ?  e  quel  péché  i  funl  : 
Lo  venin  apparellent  de  que  il  l'ocirunt, 
L'endeman  sunt  meù,  em  Babiloine  en  vont. 

Et  la  laisse  suivante  de  M.  (371,8-16)  fait  défaut*.  —  Dans 
l'épisode  de  la  reine  Candace,  manque  la  laisse  i4/n/5,  dist  Tho- 
lomés,  savoir  dois  et  entendre  (M.  378,32  a  379,2),  qui  du  reste 

I.  La  mime  laisse  se  termine  ainsi  dans  M.  (36^,35  ss.)  ; 

Porrus  ot  longe  hanste,  si  l'ot  ains  enversé 
Que  puist  à  li  ataindre  ne  qu'il  l'ait  adesé. 
Cil  de  Bastres  cuidierent  que  l'eûst  atieré  : 
Tout  hurtercnt  ensanle  et  ont  .1.  cri  levé. 
De  joie  c'ot  Porrus  s'eslaise  en  mi  le  pré. 
Alixandres  saut  sus,  n'i  a  pas  demoré, 
Ja  comparra  Porru  se  il  l'a  encontre. 

i.il,  368,23.  — j.ucrmelle.  — 4.  >lmj/4«e</<ïrtj  789  (vo/r/o/.  68c.). 


76  MANUSCRIT    DE    l'aRSENAL. 

«  Li  chef  de  zai  de  soz  qui  funt  tel  envahie, 
((  Ce  est  des  .xii.  pers  tota  la  compagnie: 

3  5  «  Li  uns  voidra  aveir  tota  la  segnorie 
(c  Si  coma  li  Huns  à  la  chère  hardie  ; 
«  L'autra,  qui  est  leuparz,  lune  lui  ne  cosent  mie  ; 
«  Li  terz  si  est  li  ors  qui  contre  cels  grongdie; 
((  Li  quarz  est  li  dragons  qui  contr'aus  treisfoudrie, 

40  «  E  li  quinz,  qui  lops  est,  la  rapine  polplie. 
«  Si  tost  com  seras  morz  e  ta  vie  ert  fenie 
<c  La  guerre  ert  commencé[e]  e  ta  terra  sasie. 
«  Faiz  lo  meuz  que  tu  pois,  mult  est  curte  ta  vie.  » 
—  Deus  !  »  ce  dist  Alix. ,  «  com  faite  desverie  !  (f.  87) 

45  <(  N'est  fez  encontra  aver,  la  letre  lo  nos  crie; 
«  Trahisons  est  amée  e  lehautez  hahie, 
«  Avarice  est  montée  e  largece  faille , 
((  Lausenge  est  en  cort,  vertez  en  est  partie  ; 
«  Encors  sera  el  mont  si  granz  la  félonie 

50  «  Que  ja  hom  n'aura  cure  ne  d'ami  ne  d'amie.  » 

Quant  Alix,  ot  de  sa  mort  la  rumor, 
Se  a  dit  à  ses  homes  :  «  Ja  n'en  menrai  dolor, 
«  Que  ben  sai  de  verte  chascuns  mort  à  son  jor. 
«  Se  sunt  mort  devant  nos  tuit  nostre  ancessor. 
5  5   «  Laisom  cest  dul  ester,  menons  joie  e  baudor, 
«  Quar  en  dul  démener  a  hom  poc  de  retor.  » 
L'endemain  par  matin  n'i  ot  plus  de  sojor  : 
Tant  tost  cum  il  perçurent  del  sollel  la  lujor, 
Dreit  au  temple  Jovis  [ejnmeinent  l'aumancor 

41.  E  si. — 41-3.  Ces  trois  derniers  vers,  qui  terminent  le  v  du  fol. 
86,  sont  de  la  même  main  que  les  derniers  vers  du  fol.  8j. —  56.  n'a  h. 


MANUSCRIT   DE    L'aRSENAL.  77 

60  Vestu  e  conreé  à  lei  d'enpereor. 

D'ilué  l'en  unt  mené  sus  el  palais  auzor, 
Tumbent  y  Acopart  e  chantent  jogleor. 
Lai  poùsez  veer  maint  maistre  enchanteor, 
E  furent  plus  de  mil,  que  duc  que  vavasor; 

65  Lai  porta  Thol.  lo  cepdre  e  Toriflor, 
E  Ariste  l'espée  qui  fu  de  ner  color  ; 
Dan  Clins  porta  la  hache  qui  covint  à  onor. 

Por  tota  la  merveille  c'ont  veù  11  devin, 
Ne  qu'il  hunt  purparlé  del  rei  e  de  sa  fin, 
70  Ne  porta  il  lo  jor  de  ren  lo  chef  enclin. 

Trestuit  li  .xii.  per  se  lèvent  par  matin,  (v°) 

Avoc  eus  sunt  li  duc,  li  comte  palazin; 

Lo  rei  vont  coroner  de  corone  d'or  fin, 

A  grant  joie  l'enmeinent  jusqu'au  temple  Apollin , 
75   Dreit  desoz  lo  lorer  qui  fu  josta  lo  pin. 

La  terre  fu  cuverte  de  polpra  e  d'ostorin  ; 

Li  riche  drap  de  seie  furent  mis  par  trahin. 

Sur  lo  rei  Alix.,  poroster  lo  chalin, 

Firent  un  conopé  de  peile  alexandrin. 
80  Tuit  l'en  unt  mené  sus  el  grant  palais  marbrin; 

Il  n'i  aveit  celui  n'ait  pelliçon  hermin. 

Lo  jor  servirent  tuit  à  la  table  del  vin. 

Le  reste  du  verso  est  blanc,  comme  aussi  le  recto  du  fol. 
88;  le  verso  de  ce  dernier  feuillet  commence  par  une  fin  de 
laisse  qui  se  rapporte  à  Ptolémée  blessé  devant  Babylone.  Ces 

60.  Vcstue.  —  68.  Ou  per,  la  panse  du  P  couvre  la  seconde  lettre. 


78  MANUSCRIT    DE    L'aRSENAL. 

vers  se  représentent  plus  loin  (fol.  93)  à  leur  vraie  place. 
Suit  immédiatement  un  morceau  qui  appartient  en  réalité  aux 
dernières  pages  du  poème,  le  passage  dans  lequel  le  poète 
s'adressant  à  ses  auditeurs,  leur  recommande  l'histoire 
d'Alexandre.  Il  commence  par  une  lettre  initiale  très-ornée. 
Voici  tout  ce  feuillet  et  le  suivant  : 

Il  li  donnent  à  bevre  por  la  chalor  lascher; 
Lo  chahaleit  lo  rei  li  funt  apareller; 
En  la  cipté  l'enportent  li  gentil  chivaler. 
Alix,  lo  vit,  rens  nel  pot  corrocer ; 
5  E  aveit  dit  al  mire  que  pens  de  l'espleiter. 
Plus  li  donra  or  fm  que  ne  voldra  bailler. 
—  Sire,  ce  dist  li  mires,  yze  laisez  ester  : 
«  Tôt  sain  lo  vos  rendrai  jusqu'à  un  meis  enter.  » 

ez,  franc  chivaler,  del  mont  la  desvarie  : 
[Avarice  est  montée  par  molt  grant  estoltie, 
Servizes  est  perduz  e  largece  enhahie; 

Or  m'escoltez,  baron,  que  Deus  vos  benehie! 

Cui  Deus  dona  lo  sen  ne  lo  deit  celer  mie, 

Mas  ben  se  deit  garder  que  à  tel  gent  lo  die 
1 5  Qui  digne  seit  d'oir,  quar  zo  est  granz  folie 

Se  nuils  à  son  porcel  ge[te]  sa  margerie, 

0  qui  vol  por  froment  semer  la  jargerie. 

Teus  se  tent  a  corteis  plens  est  de  vilenie, 

Bontez  est  avilée  e  levé  tricherie, 

1 .  1 7, 2 },  70, 72 .  por  par  un  p  barré. — Au  lieu  ^'ester,  qui  ne  convient 
point  à  la  rime,  il  y  a  au  fol.  93  plaider  (M.  412,  6,  plaidier).  — 
12.  Ce  vers  et  les  suivants,  jusqu'à  la  fin  du  présent  extrait,  cor- 
respondent à  M.  $48,26  à  jjo,4. 


78  MANUSCRIT    DE    L'aRSENAL. 

vers  se  représentent  plus  loin  (fol.  93)  à  leur  vraie  place. 
Suit  immédiatement  un  morceau  qui  appartient  en  réalité  aux 
dernières  pages  du  poème,  le  passage  dans  lequel  le  poète 
s'adressant  à  ses  auditeurs,  leur  recommande  l'histoire 
d'Alexandre.  Il  commence  par  une  lettre  initiale  très-ornée. 
Voici  tout  ce  feuillet  et  le  suivant  : 

Il  11  donnent  à  bevre  por  la  chalor  lascher; 
Lo  chahaleit  lo  rei  li  funt  apareller; 
En  la  cipté  l'enportent  li  gentil  chivaler. 
Alix,  lo  vit,  rens  nel  pot  corrocer ; 
$  E  aveit  dit  al  mire  que  pens  de  l'espleiter, 
Plus  li  donra  or  fin  que  ne  voldra  bailler. 
—  Sire,  ce  dist  li  mires,  yze  laisez  ester  : 
«  Tôt  sain  lo  vos  rendrai  jusqu'à  un  meis  enter.  » 

ez,  franc  chivaler,  del  mont  la  desvarie  : 
'Avarice  est  montée  par  molt  grant  estoltie, 
Servizes  est  perduz  e  largece  enhahie; 

Or  m'escoltez,  baron,  que  Deus  vos  benehie! 

Cui  Deus  dona  lo  sen  ne  lo  deit  celer  mie, 

Mas  ben  se  deit  garder  que  à  tel  gent  lo  die 
1 5  Qui  digne  seit  d'oïr,  quar  zo  est  granz  folie 

Se  nuils  à  son  porcel  ge[te]  sa  margerie, 

0  qui  vol  por  froment  semer  la  jargerie. 

Teus  se  tent  a  corteis  plens  est  de  vilenie, 

Bontez  est  avilée  e  levé  tricherie, 


1 .  1 7, 2  î ,  70, 72 .  por  /J^r  un p  barré. — Au  lieu  d'ester ^  qui  ne  convient 
point  à  la  rime,  il  y  a  au  fol.  93  plaider  (M.  412,  6,  plaidier).  — 
12.  Ce  vers  et  les  suivants,  jusqu'à  la  fin  du  présent  extrait,  cor- 
respondent à  M.  $48,26  à  jjo,4. 


-^Itf^  {«ttiûif  ^èeuf  mrlxnar. 


4  uiij  ^iiwiKiwii'fMi  Tniiiil  rpiff"  ^1»" 

I  IL  •«rttnltlH>mtmlu4iCvTlfen?ntfe-4var: 
1>  4{|no«Kce.nUcR!cefuncWuwtetflr' 

cnCnr  caikr  «umr.ncm  it'Mxrb'Ur. 

cfeonc  t»*iwW  ttutttr  6w*C)Mtg»mr«ir- 
fti(i>cjp>tfwr<mi<ir<gitiègr  n^jeur. 
;^q|  «Ôeir  tbotiec  cparar. 


Àr^etMl  S  L.F    iSa  . 


MANUSCRIT    DE    L'aRSENAL.  79 

20  E  cil  si  est  honiz  qui  sert  de  janglerie  ; 
Honors  est  déclinée,  s'est  procze  faillie, 
N'ert  ja  mais  recovrée  si  hom  ne  li  haïe; 
Por  zo  lo  die,  segnors,  si  Deus  me  beneïe, 
Que  voil  que  ma  chançons  seit  de  tel  gent  oïe  (f.  89) 

2  5  Qui  ben  sache  entendre  que  ele  signifie. 

Qui  chanta  au  cul  del  bof,  sa  rraizons  est  perie_, 
Qui  vilan  volt  aprendre  faire  chivalerie, 
Ne  de  buzat  hostor  se  peine  e  estudie, 
Cil  est  toz  fous  provez,  la  letre  lo  nos  crie. 
30  Salemons  fu  mult  sages  qui  ce  dit  e  otrie 

Que  costuma  ensegne  home  e  très  ben  lo  chastie, 
Mas  au  lonc  a  nature  tote  la  segnorie. 

Segnor,  cesta  chançon  devreient  cil  oïr 
Qui  d'aut  parage  sunt  e  terre  hum  à  bailir. 

3  5  Li  gentils  hom  malvais,  cil  fait  molt  à  haïr, 

Qui  volt  aver  servise  e  donc  nel  set  merir, 

Mas  proecze  e  lagerce  funt  ben  terre  tenir  ; 

Ice  fist  Alix,  essaucer  e  thehir, 

Quant  il  conquis  lo  monda  trestot  à  son  plaisir. 
40  Cil  qui  se  desmesure  si  pot  molt  tost  geïr. 

Ardiz  fu  Alix,  hune  ne  degna  fuir; 

E  fu  tant  larges  reis,  que  qui  lo  vole  servir 

Unques  de  sun  servise  ne  se  pot  repentir, 

Ben  sot  cui  det  amer  e  cui  il  dut  haïr, 
45  Coment  il  dut  doner  très  ben  lo  sot  veïr. 

Ne  hune  ne  vole  en  cort  faus  jutgement  oïr; 

Ben  sot  prodome  amer  e  garder  e  theïr, 

40-52.  Cette  fin  de  tirade  est  remaniée,  cf.  M.  $49,16-23. 


80  MANUSCRIT    DE    l'aRSENAL. 

Segont  zo  qu'il  esteit  e  doner  e  partir. 
E  quant  venc  en  besong,  ben  se  sot  esbaudir, 
50  E  sot  ben  en  estor  premerement  ferir, 

Ne  hune  ne  volsist  d'orne  la  malvasté  covrir.    (y°) 

Li  gentil  chivaler  e  li  clerc  sage  e  bon, 
Les  dames,  les  pulceles  ot  la  gente  faiçon, 
Qui  sevent  de  servise  rendre  lo  gueherdon, 

55  Cil  devent  d'Alix,  escolter  la  chançon. 
Or  s'en  trahent  en  sus  li  aver,  li  félon, 
Quar  ja  ne  lor  fareit  li  oyrs  si  mal  non  ; 
Li  curs  lor  durcireit  encontra  lo  sermon. 
Fous  est  qui  d^esbriver  cuida  faire  falcon, 

60  Ne  de  roncin  destrer,  ne  lebrer  de  gagnon. 
Nature  e  norreture  demeinent  grant  tençon 
Mas  au  lonc  veing  nature,  ce  dist  en  la  liçon, 
E  si'n  trai  à  garent  lo  satge  Salemon. 
Alix,  le  dist  e  mostra  par  raison  : 

6  5  Fous  est  qui  conseil  creit  de  serf  ne  de  garzon, 
E  qui  en  fait  de  nuil  sergant  en  sa  maison, 
S'il  gahain  i  pot  faire,  ne  dotta  trahison. 
Ci  devent  prendra  essemple  li  prince  e  li  baron. 
Ardiz  fu  Alix,  e  plus  fers  d'un  lion^ 

70  E  satges  por  parler,  larges  por  doner  don. 
Del  dreit  sot  e  del  tort  faire  devision , 
Por  zo  ot  il  lo  munde  en  sa  suggecion. 
Cil  qui  tôt  volt  tenir  lo  tôt  pert  à  bandon, 
E  s'est  hom  tost  honiz  par  malvais  compagnon. 

58.  Manque  dans  M.  —  66-7.  Manquent  dans  M.  —  70.  Manque 
dans  M.  —  74.  M.  Souvent  pert  on  grant  cose  par  malvese  ocoison. 


MANUSCRIT    DE    l'aRSENAL.  8| 

Cette  page  contenait  encore  trois  vers  qui  ont  été  grattés 
avec  beaucoup  de  soin,  mais  dont  néanmoins  la  trace  est 
encore  visible.  Le  premier  avait  une  initiale  bleue  et,  par 
conséquent,  commençait  une  nouvelle  laisse.  La  comparaison 
avec  M.  indique  que  ce  devait  être  la  laisse  :  Li  rois  qui  son 
roiaume  viut  par  droit  gonrner  qui  dans  M.  (550,  5)  termine 
le  poëme. 

A  partir  du  fol.  90  qui  suit,  l'encre  devient'plus  pâle,  quoi- 
que l'écriture  ne  paraisse  pas  changer.  A  cet  endroit  reprend 
le  récit  de  la  guerre  contre  l'amiral  de  Babylone,  brusquement 
interrompu  après  le  fol.  8$,  mais  il  reprend  à  un  point  plus 
avancé  que  celui  où  nous  l'avions  quitté,  et  selon  une  version 
qui  diffère  notablement  de  M. 

Or  s^en  vait  l'amirant,  tôt  i  lait  son  herneis;  (f.  90) 
De  cel[s]  de  Babiloine  s'en  vait  li  plus  corteis, 
E  li  Gré  les  enchaucent  aus  chivaus  qu'il  hunt  freis. 
Ot  ceus  de  Babiloine  se  mêlent  li  Greceis, 
5  Par  les  rues  les  chaicent  e  ferent  demaneis. 
Très  devant  le  palais  s'est  arestez  li  reis , 
Par  tota  la  cité  a  fait  crier  ses  leis 
Que  cha  mal  se  movra  chivalers  ne  borgeis 
Ne  mal  i  destendrunt  ne  pailes  ne  orfreis, 
10  Que  tôt  que  il  perdrunt  il  lor  rendra  à  peis. 


i-io.  Cette  laisse  qui  manque  à  M.  se  retrouve  dans  789  (f.  74  a), 
mais  à  une  tout  autre  place  :  entre  les  w.  203  et  206  du  présent 
morceau.  —  2.  789  en  vont  11  p.  —  3.  789  qui  sont  f.  Après  ce 
vers  789  ajoute  Ains  ne  (/.  nés)  pot  retenir  ne  bare  ne  destrols.  — 
4.  789  0  eus  en  B.  —  6.  Pour  ce  vers,  789  :  Et  l'amir.  s'en  fuit, 
0  luî  mena  .111.  rois,  g  Ens  u  plus  haut  estalge  du  palais  maglnois.  ||  Es 
rues  de  la  vile  aresta  11  bons  rois.  —  8.  789  ne  vilains  ne  b.  — 
9.  789  Ne  mar  destorneront.  —  10.  789  Qyar  quant  que. 

6 


82  MANUSCRIT    DE    l'aRSENAL. 

Alix,  li  reis  a  prisa  la  cité. 
Quant  Tamirant  le  veit  grant  dol  en  a  mené; 
Sa  blange  barba  tire,  molt  fort  a  sospiré, 
Ben  seit  que  li  Greceis  l'unt  tôt  deserité; 

I  $  Pognant vait  par  lo  champ,  ben  semble  home  desvé, 
La  lance  sur  lo  feltre  a  lo  vair  galopé; 
Enmé  sa  vie  encontra  Clincon  enz  en  un  pré, 
Grant  cop  li  vait  doner  sur  son  escu  listé. 
Si  que  tôt  li  a  frait  e  son  hauberc  fausé; 

20  Tant  cum  hanste  li  dure  à  terre  l'a  versé. 
Cil  gehi  del  chival  tôt  dreit  lez  un  arbre. 
Damideus  lo  gari  qu'en  char  ne  l'a  toché. 

•-X  uant  Cliz  se  sent  à  terre,  n'i  ot  que  corrocer. 
V^^Au  plus  tost  que  il  pot  est  salliz  au  destrer, 

2$  Pois  a  traite  l'espée  aus  bruns  costeus  d'acer; 
Vait  ferir  l'amirant  à  lei  de  chivaler. 
Li  reis  lo  vit  venir,  sot  qu'il  se  volt  venger, 
Membra  li  del  grant  cop  qu'il  li  dona  l'autrer 
Parme  les  denz  devant  d'un  tronçon  de  pomer. 

30  Fuiant  s'en  est  tornez,  que  ne  l'osa  aprotcher. 
E  dans  Clins  ponct  après  des  espérons  d'ormer, 
Tel  cop  li  a  doné  jus  le  fait  trébucher. 
Pois  a  traite  l'espée  dont  li  pons  reluist  cler, 
Le  chef  li pez  sur  lo  grever. 

3  5  Nabuzardan  le  veit,  n'i  ot  que  corrocer,  (v°) 

E  ponct  lo  bon  chival  por  son  segnor  venger; 

J4.  Les  mots  manquant  ici  ont  été  grattés,  et  on  a  écrit  au-dessus 
quelque  chose  qui  est  également  effacé. 


MANUSCRIT    DE    L'aRSENAL.  8% 

Grant  cop  li  vait  doner  sur  Pescu  de  quarter. 
E  dant  Clins  ferit  lui,  qui  nel  volt  esparner, 
Amont  desus  le  heume  qui  molt  fait  à  preiser; 

40  Trestot  Taporfendu  entros  que  au  braier; 
Li  cors  get  à  la  terre,  l'arma  enporta  avarser. 
D'iloc  s'en  est  tornez,  n'i  volt  plus  demorer, 
E  entre  en  la  cité  sens  negun  encombrer; 
E  vent  dreit  au  palais  lo  chemin  plus  plener. 

45  Hoc  trova  le  rei  soz  l'ombra  d'un  lorer; 
Entor  lui  sunt  si  home  que  il  aime  e  tent  ger. 
«  Sire,  ))  ce  dit  dan  Clins,  «  ne  vos  deit  enuier 
«  Si  ge  faz  par  mon  brant  dunt  hom  me  deit  preiser. 
«  Je  ai  mort  l'amirant  qui  fu  filz  Futifer.  )> 

50  E  respont  Alix,  qui  lo  corage  ot  fer  : 

«  Amis,  de  cest  servise  vos  vol  molt  mercier, 
(c  Ja  n'aurai  contra  vos  lo  vallant  d'un  dener.  » 
Antra  ses  braz  lo  prent,  sil  comence  à  baiser. 
Li  reis  monta  el  palais  e  o  lui  si  princer, 

5  $  E  si  duc  e  si  conte  e  si  gonfanoner. 

Par  son  sens,  par  lor  force,  ot  il  à  justiser 
Lo  mont  desoz  lo  cel,  ja  celer  nel  vos  quer. 
Quant  la  morz  enviosa  li  fist  tal  encombrer, 
Quar  venin  li  dona  à  beivre  por  plaier, 

60  Quar  tolir  li  voleient  ço  que  il  ot  plus  cher  : 
Ce  esteit  sa  corone  e  son  ceptre  d'ormer. 
Or  oez  s'avencture  à  trait  e  sens  danger  : 
Nus  hom  qui  sages  seit  ne  s'en  deit  enoier. 


j6.  por  par  un  p  barri,  de  même  40  (porfendu),  81,  99  {la  seconde 
fois,  la  première  en  toutes  lettres),  188  {les  deux  fois),  214.  —  59- 
Corr.  donerent? 


84  MANUSCRIT    DE    L^ARSENAL. 

Li  reis  de  tôt  lo  monde  est  au  palais  monté 
_  j         Par  un  degrez  d'argent  de  grant  antiquité. 
Au  piler  s'aresta  qui  fu  d'or  treschité 
E  vit  par  lo  palais  la  granda  richeté 
De  l'or,  des  margeries,  qui  fu  al  mur  listé. 
Un  faudestal  aportent  quatra  rei  coroné 
70  Qui  fu  d'un  grantbericle,cuvert  d'un  blanc  cendé(f.  91  ) 
Li  reis  s'i  est  asis  par  grant  nobilité  ; 
Pois  li  hunt  soz  ses  pez  un  eschamel  posé 
De  rubin  qui  reluist  come  fos  alumé. 

Alix,  li  reis  ot  la  fere  vigor, 
I  j        Qui  unques  nen  ama  félon  ne  trahitor, 
Coart  ne  trop  engrés  ni  fol  losengeor, 
Or  [est]  en  Babiloine  cum  hom  de  grant  valor. 
Je  ne  cuit  qu'en  cest  mont  oust  unques  melor, 
Si  corteis  ne  si  sage,  si  bon  guerrieor. 

80  Des  chivalers  de  Grèce  ot  devers  lui  la  flor 
Qui  hunt  sofert  por  lui  manc  freit  e  manc  ardor, 
Tanta  faim,  tanta  sei  e  tanta  aspre  dolor, 
En  terre  de  Persie  e  en  Inde  major, 
En  Caspeis  e  en  Baustre  0  orent  grant  tristor, 

85  E  pois  en  Etyope,  0  est  tés  la  chalor 

Qu'es  maisons  desoz  terre  dorment  trestuit  lo  jor 
E  la  nuit  eisent  fors  e  si  funt  lor  labor. 
En  Inde  la  salvage  firent  il  manc  estor, 
Entor  la  roge  mer  se  sirent  il  un  jor 

90  E  prirent  par  grant  force  la  terre  Arabior  ; 
Lo  flun  Jordan  passèrent  tuit  li  Macedonor. 
Cil  de  Jerusalen,  li  Jueu  ancessor, 


MANUSCRIT    DE    L'aRSENAL.  gj 

Vindrent  contra  Alix,  ot  lermes  e  ot  plor, 
Revestu  come  prestre  de  cisclatons  am  flor, 
95  En  granz  lanternes  d'or  qui  funt  grant  resplandor; 
E  portent  le  haut  nom  de  Deu  lo  creator 
Enmé  lor  fronz  escrip,  par  creime  de  paor. 
Quant  les  vit  Alix,  si'n  ot  molt  grant  tendror, 
De  tût  les  clama  quites  por  Deu  e  por  s'amor. 

100  Quant  dedenz  ot  esté  lo  mangne  empereor, 
En  la  sancte  citté  ne  fist  autra  demor; 
Des  Ebreus  prist  congé,  torna  s'en  à  baudor, 
■  E  vint  à  la  mer  roge  e  trestuit  se  contor. 
Les  granz  monz  des  areines  am  chaut  e  am  suor 

105  Passèrent  li  Greceis  par  force  e  par  vigor;       (v^) 
Soz  Monte  Sinay  lai  firent  lor  sojor 
E  tendirent  lor  tentes  de  diverse  color. 
Quant  sojorné  se  furent  la  genz  de  grant  valor 
En  Egipte  s'en  vindrent  senz  dotte  e  sens  cremor, 

1 10  Le  flum  de  Paradis  passèrent  sens  destor. 


b; 


,abiloine  fu  prisa  si  cum  vos  ai  conté. 
Li  reis  a  vit  sa  gent,  si  l'em  prist  grant  pitez; 
Par  un  sen  mareschal  sun  barnage  [a]  mandé; 
Si  lor  a  dit  à  toz  par  bone  volenté  : 
1 1  j  «  Ami,  bon  chivaler  qui  tant  m'avez  amé, 
«  La  vostre  grant  merci  de  ce  qu'ai  ci  trové. 
«  Esgardez  quel  aveir  e  com  grant  richeté  ! 
«  Par  vos  l'ai  ge  conquis,  vos  m'avez  tôt  doné. 
«  Or  em  pregne  chascuns  tant  cum  li  vint  à  gré, 

9j.  Corr.  Ot  g.  ?  —  107.  diverses. 


86  MANUSCRIT    DE    l'aRSENAL. 

120  «  Quar  toz  jors  m'avez  faite  tota  ma  volunté. 
«  De  tant  con  ge  porrai  vos  ert  gueherdoné  ; 
((  Longues  emprès  ma  mort  vol  qu'il  en  seit parlé.  » 
Li  reis  sist  au  palais  de  grant  antiquité, 
m  ot  molt  fer  lo  vis  e  ben  encoloré, 

1 2  5  Regart  fer  cum  lions  qui  est  enchaené, 

E  tint  lo  brant  d'atcer  au  pom  d'or  afmé. 
Sovent  muot  color  e  rendeit  grant  clarté. 
Un'  hore  esteit  toz  verz  cum  est  erba  de  pré, 
E  poiz  trestoz  vermeux  corne  fos  enbrassé. 
1 30  Blanchor  aveit  après,  n'en  dirai  fauseté, 
Epsament  cum  li  lirs;  oez  quel  dignité! 
Li  reis  leva  le  brant,  si  l'a  un  poi  branlé, 
Li  oz  en  retentist,  tant  par  a  cler  soné  ! 
Dos  cenz  serchanz  apela,  si  lor  a  commandé 

1 3  $  Qu'il  s'en  augent  es  chans  0  l'estors  fu  josté, 

E  querrent  l'amirant  lai  0  il  fu  tué. 

E  li  vasal  s'en  tornent  quant  il  l'ot  comandé, 

Il  sunt  venu  au  champ,  si  l'unt  iloc  trové 

0  Clins  li  filz  Carduit  li  ot  le  chef  colpé;      (f.  92) 

140  Pois  l'unt  levé  em  bera,  el  palais  l'unt  porté. 
Quant  lo  vit  Alix.,  si  l'a  molt  regreté 
E  de  chivalerie  molt  prisé  e  loé. 
Ovrir  le  fist  li  reis  devant  tôt  son  barné, 
E  l'entralla  del  cors,  vehentlui,  fors  geté; 

145  De  vin  e  d'aiqua  rose  si  l'unt  après  lavé, 
E  pois  l'unt  come  rei  e  oint  e  enbasmé. 
E  quant  il  l'unt  trestot  en  ordre  conreé 
Amon[t]  Tygris  lo  flum,  vers  Alphat,  l'unt  porté. 
Iloc  hurit  un  sépulcre  basti  e  manovré; 


MANUSCRIT    DE    l'aRSENAL.  87 

I  $0  E  quant  il  l'orent  fait,  lo  cors  unt  enz  posé, 
Lo  cuvercle  desus  i  unt  ensaelé  ; 
E  li  baron  l'unt  planct  e  li  serchant  ploré, 
Quar  il  lor  aveit  molt  e  promis  e  doné. 
Alix,  li  reis  i  fist  une  citté, 

1 5  5  De  son  grant  n^ot  si  bêle  en  trestot  lo  régné. 
Alix,  l'apelent,  cest  nom  li  ont  doné, 
E  set  desur  Tygris  lo  flum  de  grant  beuté. 

La  citez  est  asise  sur  lo  flum  sagement; 
Molt  ot  bêle  rivere  si  cum  aval  décent; 

1 60  La  gravele  de  l'aiqua  reluist  cum  fait  argent. 
Lai  greiffent  esmeraudes,  prenent  norrisement, 
E  autres  bones  pères  de  riche  chasement. 
Tostens  i  trova  hom  aiglenters  e  piment, 
E  flor  qui  renovela  e  eist  tant  docement 

165  Que  tôt  replenist  home  qui  la  doçor  en  sent. 
Li  fluns  est  molt  vallanz  qui  tel  aver  porprent; 
E  la  cité  marbrine  fu  faite  maistrement 
0  Tamiranz  fu  mis  quant  ot  defmement. 
Quant  li  home  Alix,  l'ont  servi  richement 

170  Retornent  s'en  arere  trestuit  hastivement. 


A' 


lix.  ot  fait  l'amirant  conreer; 

Des  barons  qu'ot  perduz  se  prent  à  dementer, 
Li  cors  li  atendroie,  si  prent  à  sospirer,  (v°) 

Il  ne  se  pot  tenir,  anz  se  prent  au  plorer. 
1 7  $  Dan  Clinz  li  filz  Carduit  lo  prent  à  conforter  : 

172.  A  partir  d'ici  l'accord  reprend^  sauf  de  nombreuses  variantes 
d'expression^  entre  Ars.  et  M.  (411,12).  Cette  laisse  manque  dans 
789.  —  175.  M.  l'est  aies  c. 


88  MANUSCRIT    DE    l'aRSENAL. 

«  Sire,  ))  dist  li  vasaus,  «  laisez  cest  dol  ester, 
«  Quar  en  grant  dolor  faire  ne  pot  hom  recovrer, 
«  Ne  en  plor  mantenir  nulla  ren  gahagner. 
«  Ice  sagez  vos  ben,  n'es  pas  à  deviner, 

i8o  «  Car  il  nos  covent  toz  parmé  la  mort  passer. 
«  Ja  n'enn  i  aura  un  qui  s'en  poscha  eschaper, 
«  Ne  cha  uns  ne  porra  sun  terme  trespasser, 
«  Ne  cha  nus  ne  porra  sun  péril  destorber. 
«  Faites  querre  vos  morz,  sis  ferons  enterrer; 

18$  «  E  les  vis  faites  prendre,  si  les  ferons  saner. 
«  Sos  cel  nen  a  tel  chousa  cum  leauté  mener. 
—  Par  fei,  »  dist  Alix.,  «  molt  savez  ben  parler  : 
«  Por  nient  i  vendreit  nus  clercs  por  sermoner. 
«  De  ço  que  vos  me  dites  nos  covent  à  penser.  » 

190  .XXXV.  chivalers  en  a  fait  apeler; 
De  devant  Alix,  en  sont  venu  ester. 
«  Oiez,  franc  chivaler,  que  je  vos  vol  conter  : 
«  Alez  mes  barons  querre^  sis  porriez  trover, 
«  Licanor  e  Pilote,  Perdicas,  Tholomer, 

19$  ((  Listeu  e  Licomas  e  Festivon  le  ber, 
«  Aristé  mon  parent  que  je  sol  tant  amer, 
«  Eminedum  d'Aufage  qui  fu  filz  Josuer, 
«  Anthiocum  lo  fort,  celui  ot  lo  vis  cler, 
«  E  pois  Antigonum  de  Galipe  sur  mer; 

200  »  Les  vis  ferons  garir  e  les  morz  enterrer.  » 


177.  M.  Onques  en  g.  duel  f.  ne  vi  riens  conquester,  —  178-83. 
Ces  vers,  qui  sont  un  pur  remplissage,  manquent  dans  M.  —  184.  M. 
les  m.  —  185.  M.  Et  les  navrés  ferés  à  vos  mires  s.  —  iS6.  Au  lieu 
de  ce  vers  M.  :  A  prendre  Babilone  poés  bien  recouvrer.  —  188,  Manque 
dans  M.  —  189.  nos,  ms.  uos.  Après  ce  vers  M.:  Jou  ferai  votre 
los,  n'i  voel  plus  demorer.  —  190-200.  Manquent  dans  M. 


s; 


MANUSCRIT    DE    l'aRSENAL.  89 

ire,  »  ce  dist  dan  Clins,  «  ce  est  molt  grant  conforz 
«  Que  Aristés  est  vis,  Philotee  Licanorz.  [(f.  9^) 
«  Cil  qui  les  irunt  querre  portent  aiqua  en  lor  corz, 
«  Qu'il  ne  sient  esteint  del  chaut  qui  est  si  forz, 
20  ç  «  E  querrent  Tholomé  grant  pecce  lune  des  morz. 
«  Oi  main  lo  vi  gehir  soz  Tescu  de  Niorz; 
«  De  ceus  de  Babiloine  il  laisa  tant  de  morz 
«  Que  sis  chivausesteit  ensanc  entrosqu'ausgorz.  » 

Li  reis  i  enveia  e  fist  les  rens  cerger, 
Les  morz  e  les  nafrez  trovent  par  lo  verger. 

Grant  pecce  lune  des  autres,  lo  trait  à  un  arger, 

Troverent  Tholomé  desoz  un  aiglenter 

Cuvert  de  son  escu,  ne  se  poeit  aider. 

Il  li  donent  à  beivre  por  la  chalor  laiser. 
2 1 5  Le  chaaleit  lo  rei  unt  fait  appareller  ; 

A  l'auberge  l'emportent  li  gentil  soldaer. 

Quant  le  vit  Alix.,  rens  nel  pot  corrocer; 

Molt  docement  lo  baisa,  qu'il  lo  teneit  molt  ger. 

A  un  sen  mire  dist  :  «  Pensez  de  l'espleiter  ; 
220  «  Plus  vos  donrai  or  fin  que  ne  voldrez  baller, 

«  Mas  cez  me  rendez  sains,  qu'il  en  ont  grant  mester. 

—  Sire,  ))  ce  dist  li  mires,  «  ja  n'enn  estut  plaider, 

«  Tût  sain  le  vos  rendrai  jusqu'à  un  meis  enter.  » 


206.  M.  Envers  estoit  ccûs  sor  l'escu  de  marmors.  —  207.  des 
m.  —  208.  M.  dusc'as  argors.  —  209.  M.  411,31.  —  212.  M. 
sous  l'ombre  d'un  lorier;  789  d.  .1.  olivier.  —  214-23.  Nous  avons 
déjà  vu  ces  vers  f.  88  V  {ci-dessus  p.  78).  —  21  j.  M.  (d'après  37 j) 
A  .11.  chevaux  li  font  .1.  lit  aparillier;  789  Le  plus  cier  lit  le  roi  ont 
fait  a.  —  216.  M.  droit  au  tref  Al.  portent  le  chevalier.  —  217.  M. 
n'i  et  que  c.  —  218.  Manque  dans  M.  et  789.  —  220.  Manque  dans 
789.  —  221.  Manque  dans  M.  et  789.  —  223.   Ars.  Toz  sains  les. 


90  MANUSCRIT    DE    l'aRSENAL. 

En  un  leit  de  fin  or  funt  Tholomé  colger, 
22  j  Cuvert  d'um  blanc  diaspre  qui  molt  fait  à  preiser. 
En  l'ost  i  funt  grant  joie  serchant  e  chivaler. 


L 


a  bataille  fu  faite  e  prise  la  citez. 


Les  deux  textes  sont  d'accord  jusqu'à  M.  4^,  7,  point  où 
le  ms.  de  l'Ars.  contient  en  plus  la  laisse  ci-après  qui  se  trouve 
dans  plusieurs  mss.  En  note  sont  données,  à  titre  de  spécimen, 
les  variantes  de  789  : 

Sire,  ))  dist  li  vaslez,  «  mervelle  dirai  grant:  (f.  99) 
a  Ce  sunt  does  puceles  qui  lai  venent  chantant; 
((  Chascune  devant  sei  fait  traire  un  auferrant 
«  Cuverz  tros  qu'enz  aus  pez  d'un  paile  flambeiant; 
5   «  E  chivaucha  chascune  un  palefrei  ambiant, 
«  Ne  cuit  qu'il  ait  mellors  en  trestot  Oriant. 
«  Sur  l'arçon  de  derere  e  sur  celui  devant 
«  Lor  pendent  li  chevel  bel  e  blois  e  lusant. 
«  Unques  si  bêles  fennes  ne  vi,  mon  esciant; 


224-26.  Manquent  dans  M.  —  226.  i  semble  gratté,  cependant  une 
syllabe  est  nécessaire  pour  le  vers;  on  pourrait  proposer  en.  Entre  ce 
vers  et  le  suivant,  il  y  a  dans  M.  un  long  récit  de  la  lutte  de  l'amiral 
et  d'Alexandre,  lutte  qui  se  termine  par  la  prise  de  Babylone.  Mais 
cet  événement  ayant  été  raconté  plus  haut  d'une  façon  beaucoup  plus 
brève  par  Ars.  (/.  90,  ci-dessus  p.  81),  le  récit  de  M.  devait  nécessai- 
rement être  supprimé.  789  est  d'accord  avec  M.,  sauf  qu'il  n'a  pas' 
les  laisses,  assez  insignifiantes,  oii  Alexandre  donne  l'Egypte  à 
Ptolémée,  et  se  prépare  à  marcher  sur  Babylone  (M.  412,8  à  414,27). 
—  227.  M.  446,23.  —  1.  789  (/.  78  c)  li  garçons  ce  est  m.  g.  — 
2.  .ij.  damoiseles.  —  3.  d.  lui.  —  3-6.  L'ordre  des  vers  dans  789 
est  3,  6,  5;  /e  V.  4  manque.  —  7.  de  la  sele  et  derier  et  d.  —  8.  Lor 
gisent  lor  c.  comfin  or  reluisant.  Ars.  bels  e  b.  —  9.  Ains  mais  tant 
b,  dames  ne  vi  en  mon  vivant. 


MANUSCRIT    DE    L'aRSENAL.  9,| 

10  «  E  unt  espées  cenctes  dunt  riche  sunt  li  brant, 
«  E  font  porter  lor  armes  par  mervellos  semblant, 
K  Escuz  à  bocles  d'or,  li  heume  sunt  lusant; 
«  Lor  lances  sunt  agûes,  li  gonfanon  pendant, 
«  E  les  chauces  de  fer,  li  hauberc  jacerant, 

1 5  «  Plus  bêles  damiseles  ne  vit  home  vivant. 

«  Un  présent  aconduient  molt  riche  e  molt  vallant: 
«  La  dame  de  Mazoine  Alix,  al  persant 
«  Le  tramet  e  enveie  por  aver  pais  avant  ;       (y°) 
«  Ne  vol  que  sis  reaimes  seit  gastez  tant  ne  quant, 

20  «  E  dit  que  chascun  an  l'en  donra  autretant. 
«  Par  mei  vos  a  mandé,  gel  vos  di  à  itant, 
«  Que  les  alez  conduire  par  vostra  bon  talant.  » 
Quant  dan  Clins  l'entendi,  si  respont  en  riant, 
E  dist  à  Aristé  :  «  Car  jalons  pognant.  » 

2  5  Lor  chivaus  demandèrent  que  meinent  dui  enfant. 


D 


es  palefireis  desendent,  si  montent  aus  destrers. 


Après  cette  laisse,  Ars.  a,  de  même  que  d'autres  mss., 
celle-ci  qui  manque  à  M. 


D 


an  Clins  vint  à  Florete,  par  la  renne  la  prent; 
El  ne  fu  pas  vilaine,  volenters  le  consent. 


lo-j.  Manquent.  —  i6.  et  merveillex  et  grant.  —  17.  La  dame 
d'Amassone  au  gent  cors  avenat;  Ars.  La  reine  de  Macédoine;  la  forme 
Mazoine,  reçue  dans  le  texte,  se  trouve  au  fol.  9j  r  (=  M  449,  4). 

—  18.  L'envoie  à  Al.  le  frot  [sic)  roi  conquérant.  —  18,  Ars. 
por  par  un  p  barré.  —  18.  Entre  ce  vers  et  le  suivant,  789  : 
Por  ce  que  li  ajut  de  cest  jor  en  avant.  —  19.  voit  li  rois  degastant. 

—  20.  Manque.  —  21.  Si  vos  mandent  par  moi,  je  le  vous  di  atant. 

—  22.  que  nus  faus  ne  s'en  vant.  Entre  ce  vers  et  le  suivant,  789: 
Qu'en  ne  lor  facent  {sic)  honte  ne  anui  tant  ne  quant.  —  2j.  Si 
a  dit  en.  —  25.  Que  tinrent  li  serjant.  —  26.  M.  454,8. 


93  MANUSCRIT    DE    L'aRSENAL. 

Aristés  prist  Beuté  par  la  renne  d'argent  ; 

Celé  fu  proz  e  saive  qui  pas  ne  li  defent. 
5  Li  uns  parla  à  Tautra  d'amors  e  de  jovent  : 

((  Pucele,»  dist  dan  Clins,  «faites  me  un  convenent, 

«  Que  me  dites  vostra  estre,  dunt  estes,  de  quel  gent? 

«  Coment  avez  vos  nom  ?  ne  m'en  celez  nient  ; 

«  E  ge  vos  redirai  de  mon  estra  epsament.  (f.  loo) 
10  —  Sire,  «  dist  la  pucele,. «  au  Deu  comandament; 

«  Je  dirai  volentera  tôt  lo  vostra  talant; 

«  Je  soi  molt  gentil  feme  e  trestuit  mi  parent, 

«  E  si  ai  nom  Florete.  »  E  quant  dan  Clins  l'entent 

Dunques  li  respondi  e  dist  molt  gentement  : 
1  $   «  Bêle,  la  vostra  amor  m'otriez  leaument, 

<c  E  vos  aurez  la  meie  sens  nul  deveement. 

—  Sire,  »  dist  la  pucele,  «  je  l'otrei  bonement 

«  Que  vos  aiez  la  meie  sens  nul  destorbement.  » 

Quant  dan  Clins  l'entendi^,  molt  grant  merci  l'en  rent; 
20  Quatra  feiz  la  baisa  par  amor  docement, 

Lor  amistez  aferment  amdui  molt  leaument  ; 

Pois  l'ot  il  à  moller,  si  l'estoire  ne  ment. 


A 


ristés  e  Beutez  parolent  en  requei 


De  l'entrevue  d'Alexandre  avec  la  reine  des  Amazones  *,  le 
ms.  de  l'Arsenal  passe  immédiatement  à  son  retour  dans  Baby- 


7.  Ars.  dum  e.  —  9.  789  le  mien  tout  vraiment.  —  i.  M.  454» '7- 
—  2.  Amabel  dans  M.  456,31;  dans  Ars.,  à  l'endroit  correspondant 
on  lit  : 

Panthasilée  ot  nom,  e  volenters  guerroie,  (f.  102) 

Amie  fu  Ector,  por  lui  ala  à  Troie. 


MANUSCRIT    DE    l'aRSENAL.  9J 

lone,  omettant  la  lutte  contre  le  duc  Melchis,  la  prise  de 
Defur,  et  les  incidents  qui  marquent  le  retour  d'Alexandre 
(M.  459  à  J20,  22).  Le  texte  reprend  ainsi  '  : 

Quant  la  reine  fu  au  palefrei  montée,        (f.  105) 

Congé  a  pris  del  rei,  si  s'en  est  retornée; 

Jusque  Meothodie  n'i  ot  renne  tirée. 

Quant  ot  lo  flum  passé,  si  fu  en  sa  contrée. 

E  li  reis  Alix,  a  sa  veie  astée;  ^ 

En  Babiloine  en  vint  à  Puitisme  jornée. 

Or  sera  de  fin  or  sa  teste  coronnée. 


A  la  page  suivante  un  nouveau  désaccord  se  manifeste. 
Dans  M.  une  même  laisse  (  501,  9  à  502,  20)  contient  l'ana- 
lyse de  la  lettre  écrite  par  Olympias  à  Alexandre  afin  de  le 
mettre  en  garde  contre  Antipater  et  Divinus  pater,  et  la  men- 
tion des  lettres  d'Alexandre  à  ces  deux  personnages.  Ce  second 
point  commence  dans  Ars.  une  nouvelle  tirade  et  y  est  traité 
plus  explicitement  que  dans  M  '. 


I .  Naturellement  les  quatre  premiers  vers  manquent  dans  M.  Ils  ne 
sont  possibles  dans  Ars.  que  parce  qu'il  vient  d'être  question  de  la 
reine  des  Amazones.  —  2.  M.  îoo,2}.  —  3.  Voici  dans  M.  (501,34 
ss.)  le  passage  correspondant  : 

Li  bons  rois  Alixandres  oui  proecce  tenoit 
Et  ounor  et  largesce  sor  toute  riens  amoit , 
Pense  en  son  corage  et  de  çou  s'avisoit 
Que  il  les  traîtors  per  lettres  manderoit, 
P.  Î02    Et  que  cescuns  venist  à  sa  cort  orendroit, 
Si  cier  qu'il  a  sa  vie  et  soi  de  rien  amoit, 
E  la  tiere  autresi  que  douné  lor  avoit. 
Et  scuissent  de  fi  icil  ki  n'i  venroit 
j     Que  tous  jors  de  sa  vie  deserités  seroit, 
Et  puis  à  .1.  gibet  cescun  balanceroit. 
Li  rois  manda  .1.  clerc  qui  escrire  savoit; 
Teus  lettres  li  devise  li  rois  que  il  voloit. 


O 


94  MANUSCRIT    DE    l'aRSENAL. 

Quant  la  chartra  fu  lite,  li  reis  s'est  porpensez  f.  104) 
Que  il  un'  autra  feiz  les  aveit  cha  mandez; 
Il  ne  volent  venir^  si  s'en  est  aïrez. 
Un  bref  lor  trametra  qui  ben  ert  saelez; 

Et  li  clers  fu  soutius  :  qui  mult  bien  l'enditoit, 
10     Li  clers  el  parcemin  de  son  encre  escrisoit, 

Et  quant  les  ot  escrites  li  clers,  si  les  clooit, 

Et  li  rois  Alixandres  apriès  les  saieloit. 

Puis  huça  .1.  mesage  que  durement  amoit, 

Les  lettres  li  douna,  et  cil  les  recevoit; 
15     Dist  lui  que  il  ces  lettres  Antipater  donroit, 

Et  Divinuspater  qui  à  Tir  demoroit. 

Et  li  mesages  dist  que  il  bien  le  feroit 

Et  que  il  le  mesage,  molt  bien  lor  conteroit. 

Et  li  mes  est  monté,  que  riens  ne  detrioit; 
20    Entra  en  son  cemin  et  erra  à  esploit. 

Enfresi  que  à  Tyr  n'est  li  mes  arestés. 

Le  fel  Antipater  a  ilueques  trouvé. 

De  par  roi  Alixandre  li  fu  li  bries  dounés. 

Et  li  fel  l'a  saisi  qui  en  fu  adolés. 
25     A  .1.  clerc  le  bailla  qui  bien  estoit  lettrés. 

Et  li  clers  les  saisi,  si  fu  dessaielés; 

Si  les  lut  en  oant,  ne  s'i  est  arestés. 

Tout  si  corn  Alixandres  li  rois  les  a  mandés. 

Li  traïtor  l'oïrent,  es  les  vous  aïrés; 
30    A  poi  que  il  ne  crievent,  si  fu  cescuns  enflés; 

E  dist  li  .1.  à  l'autre  :  «  Or  somes  mal  menés; 

«  Est  donques  Alixandres  issi  desmesurés 

«  Qui  cuide  de  nos  faire  isi  ses  volentés  ?  » 

Li  traïtor  félon,  cui  Dex  doinst  enconbrier! 
3  5     Ont  oies  les  lettres  et  dire  et  retraitier 
Que  li  rois  Alixandres  lor  a  fait  envoler. 
Quant  oent  la  parole  n'i  ot  que  courecier, 
Quar  il  oent  la  lettre  et  dire  et  tesmoigner, 
P.  503     U  il  voilent  u  non  lor  estuet  cevaucier. 
Monté  sunt  li  félon,  n'i  osent  detrier; 
En  Babilone  en  vont  por  lor  droit  desrainier 
Al  bon  roi  Alixandre  que  de  rien  n'orent  chier. 
j     Si  com  il  cevauçoient  andoi  le  jor  premier 
Li  .1.  des  traïtors  vet  à  l'autre  acointier. 
Ce  dist  Antipater  :  «  Moult  nos  puet  anoier 
«  De  faire  mauves  plest  tant  c'on  se  puist  aidier.  » 


MANUSCRIT    DE    l'aRSENAL.  ^ 

5  II  ne  lor  manda  mie  ne  saluz  ne  bontez, 
N'amisté  ne  servise  qui  seit  en  bref  nommez, 
Anz  i  a  fait  escrire  :  «  Oez  e  entendez  : 
«  Sachez  vostra  servises  vos  ert  gueherdonez. 
«  Je  vos  mant  e  comant  que  vos  n'i  arestez 

10  «  Que  ne  vengez  à  mei  quant  icest  bref  verrez, 
«  Quar  ge  vos  vol  veer  ainz  que  mais  seit  passez. 
«  Aceusquilesbrésportenttozvozchasteus livrez.» 
E  cil  li  respondirent  :  «  Si  cum  vos  commandez.  » 
Les  brés  unt  pris  del  rei,  li  conseus  est  fmez, 

1 5  Montent  es  palefreis,  ec  les  vos  desevrez. 
Entreci  que  à  Tyr  ne  fu  li  freins  tirez  ; 
Antipater  i  fu  de  Sidoine  apelez  (y°) 

Que  lai  esteit  venuz  à  uns  plaiz  devisez. 
De  part  rei  Alix,  fu  li  brés  présentez, 

20  A  un  clerc  l'unt  fait  lire;  quant  il  fu  esgardez 
E  il  l'oent  espeudre,  ec  les  vos  si  desvez 
Par  un  poi  qu'il  ne  crèvent,  si  fu  chascuns  enflez. 

Quant  li  dui  serf  l'entendent  n'i  ot  que  corrocer  ; 
0  il  voilent  o  non  les  estut  chivauger 
2  5  En  Babiloine  au  rei  por  lor  dreit  desraisner, 
E,  se  il  sunt  colpable,  por  la  merci  crier. 

Dist  Divinuspater  :  «  Bien  vos  sai  consillier  : 

10    «  En  une  autre  manière  nos  en  estuet  vengier. 

«  Par  force  nel  poriés  grever  ne  enpirier, 

«  Qu'il  est  sires  del  mont,  ce  poons  aficier. 

«  Maint  gentil  chevalier  a  il  fait  encombrier, 

«  Et  tolue  sa  tiere  et  vif  fait  exillier. 

15     «  Et  ocis  à  dolor  et  à  grant  enconbrier. 

«  S'engiens  ne  nos  aïde,  force  n'i  a  mestier.  » 

Fait  Divinus  pater  :  «  Antipater,  amis. 


96  MANUSCRIT    DE    l'aRSENAL. 

Si  cum  il  chivaujoent  il  e  lor  escuer, 

Ce  dist  Antipater  :  «  Molt  nos  pot  enuier, 

«  Ciz  reis  nos  tent  si  vis  corn  si  fusons  bergers; 

30  «  Quant  noz  chasteus  rendons  poi  faisons  à  preiser; 
«  .VII.  anz  l'en  poùsons  richement  guerrier, 
«  S'oûsons  asez  quis  à  heure  et  à  menger; 
«  Dementres  li  poùst  venir  tés  destorber 
«  Que  ben  oùsons  pais  senz  nulla  ren  doner. 

3  $   «  Por  malvais  est  tenuz  li  hom  e  por  laner 

«  Qui  fait  nul  malvais  plait  tant  cum  se  put  aider.  » 
Divinuspater  dist  :  «  Molt  vos  vei  esmaier, 
«  Si  vos  ousasa  dire,  ce  vos  vol  acongter 
«  Que  ben  nos  en  porrons  del  tôt  en  tôt  venger. 

40  «  Ren  n'i  feront  par  force,  ne  vos  oquer  celer; 
((  S'engins  ne  nos  ahie,  force  n'i  a  mester. 
i(  Fortune  qui  l'a  fait  sur  la  roe  monter 
«  L'en  reface  par  tens  cheïr  e  trébucher. 
«  Nen  a  il  tôt  lo  monde  par  force  à  justiser,  (f.  105) 

45   «  De  tôt  fait  quant  qu'il  volt,  Deuslidoinst  destorber!» 
Oez^  segnor  que  dient  del  bon  rei  dreiturer 
Qui  les  a  mis  sur  l'or  e  sis  trait  del  femer; 
Por  son  gentil  servise  li  donront  mal  loier. 
Molt  lo  vont  menaçant  li  dui  serf  pautoner, 

50  Le  règne  que  il  tent  ne  li  volent  laiser 
Ne  la  corone  d'or  ne  lo  ceptre  d'ormer; 
De  lor  segnor  se  volent  senz  achaison  venger. 


C 


e  dist  Antipater  :  «  Grant  folie  fesis 


38.  acongter,  p.-ê.  le  g  est-il  pointé.  —  H-  ^-  )^hn- 


MANUSCRIT    DE    l'aRSENAL.  97 

Un  peu  plus  loin,  juste  avant  le  morceau  que  divers  mss. 
intitulent  La  signification  de  la  mort  d'Alexandre  (B.  I.  791  f.  98) 
ou  encore  la  seconde  signification,  etc.  (B.  I.  792  f.  139),  Ars. 
contient  ces  vers  qui  ne  paraissent  pas  se  retrouver  ailleurs  : 

Or  aprosme  li  tens  d'acomplir  lor  talent;    (f.  io6) 
Là  defors  la  cité,  en  un  riu  bel  e  gent, 
Décent  Antipater,  sis  companz  epsament, 
Por  chancher  vesteûres,  quar  il  sunt  tuit  sollent. 
5  En  un  ruisel  se  bagnenl  qui  de  beuté  resplent, 
E  quant  se  sunt  bagnez  prenent  lor  vestiment. 
Veslu  sunt  e  chaucé  de  polpra  richement 
E  unt  pigné  lor  crins  o  un  pigne  d'argent. 
Pois  montent  aus  chivaus,  si  s'en  vont  bêlement. 
10  Molt  sunt  fel  11  viellart  e  plen  de  mantalent  : 
Au  bon  rei  Alix,  aportent  tel  présent 
Dunt  trestuit  cil  qui  l'aiment  serunt  grain  e  dolent. 

A  l'esua  de  Mai,  tôt  dreit  en  cel  termine  • 


La  scène  du  commencement  est  racontée  en  deux  laisses  qui 
manquent  à  M.  Après  la  laisse 


L' 


i  termes  est  venuz  que  11  arbre  orent  dit  » 


il  y  a  dans  Ars.  : 


2.  riu,  corr.  Hu.  —  4.  Por  par  un  p  barri;  de  même  aux  vers  30 
et  ^S  du  morceau  suivant.  —  5 .  ruisel  sel  se  b. 


1.  M.  506,1.  —  2.  M.  507,29. 


7 


98  MANUSCRIT    DE    l'aRSENAL. 

Li  reis  par  manctes  feiz  a  ses  barons  mandez , 
Duxe  princes  e  contes  e  ses  autres  fevez;[(f.  107  v) 
Cel  jor  tint  aute  cort,  que  il  fu  coronez. 
Plus  richement  de  lui  n'ert  mais  reis  atornez  : 
5  Sa  corone  fu  d'or,  pères  i  ot  assez, 
Jargonces,  estopaices  e  safirs  nielez. 
Sa  mollers  Rosenés,  qui  tant  aveit  beutez, 
Fu  iloc  coronée  e  sis  cors  honorez; 
Cors  de  si  bêle  fenne  ne  fu  anc  mais  trovez. 
1 0  Qui  veïst  son  viaire  cum  il  ert  colorez  ! 
De  blanc  e  de  vermel  esteit  antremeslez. 
Sos  cel  n'a  si  dur  home,  tant  seit  vilains  provez, 
Si  esgardast  la  dame  ne  fust  d'amors  nafrez, 
Tant  ert  de  bones  deges  sis  cors  enluminez  ! 
1 5  Quant  fu  faiz  li  servises,  en  versaeus  chantez, 
Li  reis  issit  del  temple  hautement  coronez. 
Tolomez  e  dan  Clins  vont  devant  lez  à  lez  ; 
Cel  jor  fu  li  vasaus  de  manc  home  esgardez  : 
m  ot  larges  espalles  e  ben  faiz  les  costez 
20  E  grant  enforgeûre,  s'ert  d'or  esperonez,     (f.  1 08) 
Chaucez  fu  d'um  blanc  paile  à  oiselez  ovrez, 
De  blanc  ermine  ert  li  bliauz  forez. 
Molt  esteit  genz  li  reis  e  de  cors  acesmez, 
La  corone  sostindrent  dan  Clins  e  Tolomez. 
25  D'autra  part  Perdicas,  qui  molt  ert  sis  privez, 
Qui  pois  fu  reis  del  règne  Alix,  clamez, 
Eminedus  d'Aufage,  li  proz  e  li  senez, 
'■    Teneit  une  gisarme  dunt  li  fers  esteit  lez 

22.  Il  y  avait  d'abord  esteit,  leçon  qui  a  été  exponctuée. 


MANUSCRIT    DE    lVrSENAL.  99 

E  li  atcers  tranchanz  e  li  manges  dorez , 
30  Por  ço  qu'à  icel'  ore  ert  li  reis  terminez 

E  cel  jor  deveit  estre  morz  e  enpoisonez. 

Grant  place  li  faiseient  environ  de  toz  lez  ; 

Par  ces  rues  à  voûtes  orent  tapiz  getez 

E  desus  Alix,  portent  pailes  roez 
3  5  Por  l'ardor  del  solleil,  que  li  chauz  est  levez. 

Tros  qu'au  mestre  palais  en  fu  ensi  menez  ; 

Au  templa  ancianor  fu  li  reis  desarmez 

De  la  corone  d'or  dunt  il  ert  coronez. 

Les  tables  furent  mises,  s'est  li  mengers  criez  ; 
40  Tés  s'i  asist  à  joie  qui  en  leva  troblez  : 

Ce  fu  li  reis  meïsmes  qui  fu  enpoisonez. 

A  grant  joie  amenèrent  le  rei  macedoneis.     (v°) 
Qui  donques  reveïst  sa  moller  Rosenés 

Ensi  cum  li  baron  la  menoent  après  ! 
45  Ne  fu  plus  bêle  fenne  dès  lo  tens  Moysés. 

Sa  corone  sostindrent  Lioine  e  Filistés  ; 

Desus  tindrent  un  paile  Caulus  e  Aristés 

Que  li  chauz  ne  li  arde  lo  vis  ne  lo  paies. 

En  la  chambra  l'enmeinent  à  grant  joie  e  à  pés, 
50  Sa  corone  receivent  li  dui  fil  Aminés, 

Ses  dras  li  unt  ostez  quar  li  chauz  est  engrés, 

A  joie  sunt  asis  al  menger  el  paies, 

Mas  ainz  serunt  iré  qu'il  en  relèvent  mes. 

^^er  tota  Babiloine  a  fait  li  reis  crier 


)i.  Corr.  En  c?  —  52.  el  m.  al  p.  —  $4.  M.  508,3.  Per  en  toutes 
lettres. 


100  MANUSCRIT    DE    L'aRSENAL. 

Après  la  laisse 


Q 


uam  li  reis  ot  beu  si  li  freidist  li  cors  • 


qui  termine  le  v*  du  fol.  109,  l'écriture  change  et  paraît  iden- 
tique à  celle  qui  dans  la  partie  qui  précède  ajoute  de  temps  en 
temps  en  marge  un  mot  ou  un  vers  oublié*.  L'orthographe  de 
ce  nouveau  copiste  est  bizarre  et  ses  leçons  fréquemment 
corrompues.  Il  reprend  le  récit  ainsi  qu'il  suit  : 

Quant  li  reis  se  senti  de  la  mort  langoser,  (f.  1 1 0) 
Enn  une  cambre  au  vote  s'esteit  alez  coscher 
Li  Greiu  tent  les  tables,  si  lèvent  de  lunger, 
E  plurent  et  regretent  lor  signor  driturer  : 
5  <(  Ahi  !  reis,  sor  tos  ohmes  faisez  e  à  priser 
«  Ne  vos  penez  mie  de  voz  genz  abaiser, 
(c  Mais  à  vostro  poer  lever  e  essaucher  ; 
«  E  si  les  fesiez  en  rigece  baigner 
«  E  donez  Paver,  la  richece  e  l'ormer 
10  «  Lo  vair  el  gris  els  corranz  destrier 

«  Jamais  ne  serai  prences  que  sache  giordener. 
«  Que  poront  hor[e]  faire  cil  povre  sodaer  ? 
((  L'uns  vendre  son  aubère  e  li  autre  son  distrer. 
«  Cil  serai  plus  amez  qui  menz  saura  plaider.  » 


I.  M.  509,20.  —  2.  Notamment  au  bas  des  ff.  85  et  86  v;  voy. 
ci-dessus  pp.  74  et  76. 

I.  M.  j  10,  5.  —  2.  En  nune;  de  même  v.  17  en  nû.  —  3.  M.  Li 
Griu  estent  1. 1.  si  laisent  le  mangier.  —  5.  Il  faut  faisiez  à  l'imparfait 
et  supprimer  e  ;  de  même,  au  vers  suivant,  le  sens  et  la  mesure  exigent 
peniez,  et  au  v.  9  déniez.  —  le.  Vers  ajouté  en  marge  par  le  copiste 
et  en  partie  usé.  Il  manque  à  M.  —  1 1.  Af.  J.  ne  venons  prince  qui 
sage  guerroier.  —  14.  M.  Cil  sera  plus  amés  qui  plus  sara  proisier. 


MANUSCRIT   DE   l'aRSENAL.  101 

1 5  Li  reis  entent  lo  cris  que  funt  cil  chivaller, 
Tels  dol  ad  de  sa  gent  que  vis  cuida  rager. 
Parmei  Pus  de  la  çanbre  entra  en  un  verger, 
El  flum  d'Eufrates  se  volt  aler  cholier, 
Mais  la  mort  l'engossé  quil  fist  engenoller. 

20  Qant  ne  pot  plus  aler  si  se  prist  à  crier; 
Sa  muler  Rosenés  lo  curut  à  enbracer 
Que  les  olz  e  la  boce  li  commence  à  baiser. 
«  Sire,  dreit  enperere,  vous  me  tu  donc  laiser 
«  E  gerpir  en  ces  segle  tant  chaitive  moller  ? 

25  «  Je  soi  grosse  e  encinte,  si  ne  me  pois  aider, 
«  Reis,  tu  (?)  ors  me  deùses  amer  e  conseller.  » 
En  un  leit  lo'n  portai  celé  qui  molt  Tôt  cher. 
Gré  e  Macedoniés  commencent  à  uger 
Qe,  si  test  ne  lor  rent  lor  signor  driturer,        (v^) 

50  Ja  ferunt  toz  lis  us  de  la  canbre  briser. 

Voici,  à  partir  de  cet  endroit  jusqu'à  la  fin  du  volume,  la 
suite  des  laisses.  Elle  ne  s'accorde  pas  avec  M. 

Li  reis  ohi  les  criz  e  sa  gent  doloser  ' , 

Li  reis  ot  grant  angosse  quar  de  la  morz  fu  prés  *; 

[(f-Hl) 

Quant  Al.  vit  que  la  mort  le  jostise  J, 

Toi.,  dist  lo  reis,  ge  vos  donrai  Egipte^;        (v*>) 


I  j.  M.  si  ch.  —  18.  M.  Ens  el  floc  de  Deufrate  se  vot  aler  bagnier. 
I.  M.  510,  34.  —  2.  M.  511,  2j.  —  3.  M.  J09,  26.  —  4.   M. 


102  MANUSCRIT    DE    L'aRSENAL. 

Toi.,  dist  li  reis,  je  vos  am  de  courage  ', 
Signors,distAl.,moltsoiaengranttorment2,  (f.  1 12) 
Li  reis  par  grant  amor  en  apela  Clinçon  J  :       (v^) 
Za  venez,  dist  li  reis,  Emenedus^  d'Arcage  J;  (f.  1 1 3) 
Al.  apele  Licanor  0  se  fie  ^,  (v^) 


Les  deux  derniers  tiers  du  fol.  1 14  r"  et  la  moitié  supérieure 
du  V"  sont  grattés.  On  voit  par  les  initiales  coloriées  qui  sub- 
sistent, qu'il  y  avait  deux  laisses.  Comme  le  V  est  imparfai- 
tement gratté,  on  distingue  aisément  que  la  seconde  laisse  était 
en  i.  Les  mots  isolés  qu'on  en  peut  déchiffrer  ne  donnent 
point  un  sens  suivi;  elle  ne  paraît  point  se  trouver  dans  M. 

Aristez,  dist  li  reis,  ge  vos  ai  donné  terre  7; 
Za  venez,  dist  li  reis,  beus  sire  Antigonus  8; 
Aprosmez  vos  de  mei,  beus  sire  Pilotas  9;   (f.  1 1  $) 
Festivons,  dist  li  reis,  aprosmez  vos  de  mei  '"; 
Signors,  dist  Alix.,  ne  vos  chaut  à  plurer  ".     (v^) 


i.  M.  512,  20.  —  2.  Cette  laisse  manque  dans  le  ms.  786,  et  par 
conséquent  dans  M.,  mais  elle  se  trouve  dans  d'autres  mss.,  placée 
avant  la  laisse  Toi.,  dist  lo  reis,  ge  vos  donrai  Egipte  {par  ex.  789 
/.  90  b).  —  3.  Af.  512,  }2.  —  4.  Emenedenus.  —  j.  M.  ji3.  25. 
—  6.  M.  JI4,  37.  —7.  M.  514.  9-  —  8.  M.  514,  IJ.  —  9-  W. 
514,  23,  —  10.  M.  JIJ,  30.  —  II.  Af.  J16,  9. 


MANUSCRIT    DE    l'aRSENAL.  IOJ 

Aristez,  dist  li  reis,  ge  vos  donrai  Cartage  '  ;   (f.  1 1 6) 
Caluz  de  Macédoine  a  li  rois  apelé  *  : 
Quant  Al.  ot  les  .xii.  pers  chassez  ?  (v^) 

Ce  fiiron  samadis  que  le  sers  les  aprese  4,  (f.  1 17) 
Qui  lors  oïst  son  dol  démener  à  ClinçonJ, 
Après  Clinçon  lo  conte  li  granz  dois  renovelle  ^ 
Qi^  lor  oïst  lo  dol  que  fait  Emenedus  ?!       (f.  1 1 8) 
Licanors  fait  grant  dol,  por  lo  rei  crie  e  plure  S;  (v^) 
Pilotes  fait  grant  dol  antra  lui  e  son  freire  9, 
Aristez  fait  grant  dol,  por  lo  rei  fait  sa  plante  'o:(f.  119) 
Per  Al.  plore  Caulus  lu  fiz  Saberte  ", 
Qui  dune  oïst  lu  dol  que  mené  Perdicas  ",     (v^) 


I.  M.  517,  II.  —  z.  M.  517,28.  —  3.  M.  518,  I.  Entre  cette 
laisse  et  la  suivante,  le  ms.  laisse  un  espace  vide  de  onze  ou  douze 
vers  [partie  au  bas  du  fol.  1 16,  v»,  partie  au  haut  du  fol.  suivant). 
Cependant  il  ne  manque  rien  à  cet  endroit,  du  moins  d'après  M.  Une 
main  qui  paraît  du  XIV  siècle  a  utilisé  ce  vide  en  y  copiant  la  laisse 
Amis  Antiocus,  dist  li  reis,  cha  venés,  M.  ji6,  }2.  —  4.  M.  518, 
14.  —  j.  M.  518,  26.  —  6.  M.  H'»  18.  —  7.  M.  519,  10.  — 
8.  M.  J19, 2j.  —  9.  A^.  $19, 3J.  —  10.  Af.  J20,9. —  II.  M.  520, 19. 
Per  en  toutes  lettres;  dans  les  deux  ex.  qui  précèdent,  p  barré.  — 
12.  M.  520,  J2. 


!04  MANUSCRIT    DE    l'aRSENAL. 

Morz  fu  li  reis  en  mai  quant  passe  la  calenda  '. 
Aristé  fait  tel  dol  que  nuls  hom  nel  conorta  2,  (f.  1 20) 
Antigonios  fait  tel  dol  que  toz  s'en  es[f]roie  ? 
Antigonius  fait  dol,  de  plurer  se  saole  4  (yo) 

Aus  spez  le  rei  de  Grèce,  devant  les  autres  Gris  J, 
Il  aveit  ja  grant  peça  que  li  reis  est  feniz  6;    (f.  1 2  2) 

Nel  tenge  pas  à  mervelle  se  cil  hont  grant  paor  1 

[(f.i23v°) 

Tels  dol  n'ert  pas  mervelle  que  li  baron  unt  fait  s. 

[(f-i24v«) 

DevantloreisdeGreceplurotunemarchese9,  (f.  12  Ç) 

Toz  jors  devant  lo  reis  plorent  li  .xii.  per  '<»;  (v°) 

Tôt  dreit  au  tenple  Jovins  si  com  l'estoire  crie  ", 

[(f-'26) 

Segnors,  co  dist  don  Clins,  conment  lo  mènerons  ^2? 

[(v°) 

Une  littire  firent  molt  tost  appariller  'J, 


I.  M.  521,  9.  —  2.  M.  521,  26.  —  3.  M.  521,  38.  -  4.  M. 
522,  18.  —  j.  M.  5}6,  20.  —  6.  M.  524,  31.  —  7.  M.  528,  I.  — 
8.  M.  523,  20.  —  9.  M.  522,  32.  —  10.  M.  543,  16.  —  II.  M. 
Î44,  23.  —  12.  M.  544,  3J.  —  13.  m.  545,  12. 


MANUSCRIT    DE    L'aRSENAL.  IO5 

Unques  n*i  ot  quarel  ne  père  ne  ciment  «,  (f.  1 27) 
La  piramide  au  rei  fu  molt  granz  e  beulée  ^  (y°) 
C'est  l'image  del  rei  qu'eloc  em  sunt  polistJ;  (f.  1 28) 
Morz  fti  reis  Alix,  e  à  la  fin  alez  4. 
E  après  en  refist  autra  que  sur  un  mont  forma  J ,  (v^) 
Oi  !  bons  rex  Alix,  quant  gentilment  ovras  ^  ! 

Per  quel  les  fist  escrivre  très  ben  lo  vos  sai  dire  7. 

[(f-'29) 

Ci  fenisent  li  vers  de .8  (v°) 

Del  bons  reis  Alix,  que  tant  ama  droiture. 
Sur  la  tonbe  de  lui  ot  fait  mante  penture 
E  de  mer  e  de  terre,  de  tute  créature; 
El  mont  n'a  chose  vive  dunt  il  n'i  ait  figure 
Li  Gré  s'en  sunt  torné  la  petita  anbleùre, 
Alix,  remés  dedenz  sa  sépulture. 
Deus  li  face  merchi  qui  fist  lo  mont  osure 
S'il  unques  à  cel  tens  ot  de  nul  orne  cure. 
Ce  fenisent  li  vers;  l'estorie  plus  ne  dure. 

Ce  reconte  Al.  de  Bernai 

Qui  unques  nen  ot  jor  longement  adventure 
S'un  jor  la  trova  blanche  ....'... 
Ci  fenisent  li  vers  d'Alisandre 

I.  M.  54J,}4-  — 2.  M.  546,19-  —  i-M.  546,57. —  4-  M.  547, 
8.  —  j.  Af.  547,  26.  —  6.  M.  547,  37.  —  7.  M.  548,  15.  Per  « 
toutes  lettres.  —  8.  La  dernière  page  du  ms.  est  très-usée;  certains  mots 
n'ont  pu  Itre  déchiffrés. 


MANUSCRIT 


DE  LA  BIBL.  IMP.  N°  789 


SOMMAIRE'. 


I.  Qui  veut  entendre  les  vers  d'une  bonne  histoire,  écoute  celle 
du  meilleur  roi  que  Dieu  ait  laissé  mourir.  Je  vous  veux  rafraîchir 
l'histoire  d'Alexandre  à  qui  Dieu  mit  au  cœur  fierté  et  ressentiment; 
qui  envahit  ses  ennemis  par  mer  et  par  terre  et  fit  venir  le  monde 
entier  à  son  commandement.  Ceux  qui  le  servirent  bien  n'eurent 
pas  à  s'en  repentir;  ceux  qui  s'y  refusèrent,  ni  tour  ni  défilé 
ne  sut  les  garantir.  A  l'heure  oh  l'enfant  naquit,  Dieu  montra 
par  des  signes  éclatants  qu'il  le  ferait  craindre.  —  II,  Je  veux 
vous  traiter  l'histoire  d'Alexandre  en  vers,  pour  qu'il  profite  à  la 
gent  laie.  Mais  tel  ne  sait  finir  qui  sait  bien  commencer,  et  res- 
semble à  l'dnon,  qui  est  beau  quand  il  naît,  et  enlaidit  à  mesure 
qu'il  grandit.  Ces  jongleurs  bâtards  gâtent  les  contes  :  quand  ils 


1 .  Les  parties  en  italiques  sont  celles  qui  se  retrouvent  dans  la 
version  ordinaire  publiée  par  M.  Michelant. 


I08  MS.    BIBL.    IMP.    789. 

ont  tout  dit,  il  faut  rattacher  les  morceaux  de  leur  œuvre.  Mais 
contre  ces  vers  doit  dresser  la  tête  quiconque  veut  assouplir  son 
cœur  aux  bonnes  mœurs,  savoir  ce  qu'il  doit  faire  et  ce  qu'il  doit 
laisser,  comment  il  doit  se  comporter  envers  ses  amis  et  ses  enne- 
mis. Je  ne  vous  commence  point  de  Landri  ni  d'Auchier,  mais 
d'Alexandre  d'Alier  qui  eut  Sens  et  Prouesse  pour  gonfaloniers. 

—  III.  Qui  veut  entendre  les  vers  d'une  bonne  chanson 
m'écoute  et  reste  tranquille.  Je  dirai  d'Alexandre  le  fils  de 
Philippe,  de  sa  naissance,  de  son  éducation,  puis  de  ses 
enfances  quand  il  fut  devenu  un  jeune  homme.  Je  conterai 
comment  il  se  fit  porter  vers  le  ciel,  comment  il  descendit  au 
fond  de  la  mer,  comment  il  tua  un  lion,  comment  il  occit  son 
maître,  comment  il  dompta  Bucéphale,  comment  il  occit  Nico- 
las, un  roi  félon,  et  conquit  son  royaume,  comment  il  eut 
ensuite  Sidon,  le  royaume  de  Darius,  Tyr,  l'Egypte,  comment 
il  occit  Porus  et  pendit  le  duc  de  Palatine,  comment  enfin  il 
conquit  Babylone  et  mourut  empoisonné  dans  le  palais  cons- 
truit par  les  gloutons  qui  croyaient  monter  au  ciel,  quand 
Dieu  diversifia  les  langages.  —  IV.  Quand  le  roi  Salomon  fit 
son  premier  livre,  il  parla  de  la  vanité  du  monde  dont  il 
recherchait  l'histoire;  il  prophétisa  l'avènement  du  Christ;  et 
toutefois  il  écrivit  aussi  l'histoire  d'Alexandre.  —  V.  Signes 
qui  se  manifestèrent  lors  de  la  naissance  d'Alexandre  en  pré- 
sage de  sa  gloire  future.  On  prétendit  alors  qu'Alexandre  avait 
été  engendré  par  un  maître  enchanteur  ayant  revêtu  la  forme 
d'un  dragon,  mais  c'est  mensonge:  il  était  bien  fils  de  Philippe 
et  d'Olympias.  —  VI.  Joie  de  Philippe  et  d'Olympias  à  la  nais- 
sance de  cet  enfant.  On  lui  donne  des  nourrices,  puis  des  maîtres. 

—  VII.  Arrivée  de  Natanabus.  Il  enseigne  à  Alexandre  le  cours 
des  étoiles.  C'était  un  memilleux  enchanteur  :  il  eût  mis  dans 
sa  bourse  les  tours  de  dix  cités!  —  VIII.  Le  roi  donna  à  son 
fils  cinq  maîtres  :  Aristote,  Clichon,  Ptolémée,  Homère  et  Na- 
tanabus. Ils  lui  apprennent  le  latin,  les  sept  arts,  la  chasse,  les 


MS.    BIBL.    IMP.    789.  109 

tables  et  les  échecs,  rescrime,  la  musique.  —  IX.  Portrait 
d'Alexandre.  —  X.  i4  l'âge  de  dix  ans  il  eut  un  songe.  Il  lui 
sembla  qu'il  mangeait  un  œuf  lorsqu'un  serpent  hideux  en  sortait 
qui  environna  par  trois  fois  son  lit,  puis  se  retira  dans  l'œuf  et  y 
mourut.  —  XI.  //  s'éveilla  effrayé  et  conta  le  songe  qu'il  venait 
d'avoir  à  son  père.  —  XII.  Philippe  mande  les  devins  de  partout 
son  royaume;  il  leur  expose  le  songe  et  chacun  s'efforce  de  l'expli- 
quer. —  XIII.  Selon  l'un,  le  serpent  figure  un  homme  orgueilleux 
qui  voudra  mettre  sous  lui  rois  et  empereurs,  mais  qui,  obligé  de 
revenir  en  arrière,  succombera  enfin.  —  XIV.  «  C'est,  »  dit  un 
autre,  «  un  homme  orgueilleux  qui  voudra  conquérir  les  terres,  mais 
«  //  ne  réussira  pas,  car  ceux  qui  lui  doivent  secours  lui  manqueront, 
«  et  force  lui  sera  de  revenir  sur  ses  pas  comme  fit  le  serpent.  » 

—  XV.  «  L'œuf  signifie  le  monde,  »  dit  Aristote  d'Athïnes,  «  le 
m  milieu  est  la  terre;  le  serpent  est  Alexandre  qui  sera  seigneur  du 
«  monde  et  reviendra  mourir  en  Macédoine.  »  —  XVI.  Philippe 
accepte  avec  joie  cette  explication.  Education  d'Alexandre.  Ses 
maîtres  lui  apprennent  le  grec,  l'hébreu,  le  chaldéen,  le  latin,  le 
cours  des  étoiles,  la  vie  du  monde,  l'art  de  raisonner.  Ils  lui 
enseignent  aussi  à  tenir  à  distance  les  félons.  —  XVII.  Je  vous 
ai  dit  comment  Alexandre  naquit  et  comment  il  fut  élevé;  vous 
entendrez  désormais  de  ses  enfances  et  des  conquêtes  qu'il  fit. 

—  XVIII.  Un  jour,  Alexandre  annonce  à  Aristote  qu'il  a 
l'intention  de  se  faire  porter  dans  les  airs  par  deux  griffons 
que  possédait  son  père,  afin  de  voir  la  terre  sur  laquelle  il  est 

•  appelé  à  régner.  Aristote  essaie  en  vain  de  l'en  détourner.  — 
XIX.  Il  persiste  ;  après  avoir  fait  jeûner  les  griffons  pendant  trois 
jours,  il  les  attache  à  un  siège  solidement  ouvré  et,  s'y  étant 
placé,  il  montre  aux  griffons  deux  chapons  liés  chacun  au  bout 
d'une  perche.  Ceux-ci  s'enlèvent  pour  atteindre  la  viande.  Effroi 
général  lorsqu'on  aperçoit  Alexandre  dans  les  airs.  Philippe 
fait  jeter  en  prison  les  maîtres  de  son  fils  ;  s'ils  ne  le  lui  rendent 
avant  la'nuit,  il  les  fera  pendre.  —  XX.  Douleur  d'Olympias; 


I  10  MS.    BIBL.    IMP.    789. 

Alexandre  monte  toujours.  —  XXI.  La  chaleur  du  soleil 
l'empêche  d'atteindre  le  ciel.  Contraint  de  revenir,  il  abaisse 
les  perches  et  dirige  ainsi  les  griffons  vers  une  prairie  où  il 
descend.  Le  roi  le  traite  durement;  la  reine,  qui  pensait  ne  plus 
le  revoir,  l'embrasse  tendrement.  —  XXII.  Une  autre  fois  il  fut 
encore  plus  hardi.  Il  se  fit  faire  une  caisse  en  verre  consolidée 
par  des  bandes  de  fer;  il  y  mit  des  vivres  et  un  coq.  —  XXIII. 

II  fit  préparer  une  chaîne  de  cent  toises  de  long,  à  l'un  des 
bouts  de  laquelle  on  fixa  un  gros  bâton  carré,  qui,  en  flottant 
à  la  surface  de  la  mer,  devait  marquer  le  lieu  de  la  descente. 
Puis,  un  jour  qu'avec  ses  maîtres  il  s'était  allé  promener 
vers  le  port,  il  les  quitta  et,  accompagné  d'un  maître  nauto- 
nier  qui  était  dans  le  secret,  il  s'embarqua  en  une  nef.  Arrivé 
en  pleine  mer,  il  entra  dans  son  vaisseau  de  verre  et  se  fit 
couler  au  fond  de  la  mer.  Il  était  convenu  que  le  soir  on  devait 
le  remonter.  Mais  une  tempête  survint  qui  brisa  le  navire  et 
fit  périr  tous  ceux  qui  le  montaient,  sauf  le  maître  nautonier 
qui  se  sauva  sur  une  planche.  —  XXIV.  Angoisse  d'Alexandre; 
effroi  de  ses  maîtres  lorsqu'ils  s'aperçurent  de  sa  disparition. 

—  XXV.  Ils  le  font  en  vain  chercher  de  tous  côtés.  Alexandre 
se  rappelle  avoir  entendu  dire  que  la  mer  ne  peut  souffrir  le 
sang  nouvellement  répandu.  Il  coupe  la  tête  à  son  coq  :  la 
boîte  de  verre  s'enlève  aussitôt.  Le  nautonier,  ayant  été  poussé 
par  la  mer  vers  le  port,  est  recueilli  par  un  vieux  pêcheur, 

—  XXVI.  Il  lui  raconte  son  malheur;  le  pêcheur  donne  un 
morceau  de  pain  au  marin  qui  se  mourait  de  faim,  et  tous 
deux  se  mettent  à  la  recherche  d'Alexandre.  —  XXVII.  Ils 
arrivent  au  lieu  du  naufrage.  Le  nautonier  ne  trouve  plus  le 
bois  qui  devait  flotter  au  dessus  de  la  cage  de  verre.  Il  en 
conclut  qu'Alexandre  est  perdu  sans  ressource.  A  ce  moment 
ils  aperçoivent  contre  un  rocher  l'objet  qu'ils  cherchaient  et 
entendent  Alexandre  qui  les  appelait.  Ils  vont  à  lui  et  le  tirent 
dehors.  —  XXVIII,  Ils  voguent  vers  le  rivage  et  abordent 


MS.    BIBL.    IMP.    789.  III 

avant  le  coucher  du  soleil  au  port  Saint-Daniel.  Alexandre  se 
loge  chez  le  vieux  pêcheur.  —  XXIX.  Cependant  Philippe 
était  à  Aliers,  ville  où  Alexandre  était  né  et  d'où  il  prit  son 
surnom.  Accompagné  du  pêcheur  et  du  marin,  le  jeune  prince 
s'y  rend  par  mer.  —  XXX.  Il  va  trouver  un  hôte  qu'il  aimait 
particulièrement  et,  apprenant  de  lui  que  ses  maîtres  devaient 
être  jugés  le  lendemain,  il  lui  demande  de  garder  jusque  là  le  secret 
de  son  arrivée.  —  XXXI.  Le  roi  Philippe  rassemble  sa  cour  et 
fait  comparaître  les  maîtres  de  son  fils.  —  XXXII.  L'un  des 
barons,  Amatides  rejette  la  faute  sur  l'imprudence  d'Alexandre. 
li  demande  qu'un  terme  de  quarante  jours  soit  accordé  aux 
maîtres  pour  retrouver  leur  pupille.  —  XXXIII.  Un  autre,  un 
traître  nommé  Cemelan,  est  d'avis  qu'on  procède  immédiate- 
ment au  jugement.  —  XXXIV.  Ptolémée,  l'un  des  sept  maîtres 
d'Alexandre,  répond  en  accusant  Cemelan  de  trahison.  Ce  der- 
nier présentait  déjà  son  gage  quand  survient  l'hôte  qui  apporte 
la  nouvelle  du  retour  d'Alexandre.  —  XXXV.  Le  roi  n'est 
cependant  pas  décidé  à  pardonner  aux  maîtres  dont  la  négli- 
gence a  failli  amener  la  perte  de  son  fils.  Il  y  consent  toute- 
fois à  la  prière  générale.  L'hôte  va  trouver  Alexandre  qui 
dormait  encore  et  lui  raconte  ce  qui  vient  de  se  passer  à  la 
cour.  Le  jeune  homme  se  promet  de  ne  pas  oublier  Cemelan 
et  sa  déloyauté.  Puis  il  se  revêt  d'habits  magnifiques  que  lui 
présente  son  hôte.  Le  roi  accueille  son  fils  par  des  paroles 
ironiques.  Celui-ci  promet  de  ne  plus  recommencer  telle  folie. 
—  XXXVI.  Prouesse  d'Alexandre  lorsqu'il  eut  dépassé  l'âge 
de  onze  ans.  Il  faisait  venir  les  fils  des  gentilshommes  de  par 
tout  le  royaume,  et  les  comblait  de  présents.  —  XXXVII.  Il 
se  comportait  sagement,  s'abstenant  de  toute  folie  qui  eût  pu 
faire  parler.  Chaque  année  le  roi  tenait  cour  au  jour  de  sa  nais- 
sance. A  l'occasion  d'une  de  ces  fêtes,  le  duc  d'Antigonie,  qui 
tenait  de  lui  son  fief,  lui  envoya  un  lion  magnifique  qui,  dans 
ses  bons  moments,  se  laissait  conduire  et  chevaucher  librement. 


112  MS.    BIBL.    IMP.    789. 

Un  gardien  qui  n'était  pas  au  fait  des  habitudes  de  l'animal 
fut  saisi  et  déchiré  par  lui.  Alexandre,  qui  n'avait  que  douze 
ans,   prit  un   bâton  et,  du   premier  coup,  l'abattit  mort. 
—  XXXVIII.  Un  jour,  il  s'était  allé  promener  dans  un  jardin 
avec  Natanabus.  Celui-ci  enseignait  son  élève  :  «  Beau  fils,  » 
lui  disait-il,  «  j'ai  peur  que  vous  mouriez  trop  tôt,  et  j'y  aurais 
«  dommage,  car  par  vous  j'espère  recouvrer  ma  terre,  la  belle 
«  Egypte  dont  j'ai  été  seigneur.  »  Le  valet  changea  de  couleur 
en   entendant   Natanabus   l'appeler   son   fils.    —   XXXIX. 
«  Maître,  »  dit-il,  a  suis-je  donc  votre  fils.?  s'il  en  est  ainsi,  je 
«  ne  suis  pas  digne  de  tenir  l'héritage  du  roi  Philippe.   Et 
«  pourtant  vous  êtes  d'assez  riche  parenté  pour  que  je  ne 
«  doive  pas  être  honni    en  cour.    —   Par  dieu,  bel  ami, 
«  vous  dites  vrai  :  j'ai  été  roi  d'Egypte;  mes  grands  princes 
«  voulurent  m'emprisonner;  je  vins  auprès  de  ce  roi  que  j'ai 
«  bien  servi,  et  j'ai  trouvé  en  un  sort  que  je  serais  tué  par  un 
«  jeune  enfant.  Je  ne  sais  si  c'est  vrai.  »  Alexandre,  sans  dire 
un  mot  de  plus,  le  saisit  par  les  jambes  et  le  précipita  dans  le 
fossé  où  il  se  brisa  tous  les  membres.  —  XL.  Un  neveu  de 
Natanabus,  voyant  pleurer  Alexandre,  s'approcha  et  trouva 
son  oncle  mort.  —  XLI.  Il  le  fait  relever  et  porter  à  un  temple 
de  leurs  dieux,  puis  il  se  présenta  au  roi  et  lui  demanda  justice. 
Philippe  ordonne  à  ses  barons  de  faire  justice  de  son  fils.  — 
XLII.  En  ce  temps,  la  coutume  était  que  les  homicides  ne 
fussent  pas  épargnés  pour  leur  riche  parenté.  Les  barons  se 
sentirent  très  embarrassés,  car  Alexandre  s'était  fait  aimer  de 
tous  et  on  le  regardait  comme  l'héritier  de  la  terre.  L'un 
d'eux,  Avarides,  propose  de  demander  au  roi  un  délai  de  huit 
jours.  Alors,  la  colère  du  roi  sera  passée  et  on  pourra  sollici- 
ter le  pardon  de  son  fils.  —  XLIII.  Les  barons  le  députent, 
lui  quatrième,  auprès  du  roi.  Celui-ci  accorde  à  contre  cœur 
le  répit  demandé.  Sur  ces  entrefaites,  on  présente  au  roi  un 
cheval  engendré  en  une  jument  par  un  laiton  et  qui  était  d'une 


MS.    BIBL.    IMP.    789.  11^ 

extrême  férocité.  —  XLIV.  Les  barons  décident  que  le  châti- 
ment d'Alexandre  sera  d'aller  dompter  ce  cheval.  Ils  espèrent 
que  le  roi  n'y  consentira  pas  et  pardonnera  à  son  fils.  —  XLV. 

Ils  font  part  de  leur  décision  au  roi,  qui  l'approuve.  

XLVI.  Ce  cheval  était  si  féroce  qu'on  lui  livrait  les  meurtriers- 
il  les  dévorait  en  un  instant.  Il  n'y  avait  pas  d'autre  exécuteur 
des  hautes  œuvres  dans  le  royaume.  —  XLVII.  Alexandre 
est  informé  de  la  peine  qui  lui  est  imposée.  Il  se  dirige  sans 
crainte  vers  le  celier  où  on  tenait  le  cheval  enfermé  ;  il  enfonce 
les  portes  à  coups  de  mail.  Bucifal  s'agenouille  devant  lui. 
Depuis  il  ne  mangea  plus  de  chair  humaine.  —  XLVIII. 
Alexandre  lui  ôte  ses  chaînes  et  le  monte.  Le  bruit  s'en  répand 
par  la  cité.  De  toutes  parts  on  s'écrie  qu'Alexandre  doit  être 
empereur.  Le  roi,  accompagné  de  maints  riches  barons,  la 
reine,  suivie  de  ses  dames,  viennent  au  devant  de  lui.  «  Faites- 
«  le  chevalier  sans  retard,  »  crie-t-on  au  roi.  Il  y  consent. 
La  reine  offrira  les  vêtements  et  le  roi  fournira  le  reste.  — 
XLIX.  Philippe  et  Alexandre  s'embrassent.  Les  compagnons 
du  jeune  prince  seront  armés  en  même  temps  que  lui.  Ils  courent 
se  baigner  dans  la  mer.  Description  de  l'armement  d'Alexandre. 


MANUSCRIT 


DE  LA  BIBL.    IMP.   N"  789 


ui  vers  de  boine  estore  veut  entendre  et 

oir, 
Pour  prendre  boin'  essample  de  proueche 
acuellir, 

De  connoistre  raison,  d'amer  et  de  haïr, 
Des  anemis  grever  et  abatre  et  matir, 
5  Et  vers  ses  amis  povres  bien  se  sache  eslargir, 
Des  laidures  vengier  et  des  biens  fais  merir, 
De  chanter  quant  lius  est  et  à  terme  soufrir, 
Si  escout  ches  biaus  vers  boinement  par  loisir; 
Nés  orra  gaires  hom  cui  ne  doie  plaisir  : 
10  Chou  est  du  meillor  roi  que  Dix  laisast  morir. 
D'Alixandre  vous  voel  l'estore  rafrescir 


i-j8.  Ces  deux  laisses  comme  dans   M.   sauf  les  variantes.  — 
j.  Af.  De  ses  amis  garder  et  cierement  tenir. 


Il6  MS.    BIBL.    IMP.    789. 

Cui  Dix  dona  au  cuer  fierté  et  grant  air, 
Ki  osa  par  mer  gens  et  par  terre  envaïr 
Et  fist  à  son  kemant  tout  le  pueple  venir 

1 5  Et  tans  rois  orgeilleus  à  l'esperon  servir. 
Ki  serviche  li  fist  ne  s'en  dut  repentir, 
Car  tous  fu  ses  corages  à  lor  bons  acomplir; 
Et  il  i  parut  bien  as  durs  estours  souffrir, 
Car  es  destrois  besoins  ne  le  volrent  guerpir. 

20  Qui  servir  ne  le  vaut  nel  pot  tours  garandir 
Ne  destrois  ne  maus  pas,  tant  seûst  loin  fuïr. 
A  Peure  ke  li  enfes  deut  de  sa  mère  issir 
Demoustra  Dix  par  signes  k'il  le  feroit  cremir, 
Car  l'air  convint  muer,  le  firmament  croissir, 

25  Et  le  tere  crauUer,  le  mer  par  lius  rougir, 
Et  les  bestes  trambler  et  les  homes  frémir. 
Ce  fu  senefianche  ke  Dix  fist  esclarcir 
Pour  monstrer  de  l'enfant  k'en  devoit  avenir 
Et  com  grant  signourie  il  aroit  à  baillir. 


30    ¥    'estore  d'Alixandre  vous  voel  par  vers  traitier 
i—^En  romans,  c'a  gent  laie  doie  aukes  porfitier. 
Mais  tels  ne  set  fmer  ki  bien  set  commenchier, 
Ne  moustrer  bêle  fin  por  s'ovregne  essauchier, 
Ains  resamble  l'asnon  en  son  aé  premier 

3  5  Ki  biaus  est  quant  il  naist,  et  maintes  gent  l'ont  chier; 
Com  plus  croist  plus  laidist  et  plus  semble  aversier. 

50-48.  Manquent  dans  786  et  par  conséquent  dans  M.,  mais  se  trou- 
vent dans  les  autres  mss.  —  33.  p.  son  règne.  —  34.  375,  790,  Oxf., 
etc.  en  son  versefier. 


MS.    BIBL.    IMP.    789.  I  17 

Cil  conteour  bastart  font  contes  avillier  ; 
Si  se  voelent  en  cort  sur  les  mellors  prisier, 
Et  quant  il  ont  tout  dit  si  ne  vaut  .1.  denier, 

40  Ainçois  convient  par  pans  lor  œvres  atachier. 
Mais  encontre  ces  vers  doit  le  teste  drecier 
Qui  veut  as  bones  mors  son  cuer  assoploier, 
Et  savoir  k'il  doit  faire  et  quel  cose  laissier,      (b) 
Com  il  doit  ses  amis  et  blandir  et  priier, 

4  $  Ceus  k'il  a  fait  tenir,  et  autres  porcachier, 

Ses  anemis  grever  et  si  estoutier  [fier  ; 

C'uns  tous  seus  envers  lui  n'ost  mostrer  samblant 
Plus  Tes  tiengne  dotans  c'aloete  esprevier  ; 
Mais  ne  soit  mie  avers  sil  sevent  essauchier, 

$0  Car  ains  par  avarisse  ne  vi  preu  gaaingner. 
Ki  trop  croit  en  trésor,  trop  a  le  cuer  lanier  : 
Ne  puet  conkerre  honour  ne  tere  justicier. 
Je  ne  vous  commens  mie  de  Landri  ne  d'Anchier, 
Ains  vous  dirai  les  vers  d'Alixandre  d'Alier 

5  5  De  qui  sens  et  proece  firent  confanonier. 
A  mes  dis  prenge  garde  ki  se  veut  essauchier 
Et  de  boines  coustumes  estruire  et  ensegnier, 
Si  m'oe  boinement  et  sans  contralier. 

III. 

Ki  veut  oïr  les  vers  d'une  bone  canchon  [chon  ; 
Si  m'escout  et  soit  cois,  sans  noise  et  sans  ten- 

j8.  Ki  s.  V.  encore.  —  4J,  Après  ce  vers  divers  mss.  (790,  Oxf. 
etc.)  ajoutent  :  Et  ceuls  qu'il  ne  cognoist  par  ^œuvres  assaier  (790 
essauchier!).  —  48.  Oxf.,  790,  qu'aloete  en  gibier  I  Quant  el  voit  ae  la 
main  départir  esprevier.  —  j8.  C«  vers  manque  dans  786  et  dans  M. 
De  mime  pour  toutes  les  laisses  qui  suivent,  sauf  indication  contraire. 


I  l8  MS.    BIBL.    IMP.    789. 

Si  orra  tele  estoire  dont  grans  iert  le  raison, 
Car  canchons  sans  estoire  ne  vaut  pas  .k  bouton. 
D'Alixandre  dirai  ki  fu  fix  Phelippon 
Ensi  corn  il  fu  nés,  par  quel  demoustrison, 

65  Et  corn  il  fu  nourris  en  petite  fachon, 
Et  puis  de  ses  enfances  quant  il  fu  valeton  ; 
Corn  il  se  fist  porter  vers  le  ciel  au  gripon, 
Et  puis  ala  en  mer  au  fons  0  le  poisson, 
Et  si  com  il  tua  en  s'enfanche  .1.  lion; 

70  Com  il  ocit  son  maistre  et  par  quele  acoison  ; 
Com  il  prist  Bucifal  le  destrier  arragon 
Ki  plus  mengoit  char  d'ome  ke  d'autre  venison, 
Et  cascune  semaine  en  avoit  livrison  ; 
Com  ocist  Nicolas,  .1.  rois  ki  fu  félon, 

7  5  Si  conquist  son  roiaume,  s'en  ot  d'avoir  foison  ; 
Com  ot  puis  de  Sidone  le  tour  et  le  dongon 
Où  il  jut  moult  malades  de  fièvre  et  de  friçon. 
Après  conquist  il  Daire,  s'en  ot  le  région 
Et  si  pechoia  Tyr  par  mer,  en  .1.  dromon  ; 

80  Là  ot  il  de  sa  gent  grant  persécution  ; 
Et  puis  conquist  Egipte,  le  règne  Pharaon  ; 
Puis  li  vint  li  vermine  et  li  escorpion, 
E[t]  parla  as  .11.  arbreso  grant  dévotion 
Qui  de  se  mort  li  dirent  le  fiere  traïson  ; 

85  Puis  ocist  Porus  d'Inde,  le  rice  roi  baron. 
Le  duc  de  Palatine  pendi  sans  raenchon 
Por  la  dame  robée  dont  il  fist  mesproison  ; 
Puis  conquist  Babilone  où  fu  mors  par  poison 
El  grant  palais  marbrin  que  firent  li  gloton 

90  Qui  cuiderent  monter  el  ciel  par  mesproison 


MS.    BIBL.    IMP.    789.  119 

Quant  Dix  de  tous  langages  lor  fist  devision  : 
Quant  Tuns  parloit  englois  et  li  autres  gascon, 
Li  tiers  parloit  irois  et  li  quars  bourgegnon, 
Et  li  quins  alemant  et  li  sistes  breton, 
9  5  Li  septimes  galois,  li  octimes  frison  ;  (c) 

L'uns  ne  savoit  de  Pautre  ke  disoit  ne  ke  non  ; 
Cil  ki  demandoit  pierre  si  avoit  du  sablon. 
Por  chou  laisierent  Pœvre  k'il  se  virent  bricon. 

IV. 

Quant  li  rois  Salemons  son  premier  livre  fist 
Du  vain  siècle  parla  dont  il  l'estoire  quist. 
Pourle  premier  fourfait,  de  coi  li  sachans  rist, 
Quant  Dix  Adan  et  Eve  de  Paradis  fors  mist, 
De  le  boine  eùrté  où  premiers  les  assist. 
Par  l'engien  del  diable  ki  maint  home  traïst. 

105  Salemons  si  vit  Diu  anchois  qu'el  mont  venist; 
Pour  chou  prophétisa  l'avènement  de  Crist  : 
.1.  prophète  naistroit  en  cest  monde,  ce  dist, 
Qui  sauveroit  son  pueple,  ke  nus  n'en  peresist, 
Et  geteroit  d'enfer  cheus  que  puis  en  eslist. 

1 1 0  E[t]  non  porquant  l'estore  d'Alixandre  rescrist 
Por  le  bonté  de  lui  que  tans  règnes  conquist. 
Ce  fu  cil  ki  la  tour  de  Babilone  prist 
Et  qui  la  grant  vermine  es  desers  desconfist, 
De  roi  naquist  de  Gresse  et  Porrus  d'Inde  ocist; 

1 1 5  Onkes  puis  ne  fu  rois  ki  tel  fais  enpresist 

98.  l.  l'cure.  —  10}.  en  p.  —  m.  tant.  —  114.  Le  premier 
hémistiche  est  manifestement  corrompu;  corr.  Gis  rois  n.,  ou  Roi 
Nicolas  de  Tyr,  oa  Le  roi  conquist  de  Perse? 


120  MS.    BIBL.    IMP.    789. 

Dont  il  si  bien  à  chief  toutes  œvres  traïst. 
Il  vaut  de  tout  savoir  et  durement  aprist, 
Et  le  plus  rendi  il  de  chou  ke  il  pramist. 


Quant  Alixandre  fu,  li  fix  Phelippe,  nés, 
Par  moult  grans  signes  fu  icel  jor  demostrés 
Car  li  dus  en  mua  toutes  ses  qualités; 
Li  solaus  et  la  lune  perdirent  lor  clartés, 
Et  li  jours  si  en  fu  durement  oscurés. 
Forment  croissi  la  tere  environ  de  tous  lés, 

1 2  5  En  mer  parfonde  fu  moult  grans  la  tempestés  ; 

Li  rois  ses  père  en  fu  forment  espoentés. 
For  l'enfant  ki  fu  nés  s'iert  li  signes  mostrés  : 
Ce  fu  senefianche  k'il  seroit  moult  sénés 
Et  que  il  en  sa  vie  conkerroit  mains  régnés. 
130  Et  il  en  conquist  maint,  chou  est  la  vérités. 
Contre  son  naissement  fu  moult  grans  li  orés, 
Tona,  foudres  caïrent  et  li  airs  fu  troublés 
Et  plut  plueve  vermelle  si  comme  sans  mellés; 
/     Itel  tormente  fu  ke  fondoient  cités. 

1 3  5  A  icel  tans  en  furent  les  gens  espoentés. 

Et  dirent  d'Alixandre  ke  dut  estre  engenrés 
D'un  maistre  encantaour  en  dragon  figurés. 
Mais  iche  fu  mençoingne,  ne  fu  pas  vérités, 
Car  asés  fu  par  lui  l'afaires  esprovés, 
140  Car  ne  fu  nus  tés  ber  ne  de  tés  qualités. 
Fix  fu  au  roi  Phelippe  ki  moult  fu  honerés, 

129.  maint.  —  13J.  tians,  cf.  v.  5^6. 


MS.    BIBL.    IMP.    789.  121 

Et  fu  sires  de  Gresse  et  riches  rois  clamés, 
Et  tint  de  Macidone  castiax  et  fremetés; 
Fix  fu  Olimpias  la  dame  de  biautés  : 
145  Onkes  plus  bêle  dame  ne  fu,  c'est  vérités; 

De  li  li  mut  nature  dont  il  ot  les  bontés  (if) 

Par  qu'il  fu  dous  et  humles  et  plains  de  largetés 
Si  c'au  mont  escomurent  ses  ruistes  poestés. 


VI. 


Quant  cist  enfes  fu  nés,  li  rois  s'en  fist  joiant. 
Moult  par  s'en  firent  lié  chevalier  et  sergant, 

De  par  toute  le  tere  li  petit  et  li  grant. 

La  roine  en  ot  joie  ki  Paloit  désirant. 

Qui  en  souffri  les  paines  et  le  travail  pesant. 

Li  orage  cessèrent  sempres  de  maintenant 
1 5  5  Et  les  grans  tempestés  qui  furent  par  devant; 

Adont  misent  norrices  à  garder  cel  enfant. 

Dames  et  gentix  femes,  le  plus  povre  iert  manant. 

Nen  i  ot  nule  ancele,  meschine  ne  soingnant; 

Moult  le  nourrirent  bien  tant  com  fu  alaitant. 
160  A  poi  de  terme  ala,  si  fu  sempres  parlant, 

Et  quant  il  fu  raisnables  et  aukes  entendant, 

Se  li  donent  tels  maistres  ki  moult  furent  vaillant 

Selonc  les  elemens  de  la  loi  mescreant. 

Sachiés  ke  ce  fu  cil  dont  on  parole  tant, 
165  Ki  conquist  puis  les  teres  desi  en  Oriant 

Et  ocist  Porrus  d'Inde  le  riche  roi  poissant. 


122  MS.    BIBL.    IMP.    789. 

VU. 


U 


ne  grant  pieche  après  c'Alixandre  fu  nés, 
Vint  uns  hom  en  le  tere  de  grant  sens  esprovés, 
Natanabus  ot  non,  d'engien  estoit  parés; 

170  Cil  fu  à  Alixandre  et  maistres  et  privés. 
Il  li  moustra  de  l'air  toutes  les  oscurtés, 
Et  par  con  faite  guise  li  solaus  ert  posés, 
Con  faitement  la  lune  remue  ses  clartés, 
Et  li  cours  des  estoiles  quant  li  cius  est  troblés. 

175  Tant  savoit  d'ingremance  et  tant  en  fu  usés 
Ke  si  bons  enchanterres  ne  fu  de  mère  nés. 
S'il  eùst  devant  vous  .v^.  homes  armés 
Si  samblast  k'il  fesist  de  tous  arbres  rames, 
Et  d'une  aiguë  courant  .xini.  arpens  de  prés. 

180  Si  mesist  en  sa  bourse  les  tours  de  .x.  cités. 
Por  chou  ke  de  sa  mère  et  de  lui  fu  privés 
Fu  de  lui  Alixandre  mescreùs  et  blasmés; 
Dient  k'il  fu  ses  fix  et  de  lui  engenrés  ; 
Puis  l'ocist  Alixandre  ansi  com  vous  orrés. 

vni. 

185  ^hînc  maistres  mist  li  rois  à  cel  enfant  garder 
V--<Des  plus  sages  k'il  pot  en  son  règne  trover. 
S'oïr  volés  les  nons,  je  les  sai  bien  nomer  : 
Aristote,  Clichon,  Tholomer  et  Homer, 
Li  quins  Natanabus  qui  si  sot  enchanter. 

190  Icii  le  sorent  bien  aprendre  et  doctriner. 

167-84.  M.  9,  }-2I. 


MS.    BIBL.    IMP.    789.  12^ 

Primes  l'ont  mis  à  letres,  si  sot  latin  parler. 
Et  por  mix  entroduire  le  firent  desputer. 
Tous  les  .VII.  ars  li  firent  aprendre  et  recorder; 
Et  il  aprist  si  bien  k'ainc  ne  trouva  son  per. 

195  Le  bos  et  le  rivière  li  refisent  hanter, 
Tant  ke  de  cest  mestier  ne  li  estut  douter 
Maistre  ne  veneor  ki  l'en  peùst  gaber  [gler.  (f.  2). 
Pour  bien  prendre  se  beste,  son  chierf  ou  son  san- 
Des  oisiax  sot  maistrie  de  paistre  et  de  garder, 

200  Et  de  tenir  bien  sains  et  de  faire  muer, 
Et  as  boines  rivières  savoir  faire  voler 
Faucons  et  espreviers  et  ses  ostoirs  geter, 
Casés  prendoit  oisiax  quant  s'aloit  déporter; 
Et  che  est  uns  déduis  ke  on  doit  moult  amer. 

205  As  esches  et  as  tables  l'aprisent  à  jouer 

Tant  c'assés  sot  d^un  gu  son  compaingnon  mater. 
A  escremir  l'aprisent,  car  moult  s'en  vaut  pener. 
Bien  sot  son  chief  couvrir  et  maintenant  jeter, 
Son  compaingnon  ferir,  blechier  et  encontrer. 

210  Après  li  ensaingnerent  ses  armes  à  porter 
E[t]  ses  chevaus  à  courre  et  bien  esperonner 
Et  à  ferir  d'espée,  de  lanche  behourder, 

F       Et  preudome  à  connoistre  et  chierir  et  amer 
Et  le  félon  haïr  et  destruire  et  grever. 
2 1 5  Bien  sot  félon  tolir  et  preudome  doner. 
Et  selonc  lor  manière  sot  cascun  honerer; 
D'estrumens  li  aprisent,  tymbre  et  harpe  à  soner, 
De  rote  et  de  viele  et  de  gige  canter, 
Et  sons  et  lais  et  notes  connoistre  et  atemprer, 
220  Et  par  le  sien  engien  en  tous  tans  cans  trover. 


124  WS.    BIBL.    IMP.    789. 

Natanabus  ses  maistres  dont  chi  m'oés  conter 
Cil  li  aprist  par  art  son  engien  à  doubler 
Et  en  pluiseurs  manières  d'engien  à  tresgeter. 


IX. 

Les  teches  vous  ai  dit  aukes  de  cest  baron, 
__ ,         Et  après  de  s'enfanche  quant  il  fu  valeton, 
)r  vous  revoel  moustrer  aukes  de  se  fachon  : 
ne  fu  mie  grans,  mais  de  bêle  estachon, 
^Gros  fu  par  les  espaulles,  espés  sous  le  menton, 
Bien  fais,  gros  et  quarrés,  et  les  poins  gros  en  son 
250  Et  grailles  par  les  flans  et  espés  le  crépon 
Et  le  pié  bien  tourné  et  bien  fait  le  talon  ; 
Ains  jour  ne  pot  trouver  si  très  fort  compaingnon 
Se  il  à  lui  se  prist  k'il  n'en  fesist  son  bon. 
Les  chevix  ot  moult  biax,  crespes  comme  toison  ; 
235  L'un  des  iex  ot  vermel  comme  fu  de  carbon, 
Et  l'autre  ot  ausi  vair  com  d'un  mué  faucon. 
Molt  ot  fier  le  visage  et  regart  de  lion  ; 
N'esgardast  par  mal  home  ke  n'en  eùst  frichon. 
Moult  sot  de  jugement,  de  plait  et  de  raison, 
240  Ne  meùst  à  preudome  por  nule  raenchon, 
Ne  plus  larges  de  lui  ne  manga  de  poisson. 


En  l'aé  de  .x.  ans,  che  conte  l'escriture. 
Se  dormoit  Alixandre  en  .1.  lit  à  painture. 

222.  adouber.  —  223.  engien  doit  être  fautif  ici  ou  au  v.  précédent. 

—  228.  sour  1.  —  240.  Ou  Ne  mecist;  on  pourrait  corriger  neûst. 

—  242,  Ici  l'accord  avec  M.  reprend  et  persiste  pendant  six  laisses 
consécutives  [M.  6,  18-9,  2). 


MS.    BIBL.    IMP.    789.  125 

D'un  chier  paile  orferré  estoit  sa  couvreture, 
245   De  martrines  dedens  estoit  la  fourreùre. 
La  nuit  li  vint  .1.  songe,  une  avison  oscure, 
Que  il  mangoit  .1.  oef  dont  autres  n'avoit  cure. 
A  ses  mains  le  roiloit  parmi  la  tere  dure 
Si  ke  li  oes  brisoit  desor  la  paveûre  ; 
250  Uns  serpens  en  issoit  d'orguelleuse  nature;     (b) 
Ains  mais  hom  ne  vit  nul  de  si  laide  figure. 
Son  lit  avironnoit  .111.  fois  tout  à  droiture, 
Puis  repairoit  ariere  droit  à  sa  sepoulure. 
A  l'entrer  cai  mors,  che  fu  grans  aventure. 

XI. 

255    i^e  le  freour  du  songe  Alixandre  s'esvelle; 

i-^Il  fu  si  esbahis  ne  set  s'il  dort  ou  velle. 

Li  cambrelens  li  done  ses  dras,  si  l'aparelle  ; 

Et  quant  il  fu  vestus,  à  son  père  conselle 

Alixandre  sen  songe  bêlement  en  l'orelle. 
260  Quant  li  rois  l'entendi,  durement  s'esmervelle. 

Là  où  il  sot  sage  home  dusc'  à  la  mer  vermelle. 

Pour  despondre  le  songe  ses  messages  travelle. 

XII. 

Phelippes  a  mandé  le  sage  gent  lointaine, 
Les  bons  devineours  fait  kerre  par  le  raine, 
26  j   Devins  et  sages  clers  communaument  amaine. 
Premiers  i  est  venus  Aristote  d'Ataine; 

244.  Af.  orfressé.  —  259.  Manque  dans  M.  —  260.  drumcnt  s'en 
esmervcUe.  —  26}.  les  sage  hom  1.,  corrigé  d'après  M.  —  266. 
daraine. 


126  MS.    BIBL.    IMP.    789. 

Quant  furent  assamblé  une  cambre  en  ot  plaine. 
Le  songe  dist  li  rois,  et  cascuns  d'iax  se  paine 
De  respondre  par  sens  boine  raison  certaine. 

XIII. 

270    T^remiers  parla  .1.  grius  ki  cuidoit  estre  flors 
r  De  maintes  sapienches  et  des  sortisseours, 
De  l'art  de  l'ingremanche  et  des  devineours, 
Des  estoiles  du  ciel  et  del  sens  des  auctours. 
«  Or  entendes,  »  fait  il  as  grans  et  as  menors, 

27  5  «  De  cestui  songe  espondre  serai  maistres  doctors  : 
«  Li  ces  est  vaine  cose,  petite  est  sa  vigors; 
«  Li  serpens  k'en  issoit,  fel  et  de  maies  mors, 
«  C'est  .1.  hom  orgelleus  ki  movra  mains  estors 
«  E[t]  vaurra  sormonter  rois  et  empereours, 

280  «  Et  mètre  desous  lui  et  prinches  et  contors 
«  E[t]  conquerre  par  forche  les  cités  et  les  tors 
«  Et  prendre  et  retenir  et  teres  et  honors, 
«  Mais  ne  porra  preu  faire,  petis  iert  ses  labors  ; 
«  Lors  revenra  arrière,  si  charra  sa  valors.  » 

285  Quant  Phelippes  l'entent,  d'ire  mua  colors; 
Si  cuida  d'Alixandre  mauvais  fust  à  tous  jours. 

XIV. 

Après  cestui  parla  Salios  de  Namier, 
Sages  hom  fu  de  lois,  assés  sot  du  mestier  : 
«  Oies,  »  fait-il,  «  seignor,  ke  vous  voel  aquoin- 

[tier  : 

270.  .1.  mes.  —  275.  espiaurre.  —  276.  Loes  ent  une  c,  corrigé 
d'après  M.  —  287.  M.  de  Monmier,  375  Turmier. 


MS.    BIBL.    IMP.    789.  127 

290  «  De  cose  ke  on  songe  pechoie  de  legier  ; 

u  Ce  m'est  vis  ke  nus  hom  puisse  peu  esploitier. 
«  Li  oes  est  une  cose  ki  brise  de  legier  ; 
«  Li  serpens  k'en  issoit,  ki  fu  félon  et  fier, 
«  C'est  .1.  hom  orguelleus  ki  vaurra  gerroier 

295  «  Et  les  pais  conkerre  et  par  forche  regnier, 
«  Et  les  sauvages  teres  desos  lui  abaissier; 
«  Mais  ja  de  riens  ke  voelle  ne  porra  esploitier, 
«  Car  tout  cil  li  faurront  ki  li  doivent  aidier 
«  Et  moult  mauvaisement  l'estevra  repairier, 

}oo  «  Si  corn  fist  li  serpens  ki  retorna  arrier.  » 
Cil  respons  fist  Phelippe  durement  esmaier. 

XV. 

Après  ches  deus  parla  Aristotes  d'Athaine  ;  (c) 
En  pies  s'en  est  levés,  de  bien  parler  se  paine  : 
«  Oies,  »  fait  il,  «  seigneur,  une  raison  certaine  : 

305  «  Li  oes  dont  on  parole  n'est  mie  cose  vaine  : 
«  Le  monde  senefie  et  le  mer  et  l'araine, 
«  Et  li  moieus  dedens  est  tere  de  gent  plaine. 
a  Du  serpent  k'en  issoit  vous  di  à  bouche  plaine 
«  Que  chou  est  Alixandre  ki  soufFerra  grant  paine, 

^10  «  Et  sires  du  mont  iert  trestout  en  son  demaine, 
«  Et  si  home  après  lui  si  tenront  le  sien  raine  ; 
«  Puis  rétro vera  mors  en  tere  Macidaine 
«  Si  com  fist  li  serpens  ki  vint  à  sa  cavaine.  » 
Quant  Phelippe  l'ententmoultgrantjoieendemaine. 

290-1.  Af.  De  c.  qui  en  s.  p.  d.  I.  H  Ne  croi  jou  q.  n.  h.  peùst 
bien  e.  —  296.  dcsor  I.  —  307.  grant  p.  —  312.  Af.  retournera. 
—  }  I  j-4.  Manquent  dans  M. 


128  MS.    BIBL.    IMP.    789. 

XVI. 

3 1 5    Qhelippes  ot  grant  joie  del  songe  ki  bien  prent; 
1    Moult  ama  Aristote  et  le  tint  gentilment  : 
Tout  li  abandona  son  or  et  son  argent. 
Alixandre  fu  preus  et  de  grant  ensient; 
Ce  conte  l'escriture,  se  la  letre  ne  ment, 

po  Que  plus  sot  en  .xx.  jours  ke  uns  autres  en  cent. 
La  nouvele  est  alée  desi  qu'en  Occident; 
De  ne  sai  quantes  terres  i  sont  venu  la  gent, 
Li  maistre  des  escoles,  li  boin  clerc  sapient 
Qui  voloient  connoistre  son  cuer  et  son  talent. 

325  Si  maistre  si  l'aprisent  bel  et  courtoisement, 
Escritures  li  moustrent,  li  variés  i  entent, 
Griu^  ebriu  et  caldiu  et  latin  ensement, 
Et  toute  la  nature  de  la  mer  et  du  vent, 
Et  le  cours  des  estoiles  et  le  compassement 

350  Ensi  corn  li  planète  hurtent  au  firmament, 
Et  le  vie  del  monde  et  cank'  il  i  apent. 
Et  connoistre  raison  et  savoir  jugement 
Si  comme  rectorique  en  fait  demoustrement . 
Et  en  après  li  moustrent  .1.  bon  castiement  : 

3  3  5  Que  ja  félon  cuivert  n'ait  entour  lui  souvent, 

Que  maint  home  en  sont  mort  et  livré  à  tourment 
Par  losenge  et  par  murdre,  par  enpoisonement. 
Li  maistre  li  ensaingnent,  Alixandre  l'entent  : 
Il  en  jure  le  ciel  et  can  c'a  lui  apent 

340  Que  ja  nus  sers  par  lui  n'aura  essaucement. 

316.  l'ama  Aristotes.  —  319.  M.  se  l'estore.  —  320.  M.  en.  x. 
—  325.  M.  Aristotes  d'Ataines  l'aprist  onestement.  —  333.  il/,  f. 
devisement.  —  339-40.  Manquent  dans  M. 


d; 


MS.    BIBL.    IMP.    789.  129 

XVII. 

it  vous  ai  d'Alixandre  .1.  poi  de  men  avis, 
Com  fu  nés  et  nourris,  doctrines  et  apris, 
Sa  fachon  et  ses  teches  et  chou  k'en  ai  enquis. 
Phelippes  fu  ses  pères,  uns  rois  poesteïs, 

345  Olimpias  sa  mère,  roïne  de  grant  pris; 
Or  poés  bien  savoir  k'il  fu  riches  d'amis. 
Maistres  ot  il  moult  bons  dont  parlé  iert  tous  dis 
Et  à  lor  ensientre  des  mellors  du  pais, 
Conques  puis  par  nul  home  ne  pot  estre  entrepris. 

3  50  II  sot  de  tous  lor  sens,  par  qu'il  vint  en  grant  pris. 
Par  moi  l'orrés  avant,  quant  m'en  sui  entremis. 
Des  enfanches  k'il  fist  dont  j'ai  esté  pensis  ; 
Car  à  moult  d'autres  homes  fuissent  sifaitescis.  (d) 
Après  porrés  oïr  des  Grix  et  des  marchis, 

5  5  5  Des  teres  et  des  fiés  et  des  lontains  pais 
Que  il  conquist  à  force  desour  ses  anemis  ; 
Ains  ne  gerroia  home  ne  demourast  kaitis. 


d: 


XVIII. 

it  vous  ai  d'Alixandre  comment  fu  entendant, 
Doctrines  et  apris  quant  il  estoit  enfant. 
'  960  Moult  i  ot  courtois  roi  et  large  despendant 

Et  hardi  en  estour  et  vassal  conbatant; 

Ne  fu  pas  grant  mervelle  se  il  fu  conquérant. 

Il  aloit,che  m'est  vis,  .1.  jouresperonnant  [entrant. 

En  .1.  bos  jouste  .1.  camp,  dedens  septembre 

Î4I.  i4  partir  d'ici,  l'accord  cesse  entre  789  et  M.  —  3  j8  ^r  suiv. 
Cf.  M.  386-9,  où  la  même  aventure  est  contée  tout  autrement. 


130  MS.    BIBL.    IMP.    789. 

365  Et  si  maistre  avoec  lui  ki[l]  vont  entroduisant. 
Lors  apele  Aristote  :  «  Maistres,  venés  avant  : 
«  Une  riens  vous  dirai  ke  j'ai  en  mon  talant, 
«  Si  vous  pri  et  rekier  ne  m'en  sciés  celant. 
<f  Li  rois  a  .11.  gripons  ki  ont  de  force  tant 

370  «  Li  menres  porteroit  .11.  homes  .1.  arpant, 
«  .1.  buef  et  une  vake  ne  seroit  si  pesant; 
«  Glouton  sont  de  viande,  de  mangier  desirrant; 
i(  Pour  raiembre  .1.  sien  frère  les  dona  .1.  Persant, 
<(  Qui  el  ni  les  embla  petis  gripons  courant  ; 

375  «  Icil  me  porteront  vers  le  ciel  en  volant 
«  Et  si  verrai  la  tere  ki  m'iert  toute  apendant 
('  Et  saurai  des  oisiax  com  lor  est  convenant 
«  Quant  il  volent  là  sus  en  l'air  ki  est  ardant.  » 
Et  respont  Aristotes  :  ((  Or  oi  plait  bien  séant  ! 

380  «  De  tel  folie  faire  ne  vous  sui  pas  garant; 
«  Se  nous  vous  perdions  n'en  serions  joiant  : 
«  Tout  serions  pendu,  par  le  mien  essiant; 
«  Par  le  mien  essiente,  ains  le  soleil  couchant.  yT 


M 


XIX. 

[siés  ester 
aistres,  ))  dist  Alixandres,  «  tout  chou  lais- 
^85  iVl  ((  N'ameroie  ja  home  quil  vausist trestorner, 
«  Ne  vous,  biaus  sire  maistre,  ne  m'en  devés  blas- 
«  Laissiés  moi  ceste  fois  faire  sens  ou  foler,  [mer. 
a  Car  ne  laroie  pas  ne  m'i  face  porter  [doner.  » 
«  Pour  trestout  l'or  du  mont,  quil  me  volroit 
390  .1.  varlet  commanda,  k'ilvit  lés  lui  ester, 
Qu'il  face  en  .1.  celier  les  gripons  enfremer. 


MS.    BIBL.    IMP.    789.  1^1 

Bien  les  gart  de  viande,  k'il  n'en  puissent  goster, 

Car  de  si  à  tierch  jour  les  veut  faire  juner. 

<f  Après  vaurrai  veoir  corn  sevent  oiseler.  » 
395  Li  variés  n'osa  mie  son  commant  refuser, 

Ains  vint  poingnant à  cheus  ki[l]  dévoient  mener; 

Le  celier  fait  ouvrir,  ses  fist  ens  enfremer. 

Alixandres  s'en  vint,  k'il  ne  vaut  demourer; 

Une  kaiere  fist  delivrement  ouvrer, 
400  Les  ais  en  quémanda  soutiument  aprester; 

Moult  par  le  fist  bien  faire  et  cointement  celer. 

Faite  est  si  k'il  ne  puisse  trebucHier  et  verser 

Quant  il  iert  ens  assis  por  le  mont  esgarder. 

.11.  cuirs  de  cerf  fist  prendre,  k'il  ot  fait  conréer; 
405  Moult  l'en  fist  bien  couvrir  et  desor  aombrer, 

Que  l'ardour  du  soleil  ne  li  peùst  grever,     (f.  3) 

Puis  fist  le  tierch  cuir  prendre,  sel  fist  par  mi  coper  ; 

S'en  fist  faire  coroies  pour  cendre  et  redoubler. 

Les  .11.  gripons  demande,  ses  a  fait  amener, 
4 1 0  Parmi  les  cors  les  fait  loiier  et  atourner, 

Et  par  desous  les  eles^  nés  vaut  pas  encombrer. 

Puis  prent  .11.  Ions  espois,  ses  commande  à  doler, 

.11.  capons  i  fist  mètre  ke  il  ot  fait  plumer. 

El  chief  de  le  coroie  fist  les  espois  bouter  ; 
41 5  Aparellier  les  fist  k'il  les  peùst  tourner. 

Quel  part  ke  il  vausist  ou  baissier  ou  lever; 

Mist  soi  en  la  kaiere,  si  se  fist  bien  serrer  ; 

Le  car  moustre  as  gripons  qui  les  faisoit  haster; 

Por  le  viande  ataindre  commencent  à  voler. 

399.  U.  kaine. 


ip  MS.    BIBL.    IMP.    789. 

420  Ains  cil  ki  Pesgarderent  ne  seurent  deviner 
Qu^il  voloit  de  che  faire,  ains  l'en  virent  aler; 
De  le  paour  de  lui  commenchent  à  plourer. 
Li  rois  oï  la  noise  et  celé  gent  crier, 
Demanda  ke  c'estoit,  et  on  li  va  conter  ; 

42  5  Contremont  vers  le  ciel  vit  son  enfant  tirer. 
Il  ne  se  pot  tenir  ne  Pesteûst  pasmer. 
Les  pers  et  les  barons  quil  virent  haut  monter 

I  veïssiés  pour  lui  .1.  grant  duel  démener, 
Auquans  lor  puins  détordre  et  lor  chevex  tirer. 

430  La  roïne  ne  pot  nus  hom  reconforter. 

Li  rois  a  fait  ses  maistres  tantost  enprisonner, 
Demain  les  fera  pendre  ou  les  testes  coper 
Se  Penfant  ne  li  rendent  ains  k'il  soit  avesprer. 

XX. 

Le  roïne  s'estut  as  estres  del  donjon, 
-f, ,         Esgarda  vers  son  fil  qu^enportent  li  gripon. 
Ele  pleure  et  reclaime  et  escrie  à  haut  ton, 
Mais  il  ne  Tentent  mie,  et  si  n'a  de  ce  son. 
Quant  nel  voit  retomer,  n'i  a  mais  souspechon 
Que  jamais  le  revoie,  n'en  set  nule  acoison. 
440  Moult  demenoit  grant  doel  quant  le  prist.  i.  frans 
Qui  le  ti[e]nt  et  conforte  souef  de  se  raison,     [hom 
Li  rois  a  fait  ses  maistres  tantost  mètre  en  prison; 

II  n'en  istront  jamais  pour  nule  raenchon 

Se  n'en  pensent  li  diu  de  lor  delivrison.  fl 

421.  P.-i.  faut-il  corriger  ains  en  quant,  et  commencer  une  nouvelle 
phrase  à  ce  mot.  —  437.  si  ua. 


MS.    BIBL.    IMP.    789.  IJJ 

445  S'Alixandre  ne  vient  ja  n'aront  raenchon 
Qu'il  ne  soient  pendu  ou  tout  ars  en  carbon. 
Mais  il  s'en  va  plus  tost  ke  nui  alerion 
Contremont  vers  ie  ciel  à  guise  de  bricon  ; 
Assés  en  a  grant  doel  par  toute  le  meson. 


XXI 


4J0    A  lixandre  est  si  haut  nel  pueent  mais  coisir; 

/Vau  ciel  cuidoit  ataindre,  mais  n'i  pot  avenir, 

Car  trop  bée  Alixandre  che  pot  il  moult  haïr. 

Moult  li  resambla  longe  la  voie  au  revenir. 

Plus  ne  pot  haut  monter  car  ne  pot  plus  sofrir, 
455  Car  l'ardeur  du  soleil  l'ot  fait  moult  engramir, 

Et  des  oisiax  les  pennes  commenchent  à  bruïr  ; 

Et  li  gripon  se  laissent  de  grand  vol  jus  venir. 

Voelle  ou  non  Alixandre  jus  l'estuet  revertir  ;  (b) 

Rabaisse  les  espois  où  le  car  dut  tenir; 
460  Bêlement,  en  tornant,  si  près  lor  fait  sentir 

Que  li  oisel  le  cuident  tousjours  entransglotir, 

Sor  une  praerie  fist  les  oisiax  flatir. 

Là  les  fist  asseoir  bêlement  à  loisir. 

A  toute  paine  pot  de  la  kaiere  issir, 
46  $  Car  Tardor  du  soleil  ot  fait  les  cuirs  crampir. 

Puis  laissa  des  espois  as  oisiax  couvenir  : 

La  car  ont  devourée,  puis  prendent  à  glatir 

Que  les  vaus  et  les  mons  en  font  cler  retentir; 

4J0.  Alixandre  est  constamment  abrégé  (Al.  ou  Alix.);  ici  et  ail- 
leurs {p.  ex.  V.  ils)  la  mesure  indique  qu'il  faut  Alixandre  sans  s, 
mais  les  vers  504,  889,  946,  etc.,  fournissent  un  argument  contraire. 

—  4J2.  trop  bt  a  al'.  P.-ê.  trop  bée  à  aler  ?  —  4Jj-  ^<"'''-  ÇO"  ^-^ 

—  45 8.  just.  —  466.  P.-t  les  e.? 


154  WS.    BIBL.    IMP.    789. 

Et  il  en  va  au  roi  por  ses  maistres  plevir. 
470  Mais^  quant  le  vit  li  rois,  sel  commenche  à  laidir, 

De  dit  et  de  parole  gaber  et  escarnir  : 

Dit  ke  d'enfantement  set  fox  gus  retenir. 

La  roïne  l'acole,  sel  commence  à  joïr  ; 

Ne  le  cuida  jamais  entre  ses  bras  tenir. 
47  5  Mais  à  petit  de  terme  les  fera  plus  marir, 

Qu'il  n'en  porront  assens  ne  nouveles  oïr, 

Car  en  tel  liu  ala  où  fu  près  de  morir. 

Bien  ot  .xi.  ans  passés  quant  il  fist  cel  aïr;~ 

Ce  fu  senefianche,  quant  au  ciel  vaut  ravir, 
480  Qu'il  vaurroit  tout  le  monde  avoir  et  segnorir, 

Ne  nus  n'osa  enprendre  chou  ke  il  vaut  sofrir, 

XXII. 

Puis  refist  Alixandre  .1.  hardement  majour, 
Si  com  dient  li  livre  et  descrivent  [l'Jactour. 
Oïr  poés  comment  il  servi  par  un  jour 

485  En  le  grant  mer  parfonde,  dont  li  siècle  a  paor, 
En  .1.  petit  vaissel  ke  ot  fait  à  labor 
D'.i.  voirre  tresgeté  à  .1.  engingneor. 
Tant  soltiument  l'ot  fait  de  fer  loier  entor 
Qu'il  n'atouche  au  vaissel  de  près  de  demi  dor 

490  De  deus  bendes  le  çaint,  de  plain  doi  le  gregnor, 
Que  roche  n'en  despiet,  n'il  n'en  soit  en  errour, 
Quant  sera  mis  en  mer  en  le  grant  parfondor. 
Quant  li  vaissiax  fu  fais,  .vu.  pies  ot  de  hautor 


484.  Corr.  c.  descend!  ?  —  487.  d'ivoire.  —  49i-  Corr.  neu 
ne  le)? 


MS.    BIBL.    IMP.    789.  1^5 

Et  de  groisse  en  ot  .iiii.,  ne  fu  mie  greignor. 
495  L'entrée  en  fii  si  jointe  k'ains  n'en  issi  licors, 

N'i  enirast  d'iaue  goûte  se  fust  .11.  ans  entors. 

Mètre  i  fist  pain  et  vin  et  char  et  vert  savor, 

Et  touaile  et  hennap  et  .1.  cok  canteor. 

Je  deïsse  d'un  autre  ke  ce  samblast  folor, 
500  Mais  il  le  fist  moult  bien  et  moustra  sa  valor, 

Que  il  vaurroit  conquerre  par  force  et  par  vigor. 

Dusk'  en  la  tere  d'Inde  conquist  supérieur, 

Et  par  trestout  le  monde  iert  tenus  à  seignor. 


XXIII. 


Quant  Alixandres  ot  son  vaissel  apresté, 
P'ist  faire  une  kaine  dont  il  fust  dévalé. 

.C.  toises  ot  de  lonc,  ensi  l'ot  quémandé; 

N'ot  que  plain  doi  de  groisse  quant  li  fers  fu  soldé, 

Mais  n'en  depeçast  maille,  tant  par  fu  dur  tempré, 

Por  les  fais  de  .c.  homes  soffrir  .1.  grant  aé. 
5 10  El  chief  de  le  kaïne  fist  mètre  .1.  fust  quarré  (c) 

Qui  .v.  pies  ot  de  lonc  et  autretant  de  lé. 

Plaine  paume  ot  d'espesse  et  autretant  de  lé. 

S'il  avenoit  ensi  ke  il  fust  escapé 

Quant  sera  mis  en  mer  el  vaissel  effondré, 
5 1 5  Que  li  fust  le  soustiengne,  par  ce  soit  retrové, 

Que  pour  aidier  ses  maistres  eûst  trop  demoré  ; 

Secourre  les  voloit  s'il  en  ierent  reté. 


joj.  kaicre;  cf.  la  faute  inverse  v.  399.  —  J09.  Corr.  Pot?  — 
j  11-12.  Le  second  hémistiche  est  fautif  dans  l'un  de  ces  deux  vers; 
plus  probablement  au  premier.  —  ji6.  Corr.  Se  p.? 


}6  MS.    BIBL.    IMP.    789. 

<c  Seignor,  »  dist  Alixandre,  «  moult  avons  ci  esté; 
«  Car  nous  alons  déduire  fors  de  ceste  cité, 

520  «  Sor  mer,  à  cel  rivage,  pour  veoir  le  plenté 
«  De  la  marcheandise  ke  chi  ont  amené 
«  Ces  nés  d'estrange  terre  et  ces  dromons  ferré.  » 
Et  cil  ont  respondu  :  «  A  vostre  volenté;  [mé.  » 
«  Gardés  ne  fachiés  cose  dont  nous  soions  blas- 

J25  Alixandre  et  si  maistre  lues  se  sont  arouté; 
Son  vaissel  fist  porter  coiement,  à  celé, 
Si  c'onkes  nel  sot  hom  de  tout  son  parenté  ; 
Ne  n'avoit  à  nului  son  corage  moustré 
Ne  de  chou  k'il  vaut  faire  n'ot  à  nului  parlé 

j  30  Fors  à  .1.  notonier  qu'il  sot  sage  et  séné. 
Cil  li  ot  sor  sa  loi  et  plevi  et  juré 
Nel  gehiroit  à  home  nesun  de  mère  né 
Tant  ke  par  Alixandre  en  sachent  vérité. 
Atant  sont  li  baron  sor  les  chevaus  monté  ; 

5  3  5  Moult  durent  cel  déduit  avoir  chier  comperé. 
La  calors  fu  moult  grande  si  corn  el  tans  d'esté  ; 
Cil  sont  venu  au  port,  si  ont  moult  esgardé 
Les  nés  et  les  rikeces  que  moult  i  ont  trouvé. 
Alixandre  les  laisse,  si  a  avant  passé  ; 

540  A  pies  est  descendu,  si  est  entre  iax  entré. 
Son  notonier  a  quis  tant  ke  il  l'a  trové  ; 
En  se  nef  s'en  entra  coiement  a  celé. 
Et  cil  l'a  maintenant  d'une  cape  affublé  ; 
Lors  avoit  trait  son  ancre,  en  mer  est  esquipé. 

545  Au  vent  ont  trait  le  voile,  et  tant  par  ont  siglé 

H''  pluvi.  —  J36.  tians;  cf.  v.  135. 


MS.    BIBL.    IMP.    789.  157 

Qu'il  sont  en  haute  mer  venu  et  assené. 
Iluec  est  Alixandre  en  son  vaissel  entré; 
Après  l'ont  bien  reclos  et  joint  et  seelé. 
Tant  l'i  doivent  laissier  ke  tout  soit  avespré, 

5  50  Adont  le  traira  fors,  si  ara  son  bon  gré. 
Mais  en  tant  dementiers  leva  .1.  grant  oré 
Et  une  grant  tourmente  et  une  tempesté; 
Le  caable  rompirent,  si  est  par  mi  coupé, 
Et  perdirent  lor  ancre  dont  furent  aancré. 

5  5  5  Toute  lor  nés  dequasse,  où  fu  lor  seûrté. 

Lors  gouvernent  .1.  poi  tant  qu'il  furent  lassé, 
Mais  cil  travax  n'i  vaut  .1.  denier  monneé  : 
Tout  cil  noent  en  mer,  n'en  est  pies  escapé. 
Ne  mais  que  seul  li  maistres  ki  a  .1.  fust  trové; 

560  Aine  puis  nel  vaut  laissier  ke  il  l'ot  acolé  ; 

Por  chou  l'a  li  tormente  vers  le  tere  mené,      (d) 
Alixandre  remest  ki  pot  estre  esgaré  ; 
Mais  n'est  mie  péris,  ains  est  tous  en  santé; 
Bien  puet  avoir  aide  se  Dix  l'a  destiné. 

XXIV. 

565    rjin  mer  fu  Alixandre,  n'ot  mie  bon  déduit, 
I-i  Et  ne  cuidiés  or  mie  ke  moult  ne  li  anuit. 
Car  il  sent  le  torment  et  ot  la  mer  ki  bruit. 
Si  ne  set  de  se  nef  s'est  perie  ou  s'en  fuit, 
Mais  bien  voit  ke  il  l'ont  guerpi  et  laissié  tuit  ; 

570  Lor[s]  n'i  vausist  il  estre  pour  .m.  lib.  d'or  cuit. 
Si  a  grande  paour,  ne  quit  mais  k'il  s'apuit, 

J50.  Corr.  trairont? 


138  MS.    BIBL.    IMP.    789. 

Car  ceste  li  dura  et  le  jour  et  le  nuit. 
Si  maistre  s'aperchurent,  si  levèrent  le  bruit; 
Quant  lor  seignour  ne  troevent,  si  sont  esbahi 
575  N'i  a  si  asseùr  ke  li  sans  tous  ne  fuit.  [tuit; 

Or  ne  sevent  ke  faire  se  cascuns  ne  s'en  fuit, 
Partout  le  vont  querant,  mais  n'en  dient  réduit. 


XXV. 


Li  bon  maistre  Alixandre  n'ont  cure  de  gaber, 
Lor  seignor  ont  fait  querre  et  partout  demander. 

5  80  Moult  demainent  grant  doel  quant  nel  porent  trover, 
Lor  dras  lor  veissiés  desrompre  et  descirer, 
Et  détordre  lor  puins  et  lor  barbes  tirer. 
Et  Alixandre  jut  ens  el  fons  de  la  mer 
Et  le  jour  et  le  nuit  li  convint  endurer 

585  Desi  à  lendemain  ke  li  jours  parut  cler. 
Iluec  puet  Alixandre  les  poissons  esgarder 
Dont  moult  vit  entour  lui  et  venir  et  aler, 
As  fors  prendre  les  foibles,  mangier  et  estrangler. 
Bien'  veoit  lor  cembiax  fuir  et  trestorner, 

5  90  Et  par  derier  les  roches  et  fuir  et  ester. 
Bon  fust  à  Alixandre  s'il  s'en  cuidast  râler, 
Mais  le  paour  k'il  ot  le  fist  désespérer. 
En  celé  souspeçon  se  prist  à  porpenser 


J7J.  ke,  corr.  cui?  —  $77.  Corr.  n'en  oient  nul  bruit?  ou  rien 
tuit?  —  587.  Cf.  M.  iG-^,  25,  28-9  : 

Les  poisçons  vit  aler  et  aval  et  amont 


Li  grant,  li  plus  hardit,  cil  vont  el  plus  parfont  ; 
Quant  prenclent  les  petis  sempres  englouti  sont. 


MS.    BIBL.    IMP.    789.  IJ9 

Que  il  a  oi  dire,  sel  vaurra  esprover, 
595  Que  mers  ne  puet  souffrir  ne  longement  celer 

Sanc  novel  espandu,  ains  li  convient  geter. 

Je  quit  k'il  l'estevra  à  son  cok  comperer  : 

D'un  coutel  ke  il  tint  li  fist  le  chief  voler. 

Ce  ne  vous  di  je  mie,  ne  ne  voel  affremer 
600  Que  ce  fust  occoisons  du  vaissel  souslever. 

Mais  ke  l'onde  le  fist  sempres  d'iluec  torner  ; 

Et  le  nage  l'enpaint,  si  commenche  à  bouter, 

Et  li  fus  où  il  tint  le  prist  à  traîner. 

Dès  huimais  devons  bien  del  notonier  parler, 
605  Comment  il  vint  au  port  por  se  vie  sauver. 

L'endemain  de  l'orage  fist  moult  bel  et  moult  cler; 

.1.  viellars  pesceriax  vit  .1.  home  floter, 

Ki  au  fust  se  tenoit,  prest  fu  de  l'escaper. 

Pensa  ke  poissons  fust  qu'il  peùst  encombrer, 
6 1 G  Volentiers  en  fesist  ses  enfans  sooler  ; 

Et  quant  vint  auques  près,  si  connut  au  noer 

Que  chou  estoit  .1.  hom,  mais  ne  pooit  parler; 

Et  tant  com  il  plus  pot  le  prist  à  acener.  [(f.  4.) 

Cil  li  tourna  le  bac,  sel  laissa  ens  entrer, 
6 1 5  De  trestoute  se  robe  le  fait  desvoleper  ; 

Por  l'ome  mètre  en  vie  s'en  voloit  retorner, 

Quant  vit  le  perillié  en  son  séant  ester 

Et  vit  qu'il  garroit  bien  s'il  avoit  à  disner. 

XXVI. 

Li  pescierres  s'en  tourne,  vai[t]  s'ent  vers  se 
Celui  vit  respassé,  si  l'a  mis  à  raison:  [maison; 

618.  Et  dit. 


140  MS.    BIBL.    IMP.    789. 

«  Amis,  ki  estes  vous,  et  comment  avés  non  ? 
«  Dites  moi  vérité,  car  savoir  le  volon.  » 
Li  perilliés  respont  :  «  Assés  le  vos  diron  : 
«  Marcéans  sui  de  Gresce,  d'avoir  ai  grant  fuison; 

625  ((  .xiiii.  homes  avoie,  par  le  mer  siglion; 

ce  Ensamble  0  nous  menasmes  .1.  jouvencel  baron, 
«  Alixandre  le  sage,  fil  le  roi  Phelippon. 
«  En  la  mer  l'avalasmes,  au  fons,  0  le  poisson. 
«  Sachiés,  s'il  nos  leûst,  tout  sain  l'en  trasion  ; 

630  ((  Mais,  en  tant  dementieres  ke  nos  l'atendion, 
«  Nous  leva  uns  orés  et  uns  tempes  félon 
«  Qui  torna  nostre  nef  a  tel  confusion 
((  Ne  me  remest  avoirs  ne  nef  ne  aviron. 
«  Tout  mi  home  sont  mort,  n'i  a  atendison  ; 

635  «  Noies  est  Alixandre,  ja  nel  retroveron.  » 

Ce  respont  li  pescierres  :  «  Se  Diu  plaist,  si  feron. 
«  Sarés  me  vous  mener  celé  part?  sel  quer[r]on. 
«  Ja  me  fist  bien  ses  pères,  jel  servi  enfançon, 
«  0  un  sien  boutellier  à  qui  je  fui  garçon. 

640  «  Moult  volentiers  kerroie  à  l'enfant  garison.  » 
Li  notoniers  respont  :  «  Ce  seroit  en  pardon, 
«  Car  il  m'est  pris  de  faim  si  grant  destrution 
«  Que  je  n'iroie  .1.  pas,  si  ai  de  mort  friçon.  » 
Li  peschierres  avoit  pain  en  son  caperon, 

645  II  li  a  rouvé  prendre  sans  autre  livrison; 

Cil  l'a  plus  tost  mangié  c'ostoirs  n'eùst  pinchon. 

626.  joulencel. 


MS.    BIBL.    IMP.    789.  141 

XXVII. 

Celui  revint  li  cuers  auques  por  le  mangier, 
Et  pour  le  souef  tans  se  prist  à  rehaitier  ; 
Et  dist  au  pesceor  c'or  11  vaurra  aidier. 

650  Dontprent  .1.  aviron,  si  commenche  à  nagier; 
Bien  reconnut  le  mer  à  l'assens  del  gravier 
Et  au  ruiste  damage  ke  il  i  reçut  ier 
Où  cuida  Alixandre  en  son  batel  laissier. 
Quant  il  ne  vit  le  fust  où  ot  fait  atachier 

655  Le  caable  desus  por  le  vaissel  gaitier, 

Dont  cuida  k'en  sa  vie  n*eûst  nul  recovrier 
Puis  dist  au  pesceor  :  (c  Ne  nos  avés  mestier  : 
«  Icil  ke  nous  queron  ja  n'en  estuet  plaidier  ;   (b) 
«  Ci  endroit  rechiu  jou  le  mortel  encombrier 

660  «  Que  vi  périr  me  nef  et  mes  homes  noier; 
i(  Chi  remest  Alixandre  comme  fol  et  legier. 
«  Sachiés  de  vérité  ne  sai  aillors  cerkier. 
«  Alons  nous  ent  ariere  ;  nos  n'avons  ke  targier, 
«  Quant  nous  venrons  au  port  près  ert  de  l'anui- 

665  Lor  regardent  ariere  par  delés  .1.  rocier  [tier.  » 
Et  virent  devant  aus  le  vaissel  touellier. 
Lors  dist  li  pesceriaus  ki  l'aperçut  premier  : 
«  Ne  sai  ke  je  voi  là  par  celé  mer  nagier; 
«  Bien  samble  estre  poison  ki  se  voelle  envoisier, 

670  (c  Ou  c'est,  ce  croi,  le  nés  ke  la  mer  veut  cachier.  » 
Respont  li  notoniers  :  «  Bien  aiés_,  amis  chier; 
«  Ja  est  che  li  vaissiax  ke  vos  doi  enseignier 
«  Où  remest  Alixandre  comme  fol  et  legier. 

6ji.  Corr.  B.  r.  le  liu?  —  654.  ne  v.  ne  f. 


142  MS.    BIBL.    IMP.    789. 

«  Se  il  est  sains  et  vis  moult  fait  à  mervellier 
675  ((  Et  non  por  quant  alons  prover  etensaier. 

«  Mort  ou  vif,  sel  trovons,  ne  l'i  devons  laissier.  » 
Alixandre  les  ot  environ  lui  plaidier, 
Ensi  corn  il  plus  pot  les  commence  à  huchier  : 
<(  Diva  !  ki  estes  vous  ?  ne  me  laissiés  noier. 
680  «  De  moi  aidier  vaurra  .c.  mars  vostre  loier.  » 
Cil  orent  moult  grant  joie  quant  il  l'orent  proier, 
Traient  fors  Alixandre  sans  plus  de  delaier  ; 
Çou  ke  l'ont  sain  trové  les  fait  tos  rehaitier. 

XXVIII. 

Il  misent  Alixandre  de  la  mer  el  batel; 
j      L'estrumans  le  regarde,  moult  li  fu  bon  et  bel; 

Son  damage  conta  et  dist  au  damoisel 

Com  il  vit  affondrer  le  nef  en  .1.  moncel, 

Si  k'il  n'en  estort  home,  ne  avoir  ne  drapel. 

Moult  pesa  Alixandre  quant  entent  le  maisel. 
690  Adont  traient  et  nagent  li  batelier  isnel  ; 

Au  soleil  couchant  vienent  au  port  S.  Daniel. 

Lors  arrive  Alixandre  0  petit  tropeel  ; 

Ne  pot  venir  par  jor  à  bore  ne  à  castel  ; 

Au  port  a  pris  ostel  chiés  le  viel  pescerel 
69$  Qui  l'ot  gari  de  mort,  moult  lor  plot  son  bordel. 

xxix. 

Au  port  vint  Alixandre  0  son  viel  pesceor 
Qui  Posta  de  le  mer  où  il  ot  le  paour. 

690.  le  b.  —  694.  chief  1. 


MS.    BIBL.    IMP.    789.  l4) 

Ne  kier  del  mangier  estre  de  Postel  fableor, 
Mais  che  prisent  k'il  orent  à  joie  et  à  baudor. 

700  Qui  de  péril  escape  ne  doit  mener  tristor. 
Dont  fu  H  rois  Phelippes  à  Aliers  icel  jor, 
Une  cité  molt  noble  ki  fu  son  ancissor; 
Por  chou  l'avoit  il  chiere  et  tenoit  en  honor 
Que  moult  fu  delitable,  gaires  n'avoit  mellor,  (c) 

705  Fors  Rome  et  Babilone,  dusk'en  Inde  major. 
Là  fu  nés  Alixandre  quant  fist  le  tenebror 
Dont  le  gent  de  le  tere  orent  moult  grant  paor. 
Por  chou  ot  le  sumon  ki  l'en  dura  maint  jour. 
De  cel  ostel  avoit  à  l'ost  l'empereour 

710  .III.  jomées  plenieres  à  .1.  mul  ambleor, 

Mais  en  le  mer  se  misent  por  mains  sentir  calor, 
Siglerent  et  nagèrent,  cel  jor  fist  grant  ardor, 
El  batelet  petit,  k'il  n'orent  nef  gregnor. 
Quant  asera  le  nuit,  vin[r]ent  à  le  froidor 

7 1 5  Au  port  de  le  cité  oii  estoit  lor  seignor. 


M 


XXX. 

ouït  fu  liés  Alixandre  quant  il  fu  arivés 
Et  connut  le  cité  dont  il  estoit  tournés, 

Car  il  fil  là  norris  et  iluec  fu  il  nés. 

.1.  oste  ot  en  la  vile  qui  moult  faisoit  ses  grés; 
720  Moult  fu  riches  d'avoirs,  manans  et  asasés; 

Moult  amoit  Alixandre,  si  fu  de  lui  privés. 

Tant  fu  li  rois  de  lui  proies  et  sermonés    ' 

Des  maistres  Alixandre  k'il  ot  enprisonés 

698.  kieit.  —  708.  kil  l'endura.  —  714.  Q^.  lasera. 


144  MS.    BIBL.    IMP.    789. 

Que  par  le  sien  porcas  sont  encore  sauvés  ; 
725  Mais  l'endemain  dévoient  estre  enfin  tormentés, 

Et  fait  li  jugement  k'il  seroient  dampnés. 

En  le  maison  son  oste  est  Alixandre  aies 

Et  si  doi  compaingnon  qu'il  n'ot  pas  oubliés  ; 

Cil  dévoient  couchier,  tout  estoit  asserés. 
730  Dolans  fu  d'Alixandre  dont  estoit  esgarés, 

Ne  savoit  vis  ou  mort  quel  part  estoit  tomes. 

Atant  vint  Alixandre  ki  lor  a  dit  :  «  Ouvrés.  » 

Quant  Postes  l'entendi,  si  est  encontre  aies; 

Saciés  quant  il  le  vit,  moult  fu  asseûrés, 
735  De  joie  et  de  pitié  li  sunt  li  oel  lermés, 

Plus  de  .VII.  fois  le  baise  ains  ke  fust  soelés. 

Après  li  demanda  :  «  Damoisiax,  dont  venés  ? 
«  Moult  avons  tout  esté  pour  vous  espoentés. 
<(  Li  rois  cuidoit  très  bien  ke  li  fuissiés  emblés 
740  «  Por  vendre  en  Babiloine,  ou  en  Troie  portés. 
«  Paor  ont  grant  vo  maistre  d'estre  deshonerés. 
«  Saciés  grant  mestier  ont  ke  vos  les  secorés, 
«  Car  à  demain  les  a  li  rois  aterminés       [nés.  » 
«  De  faire  d'iax  venganche,  ja  n'en  fust  trestor- 
745  Alixandre  respont  :  «  Biax  ostes,  ne  doutés. 
«  Li  rois  a  tort  vers  iaus,  bien  seront  délivrés; 
«  Mais  or  pensés  de  nous,  à  mangier  nos  donés. 
«  Par  ces  .11.  compaingnons  ke  vos  ichi  veés 
«  Sui  je  garis  de  mort,  forment  les'honerés.  » 
750  Puis  dist  :  «  Dusc'  à  demain,  s'il  vos  plaist,  me  gar- 
»  Que  je  vaurrai  veoir  du  roi  les  cruautés.  )•»  [dés  (d) 
Et  li  hostes  respont  :  «  Si  com  vous  quémandés.  » 
En  se  cambre  demaine  les  a  l'ostes  menés. 


I 


MS.    BIBL.    IMP.    789.  14c 

Iluec  fil  li  mengiers  et  li  fus  aprestés, 
7  $  5  Estaveus  et  candoiles  et  tortins  embrasés, 
Que  par  toute  la  cambre  fu  si  grans  le  clartés 
Com  de  soleil  luisant  quant  il  est  fins  estes. 
L'ostes  demande  l'iaue,  li  mangiers  fu  hastés  ; 
De  bien  faire  servir  fu  bien  entalentés. 
760  Mais  en  tant  dementiers  furent  li  baing  temprés 
Où  se  baingne  Alixandre,  pour  chou  k'il  fu  penés, 
Qui  lors  a  à  son  oste  ses  afaires  moustrés  : 
Com  il  fil  en  le  mer  el  vaissel  aflfondrés, 
Et  com  il  fu  perdus  et  après  retrovés, 
765  Et  tout  si  compaingnon  péri  et  tormentés, 
«  Fors  ke  cil  doi,  sire  ostes,  ke  vos  ichi  veés. 
«  Par  coi  sui  de  la  mort  et  de  péril  sauvés.  » 
Quant  li  ostes  l'entent,  ses  en  a  merciés. 
Si  dist  ke  cis  services  iert  bien  gerredonnés. 

XXXI. 

770   Ti  yr  oult  fu  bien  Alixandre  celé  nuit  herbegiés 

iVl  El  maison  son  bon  oste  ki  fu  joians  et  liés. 

Asés  orent  le  nuit  venaison  et  daintiés, 

Et  pastés  et  oisiax  et  claré  et  vin  vies. 

Après  le  mangier  fu  li  bains  aparelliés 
775  Où  entra  Alixandre  ki  tant  fu  travelliés. 

Et  si  doi  compaingnon  furent  bien  aaisiés  ; 

L'ostes  les  fist  baingner  ains  k'il^fussent  cochiés. 

Tant  lor  fist  boin  vin  boire  ke  tout  furent  haitiés. 

7JJ.  Corr.  tortius?  —  771.  Corr.  En  la  m.  s.  0.?  —  772.  venuison. 

10 


146  MS.    BIBL.    IMP.    789. 

Lis  orent  bons  et  biax  quant  il  furent  baingniés, 

780  De  coûtes  souavetes,  de  bons  dras  deliiés; 
Mais  H  lis  Alixandre  si  fu  li  plus  prisiés. 
Là  dormirent  à  aise,  nus  n^en  fu  esvelliés 
De  si  à  Tendemain  ke  jours  fu  esclairiés, 
Que  li  rois  s'est  levés  et  vestus  et  cauchiés 

785  Et  est  aies  au  temple;  si  a  ses  dius  proiiés 
Que  li  face[nt]  pardon  de  trestous  ses  pechiés, 
Et  puis  pour  Alixandre  dont  fu  desconseilliés, 
Ne  set  s'il  fu  ocis  ou  en  le  mer  noies, 
Ou  menés  en  Auffrike  ou  en  Troie  envoies, 

790  Mais  ke  ses  sors  li  dist  k'il  estoit  perilliés. 
Li  rois  est  à  ses  homes  el  palais  repairiés, 
Se  cours  fu  assamblée,  ses  barnage  efforciés; 
Errant  seront  li  maistre  Alixandre  jugiés. 
Li  rois  les  fist  venir,  moult  fu  vers  iaus  iriés. 

795  Desor  le  chief  d'un  dois  s'enbroncha  sor  ses  pies. 
Et  a  dit  à  ses  homes  :  «  Seignor  baron,  oies,    (f.  5) 
«  De  par  nos  dix  m'estoit  uns  enffes  envoies, 
«  E[t]  jou  l'amoie  moult,  ja  iert  bien  avoiés; 
«  Se  longuement  vekist  encor  fuisse  vengiés 

800  «  De  Nicolas  le  fel  dont  tant  sui  gerroiés, 
((  Et  d'autres  anemis  de  lui  fuisse  efforchiés  ; 
«  Tele  eure  sejournaisse  ke  il  fust  travelliés. 
«  A  ches  vassaus  estoit  par  boine  foi  bailliés 
«  Por  garder  et  aprendre,  qu'il  fust  mix  enseigniés; 
805  «  Que  sain  le  me  rendissent  lor  avoie  proies, 
(c  Mais  rendre  nel  me  voelent,  ne  sai  o\i  estmuchiés; 
«  Ne  sai  k'il  en  ont  fait,  moult  en  sont  esmaiés. 
«  Quant  bien  ne  l'ont  gardé,  del  droit  nés  espar- 

[gniés.  » 

p 


MS.    BIBL.    IMP.    789.  147 

XXXII. 

Amatides  respont  au  roi  premièrement, 
.1.  ber  fu  de  grant  pris  et  de  grant  tenement 

E  chevaliers  moult  bons,  s'ot  le  cuer  vrai  et  gent  : 
«  Sire,  ))  dist  il  au  roi,  «  se  toi  plaist,  or  m'entent. 
«  Tu  nous  as  commandé  à  faire  .1.  jugement 
«  Des  maistres  ton  enfant  ki  chi  sont  en  présent; 

8 1 5  «  Ton  fil  lor  quémandas  à  garder  sauvement 
«  Por  norrir  et  aprendre  sens  et  afaitement  ; 
«  Or  nel  te  pueent  rendre  n'il  n'en  sevent  noient, 
«  Et,  ensi  com  il  dient,  s'en  sont  il  tout  dolent. 
«  En  reprovier  le  dist  li  païsans  souvent 

820  «  Que  maus  est  à  garder  ki  de  son  gré  se  pent, 
<c  Et  li  cevaus  ki  s'emble  ou  se  done  ou  se  vent. 
«  Rois,  por  ton  fil  le  di  ki  trop  legierement 
((  Fait  tout  chou  ke  il  pense  et  lui  vient  à  talent  : 
«  Au  chiel  vaut  il  monter  par  son  encantement 

82  5  «  Quant  il  se  fist  porter  as  griffons  hautement  ; 
«  Ce  fist  il  par  enfance  et  par  fol  hardement. 
«  Si  va  il  de  le  feme  ki  kie[r]t  donoiement  : 
«  Quant  on  plus  le  li  proie  ele  plus  i  entent  ; 
«  Lors  fait  ele  tel  cose  ki  à  folie  apent  ; 

830  «  Si  tourne  à  deshonour  à  son  prochain  parent. 
«  Alixandre  demande  s'enfance  et  son  jovent, 
«  Qu'il  n'en  laist  riens  à  faire  pour  nul  castiement. 
«  Che  k'en  talent  li  vient  faus  est  ki  l'en  deffent. 
«  Ce  est  assés  coustume  c'a  pluisors  gens  apent: 

8}).  faus,  corr.  fous? 


148  MS.    BIBL.    IMP.    789. 

835  «  Onpuettelcoseenprendredontonpuisserepent, 

«  C'on  n'e[n]  puet  pas  venir  à  chief  legierement. 

«  Donés  à  ciaus  .1.  terme  assés  avenanment 

«  Dusc'  à  .XL.  jors,  s'il  vos  plaist,  bonement. 

«  Se  il  dedens  nel  troevent,  nés  espargniés  noient 

840  <(  Que  n'en  fachiés  justiche,  tels  est  mon  loement. 

«  Mai[s]  s'or  les  destruisiés  ensi  hastivement, 

«  Ce  sera  grant  domage  et  vostre  avillement,  (b) 

«  Se  il  i  sont  destruit  à  tort  et  por  noient. 

«  Se  par  mon  conseil  faites,  le  terme  donrés  grant; 

845  «  S'en  serés  plus  prisiés,  par  le  mien  ensient, 

«  Se  cist baron  l'otroient  trestout communément.  » 


J 


XXXIII. 

ou  croi  bien  ke  li  rois  creïst  ceste  raison, 
Et  donast  le  conseil  au  los  de  son  baron. 

Quant  Cemelan  l'entent^,  .1.  encrieme  félon  ; 
850  Onkes  n'ama  le  roi  se  par  boisdie  non, 

Et  se  pena  tous  jours  de  se  confusion. 

Il  tint  de  le  couronne  le  tor  et  le  donjon, 

Une  cité  moult  noble  et  de  bêle  fachon  ; 

En  .1.  port  siet  de  mer,  là  on  prent  maint  poisson; 
85  5  Là  vienent  les  grans  nés,  galies  et  dromon 

0  le  marcheandise  des  teres  environ  ; 

Et  de  loins  et  de  près  amainent  à  foison 

Les  nés  ki  là  arivent  avoir  et  garison. 

Cemelan  fu  moult  rices  et  plains  de  traïson  ; 

837.  avenaument.  —  842.  sera,  corr.  seroit,  ou  destruisés  au  v. 
précédent.  —  852.  le  couronne,  mots  évidemment  corrompus. 


MS.    BIBL.   IMP.    789.  149 

860  En  son  avoir  se  fie  ;  c'est  coustume  à  bricon. 
Il  cuide  c'on  le  croie,  si  a  dit  mesprison. 
Le  jour  dist  tel  parole  en  le  maistre  maison 
Dont  puis  pendi  as  fourches  à  guise  de  laron 
De  ces  meïsmes  dis  et  par  autre  acoison  ; 

865  Ce  11  fist  Alixandre  ki  cuer  ot  de  baron. 

«  Sire,  »  dist  Cemelans,  «  tele  est  m'entention  : 
«  Puis  ke  tu  as  tes  homes  fait  mètre  en  te  prison; 
«  Il  n'en  doivent  issir  se  par  jugement  non. 
«  Ja  de  chou  ne  dois  croire  jugement  de  félon, 

870  «  Tu  en  avilleroies  et  seroies  bricon 

«  Et  ton  quemandement  mains  en  priseroit  on, 
«  Car  par  droit  jugement  n'aroient  raenchon 
«  De  mort  et  de  torment  et  de  destrution, 
«  Selonc  le  tesmoingnage  des  lois  ke  nos  tenon. 

87  $  «  Quant  ton  enfant  avoies  mis  en  lor  norreçon 
«  Grant  honor  lor  faisoies,  s'en  as  mal  gerredon. 
«  Can[t]  bien  ne  l'ont  gardé,  ne  sai  quel  celison, 
«  Tu  lor  pues  moult  bien  faire  de  ce  mefFait  pardon, 
«  Mais  une  rien  te  di  ki  voirs  est  et  sermon  : 

880  «  Qui  le  larron  rachate,  quant  a  le  caaingnon, 
«  Ja  n'en  aura  de  lui  ne  gré  ne  guerredon.  » 

XXXIV. 

Tholomés  se  drecha  ki  le  corage  ot  fier  ; 
Il  n'avoit  en  la  tere  nul  meillor  chevalier  : 
Sages  estoit  et  preus  por  ses  armes  baillier; 

86 j.  Se.  —  876.  sens  as. 


1  JO  MS.    BIBL.    IMP.    789. 

885  Home  de  son  parage  n'estevoit  tant  prisier. 
Por  chou  l'avoit  li  rois  eslut  à  maistroier, 
Son  enfant  à  garder  por  lui  mix  enseignier. 
Il  en  avoit  le  blasme,  quil  devoit  castoier.        (c) 
Uns  des  .vu.  maistres  fu  c'Alixandres  ot  chier. 

890  Quant  oï  Cemelan  faire  le  reprovier 

De  ses  pers  et  de  lui  ke  d'un  larron  foier, 

Ne  se  pot  plus  tenir,  cui  ke  doie  anuier, 

Qu'il  ne  die  tel  cose  dont  il  le  fait  irier  : 

«  Par  Diu!  dant  Cemelan,  moult  me  puis  mervellier 

895  «  Le  vostre  felenie  dont  ne  poés  targier. 
«  Se  li  rois  le  voloit  gréer  et  otriier 
«  Se  seroie  je  près  vers  vous  à  desrainier 
«  Que  ne  devés  en  court  moi  ne  autrui  jugier. 
«  Si  dirai  bien  pour  coi  or  en  voi  le  mestier  : 

900  <(  Quant  Daires,  cil  de  Perse,  dut  no  roi  gerroier 
«  Et  cachier  hors  du  règne  et  du  tout  escillier, 
«  Vous  fustes  en  s'aiie  et  du  tout  conseillier 
«  Que  donissiés  treù  merveilleus  et  plenier. 
«  Par  le  vostre  conseil  en  sont  Griu  coustumier 

905  «  Et  rendant  treûage  comme  vilain  censier. 
«  S'estes  hom  nostre  roi  ;  ce  ne  poés  noier 
«  Que  vous  n'aies  esté  del  treù  parchonnier  ; 
«  Vo  part  avés  eue  por  le  roi  Daire  aidier 
«  Et  recelés  ses  homes,  por  no  gent  damagier, 

910  ((  Qui  nous  ont  fait  le  tere  et  le  règne  empirier. 
a  Et  se  vous  che  volés  en  ceste  court  noier 
«  Jel  vous  ferai  connoistre  au  branc  forbi  d'acier. 

891.  ke,  corr.  corn?  —  892.  qui  ke.  —  893.  fait,  corr.  face?  — 
903.  Corr.  donissions?  —  911.  voliés. 


MS.    BIBL.    IMP.    789.  151 

«  Preudom  ne  doit  traître  en  gfant  cort  espargnier. 
«  Se  vous  me  peùssiés  desconfire  et  cachier 

915  «  As  autres  esteùst  ceste  tere  widier; 

«  Mais  ke  il  n'i  souffrissent  nul  autre  destorbier, 
<c  Ne  li  rois  n'en  creist  conseil  de  losengier, 
«  Et  de  mon  cor  fesist  trestout  son  desirier.  » 
Quant  Cemelan  l'oï,  n'i  ot  ke  corechier; 

920  Volentiers  se  mellast  s'il  s'en  peùst  vengier 
Mais  autrement  se  cuide,  se  il  puet,  aaisier. 
Por  quant,  por  soi  deflfendre,  prist  son  gage  à  ploier, 
Quant  li  ostes  monta  contremont  le  plancier; 
Ja  dira  tel  parole  ki  lor  aura  mestier. 

925  Quant  oi  les  barons  ens  el  palais  noisier, 

L'un  d'eus  contre  les  autres  ranprosner  et  tenchier, 
Du  roi  ki  che  souffroit  prist  soi  à  mervellier. 
Sor  Tholomé  tornoit  li  rois  tôt  l'encombrier 
Et  queroit  occoison  de  son  cors  empirier  ; 

930  Mais  cil  dist  ses  nouveles  ki  ne  se  vaut  targier. 
Tout  droit  as  pies  le  roi  se  va  agenollier  : 
«  Sire,  faites  le  noise,  s'il  vos  plaist,  [ajcoisier, 
«  Si  orrés  mes  nouveles  ke  je  vos  voel  nonchier  : 
«  Je  sai  bien  Alixandre  sain  et  sauf  et  entier  ;  (d) 

93  5  «  Il  vint  à  mon  ostel  ersoir  au  herbergier; 

«  Nuis  fu  et  soirs  bien  tart,  tans  fu  d'à  1er  cochier. 
«  Il  n'estoit  ke  soi  tierch,  d'aie  avoit  mestier; 
«  Escapés  iert  de  mer  où  il  cuidoit  nier. 
«  Il  vit  ses  compaingnons  et  sa  nef  trebuchier; 

940  «  Le  nef  vit  effondrer  et  toute  depechier; 

91  j.  esparng'.  —  924.  tels  paroles.  —  938.  Corr.  n[o]ier? 


I  $2  MS.    BIBL.    IMP.    789. 

«  Il  i  cuida  aler  por  lui  esbanoier, 

«  Mais  moult  s'en  repenti,  ersoir,  au  herbregier. 

<f  Cil  doi  l'en  traisent  fors  ki  0  lui  vinrent  ier, 

«  Jes  laissai  or  gisant  tous  trois  en  mon  solier.  » 

XXXV. 

945    x^uant  li  rois  l'entendi,  si  fu  ses  chiés  crollés, 
V^C'Alixandres  estoit  de  péril  escapés. 
Menbra  li  de  son  sort  qui  li  dist  vérités. 
Puis  a  dit  à  ses  homes  :  «  Seignor,  n'est  pas  sénés 
<(  Qui  d'enfant  se  mervelle  se  il  fait  foletés  ; 

9$o  «  Mais  cil  en  a  le  coupe  cui  il  est  quémandés. 
«  Cil  ki  à  garder  l'a  en  doit  estre  blasmés 
«  S'il  suefFre  enfant  à  faire  toutes  ses  volentés. 
(c  Je  croi  ke  n'i  ait  coupes  dans  Clins  ne  Tholomés, 
((  Ne  dans  Nathanabus  ne  Orner  li  barbés, 

9$  $  ^^  Qys  P^'*  son  conseil  ait  si  folement  ovrés 
<c  Por  quant  si  dut  il  estre  pendus  et  traînés; 
(c  Par  le  malvaise  garde  a  esté  adirés. 
«  Car  par  lor  bons  amis  n'est  il  mie  sauvés, 
«  Ne  lor  en  doit  pas  estre  li  meffais  pardonés 

960  «  Que  il  ne  s'en  repentent,  et  si  soit  comparés. 
—  Merci  !  »  font  li  baron,  «  gentils  rois  coronés, 
«  Par  le  vostre  merci,  sire,  lor  pardonés, 
«  Car  dès  ore  en  avant  en  sera  mix  gardés  ; 
«  Quant  il  est  par  les  dix  garandis  et  tensés 

96$  «  Plus  le  garderont  mais  limaistre  en  grant  chertés, 

950.  qui  il.  —  955.  dant.  —  957.  adités.  —958.  lor,  corr.  ses? 


MS.    BIBL.    IMP.    789.  I  53 

«  Et  VOS  en  serés  plus  cremus  et  redotés.  » 

Envis  le  fait  li  rois,  mais  cis  dis  est  loés 

De  ceus  ki  le  consellent  et  de  lui  sont  privés. 

Por  Alixandre  envoie  k'il  li  soit  amenés. 
970  Si  orrés  les  noveles  et  comment  est  erres  : 

Li  ostes  ne  s'areste,  ains  est  por  lui  aies  ; 

Dormant  le  troeve  encore,  car  forment  fu  lassés. 

Bêlement  l'esvella,  si  k'il  n'est  effreés; 

Les  grans  plais  de  le  cort  ne  li  a  pas  celés, 
975  Com  Tholomés  ses  maistres  fu  por  lui  encombrés 

Et  li  baron  ensanlle  l'uns  vers  l'autre  mellés. 

«  De  Camelan  fu  moult  Tholomés  ramprosnés  ; 

«  Se  ses  consaus  i  fust  ois  ne  escoutés 

«  Nus  ne  fust  de  vos  maistres  de  le  mort  respités. 
980  «  D'aus  jugier  à  ocire  avoit  grans  volentés.  (f.  6) 

—  Maistres,  »  dist  Alixandre,  «  or  sui  trop  repo- 
«  Se  j'avoie  nues  dras  ja  seroie  levés.  [ses. 
«  Chemelan  est  traîtres,  piecha  en  est  provés; 

«  Encor  le  comperra  se  je  vieng  en  aés. 
985  —  Sire,  »  che  dist  li  ostes,  «  dras  ares  vos  assés; 
«  Mais  laissiés  Chemelan  et  ses  grans  cruautés, 
«  Car  li  rois  est  vers  vos  corechiés  et  iriés. 
«  Assés  sera  encore  lius  del  vengier  trovés. 

—  Bien  avés  dit,  sire  ostes,  il  n'ert  pas  obliés 
990  «  Chemelan  li  traîtres  ne  ses  desloiautés.  [merés, 

—  Fix  de  roi,  biaus  dous  sire,  »  dist  l'ostes  es- 
«  Je  vos  pri  et  requier  que  soies  porpensés 

«  De  riches  dras  vestir,  de  bien  estre  atomes 

970.  est,  cort.  ont?  —  983.  traittes.  —  988.  liés  d. 


I  54  MS.    BIBL.    IMP.    789. 

«  Anchois  que  vos  soies  chevaliers  adoubés. 

99$  «  Vos  le  poés  bien  faire,  ja  n'en  serés  blasmés, 
«  Car  encor  serés  vos  rices  rois  courounés.  » 
.1.  siglaton  li  done  l'ostes  qui  fu  sénés 
De  blans  hermines  frès  menuement  ovrés, 
Bien  tailliés  et  cousus  et  par  pans  lonc  et  lés. 

1000  II  eut  chemise  et  braies  d'un  cainse  bien  lavés 
Et  cauchés  soliers  nues  c'on  li  ot  aportés. 
Gauchies  fu  et  vestus  et  moult  bien  conreés  ; 
Ne  si  doi  compaignon  n'i  sunt  mie  obliés  : 
Peliçons  ont  de  martres  et  d'ermins  engoulés 

looj  Et  mantiaus  vairs  et  gris  a  lor  cous  afublés. 
Li  peschierres  fu  si  vestus  et  atornés 
Des  dras  qui  li  traînent  estoit  tous  encombrés. 
De  çou  rit  Alixandre  et  si  s'en  est  joués. 
Il  avalent  ensamble  contreval  les  degrés  ; 

loio  Si  orent  palefrois  corans  et  sejornés; 
Il  nen  i  a  .1.  seul  ne  soit  bien  enselés. 
A  le  cour  en  alerent  quant  il  furent  montés. 
Quant  Alixandre  vint,  si  fu  du  roi  gabés  : 
«  Avant,  dant  Alixandre,  estes  vos  retornés  ? 

ICI  $  ((  Vos  alastes  peschier,  li  fais  m'en  fu  contés, 
«  Dusc'au  fons  de  la  mer  où  fustes  afïondrés, 
«  Mais  vos  ne  m'avés  gaires  des  poisons  aportés. 
«  Que  li  vostres  peschiers  ait  hui  cest  jor  dehés, 
«  Quant  cascuns  est  çaiens  por  vos  si  esgarés 

1020  «  Por  escar  et  por  honte  que  ne  fuissiés  emblés! 
«  Mais  à  faire  ités  giés  estes  trop  aûsés; 

1000.  cainsu.  —  1014.  Avant,  corr.  Avoi?  —  1020.  escar,  corr. 
esgart?  —  1021.  ttegies. 


MS.    BIBL.    IMP.    789.  I  55 

«  Se  jamais  sans  congié  issés  de  le  cités 
«  Ja  n'en  tenrés  plain  pié  de  mes  grans  iretés. 
—  «  Sire,  dist  li  vallés,  n'iere  mais  si  osés.  » 
1 02  5   Par  tant  s'est  Alixandre  0  le  roi  acordés, 

Car  cist  daerrains  mos  li  vient  forment  à  grés. 


M 


XXXVI. 

ouït  fu  preus  Alixandre  quant  ot  passé  .xi .  ans  : 
De  par  toutes  les  terres  fist  mander  les  enfans, 
Les  fieus  as  gentieus  hommes  trestous  les  mieus 

[vaillans. 

1050  En  assés  pou  de  terme  en  fu  tant  assa[m]blans   (b) 
Com  s'il  eùst  de  terre  à  .xiiii.  amirans. 
Largement  lor  donoit,  et  fa[i]soit  lor  talans, 
Cevaus  [et]  palefrois  et  muls  d'Espaingne  amblans, 
Cendaus  et  dras  de  soie  et  pailes  aufricans. 

1035  Son  ostés  resambloit  feste  de  marcheans, 
Tant  avoit  entor  lui  de  petis  et  de  grans. 
Ne  prendoit  pas  consel  as  malvais  recreans, 
Mais  à  ces  gentieus  hommes,  à  tos  les  plus  vallans, 
A  ceus  que  il  savoit  hardis  et  combatans. 

1040  Geste  parole  est  voire,  il  i  est  connoissans, 
Que  li  bons  fait  le  bon  et  li  est  conseillans  ; 
Ja  de  maie  rachine  n'iert  arbre  bien  portans. 


1022.  issiés.  —  1027-42.  Cette  laisse  se  trouve  dans  M.  9,  22- 
33.  —  io}3-}4.  Manquent  à  M.  —  1035.  ostes  corrigé  en  ostel.  // 
faudrait  ses  ostés.  —  1038.  as  c.  —  1039  et  1041.  Manquent  à  M. 


IJÔ  MS.    BIBL.    IMP.    789. 

XXXVII. 

Puis  fu  moult  li  vallés  en  le  cort  lo[n]gement 
Corn  cil  qui  pooit  faire  de  tout  à  son  talent, 

1045  Qu'il  ne  fust  nul  fol  gieu  dont  on  parlast  noient 
Dont  li  rois  eùst  ire  ne  autres  mariment, 
Ains  se  faisoit  amer  à  tous  communaument. 
Volentiers  lor  donoit  et  parloit  doucement, 
Croissoit  et  amendoit,  moult  ot  grant  essient. 

1050  Une  feste  tenoit  li  rois  moult  hautement 
Cascun  an  une  fois  par  acoustumement. 
De  se  nativité  faisoit  essaucement, 
Encor  le  font  assés  de  le  poissante  gent, 
Roi  et  empereour  de  fier  conquerement. 

10$  5  Au  jor  de  celé  feste  li  fist  faire  .1.  présent 
Li  dus  d'Antigonie  qui  à  s'onor  apent, 
Qui  tint  del  roi  Phelipe  trestout  son  tenement, 
D'un  mervelleus  lion  qui  ot  ruiste  carpent, 
De  cendaus  et  de  porpres  ovrés  moult  richement. 

1060  Moult  fu  grans  li  Hons  et  plains  de  hardement; 
Ains  mais  nus  ne  fu  teus,  par  le  mien  essient, 
Quant  il  estoit  en  bones,  qu'il  n'avait  maltalent, 
Et  mener  sans  caïne  et  chevaucier  sovent. 
Le  lion  fist  li  rois  rechoivre  bonement 

1065  Et  dona  as  messages  de  l'or  et  de  l'argent. 
.1.  enfes  le  pooit  Hier  moult  simplement 
Quant  ne  fu  coreciés  et  iert  en  bon  talent. 
.1.  lioniers  le  prist  qu'en  avint  malement, 

1045.  corr.  fist.  —  1047.  commulnaument.  —   io6j.   P.-ê.  Por 
m.?  On  peut  encore  supposer  qu'il  manque  un  -vers  ayant  celui-ci. 


MS.    BIBL.    IMP.   789.  157 

Car  il  ne  connuit  mie  de  son  maistriement, 

1070  Si  torna  à  desdaingn  le  sien  norrissement  : 
Esrant  li  corut  sus,  sel  prist  si  laidement 
Que  le  dos  li  froissa  et  le  cors  esranment. 
Le  foie  et  le  coraille  en  traist  premièrement 
Voiant  tote  la  cort  ;  maint  en  furent  dolent  ; 

1075  Ains  n'i  ot  si  hardi  qui  de  fuir  fust  lent. 
Adont  fist  Alixandre  un  estot  hardement 
Dont  bien  fait  à  parler  orne  de  son  jovent, 
Qu'il  n'avoit  que  .xii.  ans  acomplis  seulement  : 
.1.  fust  trove  en  la  court,  à  ses  .11.  mains  le  prent, 

1080  Au  lion  corut  sus,  sel  fiert  si  durement 
Par  dedesus  le  hure  que  le  teste  li  fent, 
Et  li  oil  li  volèrent  à  le  tere  ensement  ;    ' 
Voiant  toute  la  cort  l'abati  mort  sanglent.        (c) 
De  cel  cop  furent  lié  chevalier  et  serjent 

108$  Li  rois  [en  fu]  joians  et  trestout  si  parent; 
Et  dient  d'Alixandre  trestout  communément 
Qu'il  conquerra  tout  siècle  se  il  vit  longement. 
Bien  demostre  à  ses  oevres  qu'il  a  fier  hardement. 

XXXVIII. 

Tout  aiment  Alixandre  et  tienent  à  signour, 
.^-^^         Et  dient  qu'il  sera,  s'il  vit,  empereour 
De  trestoute  le  tere  jusqu'en  Inde  majour, 
Car  tant  est  preus  et  sages  et  larges  doneor 
Qu'il  conquerra  le  siècle  par  force  et  par  vigor. 

1070.  trova.  —  1074.  V.  tos  la  coia.  —  107J.  Ain.  —  1087. 
tout  ripiti.  —  1089.  Tout  Alix,  aiment. 


158  MS.    BIBL.    IMP.    789. 

Li  rois  l'aime  forment  por  ce  c'ot  tant  valor; 

1095  Mais  il  fist  puis  tel  chose  dont  ot  se  maPamor. 
Il  et  Natanabus  furent  aie  un  jor 
Déduire  en  un  vergier  desos  .1.  grant  tor, 
Dalés  coroit  .1.  aiguë  qui  menoit  grant  rador 
Et  l[i]  vergiers  fu  clos  de  haut  mur  tôt  entor. 

1 100  Cil  aprist  Alixandre  qui  estoit  son  doctor, 
Car  [il]  n'avoit  en  tere  plus  mal  enchanteor. 
De  ses  engiens  li  velt  mostrer  tos  les  mellors; 
Volentiers  li  enseigne,  doucement,  par  amor; 
Et  li  enfes  i  entre,  qu'en  velt  avoir  le  flor; 

1 105  Puis  montèrent  le  mont  qui  iert  ancienor 
Por  esgarder  aval  le  flos  et  le  rador 
Et  les  poissons  sor  l'iaue  qui  sunt  por  le  calor. 
Natanabus  li  conte  de  mer  le  parfondor, 
Des  poissons  dont  il  vit  l'agait  et  le  trestor, 

1 1 10  Au  fort  mengier  le  foible,  le  petit  au  grignor, 

Cembiaus,  agais  et  fuites  prendre  l'encaucheour. 
«  Biaus  fix,  ))  ce  dist  li  maistres,  «  d'une  rien  ai 
«  Que  tu  muires  trop  tost  par  itel  deshonor  [peor: 
«  Car  ne  laissiés  à  faire,  soit  savoir  ou  folor, 

1115  «  Cose  qui  te  délit  por  nul  enseingneor. 
«  Se  por  cou  moriés  ce  seroit  grant  dolor, 
«  Car  se  vos  vives  longes  vos  serés  le  mellor 
«  Qui  onkes  tenist  terre,  se  aine  soi  riens  d'auctor. 
«  Ci  aroie  dammage,  por  c'en  sui  en  error, 

1 1 20  «  Car  par  vos  cuit  encore  bien  reçoivre  m'onor  : 
«  C'est  Egypte  le  bêle  dont  je  fui  ja  seingnor.  » 

1107.  sor,  corr.  soz?  —  1108.  Alix,  li  c.  —  11 17.  viviés. 


MS.    BIBL.    IMP.    789.  159 

Li  vallés  l'entendi,  si  mua  le  colour; 

De  ce  que  fil  le  claime  ot  vergoingne  et  iror, 

Aine  mais  jor  de  sa  vie  nen  ot  honte  grignor. 

XXXIX. 

1125     A  lixandre  l'entent  que  cil  l'a  fil  clamé  ; 

-^Un  poi  se  trait  arrière,  s'a  .1.  petit  pensé 
Dit  à  Natanabus  :  «  Maistre,  por  amor  Dé, 
«  Sui  je  dont  vostre  fix?  dites  moi  vérité. 
«  Dont  ne  sui  je  pas  dignes  de  tenir  l'irité 

1 1  jo  «  Au  riche  roi  Phelipe  qui  m'a  fil  apelé, 

«  Ains  m'estuet  porcachier  en  estraingne  régné. 
«  Plus  dout  qu'il  ne  me  soit  en  grant  cort  reprové 
«  Qu'en  bastardie  soie  folement  engendré. 
«  Ne  por  cant  assés  estes  de  riche  parenté  ;    (d) 

1135  «  Ne  doi  estre  por  vous  en  grant  cort  avilé.  » 
Natanabus  respont  .111.  mos  de  foleté  : 
«  Par  Dieu,  biaus  dous  amis,  or  avés  bien  parlé, 
«  Se  engenré  vos  ai,  n'i  a  point  de  vieuté: 
(f  Je  fui  ja  rois  de  Egypte,  si  en  ting  l'irité, 

1 140  «  Et  se  jou  le  perdi,  ce  fu  par  foleté. 

«  Mi  grant  prince  me  vaurent  avoir  enprisouné; 
«  A  cest  roi  m'en  ving  ça  qui  m'a  du  sien  doné, 
i<  Et  jou  l'ai  bien  servi  et  le  sien  bien  gardé. 
a  Si  trovai  en  .1.  sort,  quant  ci  fui  aresté, 

1 145  <c  Que  par  .1.  jone  enfant  i  seroie  tué. 

«  Mais  longement  m'i  mist,  ne  sai  s'est  vérité.  » 

Il  a  j .  Corr.  Alixandrcs  e.  ?  —  1 1 3 1 .  en,  corr.  un  ?  —  1132.  P.  dont. 


l6o  MS.    BIBL.    IMP.    789. 

L'enfes  se  traist  en  sus,  quant  çou  ot  escouté, 

Ne  Ta  à  celé  fois  de  plus  araisoné  ; 

Et  cil  regarde  en  l'iaue  qui  tost  l'ot  oublié. 
1 1 50  Dont  s'aproche  Alixandre  qui  le  cuer  ot  enflé, 

Pris  l'a  par  les  .11.  jambes,  si  Pa  aval  tumé; 

Del  mur  qui  haus  estoit  le  trébuche  el  fossé. 

Ne  li  remest  os  sain,  tôt  l'a  escervelé; 

Et  quant  il  le  vit  mort,  si  a  des  ex  ploré 
1 1  $  $  Et  sospira  forment,  car  moult  l'en  a  pesé. 

A  castier  le  prist,  si  l'a  forment  blasmé  : 

«  Maistre,  trop  peu  avés  le  vostre  cuer  celé 

«  D'itel  folie  dire,  si  l'avés  comperé. 

«  Se  vos  l'eûssiés  fait,  li  dis  fust  foletés. 
1 160  «  Apertement  vos  estes  vilainement  vantés,  [rés. 

«  Qui  son  seingnor  fait  honte  ne  doit  estre  houno- 

«  Or  m'en  repentiroie,  se  il  m'estoit  loé, 

«  Que  vos  ai  ensi  mort,  car  trop  m'en  ai  hasté  ; 

«  Si  dout  moult  que  li  rois  ne  m'en  sache  mau  gré 
1 165  «  De  ce  que  vos  ai  mort,  car  moult  vosotamé.» 

Ensi  dist  Alixandre  qui  le  cuer  ot  iré. 


U 


XL. 


ns  niés  Natanabus  fu  entrés  el  jardin, 
De  l'oncle  et  d'Alixandre  ot  suï  le  train. 

Là  fu  aies  déduire  desos  l'umbre  d'un  pin 
1 170  Que  cil  ne  le  seussent  por  l'orgiex  d'Apollin  ; 

Regarde  vers  le  mur,  vit  plorer  le  meschin, 

1162.  Ore.  —  1170.  li  s. 


MS.    BIBL.    IMP.    789.  161 

Moult  regraite  son  maistre,  si  tint  le  chief  enclin, 

D'estre  lais  omecides  li  est  son  cuer  devin. 

Cil  ne  vit  pas  son  oncle,  si  se  claime  frarin; 
1 1 7  5  1res  et  esbahis  sailli  fors  el  chemin  ; 

Vint  corant  desor  l'iaue  lés  .1.  piler  marbrin. 

Illuec  trova  son  oncle  qui  gisoit  mort  sovin  ; 

Les  ex  11  vit  tomes,  c'alés  fii  à  se  fin. 

Il  le  plaint  et  regrete,  si  se  claime  orfenin  : 
1 180  «  Oncles,  qui  vos  a  mort  trop  vint  de  félon  lin; 

«  Se  ne  [vos]  puis  vengier,  ne  vail  .1.  angevin.  » 

Mais  ains  sara  le  droit  quele  en  sera  le  fin. 


XLI. 


•^uant  cil  vit  mort  son  oncle  durement  Ten  pesa; 
VyLor[s]  demanda  aïe,  del  fossé  le  jeta;   (f.  7) 

1 185  Ricement  à  lor  loy  le  cors  en  conrea 

Et  puis  à  un  chier  temple  de  lor  dex  le  porta  ; 
Là  fist  sa  sépulture  et  forment  l'onora. 
Il  en  fist  moult  grant  duel,  le  novele  espoisa. 
Puis  vint  devant  le  roi  et  si  s'agenoilla, 

1 190  Enbraça  li  le  jambe  et  le  pié  li  baisa. 
Se  li  dist  en  plorant  et  fort  merci  cria  : 
a  Sire,  mors  est  mes  oncles  qui  tant  servi  vos  a, 
«  Si  l'a  mort  Alixandre,  que  il  forment  ama, 
«  A  tort  et  sans  raison,  que  je  ne  querrai  ja 

119^  «  Que  il  li  desist  ce  por  c'a  mort  dampné  l'a.  » 
Quant  Phelipes  Tentent  forment  se  coreça  ; 

1179.  si  le.  —  Ii8j.  en  conreer;  et  avant  ce  mot  une  main  du 
XVI*  siècle  a  ajouté  fist.  ^ 


l62  MS.    BIBL.    IMP.    789. 

Les  dex  que  il  aoure  par  maltalent  jura 

«  S'Alixandre  l'a  fait  moult  chier  le  comper[r]a 

«  Selonc  le  jugement  que  mes  cors  en  fera, 

1200  «  Que  ja  mot  de  raison  espargniés  n'i  sera. 

«  Por  coi  Ta  mort,  diable  !  et  que  li  demanda  ? 
«  De  ce  que  tu  en  ses  ne  me  celer  tu  jà.  » 
Li  vallés  li  respont  que  moult  se  merveilla 
Quant  le  vit  trebuchier  del  mur  dont  le  jeta; 

1205  Nule  autre  riens  n'en  set,  que  ja  n'en  mentira. 
Li  rois  por  Alixandre  maintenant  envoia  ; 
Savoir  le  veit  par  lui,  mais  il  se  trestorna. 
Ne  vint  pas  dont  au  roi,  que  forment  le  douta; 
Et  li  rois  ses  barons  et  ses  hommes  manda 

1 2 10  Le  mesfait  Alixandre  et  à  tous  lor  mostra 
Que  jugement  en  facent,  que  faire  le  vaura 
Selonc  le  loy  qu'il  ont;  qui  jamais  le  laira 
A  son  talent  ovrer,  le  venjance  en  fera  ; 
Droit  jugement  en  velt,  car  ja  n'en  fausera. 

XLII. 


1 2 1 5    A  cel  tans  iert  coustume  entre  paiene  gent 
-t^Qui  faisoit  omecide,  dient  se  loi  offent, 
Car  pechié  faisoit  trop  desraisonéement, 
Ja  n'en  fust  espargniés  por  son  rice  parent 
Ne  refust  par  meïsmes  jugiés  tôt  ensement. 

1 220  Li  baron  furent  fors  issu  au  jugement, 

El  parleoir  s'asirent  sor  le  plain  pavement 

1209.  P.-ê.  manque-t-il  ici  un  vers.  —  121 3.  veiniance.  —  12 16. 
Vers  probablement  corrompu;  p.-ê.  au  lieu  de  dient  faut-il  ou  qui? 


MS.    BIBL.    IMP.    789.  165 

Dont  le  vaute  reluist  et  tote  à  or  resplent. 
L'uns  d'aus  regarda  l'autre,  n'osa  premièrement 
Parler  sor  Alixandre  de  son  destruisement, 

1225  Car  moult  fu  preus  et  sages,  si  donoit  largement 
Selonc  cou  qu'il  pot  faire  com  hom  de  son  jovent; 
Moult  se  faisoit  amer  à  tous  communément, 
Sel  lenoient  à  oir,  selonc  lor  ensient. 
De  le  tere  le  roi  puis  son  defmement; 

1 230  Et  se  por  çou  doutoient  ne  me  merveil  noient. 
Avarides  parla  qui  ot  grant  essient  : 
«  Seignor,  en  moie  foi,  je  me  merveil  forment 
«  De  roi  qui  nos  a  fait  [i]tel  commandement 
«  De  jugier  son  enfant  de  mort  et  de  torment, 

1255  «  Car  il  set  bien  le  loi  et  quant  qu'il  i  apent, 

«  De  cose  conneûe  oh  n'a  raisonement.  (b) 

«  Cist  iert  oir  de  se  tere,  se  il  vit  longement; 
«  Et  se  nos  le  jugons  ensi  faitierement, 
«  Puis  remansist  ensi  sans  autre  doutement, 

1240  «  Jamais  nis[un]  de  nos  n'ameroit  clerement. 
«  Querons  au  roi  .1.  terme  d'uit  jorstant  seulement; 
«  Si  arons  de  nos  pers  plus  efîorciemenl, 
«  Car  ne  devons  jugier  issi  hastivement. 
«  Atant  iert  trespassés  au  roi  son  mautalent, 

1245  «  Puis  en  porrons  mieus  querre  pais  et  acorde- 
Tout  l'otroient  ensi  et  ioent  bonement;  [ment. 
Quatre  d'eus  en  envoient  au  roi  qui  les  atent. 

I24Î.  hastievemcnt. 


164  MS.    BIBL.    IMP.    789. 

XLIII. 

Assés  aveis  oi  comment  cist  a  parlé, 
Avarides  le  rice  qui  le  cuer  ot  séné  ; 

1250  Tout  l'otroient  et  loent  le  consel  c'a  doné. 
Il  meïsmes,  soi  qart,  en  est  au  roi  aie, 
Des  barons  plus  raisnables  de  toute  le  cité, 
Por  querre  le  respit,  mais  envis  l'a  douné, 
Et  moût  s'en  fist  proiier;  s'a  vers  eus  esprové 

1 2  5  j  Qu'il  ont  laisié  à  faire  et  que  il  ont  douté 
Tel  jugement  à  dire,  si  en  sont  esgaré. 
Mais  en  tant  dementiers  que  il  ont  là  esté 
Si  a  on  .1.  cheval  au  fort  roi  présenté; 
Onques  nul  tel,  fors  cil,  n'ot  on  mais  esgardé, 

1260  Car  mieus  vivoit  de  car  c'autres  cevaus  de  blé; 
Homme  et  feme  manjoit  s^on  li  avoit  douné. 
En  .1.  haras  le  roi  fu  poulenés  trové 
Uluec  fu  d'un  luiton  en  .1.  iue  engenré, 
Ja  hom  ne  l'atendist  s'il  fust  descaïné. 

1265  Lais  et  hideus  estoit,  se  vos  di  par  verte; 

Moult  bien  se  gardoit  d'arme,  ja  n'en  fust  adesé 
Se  il  ne  fust  de  loing  de  sajetes  bersé. 
En  un  haras  le  roi  Pot  on  poulain  trové 
Car  il  i  fu  norris  et  s'i  fu  faouné, 

1270  Et  nus  hom  ne  vit  onques  si  bel  ne  mieus  formé, 
Mais  que  le  cief  ot  court,  .1.  petit  remusé. 
A  lion  resambloit  d'orgueil  et  de  fierté. 
Li  baron  le  regardent,  si  l'ont  forment  loé, 

1249.  En  Arides.  —  1263.  luiton  E  .1.  —  1268.  mi  torvé;  ms.  tué 
avec  un  signe  d'abréviation. 


MS.    BIBL.    IMP.    789.  165 

Et  dient  que  mar  fu  le  soie  grant  biauté 
1275  S'on  ne  le  puet  avoir  si  bien  amesuré 

Que  on  en  puisse  faire  auques  se  volenté, 
Mais  ains  hom  né[s]  de  mère  ne  vit  si  forsené. 
Li  quatre  vont  au  roi,  lor  message  ont  conté; 
Del  respit  que  li  quierent  dont  il  ne  lor  sot  gré 
1280  A  grant  anui  lor  done,  et  cil  s'en  sunt  torné; 
Mais  ançois  ont  vers  lui  tençié  et  estrivé, 
Que  de  cel  jugement  se  font  si  esgaré 
Por  quant  se  lor  a  il  ottroié  et  graé; 
E^  li  baron  s'en  tornent,  que  n'i  ont  plus  parlé. 

XLIV. 

1285     A  u  jugeor  repairent  li  .1111.  mesagier; 

-tt^  Moult  parloient  du  roi  qui  tant  se  fist  proiet 
De  doner  le  respit  d'Alixandre  jugier; 
Et  si  l'avoit  doné  à  paine  et  à  dangier,  (c) 

Puis  dient  du  cheval  qui  velt  le  gent  mengier 

I  290  Qu'il  virent  el  palais  et  tenir  et  lier, 

Qui  tant  fu  biax  et  gens,  et  faisoit  à  prisier 
S'on  le  peùst  garder  corn  .1.  autre  destrier 
Et  faire  se  besoigne  com  d'un  autre  mains  chier, 
Mais  nus  hom  ne  s'i  ose  habiter  ne  couchier, 

1295  Por  tant  qu'il  soit  délivres  nus  n'i  puet  aprochier, 
Com  d'un  lion  salvage  s'en  convient  bien  gaitier. 
Lors  dient  li  baron  :  «  C'est  .1.  ars  d'aversier, 


1279.  Corr.  el?  —  129J.  que  d'un  aut'  maint  ch.  Le  signe 
d'abréviation  placé  au-dessus  d'àut  est  celui  qui  signifie  d'ordinaire 
or  ou  our. 


l66  MS.    BIBL.    IMP.    789. 

«  Ains  mais  n'oit  nus  hom  de  tel  cheval  plaidier. 

«  S'or  voloient  li  dieu  Alixandre  avanchier, 
1 300  «  K'après  le  roi  eùst  le  règne  à  justichier, 

«  Dont  ira  le  ceval  et  fremer  et  lier. 

«  Si  soit  son  jugement,  s'il  i  a  encombrier, 

«  Qu'il  se  puisse  par  tant  vers  le  roi  amaisnier.  » 

Respondent  li  baron  :  «  Bien  fait  à  otroier  ; 
I  joj  «  Ne  quidons  que  li  rois  li  suefFre  à  ensaier, 

«  Si  ne  le  poons  faire  quiter  plus  de  legier.  » 


XLV. 


Ce  ne  vos  di  je  mie  ke  cil  por  jugement 
Fecissent  tel  esgart,  par  le  mien  essient, 
Mais  espargnier  le  voelent  de  droit  avenanment. 

1310  Devant  le  roi  s'en  vienent  trestot  communalment. 
Atalains  de  Hongrie  parla  premièrement  : 
«  Sire,  »  dist  il  au  roi,  «  se  toi  plaist,  or  entent  : 
«  Tu  nos  as  commandé  à  faire  jugement 
«  [Dejsor  un  enfant  jone  qui  a  peu  d'essient 

1 3 1 5  «  D'un  homme  qu'il  a  mort  par  son  foloiement, 
«  Mais  ne  savons  del  tort  pas  le  commencement. 
«  Fors  est  hom  à  jugier  dont  on  né  set  noient 
«  Ne  il  ne  connoist  mie  le  fait  apertement. 
«  .1.  respit  demandomes  qui  est  seable  et  grant  : 

1 320  «  S'i  fuissent  ti  baron  qui  ci  sunt  en  présent 
«  Et  ta  cours  efforcie  au  jor  plenierement, 
«  Que  [nos]  ne  volons  pas  jugier  si  hautement 

1298.  n'oï.  —  13 16.  par  le  c. 


MS.    BIBL.    IMP.    789.  ^67 

«  Ton  enfant  et  ton  oir  à  duel  et  à  torment, 
«  Qu*il  sera  nostres  sires  se  il  vit  longement  ; 

1325  «  Mais  respit  nos  donas  par  moult  grant  mauialent, 
«  Et  le  contredesis,  s'en  fus  iriés  forment. 
«  Si  n'est  ce  pas  mesure,  par  le  mien  essient. 
V  Sans  jugier  en  dirai  le  miex  que  jou  entent  : 
«  Je  voi  ci  .1.  ceval  qui  de  tel  rage  esprent 

1 550  (f  Que  il  tue  et  ocist  et  mengùe  le  gent; 

«  Nus  n'en  puet  escaper  se  bien  ne  se  deffent. 
«  S'Alixandres  le  puet  enfremer  sauvement, 
«  Deslier  et  mener  sans  nul  encombrement, 
u  Que  li  cevaus  nel  tut  ne  face  marement, 

1^35  «  Qu'il  s'en  puisse  escaper  sans  nul  perillement, 
«  Pardonés  li  vostre  ire,  si  soit  siens  li  présent; 
«  Et  se  il  le  refuse,  qu'il  n'ait  tant  hardement, 
((  Fuisse  s'ent  de  le  tere,  fel  soit  qui  le  consent!  » 
Li  rois  dist  :  «  Je  l'otroi,  ja  n'iert  mais  autrement. 

1 340  «  Assés  l'avés  jugié,  ce  m'est  vis,  hautement  ;    {d) 
((  S'il  de  cestui  escape,  c'ertpar  enchantement.  » 
Le  ceval  esgarderent  qui  tant  valoit  d'argent 
S'on  s'en  peùst  aidier  amesuréement, 
Mais  com  lions  sauvages  ot  fier  contenement. 


XLVI. 


1 345    I    i  baron  ont  assés  le  cheval  esgardé, 

iSi  ont  assés  de  lui  et  de  l'enfant  parlé. 


l; 

Si  dient  que  mar  fu  le  soie  grant  biauté 


i})2.  Il  faudrait  desfremer.  —  1338.  Fuissent  de.  —  1341.  c'est. 


l68  MS.    BIBL.    IMP.    789. 

S'on  ne  le  puet  avoir  si  bien  [a]mesuré 
Que  on  en  puisse  faire  tote  se  volenté. 

1 350  A  .iiii.  de  ses  sers  a  li  rois  commandé 

Sor  vies  et  sor  menbres  que  on  l'ait  bien  gardé, 
Que  forment  l'ameroit  se  il  estoit  donté. 
Et  li  sergant  l'ont  pris,  d'iluec  l'en  ont  mené. 
En  .1.  celier  sous  terre  là  l'ont  cil  enfremé, 

1 3  $  5  Sel  donent  à  mengier  quant  il  l'ont  apresté. 

Quant  on  a  homme  ou  feme  d'aucun  murdre  reté, 
Ou  de  grant  larrecin  ou  de  desloiauté, 
Droit  au  cheval  l'enmainent,  s'on  li  avoit  jeté 
Tantost  l'avoit  ocis,  mengié  et  dévoré. 

1 560  N'avoit  autre  justice  en  trestot  le  régné, 
Que  li  rois  le  voloit  et  l'avoit  estoré. 
Li  païsant  du  règne  l'ont  Bucifal  clamé  ; 
Si  povre  nom  li  donent  por  se  desloiauté. 
Por  Alixandre  querre  s'en  est  .1.  mes  torné; 

136$  En  .1.  vergie[r]  le  trove  où  il  s'iert  destorné; 
0  lui  avoit  vallés  del  mieus  de  le  cité 
Et  les  .11.  de  ses  maistres,  Cliton  et  Tolomé. 
Cil  ne  li  osa  pas  dire  se  volenté  : 
Que  li  baron  avoient  jugié  et  esgardé 

1 370  Qu'il  devoit  de  lui  estre  por  l'ome  to[s]t  tué. 
Tholomé  apela,  se  li  a  tôt  conté, 
Souavet  en  l'oreille  l'en  dist  le  vérité. 


IJ5}.  d'ilueke.  —  13J6.  jeté.  —  1365.  trovent.  —  1J67.  diton. 
•  1572.  Son  navet. 


MS.    BIBL.    IMP.    789.  169 

XLVII. 

Li  chevaus  est  enclos,  si  commenche  à  henir 
Clerement  et  tant  haut  et  par  si  grant  air 

1 375  Que  le  tere  entor  lui  en  fait  tote  fermir; 

D'une  grant  lieue  longe  puet  on  se  vois  oïr. 
Alixandre  demande  dont  puet  teus  noise  issir  : 
«  Se  c'estoit  or  lions  moult  feroit  à  haïr, 
«  Qu'il  ne  face  damage  por  gent  faire  morir, 

1380  «  Ou  cevaus  si  sauvages  c'on  ne[l]  puisse  tenir; 
«  Grant  force  a  qui  s'alaine  puet  faire  si  bruïr.  » 
Et  Tholomés  respont  :  «  Ne  vos  en  quier  mentir  : 
«  Sachiés  c'est  .1.  cevaus  que  devés  asalir 
«  Se  vos  volés  du  roi  et  de  s'amor  joir; 

1 385  «  Mais  nul  home  ne  puet  entor  lui  consentir 
«  Que  ne  voille  mengier  et  ocire  et  mordrir. 
«  Nus  n'en  puet  escaper  que  il  puisse  tenir, 
«  Que  ne  li  face  l'ame  del  cors  à  duel  partir. 
i(  Par  vos  tout  seul  l'estuet  deslier  et  saisir. 

I  ^90  «  C'a  on  fait  esgarder  por  vo  vie  fenir. 

«  Del  mesfait  dont  porrés  ensi  [vo  cors]  garir 
«  Ne  velt  li  rois  sofTrir  autre  loi  aramir.       (f.  8) 
«  S'ensi  nel  volés  faire  si  pensés  del  fuir, 
«  Car  li  rois  vos  fera  et  prendre  et  retenir, 

1395  «  Par  son  grant  mautalent  vos  fera  tost  laidir. 
«  Vés  en  ci  le  message  qui  vos  en  vient  garnir.  » 
Al.  respont  :  «  Ce  fait  à  deservir  ; 
«  Le  cheval  verrai  jou,  que  qu'en  doie  avenir. 

I J96.  V.  ensi. 


IJO  MS.    BIBL.    IMP.    789. 

«  Se  par  itel  roncin  doit  me  vie  fenir 

1400  «  Ja  ne  vive  je  longes  por  nule  onor  tenir.  » 

Tholomés  li  respont  :  «  N'est  pas  bons  li  gencir; 
«  Qui  vos  desloeroit  si  vos  vauroit  honir. 
<(  A  vostre  jour  morrés,  ja  n'i  porrés  falir, 
«  Ne  ja  ains  n'i  morrés,  bien  le  poés  plevir. 

1 40  5  —  Maistres,  »  dist  Alixandre,  «  je  ne  veil  plus  souf- 
Adont  s'en  commencha  del  vergier  à  issir;    [frir.  » 
Mais  je  vos  puis  bien  dire  por  voir  et  sans  mentir 
N'ot  si  fier  compaingnon  qui  ost  0  lui  venir, 
A  l'issir  du  vergier,  là  lor  estuet  gerpir. 

1410  Et  Alixandre  va  le  grant  pas  par  air; 

Vint  à  Puis  del  celier,  que  il  le  vaut  ovrir; 
Quant  le  virent  les  gardes,  si  prendent  à  fuir, 
Qui  du  ceval  garder  doivent  le  roi  servir. 
N'osèrent  pas  atendre  le  destrier  à  l'issir. 

141 5  Quant  Alixandres  voit  c'alé  se  sunt  tapir 
Por  peor  del  ceval  que  nés  face  morir. 
Ne  vaut  longement  querre  por  faire  à  lui  venir  : 
.1.  mail  prist  à  .11.  mains,  moult  fu  de  grant  air, 
Si  fiert  encontre  l'uis  les  ais  en  fait  croissir  ; 

1420  II  peçoie  les  barres  que[l]  dévoient  tenir; 
Ensi  le  fait  par  force  peçoier  et  ovrir. 
Dès  que  Bucifaus  vit  Alixandre  venir, 
Encontre  lui  s'abaisse,  prist  soi  à  efflecier, 
Mist  ses  jenous  à  terre,  samblant  fist  de  frémir 

1425  Com  s'il  fust  bons  rainnables  qui  deùst  obeïr. 
Onques  puis  de  car  d'ome  mengier  n'ot  nul  désir. 

1401.  gentir.  —  140J.  Corr.  ne  m'en  v.  p.  s.  ?  —  1409,  Corr.  le 
lor  e.?  —  142}.  Corr.  efflecir  {fléchir)} 


d; 


MS.    BIBL.    IMP.    789.  171 

XLVIll. 

ès  que  li  bons  cevaus  vit  venir  son  seingnor, 
Encontre  lui  s'abaisse,  fist  li  signe  d'amor. 
Alixandre  le  prent  sans  doute  et  sans  peor; 

14^0  Les  caïnes  li  oste  quel  tienent  en  esror. 
Tout  deslié  le  trait  del  celier  sous  la  tor, 
Sans  frain  et  sans  cevestre  monta  el  missaudor  ; 
Cil  qui  sunt  as  fenestres  le  coserent  pluissor. 
Par  la  cité  leva  li  cris  et  le  rumeur  ; 

1435  N'i  a  cel  qui  le  voie  n'en  demenast  baiscor, 
Et  dient  tout  ensamble  li  grant  et  li  menour 
K'Alixandre  doit  estre  par  droit  empereour; 
Le  ceval  doit  avoir  qui  est  de  tel  fieror 
Vers  lui  n'eùst  pooir  nus  fix  de  vavasor 

1 440  Qu'il  ne  vausist  manger  ou  destruire  à  dolor. 
Li  rois  en  a  oi  del  palais  le  tabour  ; 
Les  degrés  en  avale  de  la  sale  major, 
Maint  haut  rice  baron  avoit  0  soi  pluisor; 
Contre  Alixandre  vinrent,  moult  li  firent  honor;  (b) 

1445  Et  la  roïne  i  vint,  c'ainc  n'ot  joie  grignor, 
0  mainte  bêle  dame  qui  demainent  baudor  ; 
Jovenciaus  et  puceles,  chevalier  poingneor 
Et  tout  li  citoian  i  aceurent  d'entor. 
Qui  tout  dient  au  roi  :  «  Cist  ert  de  grant  valor  ; 

1450  «  Cist  maintenra  le  tere  jusqu'en  Inde  major. 
«  Faites  ent  chevalier,  qu'il  n'i  ait  nul  demor.  » 
Et  li  rois  respondi  :  «  Venus  en  est  li  jor 

1433.  Corr.  Cuisirent?  —  1434.  rimour. 


172  MS.    BIBL.    IMP.    789. 

<c  Que  jou  li  donrai  armes  par  bien  et  par  douçor. 
«  Onques  nus  fix  de  roi  n'en  ot  nulles  mellor. 
14  j  5  «  Pus  que  li  dieu  le  veulent  nel  tieng  pas  à  folor.  » 
Et  le  roïne  en  prie  bonement  son  seingnor 
Qu'el  lor  donra  les  dras  s'il  donc  l'autre  ator. 


XLIX. 


uant  li  rois  voit  son  fil  monté  sor  le  destrier 
^i  tant  estoit  félon  et  oribles.et  fier 

1460  Que  nus  hom  nés  vivans  n'i  osoit  aprochier 
Qu'il  ne  vausist  destruire  et  ocire  et  mengier, 
Corn  de  lion  sauvage  s'en  convenoit  gaitier, 
Car  mengoit  toute  crue  corn  fecist  .1.  lévrier, 
Plus  beùst  à  un  trait  de  vin  .1.  grant  sestier, 

146J  Tant  estoit  fiers  et  fel  qu'il  sambloit  aversier; 
Dont  set  bien  ke  li  dieu  le  veulent  avanchier 
Et  qu'il  vaura  le  règne  après  lui  justichier. 
Encontre  l'enfant  va  le  pas  trestot  plenier  ; 
Por  pardoner  l'afaire  si  va  humelier. 

1470  Alixandre  descent  quant  le  vit  aprochier; 
A  Tholomé  a  pris  le  ceval  à  baillier, 
Car  onques  puis  cel  jor  ne  vaut  ome  tochier, 
Ne  ne  menga  car  crue  por  avaine  laisier. 
Li  vallés  va  encontre;  li  rois  le  cort  baisier. 

1475  «  Sire,  »  dient  li  home,  «  faites  le  chevalier, 
«  Bien  est  de  tel  aage  armes  puet  bien  baillier. 
«  Il  vos  aidera  bien  fol  orguel  à  baissier.  « 

1457.  Qui  1.;  cf.  Ars.  Y.  196-7,  M.  ij,  28-9. 


MS.    BIBL.    IMP.    789.  173 

Et  li  rois  leur  respont  :  w  Ne  le  quier  atargier, 
«  Mais  encor  est  trop  jones  ne  s'en  porra  aidier.  » 

1480  Quant  l'entent  Alixandre  n'i  ot  que  correchier. 
«  Sire,  »  dist  il  au  roi,  «  j^oi  .xv.  ans  dès  l'autrier, 
«  Jamais  por  nul  fais  d'armes  ne  me  quier  espar- 
«  Sire,  donés  les  moi,  je  vous  en  voil  proier,  [gnier. 
«  Par  itel  convenant  com  m'orrés  desraisnier  : 

1 48  5  «  Se  truis  vos  anemis  en  nul  estor  plenier 

«  Qui  vos  voillent  mal  faire,  grever  ne  guerroier, 
«  Se  ne  puis  vostre  honte  et  vostre  anui  vengier 
«  Vostre  honor  vos  claim  quite,  mie  ne  vos  en  quier. 
—  Biaus  fiex,  »  ce  dist  li  rois,  «  laissiés  le  mane- 

1490  «  Car  armes  ares  vos,  qui  que  doie  anoier,  [chier, 
«  Et  vostre  compaingnon  en  seront  tout  plus  chier 
«  Qui  d'armes  se  vauront  pener  et  travellier.  » 
Par  toute  le  cité  font  crier  et  nonchier 
Que  cil  qui  vauront  armes  voisent  errant  baignier, 

1495  Et  puis  viennent  por  dras  au  maistre  cambreier, 
Car  li  rois  le  commande  qui  leur  fera  baillier;  (c) 
Puis  viengnent  par  matin  el  grant  palais  plenier, 
Illuec  recevront  armes  qui  en  aront  loier. 
Dieu  en  jure  Alixandre,  qui  tout  puet  justichier, 

1 500  Que  ja  n'i  aura  baing  fors  le  sause  el  gravier. 
Le  soir  d'une  grant  feste  s'i  sont  aie  plongier 
Et  lor  cors  eslaver  cil  bacelier  legier; 
En  le  mer  veïssiés  tant  bacelier  legier 
Joer,  noer,  treper  et  salir  et  dansier. 

1 50$  Moult  ot  le  nuit  grant  joie  par  le  cité  d'Alier. 

148J.  voes  a.  —  I499-IJ1Î-  Ces  vers  sont  l'équivalent,  sauf  la 
rime  qui  est  différente,  de  M.  i^,  ^i  à  14,  4.  —  1499.  uiure  A. 


174  ^ÏS.    BIBL.    IMP.    789. 

Dement[r]es  k'Alixandre  estoit  sor  le  gravier 
La  roïne  de  Grèce  fist  .x.  somiers  cargier 
De  rices  vestimens  qui  moult  sont  bon  et  chier  ; 
Droitement  à  le  rive  les  a  fait  envoiier 

1 510  Au  novel  roi  de  Grèce  qui  le  corage  ot  fier. 
Cil  qui  onkes  n'ama  traïtor  losengier 
A  fait  ses  compaingnons  avant  aparellier  ; 
Et  dist  que  li  plus  povre  soient  vestu  premier  ; 
S'ait  cascuns  bones  armes  et  bon  corant  destrier. 

1 5 1 5  Les  conrois  Alixandre  ne  puet  nus  esprisier; 
Toutes  ses  armeûres  ne  vos  sai  desrainier  : 
Ses  aubers  fu  ovreis  en  l'isle  de  Durier, 
Li  pan  sont  à  argent,  la  ventaille  à  ormier. 
Onques  de  sa  bonté  ne  vit  on  plus  legier. 

I  $20  Le  maile  ne  crient  lance  ne  trait  d'arbalestier, 
Le  cercle  de  son  elme  ne  peùst  eslegier 
Li  rois  de  Mateline  por  or  ne  por  denier. 
.XII.  pierres  i  ot  que  fols  ne  doit  baillier; 
Devant  le  nasel  ot  .1.  escarboncle  chier. 

1525  Ses  escus  à  sinople  et  ses  brans  fu  d'achier; 
Quatre  mois  et  demi  mist  Biles  au  forgier  ; 
Les  renges  sunt  de  paile  faites  à  escekier. 
Devant  lui  amenèrent  Bucifal  le  corsier, 
Alixandre  monta  par  son  estrier  d'ormier. 

1550  Là  veïssiés  grant  joie  à  l'issir  del  perrier. 
Et  furent  bien  .ccc.  tôt  novel  chevalier. 

1506.  C'est  ici  que  jS*)  rejoint  la  version  ordinaire  (M.  14,  6.). 
—  1511.  n'ama  onkes.—  1514.  corans,  —  1520.  criement.... 
arbast'.  —  IJ20-4.  Ces  vers  manquent  à  M.  mais  se  trouvent  dans 
tous  les  autres  mss.  -—  1522.  M.  ne  p.  —  î  527.  eskecier.  —  ijîo- 
M.  à.  grevier. 


MS.    BIBL.    IMP.    789.  175 

Cascuns  point  le  ceval  qui  le  vait  eslaissier. 

Rois  Phelipes  commande  le  quintaine  à  drecier; 

A  cel  jor  fu  costume,  si  ne  le  vaut  laissier. 
15^5  Durement  i  ferirent  li  novel  saudoier  : 

Li  auquant  se  déduisent  au  traire  et  au  lancier. 

Alixandre  le  voit,  ne  s'i  vaut  aprochier, 

Ja,  ce  dist,  sor  quintaine,  ne  s'ira  essaier, 

Ne  s'essaiera  ja  à  fossé  n'a  terrier, 
1 540  Ains  ferra,  se  Dieu  plaist,  sor  armé  chevalier. 

Quant  il  ont  behordé  si  sunt  aie  mengier. 

Là  peûssiés  veoir  tant  prince  et  tant  guerrier  ; 

De  la  terre  de  Gresse  i  furent  li  princhier. 

Cel  jor  i  ot  doné  qui  va[l]ut  maint  denier. 
1 54$  N'i  ot  bon  ménestrel  ne  fesist  son  mestier; 

Et  li  rois  si  les  fist  à  lor  talent  paiier, 

D*or  et  d'argent,  de  robes,  les  veïssiés  cargier. 

Ains  qu'il  lievent  des  tables  es  lor  .1.  messagier;  (d) 

Cil  conte  le  mesage  sans  dit  de  mençongier 

I  j  50   Ti  if  ouït  fu  riche  la  cors  el  palais  à  lambrus. 


M 


I  j  }4.  Manque  dans  M.  —  i  n?-  "lais  n.  s.  —  i  j  ^7-40.  Manquent 
dans  M.  —  iJjS-  sire.  —  n40-  fera.  —  1541.  bohordé.  —  1544- 
47.  Manquent  dans  M.  —  1547.  si  lors. 


THOMAS   DE    KENT 

TABLE  DES  RUBRIQUES 

D*APRÈS    LE    MS.    DE    DURHAM. 


Ceo  sont  les  chapeteres  d'Alixandre  le  Grant*. 

A.  Le  proloug.  (Fol.  7,  —  i  a)*. 
•ij.  La  descripcion  del  mond. 
.iij.  De  Nectanebus  roy  de  Libie.  ( —  i  b). 
.iiij.  Cornent  Nectanabus  s'enfuy  e  vint  en  Macedoigne. 

(Fol.  8,  —  I  c). 
.V.  De  la  royne  de  Macédoine, 
•vj.  Cornent  Alixandre  fut  engendré,  e  com  Nectanabus 

se  déguisa.  (Fol.  10  V,  —  2  c). 
.vij.  De  l'ostur  tramins  au  roy  Ph.  e  de  Tavision  au 

roy  Ph.  (F'ol.  11  v*,  —  2  d). 


I .  CttU  tabUy  ainsi  numérotée,  occupe  les  cinq  premiers  feuillets  du 
ms.  de  Durham.  Elle  n'existe  pas  dans  celui  de  Paris  oii  les  rubriques 
ne  sont  pas  numérotées.  La  concordance  avec  D.,  à  une  colonne  par 
page,  est  indiquée  par  recto  et  verso,  et  avec  P.,  par  colonnes  {a,  b, 
c,  d).  Le  chiffre  précédé  d'un  —  correspond  toujours  au  ms.  de  Paris. 
—  2.  P.  Ci  comence  le  prologe  en  la  geste  de  Alisandre. 

12 


lyS  THOMAS    DE    KENT. 

.viij.  Cornent  Nectanabus  se  mua  en  dragon  et  corne 

la  royne  ly  plaigna  la  teste  (Fol.  12,  —  3  a). 

.ix.  Cornent  Nectanabus  se  mua  en  egle,  et  de  la  fesant 

que  pont  l'oef  en  le  giron  le  roy,  singnifiant  la 

mort  Alix.  ( —  3  b). 

.X.  Coment  Alix,  nasqui  e  des  merveilles  qu'avindrent 

quant  il  nasquist.  (Fol.  13). 
.xj.  De  Bucifal  le  cheval  Alixandre  cum  il  manga  la 

gent.  (Fol.  14,  —  3^). 
.xij.  Coment  Alix,  occist  son  pier*. 
.xiij.  Coment  Alix,  fu  fet  chevalier.  (Fol.  1 5  v%  —  4  a). 
.xiiij,  Coment  Alix,  assegea  Elim,  e  com  le  roys  Alix, 
occist  le  ro  {sic)  Nicholas.  (Fol,  16,-4  b). 
.XV.  Coment  le  roy  Ph.  enchacea  Olimpias  e  esposa 

Cleopatram.  (Fol.  17,  —  ^  d). 
.xvj.  Coment  Alix,  présenta  au  roy  la  corone  Nicholas 
et  coment  Alix,  tua  Lisye  et  enchacea  Cleopa- 
tram. (Fol.  18  v%  —  5  b). 
.xvij.  Coment  Alix,  reconseilla  sa  mère  au  roy.  (Fol.  19 

V,  —  5  c). 
.xviij.  Des  messagers  de  la  cité  de  Mathona.  (Fol.  20, 

-Sd). 
.xix.  Des  messagers  Dayre  roy  de  Perse.  (Fol.  21  v% 

-Gb)\ 
.XX.  Cum  Pausanias  ravi  la  royne  et  cum  Ph.  l'occist. 

(Fol.  22  v%  —  6  c). 
.xxj.  De  la  mort  al  roy  Ph.  e  del   coronement  Alix. 

(Fol.  23,-6  d). 
.xxij.  Coment  Alix,  conquist  Lombardie.  (Fol.  24,  — 
lb)\ 

I.  p.  ajoute  :  e  coment  Nectanabus  reprist  Alixandre.  —  2.  P. 
ajoute  :  et  coment  Alixandre  escuta  les  messagers.  —  3 .  P.  ajoute  : 
et  coment  le  Romains  honnorerent  Alisandre. 


THOMAS   DE    KENT.  1 79 

.xxiij.  Cornent  Alisandre  aora  Tymage  Nectanabus  e  se 

fist  coroner  en  Tripolim.  ( —  7  c). 
.xxiiij.  Cornent  Alisandre  fonda  Alixandrie  en  Egipte  e 

Alixandrie  en  Surie.  (Fol.  25  v%  —  7  d). 
.XXV.  Cornent  le  roys  Alix,  assegea  la  cité  de  Tyre. 

(Fol.  26)*. 
.xxvj.  Cornent  ceaux  de  Tyr  pendirent  les  messagers 

Alix.  (Fol.  27). 
.xxvij.  De  les  aventures  qui  avindrent  al  assege  de  Tyre 

(Fol.  28,  —  8  a). 
.xxviij.  Cornent  la  gent  Alix,  alerent  forejer,  et  de  la  proy 

del  val  Josaphat  e  del  péril  ( —  8  b). 
.xxix.  Cornent  J'ost  de  Cadres  survint  à  la  gent  Alix. 

(Fol.  30,  —  Se)*. 
.XXX.  Cornent  les  forers  Alix,  quistrent  aïe.  (Fol.  51,- 

16^). 
.xxxj.  Cornent  Alix,  fist  soeurs  as  Gregeis,  et  cornent  il 

fut  abatu  de  Bucifal.  (Fol.  52,  —  \6  d). 
.xxxij.  Cornent  le  duc  Betiz  fu  rescus.  (Fol.  53,  —  17 

b)\ 
.xxxiij.  Cornent  le  duc  Betiz  se  mist  en  fuite,  et  cornent 

Alisandre  le  pursuy.  (Fol.  57,  —  20  a). 
.xxxiiij.  Cornent  Alix,  pursui  Gadifer  de  Larriz,  e  cornent 

Gadifer  abaty  Alisandre.  (Fol.  59  V,  —  21  a). 
.XXXV.  Cornent  Emenidus  occist  Gadifer  de  Larriz.  (Fol. 

62,  —  22  a). 
.xxxvj.  Cornent  le  duc  de  Naaman  survint  as  forers,  e 


I .  Cette  rubrique  et  la  suivante  manquent  dans  P.  par  suite  de  l'enlè- 
vement d'un  feuillet  entre  les  feuillets  7  et  S.  —  2.  Cette  rubrique  est 
dans  P.  suivie  de  celle-ci  :  Cornent  la  gent  Alisandre  se  combatirent  as 
Gadreins.  —  3.  P.  Cornent  le  duc  Betiz  e  Tholomeu  s'entrejusterent. 
Cornent  le  d.  B.  f.  r.;  rubrique  qui  est  répétée  à  la  colonne  sui- 
vante. 


l80  THOMAS    DE    KENT. 

cornent  Eumenidus  envoia  pur  soeurs  au  roy 

Alix.  (Fol.  64,  —  22  d), 
.xxxvij.  Cornent  Alix,  socurust  Emenidus  et  cornent  Eme- 

nidus  abaty  l'amirail  de  Sarcieis  (Fol.  66,-24  ^)- 
.xxxviij.  Cornent  Alix,  tua  le  duc  de  Naaman. 
.xxxix.  Cornent  le  duc  de  Cadres  s'en  fuy  (Fol.  68). 
.xl.  Cornent  le  duc  de  Tir  destruit  la  tour  Alix.  (  — 

26d)\ 

•xlj.  Cornent  Alix,  sul  [ajsailly  la  cité  de  Tire  e  occist 

le  duc  de  Tyre  (Fol.  71,  —  27  t/). 
.xlij.  Cornent  Alix,  assege  la  cité  d'Arayn  et  la  dona  à 

un  chevalier.  (Fol.  72  v%  —  28  b). 
.xliij.  Cornent  Alix,  assist  la  cité  de  Cadres.  (Fol.  74, 

—  29  a). 
.xliiij.  La  juste  entre  Alix,  e  le  duc  Ponton,  e  cornent 

Alisandre  fu  naffré.  (Fol.  75,  —  29  ^). 
.xlv.  Cornent  Alix,  occist  le  duc  Ponton,  e  cum  Betiz 

s'enfuy.  (Fol.  76,  —  30  <2). 
.xlvj.  Cornent  Alix,  occist  le  duc  Betiz  e  cornent  la  cité 

de  Cadres  fu  prise.  (Fol.  77,  —  30  d). 
•xlvij.  Des  messagers  le  roy  Dayre  od  le  respons  Alix., 

et  cornent  Dayre  se  conseilla  ové  ses  amis.  (Fol. 

78,-31^)- 
.xlviij.  Des  juaus-que  Dayre  envoia  à  Alix,  par  gabois. 

(Fol.  79,  —  3 1  c). 
.xlix.  Cornent  les  messagers  Dayre  returnerent  od  le 
mandement  Alixandre.  (Fol.  80). 
.1.  Le  mandement  Dayre  à  Alix.,  et  cornent  Alix. 

l'aprocha  (Fol.  81  v%  —  32  b). 
.Ij.  Cornent  Dayre  se  conseilla  à  sa  gent.  (Fol.  82,  — 
—  32  c). 

I.  Le  fol.  69  de  D.,  qui  correspond  à  cette  rubrique,  est  déchiré. 


THOMAS    DE    KENT.  l8l 

.lij.  Cy  comence  la  bataille  entre  Alix,  et  Dayre.  (Fol. 

84  V,-  33  c). 
.liij.  Cornent  Alix,  conforta  sa  gent. 
.liiij.  Cornent  Alisandre  vint  à  i'eschele  Daire  et  occist 

le  roy  de  Thessaille.  (Fol.  86,  —  34  a). 
•  Iv.  Cornent  Tholomeu  occist  Cirrin  le  cosin  Daire. 

(-  34  ^)- 
.Ivj.  Cornent  Dayre  s'enfuy  de  la   bataille,  e  cornent 

Alixandre  le  pursuy.  (Fol.  88,  —  3  5  a) '. 
•Ivij.  Cornent  la  cité  de  Thebes  fu  destruite.    (Fol.  9 

V,  —  36  b). 
•Iviij.  Cornent  Alix,  envoia  ses  messagers  à  Athènes. 

(Fol.  92  V',  —  36  c). 
•lix.  Cornent  Demostenes  fist  l'acord  as  Athéniens  e 

présenta  Alix.  un[e]  corone.  (Fol.  96,  —  37  </). 
.Ix.  Cornent  Alix,  prist  la  cité  deLacedemoyne.  (Fol. 

97  V,  —  38  b). 
.Ixj.  Cornent  le  roy  Dayre  restera  sa  bataille.  (Fol.  98, 

-  38  c). 
.Ixij.  Cornent  Alix,  se  mist  armé  en  l'ewe  de  Tygre 

(Fol.  100,  —  39  b). 
.Ixiij.  Cornent  Alix,  fist  prendre  Parmenion  Tacusor  son 

mire  (Fol.  101,  —  39  c)*. 
.Ixiiij.  La  seconde  bataille  contre  Dayre  roy  de  Perse 

(Fol.  104,  V,  —  41  a). 
.Ixv.  Cornent  Dayre  promist  guerdon  pur  occire  Alix. 

(Fol.  105,  V,  —  41  b). 

I.  Le  ms.  de  Paris  a  quelques  rubriques  de  plus  :  Cornent  le  rei 
Alisandre  les  morz  prea  ;  —  Cornent  prist  la  mère  Darie  e  sa  femme 
(fol.  35  b);  —  Cornent  Alix,  asega  la  cité  de  Thebe;  —  Cornent  les 
citeins  de  Thebe  se  deffendirent  (fol.  35  c);  —  Cornent  Alisandre 
oscist  le  athénien  (fol.  36  a).  —  2.  Rubrique  de  plus  dans  P.  :  La 
chevalerie  le  duc  Tholomeu  de  Saloine  le  duc  e  Archelaû  frère  Darie 
(fol.  40  a). 


l82  THOMAS    DE    KENT. 

.Ixvj.  Cornent  Alix,  se  mist  en  la  curt  le  roy  Dayre. 

(Fol.  109,  —  42  c)\ 
.Ixvij.  Cornent  Alix,  occist  le  persant  et  s'enfuy  de  la 

curt  Daire.  (Fol.  1 10  V,  —  42  d). 
.Ixviij.  Cornent  Dayre  ordina  sa  tierce  bataille  contre 

Alixandre.  (Fol.  m  v*,  — 43  a)^. 
.Ixix.  Le  mandement  que    Daire   envoia   à  Alixandre. 

(Fol.  113,  —  43  cj'. 
.Ixx.  Coment  les  deus  serganz  tuèrent  Dayre  le  roy. 

(Fol.  114  V,  —  44  a). 
.Ixxj.  Coment  Alixandre  fit  enbasmer  e  enterrer  le  roy 

Daire.  (Fol.  115  V,  —  44  b). 
.Ixxij.  Coment  Alixandre  vint  à  Jérusalem  et  la  cause 

del  desport  qu'il  fist  à  le  Jewes  (Fol.   116  v")  \ 
.Ixxiij.  La  conclusion  del  livere  Alix.   (Fol.     119,    — 

44  d)  ^ 

.Ixxiiij.  Des  messagers  le  roy  Porre  de  Inde  majur,  et 

cornent  le  roys  Alix,  conseilla  sa  gent.  ( —  4^  a). 

.Ixxv.  Comment  Alix,  entra  primes  en  Inde  majur.  (Fol. 

123,  -  46c)«. 


I .  En  plus  dans  P.  :  Coment  un  chevaler  Darie  s'arma  des  armes 
un  griu  e  déguise  (/.  déguisa?).  —  Coment  le  chevaler  au  dos 
feri  Alisandre  (fol.  41  b).  —  Coment  le  traître  persant  fut  pris.  — 
Coment  le  reis  Alisandre  delivera  son  traître  (fol.  41  d).  —  2.  En 
plus  dans  P.  :  Coment  le  rei  Darie  s'en  fui  &  coment  les  Persanz 
furent  desconfiz  (fol.  43  c).  —  3.  P.  ajoute  :  Coment  le  rei  Alisandre 
s'enorguillist  contre  Darie.  —  4.  Cette  rubrique  manque  dans  P.  En 
revanche  on  y  trouve  celle-ci  :  Coment  les  murdrissors  Darie  se  mos- 
tre[re]nt  à  Alisandre,  et  coment  les  fist  prendre.  A  comparer  les 
numéros  des  feuillets  dans  l'un  et  l'autre  ms.  il  paraît  qu'il  y  a  quel- 
que chose  de  plus  dans  D.;  et  en  effet,  il  n'est  nullement  question 
des  Juifs  à  cet  endroit  dans  P  (/.  44  c).  —  5.  Dans  D.  le  feuillet 
119  et  les  deux  suivants  sont  arrachés.  —  6.  En  plus  dans  P.  : 
Coment  Alisandre  lougga  son  ost  près  de  Fascen  (fol.  46  c).  —  De 
l'armure  le  rei  Alisandre  (fol.  46  d).  —  Coment  le  deus  ostz  ferirent 
ensemble  (ibid.). 


THOMAS    DE    KENT.  l8j 

•Ixxvj.  Cornent  Alix,  ensevely  BucifaI  et  fonda  une  cité 

BucifaI  Alix.  (Fol.  125,  V,  —  47  b). 
.Ixxvij.  Des  levreres  présentez  au  roy  Alix.  (Fol.  126,— 

47  0- 
.Ixxviij.  La  seconde  bataille  entre  Alix .   et  Porre.   (Fol. 

127,  —  48  a). 
•  Ixxix.  Cornent  Alix,  prist  Faacen  la  cité  e  del  nobley*. 
.  Ixxx.  Des  .  m .  vileins  qui  encontrerent  Alix . ,  et  cornent 

Alix,  entra  en  les  desers  de  Inde.  (Fol.    129 

V,  —  49^). 
.Ixxxj.  Cornent  Alix,  passa  les  portes  deChaspe  en  Inde 

(Fol.   130,  V,  —  49  c). 
.Ixxxij.  Cornent  Alix,  fist  armer  sa  gent  en  désert.  (Fol. 

131  V,  —  49^). 
.Ixxxiij.  L'estorie  de  Jérôme  et  de  Solin.  (Fol.   132  v",  — 

.Ixxxiiij.  De  genz  de  grant  âge  en  Inde.  (Fol.   133,  —  jo 

b). 
.Ixxxv.  De  Gangarides  l'idle  e  de  son  poeple.  (—  50  c). 
.Ixxxvj.  De  Polibatre  e  de  son  poeple. 
.Ixxxvij.  Del  mont  Malens  le  plus  haut  del   mond.  (Fol. 

(«34,  -  Sod). 
.Ixxxviij.  Candea  où  femmes  sulement  régnent.  (Fol.  134). 
.Ixxxix.  Des  genz  qe  vivent  de  veneison  et  de  pesson.  (— 

.Ixxxx.  De  la  gent  porcine  qe  vit  de  glan. 
.Ixxxxj.  De  ceaux  qui  tuent  lur  parenz  en  âge. 
.Ixxxxij.  De  ceaux  qui  morent  en  sauvagine  ( —  51  b). 
.Ixxxxiij.  De  la  gent  moite  chiens  et  moite  homes. 
.Ixxxxiiij.  Des  genz  à  un  pié  qui  se  coverent  de  tuit. 
.Ixxxxv.  Des  genz  qe  vivent  de  l'odur  d'un  pome. 

1.  P.  La   noblei  del  palais  au  rei  Porre  en  Faacen. 


184  THOMAS    DE    KENT. 

.  Ixxxxvj.  Des  genz  qe  noblement  se  vestent  e  passent.  (—  5 1 

c). 
Jxxxxvij.  Des  genz  que  saillent  sur  les  olifanz.  (Fol.   135). 
.Ixxxxviij.  Des  femmes  qe  enfantent  à  cinc  anz. 
.Ixxxxix.  Des  genz  astronomiens  estanz  sur  un  pié.   ( —  51 
d). 
.c.  Des  femmes  que  n'enfantent  fors  un  foiz. 
.cj.  Des  genz  chanuz  en  juvente  e  noirs  en  viellesce. 
.cij.  Des  genz  arblasters  od  un  oil  entre  les  espaules. 
•  ciij.  De  l'ewe  apporté  à  Alix,  e  qu'il  reversa.  ( —  52  a). 
.ciiij.  De  l'ewe  amere  que  Alix,   defendy  as  chevaliers. 

(Fol.   136,  —  52  b). 
.cv.  Del  chastel  qe  Alix,   trova  sur  le  rocher.  (Fol. 

137  V,  —  52  ^). 
.cvj.  Coment  les  ypotamis    dévorèrent  les  chevaliers 

Alix.  (Fol.   138,  —  53  a). 
.cvij.  Coment  le  pecherus  demostrerent  l'ewe  duce  à 

Alix.  (-  53  b). 
.cviij.  Coment  Alix,   tendy  ses  pavillons  entour  l'ewe. 

(Fol.   139,  -  53  c). 
.  cix.  Coment  les  chevaliers  se  combatirent  as  serpentz. 

(-  53  d). 
.ex.  Coment  le  levrer  estrangla  le  lion. 
.cxj.  Coment  le  levrer  estrangla  l'olifant.  (—  54  a). 
.cxij.  Des  dragons  qui  [asjsaillent  l'ost. 
.cxiij.  Des  serpenz  as  deus  chefs.  (Fol.   140,—  54  b). 
.cxiiij.  Des  canceres  à  deus  piez. 
.cxv.  De  la  bataille  as  blans  lions.  (—  54  c). 
.cxvj.  De  la  bataille  as  tygres.  (Fol.   141). 
.cxvij.  De  la  bataille  as  chausoriz.  (—  54  ^). 
.  cxviij.  Del  monstre  qe  est  apellé  dentirant  * . 

I .  P.  dent  tyrant. 


THOMAS    DE    KENT.  185 

.cxix.  Des  granz  soriz  corn  gopils. 
.cxx.  Des  sercées*  qui  dévorent  les  soriz.  (—  5^  a). 
.cxxj.  Cornent  Alix,  fist  prendre  les  guiors. 
.cxxij.  Cornent  Alix,    forma  chastel  sur  Baudor.  (Fol. 

142,  —  55  b). 
.cxxiij.  Cornent  la  gent  Alix,  et  Porre  sovent  justerent. 

(-  no*, 
.cxxiiij.  Cornent  Alix,  se  feint  message  à  Porre.  (Fol.  143, 

-  S^)- 
.cxxv.  ComentAlix.  et  Porrus  s'entrecombatirent.  (Fol . 

144  V, —  56  ^). 
.cxxvj.  Cornent  Porrus  se  rendi  à  Alix.  ( —  ^6  c). 
.cxxvij.  Coment  Alix,  rendi  Porrus  tote  sa  terre, 
.cxxviij.  Des  ymages  Hercules  et  son  pier'.  (Fol.  145  v*, 

.cxxix.  Del  veillard  qui  aresona  Alix.  (Fol.  146,  —  S^)- 

.cxxx.  Des  genz  de  l'idle  de  Trabotane.  (—  57  b). 

.cxxxj.  Des  trésors  gardez  par  dragons, 

.cxxxij.  Del  port  que  l'en  apele  Ypirus  où  Liberie  ariva. 

(—  S7  û). 

.cxxxiij.  ComentAlix.  ariva  en  Tabrotane.  (Fol.   147). 

.cxxxiiij.  Des  griffons  qui  gardent  les  trésors.  ( —  58  a). 

.cxxxv.  De  paradis  terrestre,  où  est  assis.  (Fol.   148). 

.cxxxvj.  Coment  Alisandre  resceut  treuage  de  paradis  ter- 
restre*. 

.cxxxvij.  Coment  Alixandresconquist  les  Indiens.  (Fol.  149 

v%  -  s8  è). 
.cxxxviij.  Coment  l'angle  demostra  par  avision  une  herbe. 
(Fol.  150,  —  58  c). 

.cxxxix.  Des  bestes  qui  sunt  apellé  centaures.  (—  58  d). 


1.  p.  fersees.  —  2.  P.  se  entrejustcrent.  —  j.  P.  père. 
Manque  dans  P. 


l86  THOMAS    DE    KENT. 

.cxl.  De  la  beste  hidus  à  deus  testes.  (Fol.   k^i). 
.cxli.  Cornent  Alix,  conquist  e  occist  les  olifanz.  (—  59 

.cxlij.  Des  homes  et  des  femmes  qui  vivent  de  pesson. 

.cxliij.  Des  longes  anguilles  de  Ganges  le  flume.  ( —  59  c). 
.cxliiij.  De  la  tempeste  qui  survint  à  Alix.  (Fol.   152;. 
.cxlv.  Cornent  Alix,  sailly  sul  en  la  cité.  (Fol.   153,  — 

60  a). 
.cxlvj.  Des  genz  à  un  pié  dont  ils  se  covrent.  (Fol.  1  ^, 

—  60  b). 
.cxlvij.  Del  messager  à  un  pié  qui  vint  à  Alix.  ( — 60  d). 
•  cxiviij.  De  Gog  et  Magog  qui  mangèrent  la  gent.  (Fol. 

.cxlix.  Des  genz  que  toz  jors  vivent  en  la  mère.  ( —  61  a). 
.cl.  Des  genz  que  mangent  taupes  et  soriz. 
.clj.  Des  bons  feveres  et  bons  guerreors. 

•  clij.  Des  Turcs  que  mangent  genz  et  chiens.  ( — 61  b). 
.cliij.  Des  mustres  qui  coutivent  Saturne.  (Fol.  156). 

.cliiij.  Des  genz  que  mangent  suz  la  mère*.  ( —  61  c). 

•  clv.  Des  genz  forgeors  d'armes  que  sunt  apellez  Nains. 

(—  61  d). 
.clvj.  Des  Rifaires  e  de  lur  nobley.  (Fol.   1 57). 
.clvj  bis.  Coment  Alix,  meust  son  ost.  ( —  62  a). 
.clvij.  Coment  Alix,  entra  en  Taragonce*.  {62  b). 
.civiij.  Coment  la  royne  de  Sichie  vint  à  Alix, 
.dix.  De  deus  roynes  de  Amazoine.   (Fol.   158,  —  62 

c). 
.clx.  Coment  ceaux  de  Tragonce '  se  défendirent.  (Fol. 
159,  —  62  d). 


I.  Corr.  d'après  P.  :  ke  nagent  sus  la  mer.  —  2.  P.  e.  en  terre 
Ouverte.  —  3.  P.  de  terra  coverte. 


THOMAS   DE    KENT.  I 87 

•  clxj.  Des  destratz  de  Margas  et  l'assaut.  (—  65  a). 
.cixij.  Cornent  Alix,  se  combatien  mère.  (Fol.  160, — 

63  b). 
.cixiij.  Cornent  Alix,  enchacea  Goget  Magog.  ( — 63  c). 
.cixiiij.  Cornent  Alix,  assegea  Gog  et  Magog. 
.clxv.  Cornent  Alix,  vesqui  suz  les  ewes.  (Fol.   161  v°, 

—  64  û). 
.clxvj.  Des  nefs  qui  sunt  apellez  coliphas.  ( —  64  b). 
.dxvij.  Cornent  Alix,   encerchea  la  nature  des  pessons. 

(64  c). 
.dxviij.  Cornent  Alix,  aresona  son  host.    (Fol.    163,  — 
64^). 
.cixix.  Cornent  Alix,  sacrifia  contre  Gog  et  Magog. 
.clxx.  Cornent  Dieu  aprist  enclore  Gog  et  Magog.  {6^  a). 
.clxxj.  Des  columpnes  que  Alix,  fist  en  la  mer(e).  (Fol. 

164,  —  65  b). 
.clxxij.  Des  batailles  Alix,  as  portes  Caspias.  (—65  c). 
.clxxiij.  Cornent  Alix,  s'en  ala  de  Griffeines.  (Fol.  165). 
•clxxiiij.  Des  quatre  monz  les  plus  haus  du  mond.  ( —  65  d). 
.clxxv.  Des  monz  d'Arménie  et  l'arche  Noée.  ( —  66  a). 
.clxxvj.  Cornent  Alix,  entra  en  Ethiope.  (Fol.  166,  — 

66  b). 
.clxxvij.  De  la  fontaine  chaude  de  nuit  et  freide  de  jur. 

(-  66  c). 
.clxxviij.  Des  mastiens  qui  conussent  lur  mères. 
.clxxix.  Des  serboles  od  longe  forchure  (Fol.    167,  — 

66  d). 
.clxxx.  Des  genz  que  font  d'un  chien  lur  roy. 
.dxxxj.  Des  genz  à  quatre  oilz,  bons  archers  maritimos. 
.clxxxij.  Des  agriofagos  qui  vivent  des  lions  et  des  panteres 

(-  67  a). 
.clxxxiij.  De  arcabatistes  od  quatre  pez. 
.clxxxiiij.  De  cinomologrins  come  mastins. 


l88  THOMAS    PC    KENT. 

•clxxxv.  Des  genz  qui  vivent  d'olifant  qui  sunt  azachey. 

.clxxxvj.  Cornent  les  Macrobins  se  contenent.  (^  67  b). 
.clxxxvij.  Des  mostres  en  Ethiope  sanz  nées, 
.clxxxviij.  Des  mostres  sans  bouche  et  sanz  niées  tôt  veluz. 
.clxxxix.  De  deserz  vers  Arabie  plein  de  mustres.  (Fol.  168, 

-  67  c). 

.clxxxx.  De  Saba  la  cité  dont  Sibile  fu  royne. 

.clxxxxj.  Des  .iij.  rois  qui  offrirent  dons  alfizseint  Marie. 

.clxxxxij.  Del  mont  ke  toz  jors  art.  ( —  67  d). 
•  clxxxxiij.  Des  bestes  del  règne  que  sunt  apellez  dragons, 
.clxxxxiiij.  De  la  beste  qu'est  apellé  Zephus.  ( —  68  a). 

.clxxxxv.  De  la  beste  qu'est  apellé  Rinoceros. 
.clxxxxvj.  De  la  beste  que  est  apellé  Monoceros. 
.clxxxxvij.  De  la  beste  que  est  apellé  Catoplepa.  (Fol.  169, 

—  68  b). 

.clxxxxviij.  Des  formies  que  portent  le  pères  preciouses. 
.clxxxxix.  Des  genz  que  vivent  toz  jors  en  ewe*. 

.ce.  Des  delphins  e  cocatriz  qui  portent  la  gent.  ( —  68 

c.) 
.ccj.  Del  cocatriz  e  de  sa  nature, 
.ccij.  De  la  bataille  entre  les  delphins  et  les  cocatriz. 

(—  68  d)\ 
.cciij.  Des  respons  que  Alix,  oye  al  mont  ardant  (Fol. 

170,  —  69  û). 

.cciiij.  Coment  Alix,   e  Porrus  repeirrerent  en  Inde.  ( — 

69^). 
.ccv.  Des    messagers    la    royne    Candace    e    de    ses 

juels'. 
.ccvj.  Des  messagers  que  Candace  envoia  à  Alix.  (Fol. 

171,  —  69  c). 

I.  p.  en  ewe  od  lur  parente.  —  2.  P.  ajoute  :  Del  mont  ardant 
ke  donc  respons  de  prophète.  —  3.  P.  ajoute:  De  Candace  la  reine 
de  E[t]hiopie. 


THOMAS    DE    KENT.  1 89 

.ccvij.  Cornent  le  peintur  contrefet  l'y  mage  Alix.  (Fol. 

172,  —  69  d). 
.ccviij.  Des  deus  viieins  que  Alix,  aresona.  (—  70  a). 
.ccix.  Cornent  les  viieins  destristrent  les  arbres.   (Fol. 

173,-706). 
.ccx.  Cornent  Alix,  comanda  à  batre  les  viieins. 
.ccxj.  Cornent  Alix,  erra  vers  les  arbres.  ( —  70  c). 
.ccxij.  De  la  beauté  [del  liu]  où  les  arbres  furent.  ( —  70 

d). 
.ccxiij.  De  l'ecervesque  qui  garda  les  arbres, 
.ccxiiij.  Cornent  Alix,  s'aparilla  vers  les  arbres.  (—  71  a). 
.ccxv.  De  la  cloisture  entur  les  abres  seintez.  (Fol.  174). 
.ccxvj.  Cornent  l'ercevesqe  mena  Alix,  as  arbres.  (—  71 

b). 
.ccxvij.  Cornent  Alix,  aora  l'arbre  du  soleil, 
.ccxviij.  Cornent  la  clarté  du  soleil  descendy  sur  l'arbre, 
.ccxix.  Coment  Alir.  forma  sa  peticion.  (Fol.  5,-71 

c). 
.ccxx.  Coment  l'arbre  divina  la  mort  Alix. 

Hic  incipiunt  lamentûtiones  et  tristicic  * . 
.ccxxj.  Coment  la  gent  Alix,  furent  en  plurs.  ( —  71  d). 
.ccxxij.  Coment  Alix,  coveri  sa  dolur. 
.ccxxiij.  Coment  Alix,  vint  à  l'arbre  de  la  lune.  (—yia). 
.ccxxiiij.  Coment  l'arbre  de  la  lune  respondy  à  Alix. 
.ccxxv.  Coment  le  prestre  mena  Alix  *.  (—  72  b). 
.ccxxvj.  Coment  Alix,  conforta  sa  gent. 
.ccxxvij.  Coment  Alix,  defendy  sa  gent.  (—72  c). 
.ccxxviij.  Coment  Alix,  repaira  à  Phaacen. 
•ccxxix.  De  la  bataille  des  dragons.  (—  72  d). 
.ccxxx.  Des  genz  touz  nuz  que  sunt  apellez  Serres. 

I.  Cette  rubrique  latine  manque  dans  P.  Dans  D.,  plusieurs  feuil- 
lets ont  èti  enlevés  à  partir  de  cet  endroit.  —  2.  P.  le  esveske  reme- 
nad  Alisandre. 


190  THOMAS    DE    KENT. 

.ccxxxj.  Des  bons  overors  de  draps  de  soie.  ( —  75  a). 
.ccxxxij.  Del  pople  qu'est  apellés  Serres  et  de  lur  dreiture. 

(-  73  b)' 
.ccxxxiij.  Cornent  les  Serres  guierent  Alix.  (Fol.  175). 
.ccxxxiiij.  Des  porcs  sauvages  e  autres  mostres.  (—  73  c). 

.ccxxxv.  Cornent  les  bestes  occistrent  la  gent  Alix. 

.ccxxxvj.  Cornent  Alix,  ferma  un  chastel.  ( —  75  d). 

.ccxxxvij.  Cornent  Alix,  manda  son  host. 

.ccxxxviij.  Cornent  l'ost  Alix,  se  mist  vers  lui.  (Fol.  176,  — 

74^)- 
.ccxxxix.  Cornent  Alix,  vint  contre  son  host. 

.ccxl.  Cornent  roy  Porre  aresona  ses  conseillers.  ( —  74 

b). 
.ccxlj.  Cornent  les  messagers  Porre  défièrent  Alix. 
.ccxlij.  Cornent  Alix,    resceut  le  defiement  Porre.  (Fol. 

'77, —  74  c)  • 
.ccxliij.  Coment  Alix,  conseilla  sa  gent  sur  le  defiement. 

^-74^)- 
.ccxliiij.  Coment  Porrus  dota  la  bataille  singuler. 
•ccxlv.  Coment  la  bataille  fu  grant  entre  les  deus  roys. 

(Fol.   I78)^ 
.ccxlvj.  Coment  Alix,  purprist  la  praierie, 
.ccxlvij.  Coment  Alix,  s'a  aparaille  (sic)  à  la  bataille, 
.ccxlviij.  De  la  bataille  entre  les  deus  roys.  ( —  75  c). 
.ccxlix.  Coment  Alix,  occist  le  roy  Porre.  (Fol.   179). 
.ccl.  Coment  les  Indiens  firent  homage  à  Alix .  ( —  T^d). 
.cclj.  De!  fiz  la  royne  Candace,  coment  vint  querre  aïe. 

(—  76  a). 
.cclij.  Coment  Tholomeus  porta  le  message  Candeule. 
(Fol.   180). 

I.  Cette  rubrique  et  les  deux  suivantes  n'ont  pas  été  écrites  dans 
P.,  bien  que  les  miniatures  qu'elles  doivent  accompagner  aient  été 
faites. 


THOMAS    DE    KENT.  I9I 

.ccliij.  Cornent  Alix,  se  déguisa.  ( —  76  b). 
.ccliiij.  Cornent  Alix,  se  fist  apeller  Antigonon.  ( —  76  c). 
.cclv.  Cornent   Alix,    ala  en  la  compaignie  Candeule. 

(Fol.   181). 
.cdvj.  Cornent  Alix,  conquist  la  femme  Candeule.  (—  76 

d). 
.ccivij.  Cornent  Candeule  conduist  Alix,  à  sa  mère.  (—  77 

a). 
.cciviij.  Cornent  Alix,  torna  son  nom  cum  messager, 
.cclix.  De  ceo  qe  amant  est  avougle  en  sey.  (Fol.    182, 

-  77  ^). 
.cdx.  Coment  Alix,  salue  la  royne  Candace.  ( — 77  c). 

.cclxj.  Coment  Candeules  aresona  sa  mère. 

.cclxij.  Coment  Candace mostra  à  Alix,  ses  trésors.  (Fol. 

•83,-77^'. 
.ccixiij.  Coment  Candace  mostra  à  Alix,  sa  ymage. 
.cclxiiij.  La  desputeison  entre  Alix,  et  Candace.  (—  78  a). 
.cclxv.  Coment  Alix,  purjust  (sic)  la  royne  Candace.  (Fol. 

184,  -78^). 
.cclxvj.  Cornent  Caregarus  le  fiz  Candace  volt  occire  Alix. 

et  venger  la  mort  Porre.  ( —  78  c). 
.cclxvij.  Coment  dame  Candace  defendy  Alix.  (Fol.   185, 

-78^)- 
.cclxviij.  Coment  Candace  conforta  Alix. 

.ccixix.  Coment  Candace  honora  Alix,   al  départir.  ( — 

79  j). 

.clxx.  De  Babiloine  la  grant  e  de  la  tour  Babel. 

.cdxxj.  Coment  Babiloyne  est  assisfe]  entre  deus  ewes. 

(-79^)*- 
.cclxxij.  Coment  Alix,  vint  à  Babiloyne.  (Fol.  187). 


I.  Le  fol.  186  de  D.,  qui  commençait  au  6*  vers  après  cette  rubri- 
que, est  arraché. 


192 

.cclxxiij. 

.cclxxiiij. 

.cclxxv. 
.cclxxvj. 

.cclxxvij. 

.cclxxviij. 

.cclxxix, 
.cclxxx. 

.cclxxxj. 

.cdxxxij. 
.cclxxxiij. 
.cclxxxiiij. 

.cclxxxv. 

.cclxxxvj. 
.cclxxxvij, 
.cclxxxviij. 

.cclxxxix. 

.cclxxxx. 

.cclxxxxj. 

.cclxxxxij. 

.cclxxxxiij. 


THOMAS    DE    KENT. 

Cornent  Alix,    fu  garni  de  sa   mort  par  sa  mère. 

(-79C). 
Cornent  Antipater  appareilla  la  poyson. 
Cy  comencent  les  regrez  Alix.  (Fol.   188)  *. 
Coment  les  Macedonie[n]s  élurent  Perdicas  à  sen- 

gnur.  (Fol.  189  v%  —  80  c). 
Coment  Alix,    dona  sa  feme  à  Perdicas.   (Fol. 

191,  —  80  d). 
Coment  Alix,  dona  Egypte  à  Tholomé  ové  Cleo- 

patra.  (—  81  a). 
Coment  Alix,  dona  Perse  à  Cliton.  (—81  b). 
Coment  Alix,  dona  Nubie  à  Emenidus.  (Fol.  192, 

—  81  c). 
Coment  Alix,  dona  Inde  à  Ariste.  (81  d). 
Coment  Alix,  dona  Surie  à  Antioche. 

dona  Cesarie  à  Philote.  (82  a). 

dona  Esclavonie  à  Licanor. 

dona  Melite  à  Caulus.  (Fol.   193, 


Coment  Alix 
Coment  Alix 
Coment  Alix 

-  82  b). 
Coment  Alix 
Coment  Alix 
Coment  Alix 

—  82  d). 

Coment  Alix,  dona  Hermine  à  Paul. 
Coment  Alix,  corona  les  doze  pères,  ( —  83  a). 
La  compleint  Alisandre. 
Coment  Alix,  se  lessa  morir.  (Fol.   195). 
Coment  les  poples  sortirent  pur  le  corps  Alix. 
(-86  c)'. 


dona  Aufriqueà  Liome*.  ( —  82  c). 

dona  Grèce  à  Antigonon. 

dona  Cartageà  Arides,  (Fol.  194, 


I.  Au  lieu  de  cette  rubrique,  P.  (80  b)  :  De  la  feste  ke  [dona]  rei 
Alisandre  e  de  la  poison.  —  2.  P.  Lionne.  —  }.  Après  cette  rubrique 
P.  ajoute  celle-ci  :  Si  estriva  le  poeples  pur  le  cors  Alix. 


THOMAS   DE   KENT.  I9) 

.cclxxxxiiij.  Cornent  les  deus  ordinerent  la  sépulture  Alix. 

i-SOd). 
.cclxxxxv.  Cornent  les  philosophes  parlèrent  du  roy   Alix. 

(Fol.   196)*. 
.cclxxxxvj.  Del  doel  desur  la  tombe  Alix.  (—  87  a)*. 
.cclxxxxvij.  Cornent  Aristolie  regreta  la  mort  Alix.  (—  84 

d)\ 

1 .  Cette  rubrique  manque  dans  P.  —  2.  Les  fol.  198-201  de  D., 
qui  contenaient  cette  rubrique  et  la  suivante,  sont  presque  entièrement 
détruits.  —  J.  Manque  dans  P. 


$ 


Ȕ 


THOMAS    DE    KENT 

EXTRAITS, 
d'après  le  ms.   de  paris. 


Ci  comence  le  prologe  en  la  geste  de  Alisandre. 

lult  par  est  icest(e)  siècle  dolenz  e 

perilleus, 
^Fors  à  icels  qui  servent  le  hault  rei 
glofius 

Qui  por  nus  délivra  le  seon  sanc  precius  ; 
Si  cum  mestier  nus  est  eiet  mercit  de  nus  ! 
5  Car  vie  de  homme  est  brève  &  icest(e)  mund(e)  la- 
Decevables  à  tuz  e  à  mulz  enuius.  [borus, 

Nequident  n'ad  el  siècle  si  bosoingnus 
Qe  alcun  délit  n'i  ait  itant  meseùrus. 


Remarque.  Lu  leçons  qui  ne  sont  pas  précédées  de  la  lettre  D. 
appartiennent  au  ms.  de  Paris.  —  Les  mots  ou  lettres  ajoutés  pour  le 
sens  ou  la  mesure  sont  entre  [];  ce  cjui  est  à  supprimer  est  entre  (  ). 

5.  D.  e  le  mond  labrus;  corr.  e  cist  mond  laborus?  —  7.  D.  nul 
si  b.;  corr.  [home]  si  b.?  —  8.  D.  si  trop  n'est  m. 


196  THOMAS    DE    KENT. 

Mult   (par)  poet  estre  dolent  al  jugement  irus, 

1 0  Al  jur  que  tant  avéra  tristes  e  poûr[u]s 

Q[  pur  sa  char  norir  est  en  (i)cest  mund  penus; 
A  ceo  que  homme  entent  est  sis  quo[r]s  desirus. 
Un  déduit  ai  choisi  qi  mult  est  delitus, 
As  tristes  [D.  est]  confort  e  joie  as  dolerus 

1 5  E  assuagement  as  mais  des  amerus. 
Déliter  s'i  poent  homme  ben  chevalerus 
E  tuit  ceo  qi  de  romanz  sunt  coveitus. 
A  Fenviouse  gent  sunt  li  bon  vers  custus, 
Car  joie  e  enveisure  est  doel  as  envious. 

20  Le  mal  le  tient  al  quor,  dunt  vient  le  dit  custus; 
Altrement  creveroit  car  tut  est  venimus. 
Si  nul  d'els  me  reprent,  seigneurs,  tant  di  à  vous 
L'urne  mesprent  sovent  en  outre  mal  grevus. 
Mult  par  serreit  li  homme  en  ses  fez  eûrus 

25  Si  à  la  fiée  n'est  repris  des  envious. 
Ore  poet  qui  voelt  oïr  un  vers  merveillus 
D'Alixandre  le  rei,  de  Darie  l'orguillus, 
Qi  Babiloine  prist  e  sis  uncles  Cyrrus. 
Alixandre  conquist  itanz  isles  hidus, 

^o  Ynde  &  Ethiope,  les  règnes  plentivus, 
Par  force  de  bataille  en  maint  estur  dotus, 
Cum  l'estorie  dirrat,  fort  fu  et  vig[o]rous, 
Hardi  e  conquérant  [D.  sages]  e  enginnus. 


15.  £).  al  m.  as  a.  —  16.  D.  D.  se  put  ben  home  ch.  —  17.  £>. 
E.  t.  cil  q.  de  r.  s.;  corr.  E.  t.  [i]cil  q.  s.  —  18.  D.  b.  fet  c.  — 
22.  seignerus  t.  —  23.  D.  en  ovre  meins  g.  —  26.  D.  Ore  put  q.  v. 
0.  V.  m.;  corr.  Ore  p.  q.  [ceo]  v.  0.  v.  m.?  —  28,  Manque  dans  D. 
—  29.  D.  Cil  qui  c.  t.  règnes  e.  t.  i.  h.  —  }2.  Manque  dans  D. 


THOMAS   DE    KENT.  I97 

Li  sage  homme  a[n]cien  mesurèrent  le  mounde,  (/?) 
, ,         Cum  le  firmament  turne  e  [D.  cum]  la  terre 

[est  rounde; 

En  treis  la  départirent  sanz  compas,  sanz  espounde . 

L'une  partie  est  Asye,  Affrike  la  secunde  ; 

Europe  est  la  tierz,  de  toz  biens  est  fecunde. 

Doze  signes  ad  el  ciel  dont  clarté  nus  habunde, 
40  [D.  Le  curs  des  esteilles,  cum  la  mer  est  parfonde; 

Des  doze  mois  parlèrent  e  del  vent  que  rebonde,] 

E  de  marz  e  d'avril  e  de  mai  le  plus  munde. 

De  jung  e  de  jungnet  où  Virgo  se  vergonde. 

De  aoust  e  de  septembre  [D.  que  sa  veigne  féconde, 
45  De  octobre  e  de  novembre,]  décembre  od  la  fonde, 

De  Genver  e  de  Fevrer,  de  quareme  od  l'onde. 

Qi^de  cest  plus  querra  querge  que  l'en  responde. 

De  Nectanabus  le  rei  de  Lydie.  [Val.  1-3] 


D, 


'iceste  chose  esprover  furent  plusor  baron. 

Le  plus  sage  de  tuz  Nectanabus  od  noun, 
^o  Q[  le  curs  as  planètes  esprova  par  raison. 
Tut  li  quarte  élément  lui  furent  à  bandon, 
Quant  altre  rei  conquist  à  force  d'esperon 
Dunt  se  combateit  cist  par  estellacion  ; 
Ne  voulet  guerreier  se  par  artimage  non. 


J9.  D.  omet  ad.  —  45 .  Bien  que  le  second  hémistiche  de  ce  vers  soit 
semblable  dans  P.  et  D.  il  faut  sans  doute  rétablir  [de]  avant  Décembre. 
—  46.  D.  de  aquarie  od  l'o.  —  Rubrique.  D.  Libye.  —  48.  D.  Del 
mond  e.  surent;  corr.  d'icest  mond  e.?  —  jo,  planetet.  —  51. 
quarte,  sic  P.  D.  —  $4.  P.  Qe  v.;  D.  sanz  artimage  n. 


198  THOMAS   DE    KENT. 

5  5  S'alcons  reis  se  presist  [D.  en]verssa  région, 

Lores  s'alast  cocher  segur  en  sa  maison, 

Ewe  en  un  bacin  presist  ou  en  pocion, 

E  de  sire  feïst  une  conjunccion 

Et  en  semblant  de  ceus,  par  machinacion  ; 
60  L'une  sembla[s]t  à  lui,  l'autre  à  son  compaignon; 

En  checun  escrivoit  dune  son  propre  non, 

Combatre  les  fesoit  par  simulacion  ; 

Ja  tant  ne  venissent  en  chalam  n'en  dromun 

Par  engin  nés  tornast  touz  en  destruccion. 
65  Issiouttut  dis  pes  dès  qu'ai  tens  Phelippon. 

Avint  que  .xxx.  reis,. tut  en  un[e]  saison, 

Se  pristrent  contre  [lui]  por  iceste  acheison  ; 

Sa  mort  eurent  juré  par  mult  grant  traïson  ; 

Out  aveient  mandé  par  meinte  nation. 
70  Quant  (il)  sout  par  les  esteilles  la  lour  entencion  (c) 

Un  ris  gitat  de  joie  e  dist  une  oreisun; 

Une  charme  en  chaldeu,  ne  sai  pas  le  jargoun; 

Cil  le  fist  dune  mettre  en  un  bacin  de  latun  ; 

Ses  ymages  moilla,  (&)  destempra  sa  puison, 
75  Fist  [lores]  e  dist  charmes  en  estrange  sermon. 

Quant  il  out  fest  ceo  q'il  volt  par  sa  conjureison 

Idunc  vit  de  son  règne  tote  la  confundeison  ; 

S'il  ne  fuit  n'i  entent  nule  defension, 


57.  D.  prist  ou  en  un  poton.  —  59.  D.  En  semblance  d'ornes  par 
ymaginacioun.  ~  61.  Sic  P.  D.,  corr.  dunques?  —  63.  D.  Tant  ne 
venissent  nefs,  eskarnard  ne  d.;  on  peut  corriger:  Ja  ne  v.  tant... — 
69.  D.  Ost  a.  m.  de.  —  70.  D.  est  également  fautif  :  Q^  cil  s. — 72. 
ne  chaldeu,  D.  Ch.  fust  (/.  fist)  en  chaldeu.  —  73.  D.  Ewe  f.  d.  m. 
al  b.  —  74.  Manque  dans  D.  —  7$.  D.  Fist  lors.  —  76.  Corr.  avec 
D.  Qi  fet  ot  c.  —  77.  D.  omet  tote.  —  Ibid.  D.  confusioun. 


THOMAS   DE    KENT.  I99 

De  la  gent  del  reaime  nule  gareison, 
80  Tuz  sunt  pris  e  occis  e  mené  en  prison; 
Bien  veit,  s'il  i  atent,  jà  n'aurat  r[a]ançon. 
D'atendre  ou  de  Taler  ert  en  grant  suspecion. 
Quant  il  out  tut  pensé  si  s'en  fut  à  larron, 
Le  chiez  reis  e  tondu  (e)  vait  en  chaitiveison. 

Cornent  Nectanabus  s'en  fui  e  vint  en  Macédoine. 

85    "jy T  ectanabus  se  out  rés  e  déguisé  s'esteit, 

A  >l  Fuit  s'en  de  son  régné  que  conneû  ne  seit. 

Par  peine,  par  travail  eire  mult  par  espleit; 

A  Macédoine  en  vient  à  la  cité  tut  dreit; 

En  mult  divers  pensers  est  sis  quors  en  destreit  ; 
90  Ne  soit  q[ue]  il  poet  faire,  ne  quel  mester  fereit, 

S'alconshom(me)  li  demande,  que  respondre  por- 

Al  derain  s'en  est  porpensé  e  dit  q'il  se  tendreit  [reit. 

A  l'art  d'astronomie  qe  il  [le]  plus  saveit. 

Un  astralabe  d'or  od  lui  porté  aveit, 
95  La  haltur  en  comprent  des  esteilles  qu'il  veit. 

De  la  reine  de  Macédoine.  [Val.  4] 

Or  est  Nectanabus  à  dreit  port  arrivé, 
Ke  li  reis  Phelippun  n'ert  pas  en  la  cité, 
Einz  ert  aie  en  ost  où  mult  a  demoré  ; 
Reine  Olimpias  governoit  le  régnée. 


79.  Egalement  faux  dans  D.;  corr.  ncsune  g.  —  9a.  Corr.  se  por- 
pensé? —  97.  Ici  et  ailleurs  Phelippû;  il  y  a  Phelippun  au  v.  }8i. 


200  THOMAS    DE    KENT. 

100  Ceo  fu  en  avril  en  l'entrant  d'esté 

Cum  cil  bois  sunt  foillu,  flori  e  borguné, 
E  chantent  cil  oisel  ke  l'iver  ont  passé  ; 
Tote  rien  s'esjoïst  fors  cil  desnaturé. 
Grant  feste  tint  la  dame  de  sa  nativité. 

10$  Quant  il  orent  mangé  les  tables  sunt  levé. 

Seignurs  vous  savez  bien^  sovent  est  [re]conté, 
Dame  coveite  mult  aveir  los  de  belté, 
Gel  désire  el  q'aveir  los  de  honesteté. 
Geste  se  porpensa  que  sis  corps  est  mostré, 

1 10  Ja  [dans]  cent  mile  jur[s]  poet  bien  estre  loé; 
Escria  mareschals,  chevalersad  mandé; 
En  poi  d'ore  [en]  i  out  plus  de  mil  assemblé. 
Un  blanc  mulet  d'Affrike  si  li  ont  amené  ; 
Mult  ert  bels  e  bien  fet,  un  poi  ert  pomelé  ;    (d) 

1 1 5  Gurteise  aveit  l'eschine,  tendre  est  par  le  costé, 
E  les  jambes  ot  plates  &  le  pié  bien  culpé. 
Riche  sele  i  aveit  e  arçoun  bien  peeré, 
Saphirs  e  esmeragdes  à  compas  ordené  ; 
Govert  fu  d'un  samit  vermail,  memiré  ; 

120  Suscele  i  out  de  meisme  à  orfreis  endenté. 
Li  estré  furent  d'or,  [li]  peitral  tulpiné, 
E  sonez  plus  de  mil  [de]  fm  or  esmeré. 
Li  frains  fu  de  fm  or  entaillé  e  veillé 
E  les  resnes  de  seie  à  gros  botons  doré. 

1 2  5  La  dame  munte  sus,  li  altre  sunt  monté, 

100.  Corr.  el  meis  d'à.  en  l'e.  de  Te.?  —  102.  q.  liuren.  —  loj. 
Corr.  des  t.  —  109.  Corr.  p.  se  ses  c?  —  iij.  Ici  et  en  plusieurs 
autres  endroits  {cf.  v.  25)  //  semble  que  est  devrait  être  corrigé  ert.  — 
119.  Corr.  menu  ovré.-'  —  121.  estré,  telle  paraît  avoir  été  la  leçon 
du  ms.;  une  main  moderne  a  corrigé  estrie.  —  Ibid.  tulpiné  ou  culpiné. 


THOMAS   DE    KENT.  JOI 

E  tint  sur  son  poing  [destre]  un  esperver  mué 

Quatre  comur  maïstre  ount  sun  eire  torné. 

Li  baron  de  la  vile  ont  les  chemins  parré, 

Estendu  ont  lor  pailes  suz  les  piez  tapiné, 
1 30  E  tymbres  e  tabours  ont  e  leur  corns  corné. 

N'en  i  ad  nul  si  riche  n'ait  la  dame  encline, 

Agenulez  à  (la)  terre  trestuz  desafublé  ; 

E  puis  l'en  sivient  tut  [par]  defors  la  cité. 

De  tanz  maneres  gens  unt  dune  alevé, 
135  Ces  leons  et  ces  urs  e  ces  vealtres  hué, 

Itant  (tant)  bel  juvencel  se  sunt  el  champ  mellé  : 

Li  un  sunt  escherni  li  altre  boûrdé; 

Maint  bliaut  de  samit  fut  le  jur  deciré, 

Maint  dansel  abatu,  meint  cheval  reversé; 
140  Plus  de  mil  damoisels  ount  le  jur  karolé; 

Li  bobanz  fu(s)t  pur  els  mult  greigneur  démené. 

Reine  Olimpias  out  sun  mantel  osté, 

Mult  fut  gente  de  corps,  le  vis  out  coluré; 

Bloi  peil  out  e  bien  long,  laschement  galoné, 
145  Un  cercel  d'or  out  sur  sun  chief  posé. 

Le  vis  aveit  tartiz,  le  bras  dreiz  e  quarré, 

Blanche  char  corne  neif,  le  sanc  i  ot  mellé. 

En  un  poupre  blialt  fut  sis  corps  freselé. 

Plus  gent  corps  ne  mielz  fait  ne  fut  de  mère  né. 
1 50  Nectanabus  la  veit,  tut  en  est  respensee; 

En  la  bealté  de  li  sunt  si  oil  aresté. 

Olimpias  le  veit,  si  l'ad  mult  avisé, 

Estrange  li  sembla  pur  ceo  qu'il  est  cusé, 

127.  Corr.  corné?  —  1)4.  Corr.  d.  le  cri  levé?  —  1^6.  javcncel. 
—  i}9.  M.  damoiscle.  —  14$.  tercel,  mais  cf.  v.  194.  —  Ibid.  corr. 
d[e  fin]  or  ? 


J02  THOMAS    DE    KENT. 

As  garnemenz  q'il  ad  bien  semble  home  desvé. 
1 5  5  Du[n]t  il  seit  e  quels  oem  lui  a  puis  demandé. 

Quant  il  o[ï]t  la  dame  de  respondre  ad  doté; 

Pensse,  s[e]  il  demore,  à  mal  lui  ert  tome,  (f.  2) 

Et  dit  :  «  Venu  vus  sui  dire  une  vérité.  » 

La  dame  out  brief  respons  à  coe  qu'il  eut  parlé  ; 
160  Pour  out  del  vassal,  ne  sot  sa  volenté, 

E  volt  que  s'il  siet  de  li  rien,  qu'il  seit  celé  ; 

Ne  [li]  volt  avant  querre  si  ne  seit  en  privé, 

Kar  desvé  home  ad  tost  à  un  ver  asené. 

Dune  montât  la  reine  el  mul  bien  atorné, 
165  E  (si)  s'en  vint  el  palais  quant  assez  out  jué. 

La  dame  est  en  son  lit,  n'ad  le  dit  oblié  ; 

Par  un  son  chamberleint  ad  le  vassal  mandé. 


d; 


e  la  belté  de  li  fut  li  mestres  suspris; 
De  devant  la  reine  est  en  son  siège  asis. 

1 70  Olimpias  li  dist  :  «  De  vus  ai  tant  enquis 
«  Q^astronomiens  estes  &  des  ars  poestis  ; 
«  Or(e)  me  di[tes], bel mestre,oiia[vé]s  tant apris? 
—  Ohi,  »  fait  il,  «  reine,  une  rien  vus  devis  : 
«  Plus  savez  vous  sul  de  l'art  ke  hom(e)  ke  une 

175  «  L'aventure  sai  dire  ehascune  del  pais,   [fu  vis; 
«  Espundre  tuz  sunges,  tuz  genz,  tuz  ris 
«  Ne  de  sort  ne  de  eharme  nen  est  mi  quers  eschis; 
«  Del  tur  del  firmament  avons  e  los  e  pris, 
«  Par  le  eurs  des  planètes  ai  meint  avoir  eunquis, 

1 80  i(  Jee  n[en]  ai  altre  charme  kar  par  ce  me  garis, 


161.  Corr.  q.  s'il  s.  rien  de  li.  —   174.  Corr.  P.  savons  nous  de 
l'a.?— 176.  Corr.  t.  [les]  s.,  tuz  [les]  geus,  t,  [les]  r.?— 180.  charne. 


THOMAS   DE    KENT.  lO^ 

a  E  si  est  [i]coe  Part  dont  joe  ai  plus  apris.  » 
Olimpias  li  dit  :  «  Or(e)  me  di,  bels  amis. 
«  A  quei  m'esgardas  tu  tut  en  [cest]  jor  el  vis  ? 
—  Beie  dame,  »  fet  il,  «  ne  vus  est  unke  (de)  pis; 

185  «  Joe  record  le  veir  [dist]  dunt  joe  ainz  vous  dis: 
a  En  Egypte,  ù  ère  qant  joe  de  cest  art  lis, 
«  El  temple  à  tuz  les  deus  un  sacrefice  fis; 
«  Un  respons  i  oi  por  quei  sui  ça  tramis  : 
«  Vérité  vus  dei  dire  si  cum  joe  vous  pramis  ; 

1 90  «  Vous  me  conseillerez  solung  le  vostre  avis. 
«  Gré  me  devez  savir  qant  joe  vus  [enj  garnis.  » 


l; 


a  dame  s*est  acutée  à  Tesponde  del  lit, 
iSengle  en  sa  chemise,  en  un  mantel  samit. 

Un  cercel  d'or  el  chief  à  ovre  bon  eslit  ; 
1 9  5  Veit  vestu  le  vassal  en  mult  estrange  abit 

De  ses  diz  pensive  iest  e  mult  forment  s'en  rit. 

Il  resgarda(s)t  el  vis,  ne  l'aime  pas  petit  ; 

Danger  fait  de  parler  kar  il  volt  que  l'en  prit  ; 

El  demorer  illoec  ad  il  mult  grant  délit. 
200  En  unes  tables  d'or  une  leçon  li  lit, 

Les  curs  as  .vu.  planètes  li  at  monstre  e  dit,  (b) 

De  quel  colur  eles  sunt  li  prof  escrit. 

Pensive  est  mult  la  dame  quant  ces  merveilles  vit. 

Les  planètes  del  ciel  es  tables  li  enseigna, 
_- ,         Chascune  en  sa  colur  mult  bien  li  devisa; 

184.  Corr.  ne  v.  seit?  —  185.  Pour  la  restimion  [dist]  cf.  227 
et  424.  —  Ibid.  ainz,  corr.  anceis?  —  190.  nostre  a.;  Valerius  4  : 
«  Quare  consule  super  his  qu£  cupis.  » —  191.  garmis,  cf.  la  note  sur 
180  et  41 }.  —  192.  Corr.  Celle.  —  Ibid.  seit  a.  —  197-  ï^a  esgar- 
dast.  —  202.  Corr.  a  prof  H  a  descrit? — 204.  Corr.  L.  p.  es  t.  d.  c? 


204  THOMAS    DE    KENT. 

La  colur  del  solail  al  crestal  compara 

La  lune  à  l'adamant,  Mariem  vermeil  nota, 

Mercure  à  verdor,  Venerem  assigna 

A  colur  de  saphir;  raison  de  ceo  mostra. 

2 1  o  Kant  la  dame  le  sot  mult  par  s'esmerveilla,  [serra? 
«  Beau  maistre,  »  fait  la  dame,  »  e  de  mei  que 
«  Ja  me  fait  l'en  saveir  ke  quant  li  reis  vendra 
«  Qu[e]  il  me  deit  guerpir,  (e)  altre  moiller  pren- 
«  Kant  l'oit  Nectanabus  le  conseil  esgarda,   [dra.» 

215  «  La  lune  e  les  planètes  es  signes  que  trova , 
«  Par  lur  equacium  largement  assuma, 
«  Totes  les  aventures  qu[e]  il  volt  esprova, 
«  E  rent  li  jugement  de  coe  qu'el(e)  demanda; 
«  E  dit  :  «  Ke  coe  vus  dit  de  riens  ne  vus  gaba  : 

220  «  Li  rois  guerpira  vos,  (e)  altre  moiller  prendra, 
«  Mais  un  enfant  anceis,  dame,  de  vous  naistra. 
«  Dieu  de  terre  ert  nomé,  voz  hontes  vengera, 
«  Les  règnes  d'environ  trestuz  guvernera, 
«  Jusqu'au  chief  d'Oriant  la  terre  conquerra, 

225  «  Si  hardi  ne  si  pruz  onc  arme  ne  porta. 

«  Amos,  li  diex  de  Libie,  en  vus  l'engendera  ; 
«  E  por  icest  veir  dist  à  vus  m'envei[é]  a. 
«  Or(e)  vous  appareillez  (anuit)  e  à  vus  aparra 
«  Pa[r]  soigne  tut  iceo  ke  faire  con vendra.  » 

230  La  dame  entent  ses  diz,  mult  [fort]  li  en  pesa, 
E  tint  le  pur  desvé  de  coe  qu[e]  il  conta. 
Dit  li  dune  ke  ses  diz  à  nul  foer  ne  crerra 
De  ci  là  qu'ele  veie  coment  (coe)  estre  purra. 

208.  Merture.  —  210.  soit,  —  227.  Corr.  enveié  m'a? 


THOMAS    DE    KENT.  205 

Li  maistre  prent  congié,  à  son  ostel  en  va  ;  [Val.  5  ] 

25$  Canque  mestier  li  fu  à  cel  art  purchaça, 
Les  herbes  acceptables  [con]coilli  &  tribla, 
Puis  en  après  les  jucs  par  son  sen  si  média, 
E  puis  de  virgine  cire  une  ymage  molla  ; 
Le  non  de  la  reine  par  lettre  figura, 

240  En  un  lit  qu[e]  ot  fait  celé  ymage  cocha. 
Environ  icel  lit  chandeles  aluma, 
Del  jus  qu'il  ot  des  herbes  ceP  ymage  arusa, 
Par  charmes  qu'il  saveit  souvent  la  conjura. 
Qanque  Nectanabus  à  l'ymage  parla 

245  La  reine  en  son  lit  par  avision  songa:  (c) 

Vis  li  fut  que  uns  dragons  enz  en  la  chambre  entra, 
Puis  vint  jusq'à  son  lit,  en  home  se  mua, 
Après  li  se  cocha  e  estreit  l'enbraça, 
E  qu[e]  il  l'acolout  &  sovent  la  baissa, 

2J0  E  q[ue]  al  départir,  encente  la  laissa. 

La  dame  suspira  e  del  songe  esveilla.       [Val.  6] 
Nectanabus  idunc  ses  karectes  fma  ; 
Tost  e  ignelement  pur  le  vassal  manda. 
E  quanqu'ele  out  veù  priveement  conta  ; 

2  5  5  II  dist  que  tut  est  veirs  icee  qu'ele  songa. 
Un  lit  après  le  seon  faire  li  comanda, 
Pur  estre  près  de  li,  e  dit  qu'il  i  girra, 
Contre  celé  aventure  si  la  confortera, 
De  mal  e  de  pour  par  tut  la  deffendra. 

260  Ele  fist  faire  le  lit  si  cum  il  le  loa. 

254.  p.  agié.  —  242.  Corr.  qu[e]  il  ot  [fait]?  —  251.  suspire.  // 
faudrait  peut-être  intervertir  l'ordre  des  vers  2ji  et  252. 


206  THOMAS    DE    KENT. 

Cornent  Misandre  fut  engendré.  [Val.  j\ 


T 


lUt  par  le  los  le  maistre  le  lit  faire  [li]  fist, 
Richeises  &  honnors  idunc  li  pramist. 
Qant  tut  fu(s)t  apresté  Nectanabus  li  dist 

265  Que  la  chambre  mundast  contre  coe  quMl  venist, 
En  guise  de  dragun  le  dieu  venir  veïst, 
Sanz  noise  e  sanz  freûr  en  son  lit  le  meïst, 
Bêlement  e  soef  illoec  l^atendist 
E  que  mot  ne  sona[s]t  quel  qu[e]  ele  une  oïst. 

270  Une  pel  de  moton  ouvec  les  cornes  prist, 
Une  corôune  d'or  sur  les  cornes  assist, 
En  semblant  de  dragon  Pautre  part  i  fist 
De  virgine  cire  jointe,  e  puis  dedens  se  mist, 
Puis  le  lit  à  l[a]  dame  par  tel  semblant  requist. 

275    Qar  artimage  fist  tele  conjunction  : 

*    Tresqu'al  lit  est  venuz  rampant  comme  dragon. 
[E]  la  dame  Pesgarde,  devant  le  veit  multon, 
Ne  quidout  que  ce  fust  se  Amos  le  dieu  non. 
Le  vassal  vient  al  lit  e  ist  de  la  tuison  ; 

280  Ovec  li  se  cocha  en  guise  de  baron. 
Tut  altretiel  le  sent  com  en  la  vision 
L'aveit  devant  veû  en  la  conjureison. 
Al  départir  l'a  dit  par  mult  brieve  raison  : 
«  En  tei  ai  engendré  le  seigneur  Phelippun, 

285  «  Reis  ert  poest[e]is  de  mainte  nation, 

26J,  Corr.  idunques?  —  265.  Semble  répondre  à  Val.-j  :  nQaoilla 
viso  cuncîos  egredi  jussit.  »  Cf.  ibid.  6  :  «  Tu  vero,  eo  viso,  omnes 
qui  aderunt  egredi  jubeto.  »  —  268.  Corr.  illoeques?  —  272.  Corr. 
l'a.  partie?  —  284.  En  tel. 


THOMAS    DE    KENT.  20J 

«  Par  force  conquerra  meint[e]  grant  région, 
«  De  tu[s]  reis  terriens  avérât  subjection.  » 
Priveement  s'en  veit  après  icel  sermon  ; 
En  son  lit  se  couchât  qu'el(e)  n'eùst  suspecion. 
290  La  dame  lieve  sus;  vient  à  Nestanabon,  (d) 

De  quanque  oi  &  vit  [ii]  dit  s'entention, 
Tut  si  cum  il  ne  sust  celé  subduccion  ; 
Ele  n*[ent]endeit  mie  en  la  traïson. 

La  dame l'araisone  e  dist  li  :  «  Maistre  cher,  [rer  ? 
-^,  Quidez  [vous]  qu'il  ne  voille  à  mei  plus  repei- 
«  Mielz  valt  l'amur  de  dieu  que  de  nul  chevalier. 
«  Je  l'aim  si  faitement  ne  m'en  sai  conseiller. 
«  Il  n'est  pas  dieu  de  Libie  s[e]  il  me  fait  danger, 
«  Kar  icest[e]  raison  qui  seit  dreiturer. 

500  «  Qant  en  peinne  m'ad  mise  dune  me  deit  aleger, 
«  Venir  mei  conforter,  ma  peinne  assuager.  » 
Nectanabus  li  dit  :  «  Joe  [en]  sui  messager; 
«  Ensemble  od  vus  serrai  tut  privé  chamb[elrer 
«  Qant  le  voudreiz  aveir  joe  li  [sar]ai  nuncier  ; 

^05  «  Dites  à  mei  le  ma(t  in,  si  l'auras  al  coucher, 
«  Si  pensez  del  celer  car  (coe)  vous  avérât  mester; 
«  Si  haut  hom|e|  corn  dieu  ne  deit  hom  corroucer.  » 
(N)e  les  clefs  de  sa  chambre  li  fait  [i]dunc  bailler, 
Q^entrer  puisse  e  issir  se  (li)  lui  volt  enveier  ; 

]  1 0  Mult  souvent  fu  prié  de  cee  dunt  dust  prier. 

La  reine  engroissa,  cl  vis  fut  tote  teinte; 
Dist  à  Nectanabus  :  «  De  mal  sui  trop  ateinte; 

2$}.  E.  uendeit.  —  299.  Corr.  K.  de  dieu  est  r.  que  il  s.?  — 
j  1 1 .  engroisse. 


208  THOMAS    DE    KENT. 

(c  Li  reis  me  fet  occire  s[e]  il  me  troeve  enceinte.  » 
Nectanabus  [l]i  dist  :  «  Lassiez  iceste  pleinte, 
5 1 5  «  Mar  en  aiez  (ja)  poour  kar  ne  serrez  ateinte  ; 
«  Si  naist  à  l'enfant  par  naturel  empeinte 
«  La  semence  de  vous  par  le  peire  est  seinte  ; 
«  Li  reis  le  doutera,  pour  en  aura  meinte.  » 

Del  ostur  tramis  au  rei  Phelippe  en  sa  avision.  [Val.  8-9] 

Par  art  ad  enchanté  li  maistre[s]  un  ostur 
^__        E  tramet  le  en  l'ost  Phelippun  son  seignur, 

La  noit  li  fet  veer  en  songe  la  verrur, 

Pois  si  l'ad  esveillé,  li  reis  en  out  pour; 

Ses  devins  et  ses  sages  manda(s)t  devant  [le]  jour, 

Le  songe  q'ad  veû  tut  [par]  ordre  dist  lur, 
325  Cornent  li  dragons  vint  e  vint  ovec  s^oisur; 

Dit  lur  q'enceinte  estoit  d'un  riche  empereour 

((  Que  ma  mort  vengera,  ma  peinne,  ma  dolur  ; 

«  Desur  son  umblil  pris  jou  de  verte  colur. 

«  La  meitié  d'un  leon  forma  enz  en  la  flur^ 
^30  a  Orguillus  chief  avoit,  onques  ne  vi  greignur  ; 

«  La  forme  del  soleil  i  fut  od  sa  lusur. 

«  Le  leons  le  feri  d'un  suen  espié  en  l'ur, 

(c  E  là  i!i  joe  esteie  en  issi  fait  errur 

«  Un  ostur  m'esveilla,  multenoigrantpour.  (f.3) 
555--  Veirs  est  q'avez  veù,  »  dient  si  divinur, 

«  La  reine  est  enceinte,  n'en  aiez  pas  dolur, 

(c  Grius  est  qui  l'engendra,  coe  note  la  verdur, 

317.  Corr.  est  p.   le  p.  s.  —  322.  ad  esutille.  —  323.  teuins. 
—  32J.  Corr.  e  jut  0.  —  334.  ai. 


THOMAS    DE    KENT.  209 

o  La  mei[tié]  del  leun  signefie  Penur 

«  E  l'orgoil  que  li  emfes  avéra  en  la  primur; 

^40  «  Bon[s]reisertehardiz,  oncemnevitmeillur, 
«  Orient  conquerra  par  force  e  par  vigur, 
«  Tant  loinz  cum  c'em  purra  aler  pur[la]chalur, 
«  Cee  note  le  soleil  où  Tespié  gist  [de]sur  ; 
«  A  ce  que  (vous)  dites  sûmes  verrai  expositur.  » 

345  Puis  guerreiat  li  reis  par  force  e  par  vigur, 
Abati  la  cité,  escra[van]ta  la  lur, 
Repaire  à  Macédoine  dreit  al  chief  de  s'onur;  [dur. 
Sa  femme  troeve  enceinte,  si'n  ad  [trop]  grant  his- 
Ele  dist  que  Amos  (le  dieu)  l'ad  mis  en  cel  labur; 

3^0  Plus  n'en  parlât  li  reis,  mes  semblant  fist  d'irrur. 

Cornent  Nectanabus  se  mua  en  dragon.  IVal.  lo] 


M 


ult  est  li  reis  irez,  ne  siet  cui  est  l'emfant. 
Nectanabus  veit  bien  qu'il  li  fait  mal  semblant; 
Atome  ses  engins  cum  home  décevant, 
Contre  le  rei  volt  estre  à  la  dame  guarant. 

?  $  5  Avint  (que  li)  rei  Phelippun  tint  une  feste  grant  ; 
Tuit  i  furent  si  prince  e  si  conte  vaillant, 
Kant  il  orent  mangié  &  erent  en  séant, 
En  guise  de  dragon  le  mestre  vint  avant. 
Parmi  cel  haut  paleis  mult  fièrement  rampant; 

360  Quinze  teises  fut  bien  la  coe  traînant, 
Citât  feu  des  narilles,  hidusement  siblant; 
Semblant  d'abatre  fait  les  murs  qui  sunt  estant. 

34 j.  notez.  —  347.  Rcpaira.  —  351.  r.  uez,  —  362.  S,  f.  d'à. 


210  THOMAS    DE    KENT. 

Li  conte  e  li  baron  de  pour  vont  fuiant, 
Si  hardi  bacheler  od  les  coarz  musçant, 

365  Lur  armes  demandèrent  de  pour  li  alquant; 
Olimpias  l'entent,  il  vint  à  li  corant  ; 
Sun  chief  mist  en  ses  curs,  (e)  ses  piez  en  son  de- 
La  reine  le  maine  tut  entur  en  estant,         [vant, 
Quida  (que)  coe  fut  Amos,  le  dieu  qu'ele  amat  tant  ; 

370  Corent  i  chevaliefr]  e  corent  i  serjant; 

Entour  [i]cel  dragon,  de  loinz  env[i]ronnant, 
Tuit  se  tindrent  en  pais,  n[en]  i  out  nul  parlant, 
E  pur  la  grant  merveille  où  il  sont  attendant; 
James  n'orrez  parle[r]  d'un  si  fait  truiant  : 

375  Là  où  [tresjtout  li  peoples  fut  à  lui  entendant 
En  egle  se  mua,  si  s'en  ala  volant; 
Ore  est  Phelippe  cert  dont  einz  esteit  doutant. 

De  kjeisanîe  ke  pont  le  oef  al  giron.  [Val.  i  i] 

A  vint  puis  qu[e]  il  fu  en  une  région,  (b) 

Et  mult  i  aveit  bestes,  oissels  à  grant  foison. 
380  Une  feisant[e]  vint  volant  (tres)tut  à  bandon: 

Un  oef  laissât  chair  sur  les  curs  Phelippun. 

L'oes  chait,  si  depeça(s)t;  si'n  eissi  un  dragun; 

Mult  esteit  petitet,  si  rampât  environ. 

Le  test  dunt  ert  eissu,  pur  aveir  guareison 
385  II  n'i  poeit  entrer  ne  [de]  desuz  n'en  sum, 

Ne  contre  le  soleil  trouver  deffension; 

Mort  fu  li  dragonsels  par  itel  achaisun. 

364.  Cor.  Li  h.?  —  }70.  e  ch.  —  373.  Cor.  Tut  p.? 


THOMAS    DE    KENT.  21 I 

Li  reis  manda(s)t  un  sages  [qui]  Antifon  ot  non, 
Nul  ne  sot  plus  de  li  de  la  stellacion, 

?90  Priet  li  qu'il  li  die  de  cee  s'entencion. 
[E]  cil  fait  test  ces  sorz  e  sa  conjunccion  ; 
Puis,  si  l'espont  al  rei  par  mult  chère  raison  : 
<c  Del  fiz  vostre  reine  coe  est  la  vision  : 
«  Que  rendra  tut  le  monde  en  sa  subjeccion, 

?95  «  La  reondesce  de  Poef  est  Fentrepretaciun. 
«  Ceo  que  li  dragons  morust  de  fors  sa  maison, 
«  E  jeovenes  e  petit,  sanz  consolation, 
«  Est,  reis,  à  cel  enfant  signification, 
«  Joevenes  e  petiz  conquérant  morra  par  traïson 

400  ((  E  fors  de  son  pais;  coe  est  Pexposicion.  » 

Cornent  Alisandre  nasquist  &  des  merveilles  k'avindrent 
quant  il  nasquist.  [Val.  12] 

Li  ventres  a  la  dame  à  son  terme  est  pris  ; 
Necta[na]bus  la  lune  par  Pastralabe  enquis 
Et  [si]  dist  à  la  dame  :  «  Une  rien  vous  devis, 
«  Se  li  emfes  ore  neist,  povres  ert  &  mendis, 
405  «  Coarz  e  recreanz,  de  bataille  fuistis, 

«  Prison  à  moites  genz,  pain  querant  e  chaitis; 
<(  Pur  ceo  vous  tenez  ore,  si'n  aurez  los  épris. 
La  dame  s'est  tenue,  tant  i  ont  engin  mis; 
Revenent  li  assauz;  ele  regette  cris. 
410  Necta[na]bus  li  dist  :  «  Par  fei,  ore  est  mult  pis, 


392.  chère,  corr.  clere?  —  394.  q.  t.  l.  m.  r.  —  595 .  Larcon- 
desce.  —  399.  Corr.  [Que]  j.  c?  —  402.  1.  lure. 


212  THOMAS    DE    KENT. 

«  Kar  s[e]  il  ore  naist  dune  ert  cochez  demis, 
«  L'autre  meité  ert  home  de  la  chère,  del  vis  ; 
«  Tenez  vous  ore  bien  kar  dès  ainz  vous  garnis.  » 
Par  engin  se  rastient,  si  cum  anceis  vous  dis; 

41  ^  E  les  assauz  [rejvenent  de  l'enfant  qui  fut  vis, 

Sa  nature  le  volt  e  il  fut  volentis  ; 
Grant  dolur  ot  la  dame,  sis  quers  [en]  fu  pertis, 
Nectafna]bus  (en  fu)  dolent  e  fièrement  pensis; 
Regarda  as  planètes,  à  l'ore  fut  bais, 
420  E  dist  à  la  reine  :  «  Ore  est  tut  bien  assis, 
((  Laissez  le  tost  venir,  car  reis  ert  poe[s]tis, 
«  Gouvernera  grant  terre,  sire  de  maint  pais,  (c) 
«  Hardiz  e  conquérant  contre  ses  ennemis; 
«  Iceo  est  le  veirs  dist  (e)  que  peiça  vus  pramis.  » 

42  5  Atant  nasqui  li  emfes,  joie  en  ont  ses  amis. 


A! 


1  na[i]stre  de  l'emfant  avint  grant  aventure  : 
•Toute  terre  crolla,  mer  mua  sa  figure, 

Li  soleil  sa  clarté,  la  lune  sa  nature  ; 

Fist  escliz  e  toneire  e  vent  à  desmesure  ; 
4^0  Tenercle  fut  le  jor  com(e)  coe  fu[s]t  nuit  obscure, 

Mult  s'en  espo[e]nta  chascune  créature, 

Li  peisson  en  la  mer,  bestes  en  lur  pasture  ; 

Hardiz  fut  e  vaillanz  qui  de  vivre  en  eust  cure. 

Li  reis  Phelippe  dit  e  [par?]  sa  mère  jure  [Val.  i  3] 
45  j  Que  aucune  merveille  ert  de  celé  créature  ; 

Pur  lui  est  l'oscur(e)té,  la  pluie  e  la  freidure, 


411.  coder;  Val.  12:  «  Quia,  si  nunc  editu  vicia  sis,  gallus  et 
semivir  erit  qui  nascetur.  »  —  41  j.  garmis.  —  41 5.  que  f. 


THOMAS    DE    KENT.  21  ^ 

E  folie  li  semble  qu[e]  il  tant  vit  &  dure; 
S'il  vit  il  en  ferunt  mult  maie  noreture. 
Li  maistres  tient  ses  diz  trestuz  à  démesure 
440  E  dit  à  la  reine  ke  tuit  en  seit  seùre. 

Li  tenz  [s'en]  est  tournez  e  parti  la  leidure. 
Li  emfes  out  norice  [ej  sage  ebien  maure 
Qui  le  norist  e  aprent  saveir  e  parleùre 
Desi  là  que  mis  l'unt  à  grieve  portreiture. 

445    1-    a  mère  fist  l'emfant  mult  doucement  norir; 
1— '  Itant  crut  en .  viii.  ans  que  bien  poet  rei  servir, 
Dis  maistres  le  comandet,  qu'il  i  deit  obéir; 
Ke  li  uns  li  aprent  sei  chaucer  e  vestir, 
E  li  altres  (à)  parler  cum  se  deit  contenir, 

450  E  le  tierz  chevalcher  amer  e  eschermir, 
E  à  porter  ses  armes  e  en  cheval  saillir, 
E  poindre  et  ateindre  e  traire  e  ferir. 
E  li  .vil.  li  apernent  les  .vu.  arz  (à)  retenir, 
[Si]  cum  opposer  deit  e  argument  faillir 

455  [E]  chanter  par  musique,  set  de  herbes  por  garir, 
Cum  deit  parler  en  court  e  à  trestuz  plaisir, 
E  longur  e  haltur  mesurer  par  aaimer, 
E  garder  as  esteilles,  lor  nons  à  retenir. 
Assez  aprent  li  emfes  si  à  chief  poet  venir. 

460  E  quant  li  uns  le  lesse,  l'altre  le  veit  saisir; 
D'estre  oisdif  ou  jolif  n'avoit  il  [nul]  leisir  : 
A  peine  poet  manger  ou  beivre  ou  dormir. 
Que  or(e)  voldra  bons  vers  oimès  les  poet  oïr, 

44J.  Pron.   Quil.  —  4J0.  E  le  t.  a.  cli.  —  4J4.  apposer.  — 
457-  '^'f- 


214  THOMAS    DE    KENT. 

De  veire  estoire  estraiz,  coe  oez  bien  garantir. 
465  Alixandre  est  de  ce  qu'il  se  volt  esbaldir 

E  torner  à  barnage  e  d'enfance  eissir,  (^ 

Pener  sei  de  bien  faire  e  los  volt  acoillir. 


U 


nques  plus  bel  de  li  ne  fut  emfes  terestre  : 
Bloi  peil  avoit  e  crep,  gros  oil  e  vair  le  destre, 

470  E  corne  léonine  aveit  neir  l'oil  senestre  ; 

E  cresseit  en  barnage,  à  tuz  plaiseit  sun  estre. 
Bien  saveit  de  cheval,  eschermer  de  palestre, 
De  chiens  e  de  forez,  oisels  jeter  e  pestre; 
D'engin  e  de  lettrure  &  de  labour  champestre; 

47  5  Kar  li  bons  (reis)  Aristotles  il  fu  sur  tuz  son  mestre , 
Icil  fu  le  plus  sage,  coe  sevent  clerc  e  prestre, 
[Qu]e  onkes  fu  el  mund,  sanz  Jesu  le  celestre. 

De  Bucefal  le  cheval  Alixandre,  e  cornent  Biicefal  ma[n']ga 
la  gent.  IVal.  13,17] 

A  vint  si  q'a  un  jor  li  forein  mareschal 
Présentèrent  al  rei  un  merveillus  cheval, 
480  A  force  d'establie  si  fut  pris  en  .1.  val; 
Nul  n'i  out  si  hardi  qui  li  donast  estai. 
Par  chaenes  de  fer  l'amènent  li  vassal  ; 
Mult  fu  bel  e  bien  fait,  si  semble  emperial, 
Mes  d'une  cruelté  fut  il  trop  bestial  : 
485  II  ne  voUeit  suffrir  frein  ne  sele  à  peitral, 

Homes  volleit  manger  plus  q'estraim  fr[u]mental. 

464.  oez,  corr.  puis?  —  Rubrique,  m,  la  geur. 


THOMAS    DE    KENT.  21  ^ 

L'om  li  dona  icels  qui  el  reigne  font  mal, 
Qui  jugé  sont  à  mort  par  jugement  real. 
E  por  ceo  fu  nomé  le  cheval  Bucifal 
490  Une  corroune  ot  el  front  com(e)  ceo  fut  de  roal, 
E  teste  aveit  de  tor  e  jubé  bestial, 
Fors  li  rois  Misandre  n'i  monta  hom(e)  mortal, 
Si  cum  dans  Sulins  dit,  que  tant  par  fu  leal. 
En  un  celer  le  ferment  desuz  la  tur  aval 
49^     Qu'il  ne  face  à  le  gent  mais  pecchié  criminal. 

Cornent  Alisandre  oscist  son  perc,  e  cornent  Nectanabus 
reprist  Alixandre.  [Val.  14J 

[  Qar]  defors  la  cité,  encoste  d'une  creille, 
1    Desur  l'ur  d'un  fossé,  en  travers  d'une  reille, 
F[es]eit  Nectanabus  chascune  nuit  sa  veille, 
Alixandre  ovec  li;  il  l'aprent  sanz  chandeille 

500  Del  soleil,  de  la  lune,  conoistre  meinte  esteilîe, 
D[esj  engins  e  des  sorz,  de  charmes  la  merveille. 
Quant  assez  sout  de  l'art  li  vallet  s'apareille, 
Qu'il  le  voudra  ocirre  \k  \i  k  lui  conseille  : 
El  fossé  le  trébuche  com(e)  li  maistre  someille, 

50$  Mortel  cop  li  dona  amont  par  son  l'orreille, 
La  char  ries  jusq'à  l'os  et  les  chevolz  en  peille, 
Dehet  [ait]  tel  clerjoun  qui  si  sun  mestre  esveille! 


49}.  SoLiN,  éd.  Mommsen,  193,  10  :  «  Akxandn  Magni  equus 
Bucephalus  dictas,  sive  de  aspectus  torvitate  seu  ab  insigni,  quod  tau- 
rinum  caput  armo  inustum  habebat,  seu  quod  de  fronte  ejus  quaedam 
comiculorum  minae  protuberabant,  cum  ab  equario  suo  alias  molliter 
sederetur,  accepta  regio  stratu,  neminem  unquam  aliun  praeter  dominum 
vehere  dignatus  est.  n  —  498,  Fait  N. 


2l6  THOMAS    DE    KENT. 

Nectanabus  ad  dit  :  «  A  quei  m'as  ceo  fait, 
sire  ?  )) 

Alixandre  respont  :  «  Tut  le  mond  seus  descrire, 
j  1 0  «  E  juger  (de)  bien  e  mal  de  chascune  matire,  (f.  4) 

«  E  ne  seus  deviner  qui  tei  deveit  ocire  ; 

«  Des  altres  devinoes,  de  tei  ne  sous  nient  dire. 

«  Or(e)  gis  illec  envers,  tu  n'as  mestier  de  mire; 

«  Par  les  esteilles  poet  ces  aventures  lire, 
515  «  M'est  avis  endreit  (de)  tei  q'astronomie  empire. 

«  Ouan  mes  ne  f[e]ras  nul  volt  de  virgine  cire, 

«  Ne  charme  ne  nul  sort,  ne  herbes  boillir  ne  quire. 

«  L'um  deit  l'astronomie  e  blasmer  e  despire 

<(  Qui  ne  veit  s'aventure  &  tuz  les  altres  mire.  » 
520  De  icest  dit  ad  li  mestres  grant  deol  e  ire. 

Ceo  dist  Nectanabus  el  fossé  oà.  giseit  : 
«  Jeo  Savoie  bien  que  mon  fiz  m'(en)  ocirreit. 

—  Qui  est  dune  vostre  [fiz]  ?  »  Alixandre  diseit. 

Dune  li  ad  conté  ordre  cum  il  son  fiz  esteit, 
52$  L'assembler  &  l'engin  com  engendré  l'aveit. 

Alixandre  out  petié  de  ceo  qu'il  oit  &  veit, 

Prent  son  père  en  son  col  (e)  s'en  vait  à  l'ostel  dreit. 

Si  le  couche  el  paleis,  veant  sa  gent,  tut  freit  ; 

A  sa  mère  le  conte  à  un  conseill  estreit; 
530  (&)  ele  mult  s'esmerveille  de  ceo  qu'il  li  conteit. 

Ensevelir  le  fait  (meintenant)  al  mielz  qu'el[e]  saveit. 


514.  Corr.  poestes?  —  520.  Corr.  [e]  g.  doel  [e  grant]  i.?  - 
J22.  Corr.  Iço  s.  —  527.  Corr.  vait  s'en  à  l'o.  —  53°-  s'esmerveilla. 
—  J31.  qu'il  saveit. 


THOMAS    DE    KENT.  217 

Acel  jor  fut  li  reis  en  mult  suspecions  [Val.  i  jJ 
Qui  en  après  [ses]  jourz  tendret  ses  régions  ; 

A  Dieu  fait  sacrefice  de  corps  &  de  multons, 
5  5  5  De  fin  or  &  d'argent  riches  presens  &  dons. 

E  puis  s'est  acoté  el  temple  à  genoillons, 

E  si  fait  ses  preieres  &  dist  ses  oreisons. 

De  la  dotance  q*ad  à  Dieu  fait  questions  ; 

Par  une  voiz  d'ymage  ad  oi  le  respons  : 
540  Qui  primer  montera  de  tuz  ses  compaingnons 

Sur  le  dos  Bucifal,  sanz  estrier,  sanz  arçons, 

Cil  avéra  le  roialme  que  tint  [reis]  Phelippons. 


d: 


une  aveit  Alixandre  quatorze  ans  e  plus,  [Val.  17] 
Oit  le  cheval  henir  desuz  la  tor  là  jus. 
545  Quida  que  fut  leons,  de  l'oïr  n'ert  à  us, 

E  est  venu  corant,  sil  vit  par  un  pertus  : 

(f  Iceo  est  Bucifal,  »  ceo  dit  Tholomeus  ; 

«  Pur  sa  grant  cruelté  Pad  enclos  Phelippus.  » 

Qant  ceo  oit  Alixandre,  mult  fai(s)tovrir  bas  [Pus], 
5  50  E  dès  qu[e]  il  le  vit  tut  joinz  piez  sailli  sus; 

Veant  tuz  le  gualope,  fait  le  mat  e  confus. 

Cil  alat  dire  au  rei  qui  gardast  el  reclus. 

Dune  set  que  ceo  est  cil  dunt  li  dist  dan  Phebus  ; 

Salue  le  com(e)  rei,  cum  seignur,  cum[e]  dus.  (b) 

Cornent  Alixandre  fu  fest  chevaler. 

5  5  5   /^ant  Pemfes  Alixandre  par  out  .xv.  anz  enters, 
Bel  bacheler  esloit,  pruz,  hardiz  e  legiers 

J4i.  neit  à.  — •  jjo.  joint. 


2l8  THOMAS    DE    KENT. 

E  mult  armes  portant,  [e]  orguillus  e  fiers, 
Chevaler  le  f[e]ra  Phelipes  li  guerriers. 
Ses  barons  fait  mander,  vavasors  &  terriers, 

560  E  les  lointeins  marchis  &  riches  soldeiers, 
Trestut  fut  apresté  qanque  i  fut  mestiers  : 
Chalces  out  de  samit,  taillez  &  [à]  quartiers, 
Un  blialt  mi  parti,  ovré  a  eschekers. 
Espérons  d'or  li  chalcent  li  bon  gonfan[o]niers, 

565  Tholomeu,  qui  puis  fu  sis  mestre  conseillers. 
Phelippe  tint  l'espée,  qui  fu  reis  dreiturers; 
L'entretor  fu  d'un  jaspe,  le  helt  de  fin  or  miers, 
E  li  pomels  d'argent  e  tut  bon  li  acers. 
Bucifal  li  dona  qui  fu  fort  e  cursiers. 

570  Cent  valiez  fist  li  rois  por  s'amor  chevaliers 
Qui  tuit  ont  bones  armes  &  bien  coranz  destriers; 
Cist  servirent  l'enfant  par  dons  et  par  luers, 
Sufïerent  en  bataille  les  granz  esters  pleners  ; 
Mult  par  fu  grant  la  feste  &  riche  li  mangers. 

575  Qant  napes  furent  traites,  s'en  partent  esquiers ; 
Li  reis  fait  aporter  chargié  d'or  cent  somers; 
Alixandre  les  done,  par  mules,  par  destre[r]s. 
As  bachelers  novels,  as  mestres  boteilliers, 
Mareschaus  à  ceus  &  à  ces  despensers, 

580  [E]  à  ces  jugleors  e  à  fols  platoners; 

N'i  out  nul  k'en  volsist  n'en  donast  volentiers. 

Par  ceo  se  fist  a(r)mer  e  loer  tut  premers, 

Kar  em  poet  los  conquerre  par  doner  ses  deners, 


557.  E.  m.  p.  a.—-  $58.  guerreiers.  —  564.  gonfâniers.  —  574. 
&  li  r.  —  579.  Corr.  [A]  m.  [à]  queus?  —  J82.  a.  el  cer  t. 


THOMAS    DE    KENT.  219 

Surketut  se  li  hom  est  larges  vianders. 
585  Ore  apreste  ses  armes  &  chars  e  charecters, 
Fait  charger  ses  chameilz,  olifanz  bateillers, 
Kar  en  ost  (en)  volt  aler  venger  ses  desirers. 

Cornent  Alixandre  asega  la  cité  de  Elym,  e  cornent  Alixandre 
oscit  le  rei  Nicholas.  [Val.  i  8] 

A  s  porz  est  Alixandre,  si  a  mult  bel  orage. 


Quant  Alix,  a  de  ces  fait  la  justice,  (f.  44  d) 
Des  granz  trésors  (le  rei)  as  seens  rent  lur  ser- 
Donélur  ad  richesces,  terrejs]  &  manantise,  [vise. 
Asseùré  les  règnes,  ferme  pès  i  ad  mise  ; 
5  Les  chastels,  les  citez,  la  terre  tote  assise  [prise; 
&  fait  [e]  dux  &  comtes  de  cels  qu[e]  il  mielz 
Aspareinz  lu  rei  [Darie]  mostre  si  grant  franchise  : 
Il  lur  done  richesses,  aime  les  sanz  feintise 
&  des  félons  culverz  destruist  la  culvertise. 

10  Tuz  sormonte  d'engin,  de  sen  &  de  cointise; 
Ki  le  volt  saveir,  covient  qu[e]  avant  lise 
L'estoire  de  Porro  qui  de  ci  n'est  esquise, 
[Ej  les  merveilles  d'Ynde,  des  arbres  la  devise, 
Et  cum  Ethyope  Braimande  fut  conquise, 

I  s  Tharatonte  &  Albaine,  les  illes  de  terre  bise, 

II.  Corr.  Ki  V.  iço  s.?  —  12.  L'estoiro que.  —  ij.  vermeilles. 


220  THOMAS    DE    KENT. 

Corne  reine  Candace  fut  de  s'amur  esprise 

&  cornent  Alix,  por  s'amur  se  déguise, 

Cum  Porres  fu(s)t  occist  e  Faecen  [fut]  prise. 

De  Darie  et  d'Alix,  ai  dit  cee  que  fjoe]  sent 
Si  cum  joe  vus  premis  [tut]  el  comencement. 

Sa  enfance,  sa  jovente,  son  sen,  son  hardement, 

Sa  grant  chevalerie  [e]  son  eshalcement. 

Il  od  trieu  de  Rome,  de  Akaye  ensement; 

Tote  Egypte  &  Grèce  fu[ren]t  à  sun  talent 
25  E  Turquie  &  Persie  &  Arrabie  gent; 

&  cornent  del  rei  Darie  enprist  le  vengement 

Ki  lui  quer(r)eit  sa  mort,  (&)  son  desheritement. 

&  tut  icoe  ai  dist  quei  i  fu  et  cornent  ; 

La  ver(i)té  ai  estrait,  si  l'estorie  [ne]  ment, 
^0  N'ai  sez  faiz  acreû,  coe  vus  di  v(er)reiement. 

Mes  bêles  paroles  e  ai  mis  nequedent; 

N'ai  acreù  l'estorie  ne  jo  n'i  ost  neent, 

Pur  plaisir  as  oianz  est  un  atiffement. 

Home  ne  deit  lang[ag]e  traslater  autrement 
3  5  Qui  deï[s]t  mot  por  mot  trop  irreit  leidement. 

D'un  bon  livre  en  latin  fis  cest  traslatement, 

A  cee  qui  l'em  veit  &  siet  n'estoet  desrainement. 

Mais,  qui  que  s'en  corust,  joe  di  m'entendement; 

Mi  voleirs  me  constreinst  od  lur  entichesment  : 
40  Qui  [de]  mun  non  demande,THOMAS  ai  non  de  Kent; 


21.  sa  en  jovente.  —  31.  baroles.  Corr.  Maintes  b.  p.  i  ai?  —  jj. 
Ni  ai...  most  nent.  —  37.  P.-ê.  faut-il  corriger  :  A  ceus  qui  l'ont 
veut  n'estoet  d.;  c.  à  d.  :  Ceux  qui  ont  vu  le  texte  latin  n'ont  pas 
besoin  d'explication. 


THOMAS    DE    KENT.  221 

&  pur  çoe  me  nom  fjoe]  en  cest  enbrievement 
Ne  voil  qu'atre  ait  blasme  de  coe  k'à  moi  apent. 
Si  clerc  ou  chevaler  de  rime  me  reprent    [(f.  45) 
Contre  toz  envios  par  cest  mot  me  defent  : 

45  Cil  qui  plus  seit  de  moi  en  meno[r]  fait  mesprent. 
Or(e)  porrez  vers  oir,  par  le  mein  escient, 
Qui  sunt  à  escoter  à  celi  ki  à  c'entent  : 
Del  rei  d'Ynde  major,  de  son  fier  mandement, 
De  son  riche  palais,  de  son  herbergement, 

ço  De  citez,  de  chastels,  (&)  d'altre  comandement, 
De  ses  riches  trésors  dont  le  mains  est  d'argent 
&  des  merveilles  de  Inde  que  Alix,  aprent 
Anceis  qufe]  il  as  arbres  tenist  son  parlement 
Ki  lui  distrent  sa  mort  &  son  defmement, 

5  5  La  traisun  e  Tengin  &  l'enpoisonement 
Dont  li  bon  reis  après  fut  irié  &  dolent  ; 
Tut  iço  vus  dirrai,  se  Deu  le  me  consent, 
Corn  il  meisme  l'escrit  &  mist  en  testament. 
Sa  mère  l'enveia  à  son  procein  parent, 

60  Al  gentlil]  Aristothe  qui  l'aprist  longuement, 
Issi  cum[el  le  livre  vus  dist  premerement. 

47.  Corr.  q.  funt  à  c.  celi  k'à  ce  e.  ?  —  ji.  Corr.  d.  li  raeindre? 
J2.  les  m.  —  jy.  Tut  joe. 


222  THOMAS    DE    KENT. 

Des  messagers  le  rei  Porre  (VYnde  majur,  &  cornent  Alix, 
conseila  sa  genî. 

5oekerentroeveenescritdeitPenavan|t| 

traire. 
iSoIunc  coe  ke  trovum  en  l'estoire  de 
[Palmaire. 
En  romanz  oi  Pepistre  d'Alisandre  retraire 

65  Qu'il  tramist  Aristotle,  son  bon  mestre  gramaire, 
Quant  il  [s'en]  fut  en  Ynde  où  vist  la  bestiaire. 
De  Perse  vers  Mede  priveement  repaire 
Alix,  après  la  mort  le  [bon]  rei  Daire. 
S[e]  il  ad  eu  guerre,  desore  li  surt  maire, 

70  Car  messagers  li  surdent  de  [part]  son  adversaire 
Porres,  uns  reis  d'Ynde  major  de  [mult]  mal'aire 
Kar  [en]  Perse  lui  volt ,  s'il  poet ,  moveir  contraire .  (b) 
Chescuns  des  messagerschevalche  un  drom  [ad]aire, 
E  portent,  com  Pem  soit,  ovels  pur  peis  faire. 

7  5  Entré  est  Alix,  einz  [en]  la  lande  vaire, 

Mult  (i)  ad  bestes  el  pais,  d'ornes  est  solitaire, 
Li  soleil  i  luist  cler,  tote  la  terre  esclaire; 
L'odor  des  espèces  dolcement  e  soef  flaire. 
Conoissent  li  message(r)  le  rei  al  fier  viaire. 


62.  Corr.  G.  k'en  t.  en  e.  d.  l'en  [en]  a.  —  63.  ne  l'e.  —  71. 
Corr.  Porres  d'Y.  m.,  u.  r,  de  ?  —  74.  ovels,  corr.  olives. 


THOMAS   DE    KENT.  22^ 

De  Babiloine  la  grant  (f.  79  a). 

Solun  coe  ke  trovum  as  plus  anciens  diz, 
Moïses  e  Josephus  le  dient  en  lur  escriz, 
La  prof  le  deluive  aveit  Noé  treis  filz  : 
A  eus  treis  fut  li  mondes  entr'eus  départis, 
5  E  les  noms  des  parties  aprof  les  lur  sortiz. 
Asez  avez,  seignurs,  les  oiz  : 

Dan  Nembroth  li  einnez  fut  .1.  hom  mult  requiz, 
En  tote  félonie  [e]  apris  e  norriz  ; 
Dota  ke  li  mondes  deûs[t]  estre  honiz,  (b) 

10  Ou  par  ewe  naiez,  ou  par  feu  maubfajilliz; 
En  Assirie  la  grant  ad  un  bel  liu  choissiz, 
E  fait  i  doubles  turs,  k'encontre  soit  garniz. 
De  tel  manere  fut  li  morter  endurciz 
Par  feu  nen  ert  il  ars  ne  par  ewe  honiz. 

1 5   Pur  le  voleir  k'il  out  fut  il  mult  escharniz, 
Son  lignage  afolé  e  il  meime  asotiz, 
Devis[él  par  les  terres  e  forment  amatiz. 

Cornent  Babiloine  est  assise  entre  deux  ewes. 

Quant  Semiramis  out  conquis  Ynde  (le)  majur 
E^tute  Ethiopie  puis  la  mort  son  seignur 
20  Sur  quinze  reaumes  régna  par  grant  baudur; 
Babilonie  parfist  la  riche  e  la  greignur 


2.  Cf.  Gen.  IX,  18  ss.;  X,  8,  9;  Ant.  Jad.  I,  4.  -  4.  Corr.  en 
treis  pars  d.î*  —  6.  les  deeus  0.;  faut-il  corriger  les  Deu  œvres? 


2  24  THOMAS    DE    KENT. 

Là  OÙ  comencé  Fout  Nembroth  le  traïtur. 
Entre  Eufraten  e  Tygre,  coe  dien[t]  li  plusur; 
Coe  sont  deus  riches  ewes  de  [mult]  noble  savur. 

2  5  Mult  la  compassa  bien,  de  mur  la  clost  entur, 
De  cinquante  cutés  fut  li  mur  de  laùr, 
E  deus  cenz  piez  de  haut,  estrange  fut  la  longur; 
Ceissante  mil[e]  pas  fut  ronz  solum  la  tur, 
Cent  portes  d'araim  i  out  en  la  premur 

50  Ki  ne  creiment  asaut  ne  de  feu  nul'  ardur. 
De  quatre  mil[e]  pas  fut  haut[ej  la  grant  tur, 
Tut  de  marbre  entaillé  de  diverse  colur  ; 
Tele  cité  ne  fut  mes  fête  à  nul  jur. 
Comanda  ke  illoec  fu[s]t  le  chief  de  son  honur, 

5  5  Mist  i  noveles  leis,  ses  genz  tint  en  amur, 
Feseit  i  ses  comanz  en  liu  d'empereur. 


M 


Cornent  Alisandre  vint  à  Bablloine. 

ult  fut  riche  cité  Babiloine  la  grant,         (c) 
Li  fluvies  Eufrates  [en]  vet  par  mi  corant; 
Cent  portes  i  aveit  de  cler  métal  lusant  ; 
40  Mult  fu  li  chastel  beaus  e  li  mur  avenant. 
Là  vient  Alix.,  le  riche  rei  poissant. 
Pur  le  riche  trésor  Darie  dont  ad  oi  tant. 


A 


Babiloine  vient  atut  son  fier  barnage, 
De  universe  (de)  monde  i  furent  li  message  ; 


36.  en  lui;  p.-ê.  faut-il  à  lei.  —  40.  ch.  leaus.  —  41.  Corr.  Alix 
là  V.? 


THOMAS    DE    KENT.  22$ 

45  Aportent  lui  trésors  e  dounent  lur  irevage. 
Il  doutent  sa  fierté  e  crement  son  corage, 
Ke  si  coe  n'i  feïssent  il  lur  f[e]reit  damage. 
Par  universe  monde  en  fet  novel  taillage 
E  prent  les  grans  trésors,  asiet  i  escuage. 

50  Tut  i  vengent  d'un  an  od  owele  estage, 
Kar  en  Aufrike  irront  al  cressant  de  Perbage  ; 
Conquerre  veut  les  règnes  deske  en  la  mer  savage. 

Cornent  Alix,  fut  garni  de  la  mort  par  sa  mère. 

En  (la  cité  de)  Babiloine  fut  Alix,  li  fiers, 
Par  universe  monde  tramist  ses  messagers, 

5  5  Pur  hommes,  pur  trésors,  pur  armes,  [pur]  deners; 
Mande  princes  e  reis  e  ses  fiez  chevalers, 
Les  ducs  e  les  contes  e  les  bons  soudeers  ; 
Aler  vout  en  Aufrike  [tres]tut  as  blez  premers 
Confondre  tuz  iceus  ke  ne  li  sont  triuwers. 

60  Sa  mère  li  manda  par  privez  messagers  [V.  III,  31] 
Quel  respons  ou[t]  oï  par  les  deus  dreiturers, 
K*i[l]  par  Antipatrem  avéra  granz  encombrers, 
E  ke  il  s'en  gard  de  lui.  Alisandre  dit  :  c<  Volen- 
Antipater  esteit  de  Grèce  justisers,  [tiers.  » 

65  Un  fel,  un  orguillus^  un  juggeres  parlers, 
Enginneres  e  de  mal  fere  custumers; 
Li  tramist  pur  li  od  les  altres  justisers, 
E  fist  altre  justise  de  un  de  ses  conseillers. 

49.  grant.  —  57.  Corr.  les  c.  et  les  d.  —  60.  prieiez  m,  —  61. 
Q.  r.  on...  dreiturens.  — 6}.  Corr.  E  il  dit?  —  67.  Li  [rois]  et  suppr. 

'S 


226  THOMAS    DE    KENT. 

Cornent  Antipater  apparilla  la  poison. 

Li  duc  Antipater  veit  k'il  est  déposez,  (cf) 

,  ^         Altre  mis  en  son  liu  e  il  à  curt  mandez  ; 

Il  doute  mult  le  rei(ne)  [quant]  set  ses  volentez, 

E  creit  bien  ke  il  seit  par  plusurs  accusez; 

Il*out  fet  le  porquei,  coe  reseit  il  asez. 

[Il]  atome  son  eire,  vers  la  curt  est  alez. 
75   De  meinte  félonie  s'est  li  quoens  purpensez. 

Einz  k'il  venist  à  curt,  destempra  uns  herbez  ; 

Li  venims  fut  mult  fort,  li  vins  elleborez, 

Tramist  le  à  la  curt  par  un  de  ses  privez. 

Le  reis  a[l]  manger  sist  od  [tres]tut  ses  barnez 
80  [E]  attendent  les  princes  qui  de  loinz  sont  mandez. 

De  par  le  duc  li  fut  li  venims  présentez; 

Il  dist  au  botiler  :  «  Amis,  or(e)  m'en  donez, 

«  [E]  si  dites  au  conte  de  ses  presens  bons  grez.  » 

Li  messager  prent  congé,  del  paleis  est  turnez  ; 
85  E  cil  verse  le  vin  en  un  vessel  dorrez  ; 

Li  reis  ne  siet  les  maus  k[e]  ovoek  sunt  medlez. 


V 


Cornent  Alix,  huit  la  poison. 

enuz  est  li  termes  ke  l'arbres  eurent  dist, 
Ke  Alisandre  de  sa  mort  n'avereit  plus  respit; 


84.  Corr.  Li  mes  a  pris?  —  87.  Les  laisses  qui  suivent,  jusqu'à  la 
hihrique  :  Cornent  les  poeples  sortirent  pur  le  corps  Alisandre  (/,  86 
c)  sont  empruntées  à  la  version  d'Alexandre  de  Bernay  et  de  Lambert 
le  Tort;  les  trois  premières  sont  données  ici  in  extenso^  et  sans  aucune 
correction,  avec  les  variantes  de  M.  —  87.  (507,29)  L.  t.  est  v.  que  li 
arbre.  —  88.  Mj  despit,  avec  un  r  écrit  au  dessus  du  d  par  une  main 
contemporaine.  Qu'A,  li  rois  n'aroit  p.  de  r. 


THOMAS    DE    KENT.  22J 

Li  an  e  li  oit  meis  sont  entré  e  acompliz. 
90  Coe  fut  au  jur  trezzime,  cum  il  est  escrit,  [(f.  80) 

Alisandre  fut  en  tel  crime  tut  le  cors  lui  defist, 

E  ad  mandé  sa  gent,  talent  ad  kes  convit; 

E  vodra  tenir  curt,  onc  si  grant  ne  vit. 

llloec  serront  donez  pailles  e  samit, 
95  Vessele  d'or  e  d'argent  de  la  terre  d'Egypt. 

Par  tute  Babilonie  ad  li  reis  fet  crier 
E  tuz  les  chevaler  de  la  terre  mander 
K^il  viengent  à  lui  pur  sa  curt  honurer. 
On  n'en  vint  nuls  k'il  ne  féist  doner 

100  Vessele  d'or  ou  d'argent  ou  paille  d'outremer. 
A  plus  meistre  deis  sist  le  reis  au  manger, 
E  furent  entur  li  cel  jur  li  duzze  per. 
Si  li  reis  out  pour  n'en  fist  mie  à  blâmer, 
Car  venuz  est  li  termes  k'il  deveit  fmer, 

1 0  j  Ke  l'arbre  lui  distrent,  ob.  il  ala  parler, 
Ke  cel  jur  de  sa  mort  ne  purreit  trespasser. 
A  tuz  ceus  qui  servirent  fist  li  reis  comander 
K'il  facent  tuz  les  manches  de  lur  cotes  oster. 
Si  viengent  as  bras  nuz  le  manger  porter, 

1 10  Car  durement  se  crient  li  rois  d'enpoisoner. 
Mult  en  avéra  grant  si  cel  jur  poet  passer, 

89.  vii.  m.  passé  et  a.  — 90.  Si  c.  conte  l'escrit  {Var.  de  }7î  si 

c.  il  est  escrit).  —  91.  Li  rois  f li  frémit.  —92.  g.  par  lettres, 

par  escrit. — 95.  Que...  ains  homs  s.  —  94.  pale  et  drap  et  s. — 95. 
Vassiel.  —  97.  tous  ses  ch.  —  98.  p.  sen  cors,  —  99.  il  n'i  v.  on- 

3 lies  nus  qui  (37$  cui).  —  100.  Vassiel.  —  ici.  En  son  p...  au 
isner.  —  104.  li  jors  que.  —  10 j.  li  a.  —  106.  ne  pooit  respasser 
(}7J  escaper).—  107.  taitlir.  —  109.  Etv...  aporter.  —  m.  M. 
averoit  g.  joie. 


228  THOMAS    DE    KENT. 

Mes  li  serfs  de  put'eire  ke  ne  le  poent  amer 
E  ke  Alix,  pensout  hautement  honorer 
Ont  aporté  le  fusche  pur  lui  envenimer. 
1 1  $  Allas  !  por  quoi  le  firent,  com  l'osèrent  penser  ! 
James  si  bon  seignur  ne  poront  recoverer; 
De  Darie  le  Persant  lur  pust  remenbrer; 
Ja  nus  hom  ne  deit  serfs  eshaucer  ne  lever. 

Mult  par  fut  grant  la  curt  ke  li  reis  ot  assemblée, 
Meinte  bêle  richesces  i  fust  le  jour  mostrée. 
Li  reis  sist  au  manger  en  la  sale  pavée, 
Mult  par  out  grant  pour,  e  sa  gent  est  efïréée 
Pur  coe  ke  à  cel  jur  fu  sa  mort  destinée, 
Issint  com  li  arbre  Furent  devisée. 
1 2  5  Li  dui  serf  ke  sa  mort  urent  apretestée 
Li  uns  sist  à  manger,  à  la  table  honurée, 
E  li  altres  serveit  en  propro  roée  ; 
Devant  le  rei  meïme  tint  la  coupe  dorrée 
Ke  ert  des  riches  pères  porpris'e  aûrnée. 
1 30  Mult  ert  la  traison  cointement  purparlée  : 
Pur  coe  k'il  ont  des  braz  lur  manches  ostée, 
As  ongles  de  ses  poues  ad  l'encousche  butée. 
Quant  li  rois  vout  le  vin  sa  coupe  ad  demandée  ; 


112.  qui...  pot.—  iij.  Et  q.li  rois  p.  forment  à  h.—  114.  l'en- 
toske.  —  1 16-7.  Manquent  dans  M.  —  119.  k'ot  li  r.  —  120.  i  ot  le 
j.  donnée,  —  122.  p.  sa  gent  fut  esfreé[el  —  '24.  li  doi  a.  li  orent. 

—  125.  qui  sa  m.  avoieni  a.  —  126.  m.  de  la  t.  dorée  (37$  honorée). 

—  127.  en  le  porpre.  —  128.  Par  d.  Alixandre.  —  129.  Qui  de 
p.  estoit  ricement  a.  —  130.  Manque  dans  M.  —  131,  P.  coi  ont 
il  lor  m.  à  cescun  d'aus  0.  —  132.  En  l'ongle  de  ses  dois  (375  lor 
pois)  ot  l'entoske  adesée  (375  botée);  après  ce  y  ers  trois  autres  en 
plus  dans  M.  —  133.  r.  voit. 


THOMAS    DE    KENT.  229 

E  cil  fiert  einz  ses  poues,  si  li  ad  liverée. 
1 3  j  Tantost  corn  il  ad  beu  si  li  art  la  couréc,  (b) 

Li  qoers  li  moert  al  ventre,  si  ad  la  pectrine  emflée, 

Puis  saille  de  la  table,  e  la  coupe  ad  jus  getée  ; 

Pur  coe  ke  morir  pensse  une  plume  ad  demandée. 

Antipater  li  fels  li  ad  une  prestée 
140  K'il  out  tut  prestement  souz  sa  chape  donée, 

Esteit  de  venim  e  li  tuschée  e  luée. 

Alix,  la  prist,  ne  Tad  pas  esgardée  ; 

Si  l'ad  ignelement  en  sa  bouche  butuée. 

Li  derains  venims  l'ad  à  la  mort  donée  : 
145  Tut  li  membre  li  faillent,  si  ad  la  colur  muée. 

«  Aï  !  ))  fet-il  «  meinne,  com  dure  deseverée! 

«  Pur  veir,  tut  sanz  doutance,  est  ma  vie  outrée; 

«  Des  arbres  e  del  nombre  ore  est  la  chose  verrée.  » 

i^uant  li  reis  out  beû  si  fremist  tut  si  cors  ' 

Alisandre  apele  Licanor  le  filz  Fale  *, 

Quant  Alix,  se  senti  de  la  mort  anguisser  J,  (c) 


134.  s.  mains  si  l'a  envenimée.  —  135.  Sitos  com  l'a  beù.  — 
l}6.  Manque  dans  M.  —  138.  vomir  vot...  rouvée.  —  139.  la  li  a 
aportée.  —  140.  Si  l'otsous  son  mantiel  si  coiement  botée.  —  141. 
entoskiée  et  lavée.  —  142.  En  sa  b.  le  met  sans  plus  de  demorée. 

—  144.  li  a  la  m.  d.  —  145.  le  poitrine  a  enflée  {cf.  ci-dessus  v.  136). 

—  146.  E  Dex  dist  Alixandres  c;  dans  P.  au  lieu  de  meinne,  /.  men- 
nie;  —  147,  or  est  me  vie  alée.  —  148.  et  des  monstres...  avérée. 

I.  M.  509,  20.  A  partir  d'ici  je  donne  le  premier  vers  de  chaque 
tirade  et  la  concordance  avec  M.  —  2.  M.  J24,  3.  —  }.  Af.  510,5. 


230  THOMAS    DE    KENT. 

Misandre  oi  les  criz  e  sa  gent  doluser  ', 

Misandre  out  grant  anguisse  car  [de]  la  mort  fut 

[près2;(^ 

Quant  Misandre  veit  ke  la  mort  le  justise  ?,  (f.  8 1  ) 

Tholomeu,  dist  Alix.,  joe  te  dorrai  Egypte 4; 

Tholomeu,  dit  Alix.,  joe  vous  aim  de  corage  5,  (b) 

Seignurs,  dit  Alix.,  mult  sui  en  grant  turment^, 

Alisandre  par  cherté  en  apela  Clyton  7  :  (c) 

Ça  venez,  dist  li  rois,  Eumenidus  de  Cartage  8;(ii) 

Ariste,  dist  Alisandre,  joe  vous  doins  une  terre  9  ; 

Ça  venez,  dist  Alisandre^  sire  Antiochus  'o  (f.  82) 

Aprosmiez  à  moi  vus,  beau  sire  Philotas  "  ; 

Alisandre  apele  Lycanor  oh  se  fie  '2, 

Caunus,  cil  de  Mulete,  aprosmez  vus  à  moy  '  ?  ;  (b) 


I.  M.  510,34.  —  2.  M.   5II,2J. j.  A/.  509,  26.  —4.  M. 

512,  4.  — ■  ^.  M.  512,  20.  —  6.  Manque  dans  M.,  mais  se  trouve  dans 
les  autres  mss.;  cf.  ci-dessus,  p.  102,  note  2.  — 7.  M.  512,  32,  — 
8.  M.  513,  2j.  —  9.  M.  514,  9.—  10.  M.  514,  15.  — II.  M.  j  14, 
23.  —  12.  M.  514,  37.  —  13.  M.  n5,  30. 


THOMAS    DE    KENT.  2^1 

Seignurs,  dist  Misandre,  ne  vous  chaud  de  plorer  ' , 

[(0 

Amis  Antigonus,  dist  Alisandre,  sa  venez  ^      (jT) 

Arides,  dist  Alisandre,  joe  vus  dorrai  Cartage  ?  ; 

Paulus  de  Macédoine  li  [reis]  ad  apelee  4  :  (f.  83) 

Quant  Alisandre  en  out  les  dozze  pers  casez  J , 

Çoe  fut  un  samadi  quant  le  jur  lur  aproesce  ^    (h) 

Ki  lors  veït  son  doel  démener  à  Cloion  7, 

Ki  lores  oïst  le  doel  que  fet  Eumenidus  ^  ! 

Licanor  fet  grant  dolur,  pur  li  crie  e  plore  9,    (c) 

As  piez  li  reis  de  Grèce  entre  les  altres  Grius  'o, 

Pilotas  fet  grant  doel  entre  li  e  son  frère  '  '  (d) 

Aristes  fet  grant  doel  e  fet  grève  pleinte  '^  :  (f.  84) 

Pur  Alisandre  plore  Caunus  le  filz  Saberte  «3, 

Qui  lors  veïst  le  doel  qui  meine  Perdicas  '4, 


I.  U.  516,  9.  —  2.  M.  516,  )I.-—  }.  M.  517,  II.  — 4.  M.  517, 
28.  —  J.  M.  JI8,  I.  —  6.  Af.  518,  14.  —  7.  M.  jiB,  26.  — "è. 
M.  J19,  «0.  — 9.  Af.  JI9,  25.  —  10.  Af.  n6,  20.  —  II.  Af.  JI9. 
JJ.  —  12.  Af.  J20,  9.  —  13.  Af.   J20,  19.  —   14.  Af.   Î20,  }2. 


2^2  THOMAS    DE    KENT. 


Mult  (/.  Mors)  fut  Misandre  en  mai  kant  passe  la 

[kalende  ' . 

Arides  fet  tel  doel  ke  nuls  hom  n'en  conforte  2,    (b) 

Antiochus  fet  tel  doel  ke  tut  li  poeples  loe  3  : 

Antigonus  fet  tel  doel  ke  del  tut  s'afole  4, 

Del  doel  en  est  mervaille  ke  li  baron  ont  fet  5 .  (c) 

Alisandre  se  pasme  pur  la  mort  kel  destreint  ^, 

Mult  par  fut  grant  li  doel  quant  Alix,  est  fmiz  7 

Joël  tint  pas  à  merveille  se  cil  ont  grant  pour  8, 

[(f.  85  b) 

Del  bon  rei  Alisandre  dont  la  terre  est  orphenine9, 

[(0 

Après  danz  Clins  grant  doel  renovele  'o  (d) 
Après  Eumenidus  ke  fut  reis  de  Nubie  ",  (f.  86) 


I.  M.  521,  9.  —  2.  M.  J2I,  26.  —  3.  M.  521,  j8.  —  4.  M. 
J22,  18.  —  5,  M.  523,  20.  —  6.  M.  524,  19.  —  7.  M.  J24,  31. 
—  8.  M.  J28,  I.  —  9.  M.  J29,  23.  —  10.  M.  J31,  18.  —  II.  M. 
532,  21. 


THOMAS    DE    KENT.  253 

Cornent  les  poeples  sortirent  pur  le  corps  Alisandre.(i.S6c) 

Veanz  tuz  ses  barons  fet  li  reis  son  devis 
E  donc  ses  trésors,  reaumes  epaïs 
A  ses  bons  compaignons  e  à  ses  chers  amis. 
Chescun  [en]  out  sa  part  solum  coe  ke  ont  pris. 
5  Morut  donc  Alix.,  li  granz,  li  poestifs. 
Puis  ke  fut  chevaler  ne  fut  ke  dozze  ans  vifs, 
E  vint  en  out  devant  [ke]  il  out  adubs  pris; 
Entre  tut  trente  deus,  sunt  dozze  e  deus  feiz  dis. 
Au  rei  ensevelir  eurent  tençons  e  estrifs, 
10  Car  cil  de  Macédoine  ont  pur  le  cors  tramis; 
Cil  de  Perse  volent  k'en  lur  terre  seit  mis, 
Babilonien  dient  ainz  erent  mil  oscis, 
Cent  chasteaus  abatuz  e  mil  paleis  maumis. 

M.ult  i  out  grant  estrif  pur  le  cors  enfuir, 
. ,  Car  li  Babilonien  le  volent  ensevelir, 

Cil  de  Macédoine  ne  volent  coe  soffrir 
E  Persien  s'aforcent  cum  le  pussent  tolir. 
Quant  del  cors  ensevelir  ne  lur  pout  covenir, 


i-j  —  Val.  III,  31  ;  «  Ordinatis  itaqut  rébus  dispositisque  princi- 
pibus  ac  ducibus  suis^  prout  sibi  libuit,  spiritum  emisit.  »  —  6-8  = 
Val.  III,  3  5  :  «  Vixit  autem  annis  triginta  duobus,  imperio  potitus 
annis  duodecim.  »  —  9-30  =  Val.  III,  31  ;  «  Cumque  de  sepultura 
illius  iurgia  orirentur,  quippe  Macedonibus  in  sua  eum  transferre  cu- 
pientibus  et  Persis  e  contra  resistentibus^  tandem  lovis  oraculum  con- 
sulenteSy  responsum  acceperunt  apud  Mgyptum  eum  sepeliri  oportere, 
non  in  Memphis,  verum  in  illa  quam  ipse  sibi  adificaverat  urbe.  Ergo 
honorificentissime  ibi  ei  erecta  est  sepultura.  —  18.  Corr.  de  l'ense- 
velir ? 


2  34  THOMAS    DE    KENT. 

Si  se  mistrent  en  coe  k'il  en  deussent  sortir 
20  E  le  voler  as  deus  volent  entr'eus  oïr. 

Si  se  sunt  en  oreisuns  mis  par  lur  commun  plaisir. 

Si  estriva  le  poeples  pur  le  cors  Alix  '. 

Cornent  le  (1.  //)  deus  ordinereni  la  sépulture  Alisandre. 

Une  voiz  donc  lur  dit  ke  [il]  pas  n'estrivassent, 
Mes  le  voleir  as  deus  fere  tost  lessassent 
[E]  le  cors  Alix,  en  Egypte  portassent; 
25'  A  la  cité  ke  il  fist  honurablement  l'enterrassent. 

Quant  seurent  le  responsonkes  puis  n'estriverent, 
Mes  [tut]  dreit  en  Egypte  à  feste  l'emportèrent, 
En  la  grant  Alisandre  à  honur  Fentererent 
En  sarku  de  fm  or,  mes  primes  Penbasmerent, 
30  Dolent  furent  li  soen,  plorent  e  waimenterent. 

Sur  la  tumbe  Alix,  grant  doel  li  soen  menèrent, 
[E]  bâtirent  lur  paumes,  lur  cheveuz  detirerent, 
Lur  riche  garnemenz  d'anguisse  decirerent. 
Aproef  l'ensevelir  li  ducs  se  desev(e)rerenl  ; 
3  5  En  lur  propres  terres  e  en  lur  citez  alerent, 
E  les  [lur]  chivalers  par  les  règnes  mandèrent. 
Icil  qui  poent  e  puis  s'en  assemblèrent, 
Efforcèrent  lur  murs  e  lur  citez  fermèrent, 

2 1 .  Corr.  En  0.  se  mettent  ?  —  i .  Cette  rubrique  se  rapporte  aux 
vers  qui  précèdent,  en  marge  desquels  elle  est  placée.  Une  miniature 
la  sépare  de  la  rubrique  qui  suit.  —  26.  onc  p.  —  31.  Pur, 


THOMAS    DE    KENT.  235 

E  garnirent  lur  turs,  de  guerre  s'aturnerent  ; 
40  Comunementpartutlemond[e]semedlerent.  (f.87) 
-  Li  povere  e  li  cheitif  cest  estrif  comparere[nt], 
E  la  mort  Misandre  mult  cher  achaterent. 
E  icil  des  régnés  ke  plus  la  désirèrent 
Premer  se  repentirent  pur  le  mal  ke  troverent, 
45  (E)  en  servage  cheïrent,  en  peur  ke  nen  erent. 

[tirent, 

Grant  mervelle  est  de  gent  qui  encontre  reison 
Changent  en  curages  e  en  lur  quoer  désirent 

Novehez  e  changez  dont  sei  meimes  empirent. 

Tant  com  Alisandre  vesqui  li  baron  l'en  haïrent, 
50  Detraistrent  par  paroles  e  plusurs  mais  bastirent, 

E  felonessement  par  poison  le  traïrent. 

Où  sist  à  son  manger  granz  mais  e  règnes  firent; 

Cil  ki  au  conseil  furent  onkes  [mes]  n'en  joirent  : 

En  tel  aventure  e  en  tel  peine  cheïrent 
5  j  Dont  il  e  tut  lur  eir  puis  en  repentirent; 

Plus  de  quinze  reaumes  tiel  dolur  en  suffrirent 

[Que]  eissillee  en  furent,  la  soe  mort  mar  virent. 

La  gent  en  fut  destruite  e  des  terres  fuirent, 

Povere  e  cheitif  lur  hérité  guerpirent 
60  Li  reis  e  li  princes  lur  vies  em  perdirent, 

I^ur  la  mort  Alisandre  k'il  a  [grant]  tort  murdirent. 

Ici  finist  la  romanz  de  Me  chevalerie. 
J9.  Corr.  li  reis  v. 


MANUSCRIT 

DE  VENISE 


Incipit  liber  magni  régis  Alexandri. 

jonte  voil  dire  par  rime  e  par  leoine 
iDel  fil  Felipe  le  roi  de  Macédoine, 
'e  d'Alexandre  que  conquist  Babiloine, 
Perse  et  Africe,  Baudaç  e  Sydoine, 


Remarque.  —  Les  chiffres  placés  à  droite  marquent  la  correspon- 
dance de  ce  fragment  avec  le  début  du  ms.  de  l'Arsenal,  publié  ci- 
dessus,  p.  1^  et  suiv.  Je  n'ai  fait  au  texte  aucune  correction,  à  part 
quelques  additions  entre  f  ]  de  lettres  évidemment  oubliées,  la  compa- 
raison avec  Ars.  suffisant,  dans  la  plupart  des  cas,  à  indiquer  la 
bonne  leçon.  Les  cas  qui  soulèvent  une  difficulté  sont  discutés  en  note. 
.  I.  Quelques  mots  ou  lettres  sont  d'une  lecture  difficile,  l'écriture 
étant  très-usée  aux  w.  i,  j,  8,  9,  44,  46-9,  etc.  —  Ibid.  et  w.  42, 
60,  181,  182,  324,  rtc.  par  est  abrégé  (p  barré);  auxw.  ij,  38,  77, 
194,  (?fc.  en  toutes  lettres ;per,  en  toutes  lettres,  w.  37,  78,  114,  142, 
154,  180,  183,  199,  202,  264,  330,  etc.  —  3.  Corr.  C'est  d'Al.? 
Ce  vers  manque  dans  Ars.  —  4.  Ici,  et  constamment  dans  l'intérieur 
du  vers,  et  est  représenté  par  une  ligature,  mais  au  commencement 
du  vers  il  est  toujours  écrit  e  devant  une  consonne  (w.  3,  6,  61,  68, 
89,  24J,  2J0,  etc)  et  et  devant  une  voyelle  [w.  130,  203,  238,  249, 
298,  501,  311,  etc.).  —  Ibid.  Baudaç,  la  cédille  est  dans  le  ms.  De 
même  partout.  —  Ibid.  En  combinant  les  deux  leçons  on  pourrait 
rétablir  le  second  hémistiche  ainsi  :  Baudas,  Tir  e  S. 


2^8  MANUSCRIT    DE    VENISE. 

$  Jérusalem  e  la  terre  d'Escaloinne, 
E  tôt  le  mond  mist  en  si  grant  engoinne 
Qui  nel  voloit  servir  de  trestot  son  espoine 
Nel  defendi  escuç  ne  iaume  ne  la  broine, 
Morir  l'estut,  ainz  n'e[n]  fu  prise(?)  essoine, 
1 0  Geste  ystoire  n'est  mie  d'Auberin  li  canoine. 


t; 


iraite  est  de  geste  tote  ceste  chançon; 
L^ystoire  fu  trovée  droit  en  un  dromon, 
De  la  terre  d'Egypte  Paporterent  Noon. 
Un  clers  la  fist  c'om  apelle  Symon; 
1 5  Contrescrist  la  par  tel  entention 
Que  ice  sacent  tuit  civaler  e  baron 
Ja  nus  n'ert  ja  esprovez  enz  en  sa  maison. 
Honors  conoistre  n'est  se  proece  non; 
Ja  des  recreanz  n'orrez  bone  chançon. 

20  ^uand  Alx.  li  filz  Felipes  fu  nez 

V^Par  mont  grand  signes  fu  li  rois  demostrez: 

Li  ciels  mua  totes  ses  qualitez, 

Li  soleil  e  la  lune  perdirent  ses  clartez 

Li  jors  meesmes  torna  en  escurtez, 
25  Croloit  la  terre,  si  trembloit  de  toz  lez, 


5.  engoine  est  la  lecture  de  M.  Bartsch;  toutefois  la  leçon  du  ms., 
à  en  juger  par  le  fac-similé,  est  obscure  et  n'exclut  pas  aigoine  donné 
par  Ars.  —  10.  Vers  qui  manque  dans  Ars.  et,  selon  toute  apparence, 
interpolé;  on  peut  en  dire  aurant  des  vv.  31,  42,  52,  qui  terminent 
également  des  laisses.  —  1 1-9.  Cette  laisse,  qui  manque  dans  Ars.  et  où 
plus  de  la  moitié  des  vers  sont  faux,  semble  interpolée.  —  14.  Simon, 
il  y  avait  d'abord  Sanson,  que  le  scribe  a  exponctué.  —  20.  Felipes, 
en  toutes  lettres. 


MANUSCRIT    DE    VENISE.  239 

En  mer  profunde  fu  grans  la  tempestez  ;  1 5 

Li  rois  Felipes  fu  mont  espoantez 
De  cel  enfant  que  si  fu  demostrez. 
Ce  senefie  que  il  ert  moût  senez 
30  E  que  li  enfes  conquerra  maint  régnez, 
Les  amirauz  e  totes  les  citez. 

Quand  Alx.  nasqui  en  icel  jor  20 

0  lui  nasquirent  .xxx.  fil  de  contor 

De  Macédoine,  de  filz  de  vavasor; 
3  5  Cil  enfanz  furent  de  l'ahé  lor  seignor. 

E[n]  mantes  terres  li  conquistrent  honor; 

Tuit  li  servirent  de  gré  e  per  amor;  25 

Par  lui  sofrirent  faim  e  soi  e  dolor 

En  Babiloine  et  en  Ynde  major, 
40  En  l'aspra  terre  et  en  la  superior 

Où  li  serpent  li  firent  la  paor  ; 

Mainz  maus  retraistrent  de  sei  par  la  chalor. 


L^ 


i  rois  Felipes  ot  cel  enfant  moût  chier;       30 
D'un  de  ses  druz  li  a  fait  nurricier. 
4$  Olimpias  en  pria,  sa  mulier, 

Malvaise  feme  qu'ele  nel  lait  bailer. 

Li  petiz  enfes  avoit  le  cuer  si  fier 

Que  lait  de  feme  ne  degnoit  alatier  3  5 

Ne  la  viande  desor  son  doi  mangier. 

2 1 .  rois  (=  iors)  sic!  —  3 1 .  E«  face  de  cette  laisse  une  miniature 
accompagnée  de  cette  rubrique  :  Li  jor  qu'Alx.  nasqui  furent  li  signes 
en  ciel.  — 42.  Miniature:  De  .xxx.  fil  de  contor  que  nasquirent  en 
icel  jor  que  nasqui  Alx.  —  44.  nurricier  est  incertain^  M.  Bartsch  lit 
nutroier.  —  49.  mangier  est  la  correction  proposée  à  Ars. 


^40  MANUSCRIT    DE    VENISE. 

$0  Une  pulcelle,  file  d'un  chivaleer,  (y») 

L'estovoit  paistre  à  un  orine  cuiller; 
Trastoz  li  mondes  s'en  peùst  merveiller. 

j    i  enfes  crut  de  cors  e  d'esciant 

^Plusen  .VIII.  anz  qu'autres  enfes  en  cant;  40 
$  5  Quant  que  il  voit  e  quant  que  il  ot  aprent^ 
Losengeors  ne  prise  il  niant 
Ne  sa  parole  plus  quetrespas  de  vant; 
Chivaler  aime  et  honore  formant, 
Quant  que  il  a  tôt  lor  met  en  presant.  45 

60  Tant  par  est  larges  ne  prise  or  ni  argant; 
E  quant  que  il  a  tôt  done  à  sa  gant, 
As  chivalers  quil  servent  à  talant. 

T    i  rois  Felipes  quist  à  Penfant  dotors  : 
^De  tote  Grèce  eslut  li  .vu.  meillors. 

65  Cil  li  apristrent  des  estoiles  les  cors,  50 

Del  firmament  les  sovrans  raisons, 
Les  set  planètes  e  les  signes  ancors, 
E  les  .VII.  ars  e  toz  les  set  auctors, 
De  nigromance  e  d'enchanter  les  flors, 

70  D'escas,  de  tables,  d'esparviers  et  d'astors, 
Parler  à  dames  cortoisement  d'amors,  $  5 

De  jugemant  sormonter  jugeors, 
Bastir  arguait  por  prendre  robeors. 

Sh  de  sciant;  de  même  de  scas...  de  sparviers   70  etc  —  (6  Les 

même'"Z',rï'''''^'"^  ^  ''"'P^''  ^^"^  '^  '"""^^  ^'^fi^^l'  ^^  P"«.  De 
^él^^^l^:  '°^-  -  ^'-  '^  --  original  (Ars'  47)  est 


MANUSCRIT    DE    VENISE.  24I 

Quant  li  .VII.  maistre  l'orent  apris  forment, 
Un  en  i  ot  de  greignor  escient  : 
Sor  toz  les  autres  sot  cil  d'enchantement,        60 
Neptenabus  ot  nom  par  escient. 
Per  le  reiaume  lo  disoient  la  gent 
Que  Alx.  ert  ses  filz  voirement; 
80  Plusors  lo  distrent,  mai  je  n'en  croi  nient,        64 
Car  pois  l'ocist  moût  engososement  : 
De  sor  un  mur  Tenpeint  el  fondement, 
Pois  l'en  pesa,  si'n  ot  le  cuer  dolent. 

Tant  crut  li  enfes  que  il  ot  .xii.  anz  passez. 69 
^ ,         Un  jor  s'aloit  desduiant  par  un  prez  83 

Soz  lo  palais  de  sa  reiaul  citez. 
0  lui  istoient  .v.  cent  doncel  jostez. 
Dans  Pestions  i  ère  e  Tolomez, 
E  cil  dui  erent  ses  druz  e  ses  privez. 
90  Honir  oirent  un  chival  encartrez. 
Guida  oir  lions  enchaenez; 
Ses  druz  apelle,  si  lor  a  demandez  90 

Que  ce  poit  estre,  ne  li  soit  pas  celez. 

Dans  Tolomez  parla  primeiremcnt  : 
^ ,         «  Sire,  »  dist  il,  «  nel  vos  cèlerai  nient. 


75.  Miniature  :  De  li  .vu.  maistre  que  aprendoit  (?)  Alx. 
—  8).  Le  vers  (68)  qu'ajoute  Ars.  est  probablement  interpolé. — 
84-93.  Pour  cette  laisse,  Ars.  en  contient  deux.  La  première  se 
compose  du  v.  84  de  Ven.  et  de  treize  vers  certainement  interpolés;  la 
seconde  correspond  aux  w.  85-93  de  Ven.  Toute  la  tirade  devrait 
être,  dans  Ven.  comme  dans  Ars,  en  é  et  non  en  ez.  La  grammaire 
ne  s'y  oppose  qu'au  v.  88,  pour  lequel  Ars.  fournit  la  bonne  leçon.  — 
90.  Henir? 

16 


242  MANUSCRIT    DE   VENISE. 

«  Fols  soie  je  si  or  je  vos  en  ment  : 
«  C'est  un  chivals  que  manjue  la  gent,  9$ 

«  Des  marescale  a  mangié  plus  de  cent, 
«  E  cort  plus  tost  que  aleine  de  vent. 
100  «  Ni  a  soing d'avoine,  d'orge  ne  déforment,  (f.  2) 
«  Pan  coit  manjue  e  boit  vin  e  piment.  » 
Ot  l'Alx.,  desrenge  e  desent;  100 

Iluec  demonstra  son  primier  ardiment. 

Dist  Tolomeu  :  «  Sire,  oiez  ma  raison  : 
.  _  ^         «  D'un  buen  chival  poez  oïr  le  nom 
«  Que  plus  est  fiers  que  tygre  ni  lyon  : 
«  Grand  a  la  gole,  des  dens  semble  dragon.    105 
«  Li  rois  Felipes,  quand  puet  prendre  larron, 
((  Il  ne  li  fait  autre  destrucion, 
1 10  «  Mais  au  chival  li  done  à  livrason; 
«  Il  l'a  plus  tost  lancié  en  son  goitron. 
«  Que  doçe  loups  n'auroient  un  mouton.         1 10 
((  Quil  do[n]tera  reis  ert  sens  contençon. 

Per  ma  foi,  sire,  moût  est  fiers  li  chivals, 
. . ,         ((  Ane  en  cest  siegle  non  fu  mais  un  aitals. 
«  En  une  cartre  lo  tient  ton  père  enclaus, 
«  Vers  lui  non  osse  habiter  senescals  :  115 

«  Toz  les  ocit  e  les  bons  e  les  mais. 
«  Se  çinc  cent  homes  i  avoit  0  tinals 
120  u  Ne  si  doteroit  il  plus  que  il  faroit  un  gais.  » 

120.  si,  M.  Bartsch  a  lu  li,  ce  qui  paraît  préférable,  ce  ms. 
mettant  fréquemment  li  pour  les  ou  le,  cf.  vv.  64,  110,  197.  Le 
copiste  a  probablement  voulu  dire  «  ne  les  douteroienty),  et  levers  resti- 
tué serait  :  Nés  doteroit  plus  q.  f.  uns  g. 


MANUSCRIT   DE   VENISE.  243 

Ot  PAlx.,  desrenge  corn  un  fais, 

Demonstrer  volt  corn  il  sera  vasals.  1 20 

^<^uant  à  la  cartre  anceis  pot  parvenir,        127 
V^n  ne  trova  qui  li  us  ossast  ovrir; 

1 2  5  Fiert  à  un  mail,  les  coins  en  fait  saillir. 

Les  piez  devant  començe  à  fletir 
Basse  lo  chief,  signe  fait  de  servir. 

^uant  Bucifale  vit  venir  son  segnor, 
V^Baisse  lo  chief,  signe  li  fait  d'amor. 
I  ?o  Et  aIx.  la  (sic)  saisist  par  vigor. 

Un  frein  li  mist  que  fu  de  gran  valor  ;  1 40 

Saut  sor  son  dos  e  si  eist  de  la  tor, 
Dreit  al  palais  en  vient  à  Paumancor, 
Desfublez  fu  et  ot  gente  color; 

1 3  5  Contre  lui  eissent  e  dux  e  vavasor. 

Nen  i  ot  un  qui  n'eûst  grant  paor. 

De  Bucifale  lor  vint  si  grant'freor  145 

Li  plus  ardiz  vousist  estre  en  un  sor. 


e  desor  lui  est  sailiz  li  vassals, 
140    i^Sor  les  degrez  est  montez  Bucifals. 


d; 


122.  Les  six  vers  qu'ajoute  Ars.  (  1 2 1-6),  et  qui  allongent  inutilement 
la  laisse,  sont  interpolés.  —  125.  Ici  le  ms.  omet  un  vers  nécessaire  {Ars. 
i  }o),  —1 27.  Les  quatre  vers  qui  suivent  dans  Ars.  (1 J  3-6)  sont  inutiles 
au  sens,  mais  ils  complètent  la  tirade.  Il  est  donc  plutôt  à  croire  qu'ils 
ont  été  retranchés  par  Ven.  qu'ajoutés  par  Ars.  —  138.  Miniature  : 
D*a1x.  que  vint  à  Bucifale  en  la  cartre.  —  139-40.  Leçon  qui  peut 
se  soutenir,  mais  qui  semble  plutôt  une  correction  à  Ars.  Il  n'est 
pas  nécessaire  de  dire  qu'Alexandre  monte  sur  Bucéfal,  cela  ayant  déjà 
été  dit  au  V.  132. 


244  MANUSCRIT    DE    VENISE. 

Fiers  est  li  sires  e  plus  fiers  li  chivals,  1 50 

Per  mei  la  sale  tresvola  corn  un  fais, 
Peçoie  tables  e  deromp  caminals. 
Cil  chivaliers  déguerpirent  lor  estais, 
145  Tuit  li  plusor  fuient  à  lor  ostals, 

Ce  lor  est  vis  cent  anz  durast  li  mais. 

Li  reis  Felipe  cria  ses  senescals  1 5  5 

Qu'i  lo  défendent  0  fust  et  0  tinals. 

Quant  Alx.  vit  le  roi  Felipon 
En  tel  paor  et  en  tel  sospecion,  (v°) 

Que  de  la  sale  fuirent  li  baron, 
Ne  ne  sot  un  remandre  en  la  maison,  160 

Del  fier  chival  descent  sor  un  peron  ; 
Per  un  frein  d'or  lo  rent  à  Festion, 
1 5  5  Quel  reis  Felis  si  Pot  de  Salamon. 
Cil  lo  crement  plus  que  tygre  ni  lion  ; 
N'est  pas  merveille,  car  il  sembla  dragon. 
Lo  fil  lo  père  en  vait  mètre  à  rason,  165 

Ne  lasera  ne  li  demant  un  don. 

160  ^uant  Alx.  vint  à  son  père  al  deis, 

V^Primiers  li  dist  :  «  Saus  siez,  sire  reis; 

«  Assez  sui  fors  e  jovenz  e  freis, 

«  Volez  que  soie  canoines  0  borgeis?  170 

«  Adobez  moi  à  guise  de  greçeis, 
165  u  Vestre  reiaume  métrai  tôt  en  defeis  ; 


144.  Corr.  guerpirent.  Vers  omis  dans  Ars.  —  155.  Parait  inter- 
polé. —  163.  canoines  est  plutôt  la  leçon  originale  que  chivalers, 
Ars.  170.  —  165.  Leçon  préférable  à  celle  d'Ars.  qui  satisfait  diffici- 
lement à  la  mesure. 


MANUSCRIT    DE    VENISE.  245 

<(  O  cel  emprès  conquerrai  trente  treis.  « 
Respont  lo  père  :  «  Dit  avez  que  corteis, 
«  De  mon  empire  serez  ancore  reis.  n 

Quant  la  -novele  vint  à  la  reine  1 7  $ 

Que  se  seoit  devant  sa  cortine, 
Ense"mble  lui  une  noble  meschine 
Que  d'un  fil  d'or  le  ganolot  (^sic)  sa  crine, 
Ela  afubla  un  mantelet  hermine. 
Moût  tost  s'en  ist  de  la  sale  perine;  180 

1 7  5  Quant  vit  son  fil  cortoisement  l'encline, 
Après  li  fu  moût  procaine  vecine, 
De  lui  baiser  en  la  boce  ne  fine. 


Quant  Tôt  baisié  et  acollé  assez  :  18$ 

«  Bels  fils,  )>  dist  ele,  «  bon'ore  fustes  vos  nez. 
180  «  Per  vos  sera  li  bons  chivals  do[n]tez; 

«  Vostre  doit  estre  par  droit,  se  vos  volez. 

«  Ce  senefie  par  vos  fait  il  assez. 

«  Per  vos  ert  bien  le  règne  governez  ; 

«  Quinçe  ainz  avez  e  quatre  mois  passez,  190 
185   «  Bien  est  e  droiz  que  soiez  adobez. 

«  Des  ores  deivent  parir  vostre  bontez.  » 

Respont  li  enfes  :  «  Dama,  merci  e  grez.  » 

Li  reis  Felip  qui  ne  fu  mie  lent 
A  la  raine  parla  primerement  :  195 


171.  Le  fac-similé  donne  mescWne.  —  176.  //  paraît  y  avoir  plutôt 
mont,  mais  ailleurs  il  y  a  bien  clairement  moût. 


246  MANUSCRIT    DE   VENISE. 

190  ((  De  VOS,  »  dist  il,  «  viegnent  le  vestimenl, 
«  Da  moi  vendront  li  autre  garniment, 
«  Vestre  fil  faites  bagner  astivement, 
«  E  ses  donsels  se  baignent  ausiment; 
«  Par  soe  amor  en  adoberai  cent.  »  200 

195  Quant  Pot  li  enfes  moût  grant  merci  l'en  rent; 
Après  l'encline  del  chief  parfondement. 


vJc 


uant  la  raine  oï  li  roi  parler, 
^ort  à  sa  chambre,  les  dras  fait  aporter. 

PerTa  cité  fait  as  doncels  mander  205 

200  Que  bagnier  s'ailent  là  jus  au  port  de  mer.  (f.  3) 

Li  reis  lor  a  les  chivals  fait  mener, 

Per  tôt  l'arneis  lor  a  fait  aprester. 

Et  ele  fait  les  meschines  mander. 

Les  vestiment  lor  a  fait  aporter.  2 1 0 

205  Li  donçel  saillent  qui  erent  en  la  mer, 

N'i  a  celui  que  atendist  son  per. 

Se  la  fussiez  el  pré  sor  la  marine, 
Près  del  degré  de  la  sale  marbrine, 
La  veïssiez  tant  peliçon  hermine, 
210  Tant  bel  bliaut  e  tante  pel  martirine,  21  $ 

Tant  jovençel  e  tante  bêle  meschine! 
Olimpias  i  estoit  la  reine 
D'un  vert  samit  vestu  en  escarpine. 
Environ  lei  tendue  une  cortine 


20J-4.  Leçon  préférable  à  celle  d'Ars.  Le  premier  lor  dans  Ars. 
210  est  fautif.  —  206.  Vers  omis  dans  Ars.  —  208.  mâbrine.  — 
21  j.  Rime  meilleure  que  dans  Ars  ;  le  sens  est  aussi  plus  satisfaisant. 


MANUSCRIT    DE    VENISE.  247 

21 5  Que  plus  est  clere  que  cristal  ne  verine.         220 
Ce  esteit  fait  por  oster  la  câline. 

Se  la  fussiez  soz  la  marine  el  pré, 
Desoz  la  sale,  très  al  pié  del  degré, 

La  veïssiez  tant  destrer  enselé, 
220  Tant  frein  à  or  e  tant  elme  gemé, 

Tant  bon  auberg  e  tant  escu  borclé,  22^ 

Tant  bon  espié  e  tant  brant  açeré, 

Tant  esperon  d'or  roge  nielé, 

Tant  bon  petral  e  tant  estref  doré  ! 
225  Tuit  cil  estruit  (sic)  ierent  asemblé 

As  çovençels  qui  erent  adobé,  230 

Les  plus  esliz  de  la  cristinité. 

yr-v  uant  li  donçel  sunt  issu  de  la  mer 

V^Lor  dras  lor  fait  la  raine  aporter, 
230  As  chivalers  les  comande  à  doner; 

Cil  les  saisissent  senz  negun  demorer. 

Caschuns  en  prent  por  son  cors  correer.        2  3  5 

Ela  meesme  vait  son  fil  atorner  ; 

Li  reis  lor  a  les  chivals  fait  mener  ; 
235  De  bones  armes  les  a  fait  adober. 

As  banier  lor  fait  après  crier 

Que  la  quintaine  ne  volt  pas  oblier, 

Et  Alx.  i  ferra  come  ber.  240 


227.  Miniature  :  D'Alx.  com  ses  compaignons  que  s'ala  baigner 
en  la  mer  por  estre  chevalier.  —  232.  por  abrégé  (p  barré).  —  234. 
Vers  omis  dans  Ars.  —  2J5.  adober  est  la  bonne  leçon;  afaiter  (■=■ 
afaitier)  d'Ars.  ne  convient  pas  à  la  rime. 


248  MANUSCRIT    DE    VENISE. 

Quant  Alx.  fu  bagniez  0  ses  druz, 
A  une  part  s'en  est  tornez  toz  nuz. 
Uns  cambarlens  lor  vient  li  saut  menuz  -, 
Brages  lor  porte  e  causons  bien  corsuz, 
Cauces  de  paile  e  solers  bien  aguz.  24$ 

Dans  Tolomeu  li  est  devant  venuz, 
245  E  Festions  qui  s'en  est  irascuz, 

«  Sire,  »  dist  il,  «  por  quoi  n'estes  vestuz  ? 

«  De  la  quintaine  sunt  ja  li  peus  feruz  ; 

«  Mien  escient  ja  ferront  es  escuz.  »  250 


E 


t  Alx.  demande  sa  chamise  264 

250    i-^  E  la  raine  la  li  a  el  dos  mise.  (V) 

Ele  ne  fu  cosie  ne  reprise  ; 

Ovrée  fu  sor  l'aive  de  Tamise, 

Por  aute  mer  fu  portée  en  Frise 

Al  rei  Felipe  cui  ele  fu  tramise.  269 

2  5  j  Or  l'a  li  enfes  cui  ele  fu  promise, 

Ne  peiist  estre  en  nul  leuz  mielz  asise. 

Qui  l'a  vestue  ja  sa  char  n'ert  malmise, 

Ne  ne  luxure  ne  sera  trop  esprise. 

Sor  la  chamise  ot  vestu  un  bliaut  ; 
Qui  vout  voire  dire  plus  de  cent  livras  vaut, 27  $ 

Car  quatre  fées  lo  firent  en  un  gaut 

Soz  Babiloine,  el  poi  de  Mont  Rigaut; 

Un  encantere  c'om  apelle  Rambaut 

Por  grant  engin  fist  avoir  cist  bliaut  280 

246.  por  par  un  p  barré;  por  quoi  en  toutes  lettres  v._30  5  et  ail- 
leurs, mais  per  quoi  v.  535.  —  249.  demande,  ms.  demadz. 


MANUSCRIT    DE    VENISE.  249 

265  Per  un  oisel  c'om  apelle  girfaut. 

Qui  l'a  vestu  ni  a  trop  freit  ni  trop  caut. 


d; 


esus  vesti  un  peliçon  hermine  ; 
El  dos  li  mist  meesme  la  reine  : 

Les  gules  furent  d'une  beste  marine 
270  Que  fu  trovée  el  lac  Sainte  Crestine;  285 

Pantere  a  nom,  e  luist  plus  que  verine, 

Ni  que  jagonçe  ni  que  peire  sardine  ; 

La  gole  ot  roge  e  tote  la  peitrine  ; 

Das  (sic)  corn  la  voit  tote  voie  l'encline. 
275  Qui  l'a  sor  soi  si  a  tel  medicine 

Ja  ni  aura  pel  canu  dedenz  sa  crine.  290 

Pois  li  afibla  un  mantel  marterin 
Que  fu  covert  d'un  paile  costantin; 

C'est  un  chiers  dras,  brosdés  fu  à  or  fm. 
280  Li  rois  Felip  l'ot  d'un  viel  sarraçin 

Que  il  ocist  al  poi  de  Mont  Taurin  ; 

Bien  vaut  cent  livres  de  fm  or  arabin.  295 

E  la  roïne  lo  traist  de  son  escrin  ; 

Son  fil  la  (sic)  done,  al  nob[i]le  meschin  ; 
28$   Hom  qui  la  porte  ja  ni  aura  mal  de  vin, 

Tant  n'en  soit  boire  al  soir  ne  al  maitin. 


O 


lympias  li  a  cent  un  baldrei.  500 

Ja  chivalers  qui  l'ait  environ  sei 


268  et  272.  Vers  omis  dans  Ars.  —  279.  Vers  omis  dans  Ars.  — 
282.  arabin,  la  leçon  d'Ars.,  peitevin,  sera  préférée,  si  on  attribue 
à  cette  version  une  origine  poitevine. 


250  MANUSCRIT    DE    VENISE. 

N'ert  abatuz  ni  honiz  entornei. 
290  Pois  li  a  mis  un  tel  anel  en  dei, 
Si  corn  reconte  cil  cui  je  bien  crei, 
Cil  qui  lo  porta  ja  ni  aura  trop  grant  sei.        305 
Monta  li  enfes  sor  un  blanc  palafrei, 
E  la  reine  le  conduist  jusqu'al  rei. 

295    x->.  uant  ei  palais  est  li  enfes  venuz 
V^Del  palefroi  est  à  pié  descenduz. 
Toz  li  barnages  contra  lui  est  venuz  ;  310 

Plus  de  cinc  cent  en  i  ot  des  chenuz 
Et  autretant  de  jovençel[s]  crenuz  : 

500  N'i  a  celui  ne  li  die  saluz.  (f.  4) 

(.(  -Reial  !  »  s'escrient,  «  nostre  sire  est  venuz.  » 
Et  Alx.  s'en  est  moût  irascuz;  3 1 5 

Damedeu  jure  e  les  so[e]s  vertuz 
«  Qui  reis  m'apelle  ja  ni  ert  mais  mes  druz. 

905    çeignor,  »  dist  il,  «  por  quoi  m'apellez  rei 
^  «  Car  anc  de  terre  ne  ai  neis  plein  dei  ? 
((  Mais  je'n  aurai,  se  vif,  si  com  je  crei,         320 
{(  Se  Deus  garist  cist  donçels  que  ci  vei. 
«  Il  me  seront,  ce  cuit,  de  bone  fei, 

310  <(  Je  lor  serai  ce  que  estre  lor  dei.  » 
Quant  ot  ce  dit  si  s'aproça  dei  rei. 
Et  il  lo  baise  et  assist  joste  sei.  325 

Rement...  vorra  la  noissa  e  l'esfrei. 


290.  en,  sic;  il  y  avait  p.-ê.  dans  l'original  eu.  —  307.  je  naurai. 
—  315.  Le  fac-similé  donne  Remcuer. 


MANUSCRIT    DE    VENISE.  2^1 

Parla  li  rois  là  où  erent  li  baron, 
j. ,        Li  rois  Felip  mist  son  fil  à  rason  : 

«  Biaus  fil,  »  dist  il,  «  moût  as  clere  façon; 
«  Bien  te  covient  cil  hermin  peliçon.  3  30 

«  Haï  !  quai  honte  de  la  subjection 
«  Que  t'estoit  faire  vers  Daires  li  félon  1  » 
320  Dist  Alx.:  «  M'a  il  en  prison? 
«  Ja  ne  porte  je  lance  ni  confanon 
«  Se  no  li  trençe  lo  chief  soz  lo  menton  ;        335 
«  Donc  pora  l'en  dire  que  no  vail  un  boton.  » 
Dist  li  barnage  :  «  Cist  a  cuer  de  lion.  » 

525    ><^uant  par  la  sale  se  furent  tuit  teù 
v^Et  Alx.  a  à  li  rei  respondu  : 
«  Père,  »  dist  il,  «  ne  parlez  del  treù; 
«  Recréant  furent  tuit  cil  qui  l'ont  rendu.        340 
«  Ja  ne  porte  je  ni  lance  ni  escu 

330  «  Se  jamais  Daires  n'a  lo  pris  d'un  festu. 
«  Per  sol  ice  que  il  l'a  tant  tenu 
«  Li  trançerai  lo  chief  desor  lo  bu.  » 
Dist  li  barnages  :  «  Deus  t'en  doint  vertu.  »  34$ 

Fonment  s'escrient  li  petit  e  li  grant  : 
, ,  j         «  Droiz  emperer,  per  quoi  demorez  tant  ? 
«  Donez  à  vestre  fil  armes  à  son  talant  ; 
«  Ne  volons  mais  quel  tegniez  per  enfant. 

320.  ///tfuf  sans  doute  lire  dans  Ars.  33?  A  m'il,  pour  M'a  il.  — 
323.  Vers  trop  long.  Comme  d'ailleurs  il  manque  dans  Ars.  on 
peut  le  supposer  interpoli.  —  3  37-8.  Ces  deux  vers  manquent  dans 
Ars.  Le  second,  qui  introduit  une  rime  en  en  (astivament)  dans  une 
laisse  en  ani  est  sûrement  interpolé. 


2^2  MANUSCRIT    DE    VENISE. 

((  Adobez  il  tost  et  astivamant, 
((  Se  vos  nel  fait  devenrons  sei  cornant  ; 
340  «  De  lui  farons  e  seignor  e  garant;  550 

«  Toi  guerpirons  corne  rei  recréant; 
«  Tes  losengers  que  te  vont  delaiant 
((  Entre  en  une  cartre  métrons  les  cols  avant.  » 
Quant  l'ot  le  rei  dreice  sei  en  estant. 

545    x-x  uant  vit  li  reis  sa  masnia  privée 

VyPor  Alx.  marrie  e  troblée  ?  j  5 

De  sa  armaûre  qui  tant  est  demorée, 
Passa  avant,  vait  li  ceindre  la  spée 
Qui  fu  forgée  outre  la  mer  betée. 

550  Une  reine  qu'ot  nom  Pantesilée  (y°) 

Que  en  bataille  en  soloit  estre  armée  360 

L'a  li  tramist  par  une  soe  fée. 
Sot  el  ciel  n'a  home,  se  en  reçoit  colée, 
For  negun  home  que  ja  meis  soit  sanée. 

3  5  5    T_J  ^uberg  li  done  0  entérine  maille  ; 

Al  De  l'or  d'Arabie  fu  tote  la  ventaille;       365 

Enprès  lui  sunt  tuit  li  autre  coraille  ; 

Ane  ne  fu  hom  por  cui  il  feïst  faille. 

Pois  li  présente  [1']  iaume  de  Cornuaille; 
360  Li  reis  Artus  l'ot  maint  jors  en  bataille. 

Puis  qu'il  laura  lacié  sor  la  ventaille  370 

542-3.  Leçon  bien  préférable  à  celle  d'Ars.,  sauf  qu'au  second  vers 
il  faut  supprimer  Entre. —  344.  Miniature  :  Del  rei  Felip  quefistAlx. 
son  fils  che.  —  346.  Ici  et  dans  Ars.  il  semble  que  /'e  de  marrie 
compte  dans  la  mesure. 


MANUSCRIT    DE    VENISE.  255 

Ne  poit  caloir  qui  fere  ne  qui  faille. 
Cuverz  estoit  d'une  sire  (sic)  toaille; 
Li  reis  Felip  à  son  chier  fil  le  baille. 

56^    Tjiscu  li  done  de  coste  de  poisson  ; 

i-^La  guinche  en  est  à  orfreis  environ.  375 

Très  en  iné  leu  ot  escrit  un  lion  : 

Ce  senefie  la  fierté  del  baron. 

Il  fu  jadis  al  fortisme  Sanson, 
370  Si  fu  tramist  al  fort  rei  Felipon.  380 

Ane  en  cest  siegle  n'en  vit  nus  hom  si  bon, 

Quant  arma  i  fiert  resalt  corne  bolçon. 

Espié  li  done  li  reis  Felip  après  ; 
Un  febles  hom  i  eûst  tôt  son  fès  ; 

375  La  haste  fu  d'un  quarter  de  ciprès,  38$ 

Li  fer  en  fist  un  fevre  au  rei  Sersès. 
Ja  Deus  nel  voille  que  il  forge  jamès 
Soz  ciel  ni  a  home,  s'en  est  feruz  d'eslès, 
Sempres  ne  moire  ainz  que  il  soit  confès. 

380  Li  reis  Felipes  e  li  Macedonès  390 

Cil  lo  tollirent  par  force  au  rei  Cersès 
En  la  bataille  soz  la  cité  de  Roès. 

Quant  Alx.  fu  de  tôt  adobez 
Dos  espérons  a  en  son  piez  fermez  ; 
385  Li  reis  suen  père  les  li  avoit  donez;  39^ 

De  fin  or  furent,  à  esmaus  neelez. 

366.  Corr.  ert;  même  faute  v.  43  j.  —  386.  esmal  d'Ars.  est  fautif  ; 
il  faut  le  plur.  pour  justifier  neelez  dont  la  forme  est  garantie  par  la 
rime. 


2  54  MANUSCRIT    DE    VENISE. 

Ane  chivaliers  ne  fu  plus  bel  armez  ; 

Poez  savoir  que  bien  fu  conreez. 

Devant  lui  fu  Bucifale  amenez  : 
390  Chiefotbien  fait,  oreilles  e  costez  ;  400 

Li  estrief  furent  de  fin  or  neelez, 

Crope  reonde  e  fu  bien  ensellez, 

Fors  sol  les  renges  tôt  li  frens  fu  dorez, 

E  li  petraus  fu  moût  menu  cloez, 
595  E  li  panels  fu  de  paile  envolsez. 

Per  grant  vertu  est  li  donçel  montez  ;  40$ 

Cort  par  les  rues  come  faus  abrivez; 

Grant  aleùre  en  est  venuz  es  prez  ; 

Toz  li  barnages  en  est  près  lui  alez. 

400  ^^uant  de  la  cité  est  li  enfes  issuz  (f.  5) 

V^De  la  quintaine  sunt  ja  li  pez  feruz;         410 

Mon  escient  ja  feriront  els  escuz. 

Point  Bucifale  qui  fait  les  saut  menuz. 

Quant  Pot  brocié  des  espérons  aguz, 
405  Baisse  la  lance,  fiert  par  mei  les  escuz, 

Toz  très  los  a  peciez  e  derompuz. 

Brise  les  bordes  e  les  per  (?)  e  les  fuz.  41  $ 

Per  grant  vertu  s'en  est  outre  corruz. 

Dist  li  barnages  :  «  Daires  ert  bien  vencuz. 


391.  Ici,  comme  dans  lev.  correspondant  d'Ars.  (402),  la  gram- 
maire et  la  rime  sont  en  contradiction;  p.-ê.  Li  estriés  fu?  —  399. 
Miniature:  D'Alx.  que  aloit  au  torniement.  —  401-2.  Ces  deux 
vers  paraissent  déjà  ci-dessus  vv.  247-8.  Cette  fois,  le  second,  qui 
est  de  trop  et  manque  en  effet  dans  Ars.,  a  été  évidemment  amené  par 
le  premier.  —  404.  Leçon  préférable  à  celle  d'Ars.,  qui  exige  une 
autre  ponctuation.  —  406.  Toz  très,  correction  maladroite  de  Trestoz. 


MANUSCRIT    DE   VENISE.  2^5 

410  «  Por  cestui  ert  aquitez  li  treùz.  » 

Quant  Alx.  fu  outra  trespassez, 
Bucifale  broçe  e  point  par  mei  les  prez  ;  420 
Fait  "un  eslais  dont  sor  toz  fu  loez, 
Pois  descendi  soz  la  sale  es  degrez. 
41 5  Da  maintes  dames  fu  li  jor  esgardez; 

Dist  l'une  à  l'autre  :  «  Veez  com  est  acesmez  ! 
«  Se  en  un  lit  nos  avoit  Deus  jostez,  42  5 

«  Mal  ait  mes  cuers  se  ja  li  ert  veez  !  » 

Li  donçels  est  descendu  al  degré, 
_,-_         De  totes  part  li  sont  avironé  ; 

A  Festion  a  son  chival  livré,  4?o 

De  bones  armes  a  son  cors  desarmé, 
Sor  ses  espales  ot  un  mantel  gité, 
Por  la  main  prist  un  suen  dru  Tolomé, 
42  $  Sus  en  la  sale  sunt  ambidui  monté 

Li  reis  lor  ot  lo  manger  apresté:  43  5 

Poez  savoir  qu'en  i  ot  à  planté  ; 
Li  banier  crient  aiga  por  la  cité. 

Per  la  cité  vont  criant  li  banier 
_, , ,        As  chivalers  que  tuit  ailent  mangier. 

Il  i  vont  tuit,  ne  s'en  font  pas  prier.  440 

Quant  sunt  lavé,  vont  lor  mains  essuier. 
Li  reis  Felipe  assist  son  fil  premier 

417.  C'est  la  bonne  leçon;  celle  d'Ars.  ne  satisfait  à  la  rime  qu'aux 
dépens  de  la  grammaire.  —  418.  Cette  leçon  confirme  la  correction 
proposée  à  Ars.  426. 


2  $6  MANUSCRIT    DE    VENISE. 

Outra  les  deis,  très  devant  sa  muiler  : 
43  5  Ce  est  sa  mère  qui  sor  tôt  l'avoit  chier; 

Tant  fort  l'avise  des  oils  ne  poit  ceillier.         445 
Li  reis  manjue  et  tuit  ses  chivalier; 
Quant  ont  mangié  ec  vos  un  messager. 

Quant  ont  mangié  li  reis  fist  napes  traire. 
Ec  vos  un  mes  de  la  cité  de  Cesaire, 
De  Nicholas  qui  concorda  al  rei  Daire; 
E  si  li  mande  que  guerre  li  vorra  faire. 
Quant  Alx.  a  oï  le  contraire,  4^0 

Moût  fièrement  en  regarda  son  paire, 
445  Et  en  après  l'en  a  dit  son  viaire  : 

<c  Peire,  »  dist-il,  «  donez  moi  cest  afaire; 

«  Ja  Deu  ne  place  que  je  voie  ma  maire 

«  Se  no  Toci  e  pendrai  come  laire.  )>  455 

Li  reis  Felip  est  levez  dal  mengier, 
-^j  -         Cortoisement  a  dit  al  messager  : 

<c  Amis,  ))  dist-il,  «  pensez  de  l'esplciter; 
«  A  Nicholas  voudrai  par  vos  noncier 
(c  Que  Alx.  li  voudrai  envoler  ;  460 

«  Ane  non  reçut  plus  aspre  soudaier. 
4$  5  «  Ensemble  0  lui  iront  mil  chivaler  ; 
(f  N'i  aura  cel  n'ait  armes  e  destrier. 
«  Se  il  de  lui  ne  mi  poent  vengier 
«  Jamais  vers  moi  n'en  ost  un  reparier. 

437-8.  Vers  omis  dans  Ars.  —  438.  Miniature:  Dou  message 
Nicholas  que  vint  devant  Felipon  au  disner.  —  4j6.  Vers  omis  dans 
Ars. 


MANUSCRIT    DE    VENISE.  257 

Li  reis  Felip  a  oi  li  message  :  46  $ 

^-,         «  Biaus  fil,  »  dist  il,  «  as  oi  cest  outrage 
«  De  Nicholas  qui  tant  est  plein  de  rage  ? 
«  Meut  petit  prise  e  toi  e  ton  lignage  ; 
«  Tu  iras  lai,  si  menras  mon  barnage 
w  E  mostreras  illec  ton  vassallage.  »  470 

465  Et  Alx.  l'en  a  dit  son  corage  : 

«  Por  icel  Deu  que  me  fist  à  sa  ymage, 
«  Nel  défendra  li  escuz  ni  la  targe 
«  Que  de  son  cors  ne  li  face  domage.  )> 

Alx.  meesme  fu  de  cel  ost  baniers  ;  47  $ 

^,^        Saut  sor  la  table  com  hom  qui  est  legiers, 
Neguns  lions  ni  fu  unques  plus  fiers; 
Cortoisemant  semons  ses  chivaliers  : 
«  Seignor,  »  dist  il,  «  dites  as  escuiers 
«  Que  tost  vos  aillent  amener  voz  destriers.  480 
«  Dès  or  parra  qui  ert  bons  chivaliers, 
475   «  En  la  bataille  ferra  trastoz  primiers.  » 

Tuit  li  respondent  :  «  Nos  irons  volentiers.  « 

Se  la  fussiez  à  l'issif  des  degrez. 
Moût  la  veissez  deneuriez  costez  : 
480  L'uns  enpeint  l'autre  com  home  forsenez;      48$ 
Plus  en  i  ot  de  .xiiii.  crevez; 
L'uns  voloit  estre  davant  l'autre  es  prez. 

462.  Tu  iras  lai  vaut  mieux  pour  la  mesure  que  Tu  i.  à  lui  d'Ars. 
—  475.  Corr.  ferrai?  omis  dans  Ars.  —  479.  la  veissiez  deneuriez, 
mots  évidemment  corrompus,  semblent  dérivés  d'une  leçon  différente 
de  celle  que  'donne  le  v.  correspondant  d'Ars. 


258  MANUSCRIT    DE    VENISE. 

A  dos  cens  mille  les  a  li  reis  esmez  ; 
A  son  chier  fil  le[s]  a  toz  comandez  ; 
485  Et  Alx.,  quant  les  vit  adunez, 

Les  grailes  sonent  qui  [s]ont  d'or  adobez       490 
Pois  lor  a  dit  :  «  Franc  chivaler,  montez.  )> 


l; 


i  escuier  se  metent  en  l'estrée; 
NM  a  celui  qui  n'ait  lance  levée. 
490  De  bones  armes  luist  tote  la  contrée; 

Des  escuiers  i  ot  à  grant  plantée.  495 

Et  Alx.  vait  après  la  valée, 

Environ  lui  sa  masnie  privée. 

Quant  vint  la  nuit,  c'orent  fait  lor  jornée, 
495  Sor  Mont  Taurin  albergerent  en  la  prée. 

A  Festion  l'esquargaite  a  livrée;  500 

Il  la  fist  bien  jusqu'à  la  maitinée 

Que  li  soloil  abati  la  rosée. 

La  nuit  se  jurent  es  prez  soz  Montaurin, 
^__         A  Pauba  clere  se  mistrent  el  chemin,      (f.  6) 
Li  jor  encontrent  un  gentil  pèlerin;  505 

Semblant  avoit  de  nob[i]le  meschin  : 
Moût  sembloit  proz  et  home  de  franc  lin, 
Bliaut  avoit  d'un  paile  costantin, 
505  Sor  ses  espailes  gisoient  ses  blons  crin, 
En  sa  main  portoitun  baston  pomerin. 


48 j.  Vers  omis  dans  Ars.  — 486.  La  grammaire  exige  adobé  que 
repousse  la  rime.  La  bonne  leçon  est  celle  d'Ars.  —  joj.  Vers  qui 
manque  dans  Ars.;  bien  qu'il  soit  assez  inutile,  il  n'y  a  pas  de  raison 
décisive  pour  le  rejeter. 


MANUSCRIT    DE    VENISE.  259 

Quant  Alx.  lo  vit  le  chief  enclin  5 10 

Bien  le  conut  que  il  ert  de  franc  lin  ; 
A  une  part  lo  trait  fors  del  chemin. 


510    j-xist  Alx.  :  «  Dont  estes  vos,  amis? 

L' —  Per  ma  foi,  sire,  de  la  cité  de  Tis, 

Niés  le  roi  Daire,  moût  fu  ja  ses  amis; 

Mesavint  moi  d'un  suen  dru  que  ocis,  5 1 5 

Se  ne  fuisse(s),  pas  or  ne  fusse  vis. 
5 1 5  Querent  aloie  un  de  ses  enemis 

Que  face  aie  à  gaster  son  pais, 

Men  escientre  ce  est  li  reis  Felips, 

Por  un  treù  qui  toz  tens  li  a  quis,  520 

Sel  pois  trover  mieldres  'n  ert  li  estris. 


520    T-\ist  Alx.  :  «  Amis,  com  avez  nom? 

^ —  Per  ma  foi,  sire,  l'om  m'apelle  Sanson; 

«  Niés  le  roi  Daire,  del  miels  de  sa  maison  ; 

«  Mesavint  moi  que  ocis  un  félon  $  2  5 

«  Que  de  mon  père  avoit  fait  traison. 
525   «  P'uiant  m'en  voi  droit  al  rei  Felipon. 

«  Il  a  un  fil  qu^Alx.  ot  nom; 

«  Plusors  me  dient  que  il  a  cuer  de  lion. 

«  Se  me  pois  mètre  en  sa  subjeccion 

«  Vers  le  roi  Daire  movrai  grant  contençon.  »  5  30 


508.  Vers  omis  dans  Ars.  —  ji6.  Cette  leçon  rend  inutile  l'inter- 
version proposée  aux  w.  J17-8  d'Ars.  Que  doit  être  corrigé  en  Ciii. 
—  527.  Vers  omis  dans  Ars.  et  qui  paraît  original.  —  528.  subjec- 
cion correspond  à  succeccion  d'Ars.  comme  déjà  au  v.  318. 


26o  MANUSCRIT    DE    VENISE. 

530    r^vist  Alx.  :  «  Mont  estes  pros  e  vassals, 

i^cc  Mais  en  quel  leu  fu  ersoir  tes  ostals? 

—  Per  ma  foi^  sire,  en  la  cite  Nicholas  ; 

«  Moi  alberja  un  de  ses  senescals. 

«  Quant  vint  al  jor^  que  me  nuisoit  li  gais,      53 $ 
535  «  Per  la  cité  oï  les  merescals 

((  Que  comandoient  enseller  lor  chivals. 

«  Tote  la  gelde  s'en  vont  as  chasals  ; 

«  Fors  de  la  cite  en  vi  toz  plens  li  vais; 

«Mien  escientre  vos  alez  encontr'als.  »         540 

540    |-\ist  Alx.  :  «  Amis,  ont  il  grant  gent  ? 

^ — Per  ma  foi,  sire,  grant  l'ont  il  voirement; 

«  Je  ne  sai  mie  li  nombre  à  escient, 

«  Mais  bailez  moi  un  buen  chival  corrent 

«  Et  unes  armes  qui  soient  avinent.  $4$ 

545  «  Jels  asmerai  car  je  nels  aim  nient. 
«  Se  leus  en  est  ferrai  voirement. 
«  Aine  Nicholas  nen  garda  serament  : 
«  Il  est  traites,  foi  mentie(nt)  ausciement, 
Vers  lui  voudrai  mostrer  mon  ardiment.  )>      $  $0 

550    T->^ans  Alx.  li  done  tel  destrier:  (y°) 

L^Fors  Bucifale  n'en  avoit  un  plus  chier, 


534.  me  nuisoit,  sic;  la  bonne  leçon  doit  se  cacher  sous  cette 
forme  corrompue;  que  il  chanta  d'Ars.  est  un  équivalent  introduit  par 
le  copiste.  —  537.  gelde  et  chasals  sont  bien  plus  probables  que  genz 
e/chasteus  d'Ars.;  chastens  est  même  inadmissible  en  ce  qu'il  rompt  la 
rime.  La  leçon  originale  devait  être  T.  la  gelde  s'en  venoit  des  cha- 
sals. —  54 j.  nels  aim,  la  leçon  originale  devait  être  nel  sai;  dans 
Ars.  n'en  pourrait  être  corrigé  en  neu.  —  H^.  Suppl.  [je]  avant  fer- 
rai; cette  leçon  semble  préférable  à  celle  d'Ars. 


MANUSCRIT    DE   VENISE.  26 1 

E  totes  les  armes  qui  font  à  chivalier. 
Il  giete  à  terre  lo  baston  de  pomier, 
Si  prist  les  armes  e  saut  sor  le  destrier.  5  $  5 

^  5  5  Quant  il  fu  sus  bien  semble  chivalier; 
Cent  ot  le  cors  e  lo  viaire  fier. 
Dist  Alx.  :  «  De  vos  faiz  messager, 
«  Mais  ainz  vos  voil  por  creence  baiser.  » 
Respont  Sanson  :  «  Conoistrai  vos  premier.  »  560 

560    -pvist  Alx.  :  «  Moût  est  corteis,  Sanson, 

L'a  Jamais  vers  toi  non  cèlerai  mon  nom  : 

«  C'est  Alx.  fil  le  roi  Felipon. 

«  A  Nicholas  voil  rendre  gueerdon 

«  Del  rei  mon  père  qu'a  guarpi  sanz  raison.  $65 
365  «  A  lui  en  irez  e  vos  e  Festion; 

«  Dès  ores  voil  que  soiez  compaignon. 

«  Ce  me  diras  à  Nicholas,  Sanson, 

<(  Que  n'est  pas  bien  que  morent  taint  baron. 

«  Par  nos  dos  cors  en  seit  la  contençon,  570 
570  «  Car  je  l'apel  repris  de  traison, 

«  Per  foi  mentire,  perjures  e  félon. 

«  Malvaisement  s'est  partiz  del  baron, 

«  Del  rei  mon  père  cui  ère  liges  hom.  » 

Li  proz  Sanson,  quant  il  l'oï  parler, 
j,  j         «  Donc  ne  se  pot  à  tenir  de  plorer  : 
«  Deus  !  reis,  »  fait  il,  «  tu  pois  je  adorer, 

564.  Lffo/i  évidemment  meilleure  que  celle  d'Ars.  et  confirmée  par 
le  V.  J72-  —  $70-7}-  Ces  quatre  vers,  qui  allongent  la  tirade  sans 
profit  pour  le  sens,  doivent  être  interpolés. 


iGl  MANUSCRIT    DE    VENISE. 

«  De  mon  seignor  que  ci  m'as  fait  trover  !  )> 
Descent  à  terre  del  correor  destrer,  575 

Al  pié  lo  prent  e  baise  li  lo  solier  ; 
580  Et  Alx.  quil  vout  bien  honorer 
Descent  à  pié  e  fist  que  gentil  ber. 
Qui  les  veïst  baser  et  acoller 
De  franc  vaslez  li  peùst  remembrer.  $80 

Quant  l'ont  assez  bassié  et  acollé, 
Pois  jont  ses  mains,  à  lui  s'est  comandé  ; 
Et  a'Ix.  l'en  a  sus  relevé  ; 
Pois  apelle  Festion  son  privé, 
Por  la  main  destre  l'a  à  Sanson  livré  : 
«  Alez,  »  fait  il,  «  là  où  je  ai  devisé; 
$90  «  Al  criator  soiez  vos  commandé.  »  $85 

Li  dui  donçel  es  destriers  sont  monté, 
Tant  chivalcerent  qu'il  virent  la  cité. 

Quant  à  la  cite  sont  li  doncels  venu, 
L'ost  Nicholas  virent  toz  fors  eissu, 
595  E  suen  gran  tref  en  mé  lo  pré  tendu.  590 

Davant  son  piz  mist  çascun  son  escu, 
Les  espiez  baissent  e  movent  par... 
Por  mei  toz  l'ost  en  sont  al  rei  venu  ; 
Davant  son  tref  où  estoient  si  dru 
600  Li  messager  sont  à  pié  descendu.         (f.  7)  595 


579.  La  rime  est  en  faveur  de  la  leçon  d'Ars. —  584.  l'ont,  /.  Tout  ' 
—  j86,  588.  Vers  omis  dans  Ars.  —  J92.  Miniature  :  De  Sanson  t 
de  Festion  que  vindrent  por  messager  à  Nicholas.  —  597.  Le  dernier 
mot  est  illisible. 


MANUSCRIT    DE    VENISE.  26? 

Sanson  parla,  Festion  s'est  teù; 
Lo  senescalc  son  oste  a  coneù. 


l: 


i  senescalc  conut  bien  le  meschin 
E  dist  al  rei  sempre  en  son  latin  : 
60$  «  Per  ma  fei,  sire,  ci  voi  un  pèlerin  600 

((  Qui  but  ersoir  à  ma  cope  d'or  fm  ; 

«  E  li  donai  e  pan  e  car  e  vin  ; 

«  De  mon  hostal  leva  hui  maitin. 

«  Jel  conois  bien  al  paile  cqstantin 
610  «  Et  al  bel  chief  on  pendent  cil  bloi  crin.       605 

«  Il  a  cangié  son  baston  pomerin, 

«  Mon  escient,  por  cel  espié  frasserin. 

u  Qui  quel  soit  bien  semble  de  franc  lin. 

«  Chivaliers  est  pros  e  sages  sences  fm  ; 
61 5  ((  Mieidres  de  lui  ne  but  aiga  ne  vin.  » 


L 


i  pro  Sanson  conut  le  senescal  : 

«  Sire,  »  dist  il,  «  Deus  te  gart  de  tôt  mal. 

«  Ersoir  mangai  0  toi  à  ton  graal,  6 1 1 

«  E  hui  maitin  eissi  de  ton  hostal, 
620  «  Outre  cel  bois,  utre  l'eve  en  un  val. 

«  Là  encontrai  un  nobile  vassal, 

«  C'est  Alx.  qui  me  dona  cest  chival  ;  61  $ 

((  Il  n'a  meillor  fors  li  suen  Bucifal. 

«  Se  Nicolas  li  voit  tenir  estai 


614-5.  Mime  observation  que  pour  les  w.  J70-7}.  —  618.  C'est 
probablement  la  bonne  leçon.  Ars.  ayant  remplacé  graal,  qu'il  n'enten- 
dait pas,  par  ostal,  a  été  conduit  à  modifier  les  finales  des  vers  sui- 
vants.—  622.Corr.quim;f/.  sim643,  et  la  note  sur  Ars.  634. — 624. 
Miniature  :  De  li  dui  messaje  que  dist  sa  raison  au  rei  Nicholas  deCesairé. 


264  MANUSCRIT    DE   VENISE. 

625  u  Bataille  'n  ert  antre  il  dos  por  engal.  n 

Quant  Nicholas  oï  la  raison  : 
«  Amis,  »  dist  il,  «  qui  es,  0  cum  as  nom  ? 

—  Per  ma  fei,  sire,  l'en  m^apelle  Sanson       621 

«  Niés  sui  rei  Daire,  del  mielz  de  sa  maison^ 
630  «  Qui  m'a  chacié  por  malvaise  achaison. 

«  Or  me  su  pris  à  un  noble  baron, 

«  C'est  Alx.  fil  le  rei  Felipon;  625 

«  Per  moi  te  mande  e  per  mon  compagnon 

«  De  la  bataille  soit  en  ta  élection  : 
635  «  Cent  contre  gent  0  ton  corps  contrai  son.  » 

Li  rei  respont  :  «  En  toi  a  bon  guiton, 

«  Pro  e  corteis  e  de  belle  façon. 

Por  Deu,  Sanson,  trop  par  estes  janglere:  630 
«  Per  ma  cité  passas  ier  come  leire  ; 
640  «  Bien  te  conois,  soer  Daire  fu  ta  mère  ; 
«  Trenta  citez  vi  tenir  à  ton  père, 
«  E  fu  mes  oncles  e  je  fil  de  son  frère  : 
«  Miens  cosins  es,  sim  deis  estre  aïdere  ; 
(c  Et  Alx.  est  fils  d'un  enchantere.  635 

645  «  Guerpiz  l'avoltre,  filz  est  de  puta  mère; 
«  Pas  ti  farai  à  Daire  l'enperere. 
<c  Tôt  ti  rendra  quant  que  anc  tint  tes  père 
«  E  t'amera  ausiment  coma  frère.  )> 


629.  D'après  le  fac-similé,  il  semble  qu'il  y  ait  nief.  —  637.  Vers 
qui  paraît  interpolé;  cf.  la  note  du  v.  10.  —  638.  janglere  convient 
mieux  qu'enmere  d'Ars.  —  640.  Vers  omis  dans  Ars.  —  646-8.  Vers 
qui  manquent  dans  Ars.  et  dont  l'authenticité  est  douteuse. 


MANUSCRIT    DE    VENISE.  26$ 

Respont  Sanson  :  «  Moût  par  estes  cornere. 

650    pvor  Deu,  danz  rei,  moût  avez  dit  grant  faile, 
1    «  Vestre  conseil  ne  pris  une  meaile.         640 
«  Il  n'est  pas  bien  que  à  mon  seignor  faile; 
V  Por  dreit  nient  querroie  desevraile. 
«  Mais  faites  traire  en  sus  ceste  rascaile  : 

6  ^  5  «  Per  vos  dos  cors  seit  faite  la  bataile, 
«  Il  est  toz  prest  que  vestre  cors  assaiie.  » 
Respont  li  reis:  «  N'est  pas  bien  que  l'en  faile.  64$ 
({  Se  Alx.  fiert  0  moi  en  bataile, 
«  Nel  défendra  l'escuz  ne  la  ventaile 

660  «  Que  lot  nel  fende  dusqu'en  la  coraile. 

L'ost  Alx.  seit  d'outra  en  la  prée 
«  E  la  mien  seit  deçà  en  la  valée;  650 

((  Sor  cel  point  soit  la  bataile  jostée. 
«  La  mi  verrez  à  ma  ensegne  fermée, 
66^  «  Que  Alx.  mené  trop  grant  pugnée.  652 

«  Mais  trop  est  jones  eissuz  de  sa  contrée     6^6 
a  Del  primier  colp  se  scampa  da  ma  spée       6  $  5 
.  «  Bien  porara  (^sic)  dire  non  vail  une  tostée,  6  $  5 
«  Tote  ma  force  une  pome  porée.  » 
670  Quant  Tôt  Sanson,  per  poi  n'en  trait  sa  spée. 


6jj.  Manque  dans  Ars.  —  663.  point,  il  faut  lire  ou  du  moins 
entendre  pont,  cf.  v.  716  et  la  miniature  dont  la  rubrique  est  transcrite 
à  la  note  sur  le  v.  724.  —  664.  Vers  omis  dans  Ars.  —  666-73. 
On  peut,  contrairement  à  la  leçon  d'Ars.,  laisser  671  à  cette  place, 
mais  pour  667-9,  l'ordre  d'Ars.  est  évidemment  le  seul  admissible, 
comme  aussi  la  leçon  du  même  ms.  pour  669. 


266  MANUSCRIT    DE    VENISE. 

Fols  reis,  »  fait  il,  «  moût  poez  menacier, 
«  Vestre  menace  ne  pris  pas  un  denier  ; 

«  Quant  vos  verrez  Alx.  al  vis  fier  660 

«  Plus  lo  crembrez  qu'aloe  esparvier. 
675  «  Hui  est  li  jors  qu'il  se  voudra  venger, 

«  E  vos  toldra  la  corone  d'ormier.  » 

A  cest  mot  furent  prest  li  destrier, 

Per  les  estrief  montent  li  messager;  665 

Per  l'ost  ariere  prenent  à  reparler. 
680  Tant  chivalcherent  li  noble  chivaler, 

Que  à  lor  gens  furent  à  l'albergier. 

Quant  li  message  sont  venu  à  lor  gent 
Li  proz  Sanson  de  son  chival  descent, 

E  Festion  ses  compaing  ensiment.  670 

685  A  une  part,  auques  celeement, 

0  Alx.  firent  lor  parlement  ; 

Que  dus,  que  contes,  bien  i  ot  plus  de  cent;, 

Dans  Testions  parla  primerement 

Et  dist  au  rei  moût  afaiteement  : 
690  «  Per  ma  fei  sire,  Nicholas  vos  atent;  67$ 

(.<  De  la  bataille  ne  schive  il  nient, 

«  Per  vos  dos  cors  sera,  mon  escient.  )> 

Li  pros  Sanson  reparla  en  greçeis  : 
«  Oi,  Alx.,  que  te  manda  li  reis  : 


677.  Cette  leçon  annule  la  correction  proposée  à  Ars.  664,  correc- 
tion d'ailleurs  inadmissible,  parce  qu'un  mot  terminé  par  s  ne  saurait 
prendre  place  dans  cette  série  de  rimes.  —  679.  Manque  dans  Ars.  — 
688.  Vers  omis  dans  Ars. 


MANUSCRIT    DE   VENISE.  267 

695  «  Que  trop  est  jones  eissuz  de  ton  paeis,       680 
u  Que  fols  as  fait,  si  t'en  sera  sordeis. 
((  Se  vos  jostez  par  vos  dos  el  mareis, 
«  Del  premier  colp  non  partiras  anceis 
«  Jusqu'à  li  jors  te  semblera  un  meis.  » 

700  Dist  Alx.  :  «  Or  oi  vilain  corteis.  (f.  8)  685 

«  Por  icel  Deu  de  cui  je  tieng  mes  leis 
«  J'en  conquerroie  de  tiel  quaranta  treis 
«  Al  brant  d'acier  que  plus  est  blanc  que  neis.  » 

Acest  mot  ont  le  conseil  fmé  ; 
,  _ ,        La  nuit  albergerent  li  baron  por  le  pré 
E  per  la  val,  qui  ert  parfont  e  lé, 
Trosqu'al  maitin  que  parut  la  clarté,  690 

Les  grailes  sonent,  el  chamin  sont  entré. 
Tant  chivalcherent  li  vassal  aduré 
710  Que  de  Cesaire  virent  la  fort  cité, 

Li  reis  meesmes  sor  le  pont  adobé,  695 

Prest  de  bataille  e  de  sa  tost  desevré. 

Quant  Alx.  vit  Nicholas  armé 
Fremist  e  jure  à  guise  de  dessvé  ; 
7 1 5  Descént  à  pié,  si  apelle  Tolomé, 
Astivement  ses  armes  ot  crié  ; 
Tost  les  aporte  don  Clin  e  Tolomé. 


70).  Vers  probablement  interpolé.  —  706.  Vers  omis  dans  Ars.; 
corr.  lo  V.  —  710.  Ici  manque  un  vers  que  fournit  Ars.  (694).  — 
712.  Cette  tirade  et  la  suivante  sont  à  tort  réunies  en  une  dans  Ars. 
—  71 5.  Ce  n'est  pas  seulement  un  vers  qui  manque  au  passage  corres- 
pondant d'Ars.  (voy.  la  note  sur  698),  mais  trois.  ♦ 


268  MANUSCRIT    DE    VENISE. 

E  Festion,  que  il  ot  comandé, 
D'un  vert  samit  a  son  auberg  foré, 
720  A  un  oisel  menuemeni  ovré; 

E  la  ventaule  li  a  ceint  ses  privé  ; 
Pois  lace  l'eume  qui  vaut  une  cité  ; 
Sol  les  jagonces  del  cercle  d'or  listé 
Relusent  plus  d'un  chastel  embrasé. 

725    1    a  spée  prent,  si  la  ceint  à  sa  guise 
i-iSor  son  auberg  e  sa  pelice  grise, 
Que  qui  restreint  son  mautalent  aguise  ; 
Ele  fu  jadis  al  fort  Rambalt  de  Frise  ; 
Moût  a  duré,  onques  ne  fu  malmise; 

730  Cent  ans  e  plus  fu  en  un  sarcoil  mise. 
Reis  Nicholas  mar  vit  la  chose  enprise, 
Mors  est  e  pris  s'il  vient  en  la  devise  ; 
Nel  défendra  ni  cendals  ni  chamise, 
Escuz  ni  broine  qui  sor  bu  seit  asise 

735  Que  tôt  nel  fenda  tresqu'en  la  sele  bise. 

AI  col  li  pendent  un  fort  escu  border, 
En  tôt  le  siegle  nel  pot  hom  tel  trover  ; 
Il  est  teissuz  d'un  grant  poisson  de  mer, 
Dalfm  lo  clament  cil  quil  sevent  nomer, 
740  Grant  joie  moine  quant  veit  lo  vent  torber. 


721.  li  a  ceint,  curieuse  faute  de  lecture  [oup.-ê.  correction)  pour 
li  lacent.  —  724.  Miniature  :  D'Alx.  et  de  Nicholas  que  vint  à  joster 
sor  le  pont  de  Cesaire.  —  726.  La  leçon  d'Ars.  est  la  bonne.  — 
732.  La  leçon  correspondante  d'Ars.  est  corrompue.  —  737.  Vers 
omis  dans  Ars.  —  740.  lo  vent,  mauvaise  leçon,  il  y  avait  proba- 
blement leue  dans  l'original;  cf.  Ars.  l'aiqua. 


MANUSCRIT    DE    VENISE.  269 

Li  enginiere  que  fist  les  os  joster  722 

Per  nigromance  les  i  fist  encobler,  724 

A  or  d'Arabie  sariir  e  tresgiter,  723 

E  cil  lo  prent  qui  cuide  sormonter  72  5 
745  Totes  les  genz  ont  hom  puet  habiter. 

Antigonus  li  a  Bucifale  mene_, 
Un  buen  destrer,  aine  ne  manja  d'aveine. 

Engendrez  fu  en  l'isle  de  Micene 

D'un  olifant  e  d'une  dromedene.  750 

750  Set  ans  e  plus  lo  fist  norir  Hélène.  (v°) 

Li  reis  Felipes  lo  tramist  à  moût  grant  peine. 

La  selle  fu  d'un  os  de  baaiene, 

E  cil  i  monte  quil  tient  à  son  domene. 

Quant  il  fu  sus,  un  saut  fist  par  l'arène,  735 

7  5  $  Plus  onist  cler  que  non  cante  syrene  ; 

Vers  Nicholas  fu  moût  de  maie  vene, 

Hui  est  li  jor  qu'il  comperra  la  streine. 

uant  Nicholas  vit  adobé  le  rei 

As  suens  parole,  si  lor  dist  en  secrei        740 
760  Que  ja  nuls  d'els  ost  aler  après  sei. 
Dreça  la  lance,  met  l'escuz  devant  sei  ; 
Et  Alx.  vait  vers  lui  à  desrei, 
L'aste  baissé[e],  le  confanon  desplei,  745 

De  grant  ravine  se  fier[en]t  li  dui  rei. 

76$    i^T  icholas  l'a  premerement  féru 


q: 


N 


De  sor  la  borcle  très  en  mei  son  escu  ; 


7J6-7,  Leçon  qui  annule  la  note  suf  Ars.  7)7-8-  —  7C0,  Manque 
après  ce  vers  le  v.  742  d'Ars.  —  763.  9fanon;  v.  768  gonfanon  en 
toutes  lettres. 


270  MANUSCRIT    DE    VENISE. 

Ne  Pentrença  que  vaile  un  festu, 

Sa  hasta  brise,  son  gonfanon  a  perdu;  750 

Et  Alx.  requiert  lui  por  vertu, 
770  Son  buen  corage  n'out  mie  perdu , 

Baisse  l'espié,  fiert  per  mé  son  escu 

Que  tôt  li  a  e  brisié  e  fendu, 

Le  blanc  hauberg  desmaillé  e  rompu.  755 

L'aste  fu  roide,  enpeint  lo  de  vertu, 
77  5  Rompent  les  cengles,  li  arçon  sont  fendu, 

Petrals  ne  reine  no  li  ont  pro  valu^ 

Plene  sa  haste  l'a  el  camp  abatu  ; 

Bucifal  broçe,  sovra  li  est  corru;  760 

Se  Deus  n'en  pense  ja  aura  chier  lo  treu. 
780  Del  foire  sache  lo  brant  qu'ot  esmolu, 

Li  quais  que  seit  i  aura  ja  perdu, 

Astivement  l'en  a  un  colp  féru. 

Lo  chief  0  l'elme  li  a  sevré  dal  bu,  765 

Une  grant  teise  si.  que  tuit  l'ont  veû  ; 
78$  Prent  lo  chief,  Aristé  l'ont  rendu, 

E  Festion,  son  privé' e  son  dru; 

Al  rei  Felipe  l'envoie  por  treù  ; 

Ne  l'a  pas  fait,  del  tôt  en  a  valu.  770 

La  cité  prent  e  quant  qu'a  mantenu, 
790  Tôt  a  doné  e  tôt  a  despendu 

A  son  barnage  que  l'a  après  seû. 

779.  La  leçon  d'Ars.  est  la  substitution  inintelligente  d'un  copiste 
qui  ne  comprenait  pas  son  texte;  p.-ê.  suffit-il  de  supprimer  chier 
dans  Ven.  —  788.  La  leçon  originale^  corrompue  diversement  dans  les 
deux  textes,  devait  être:  N'a  pas  failli  del  tôt  l'en  a  valu.  —  791. 
Miniature  :  D'Alx.  que  trença  la  teste  à  Nicholas  et  Aristé  e  Festion 
l'enprist. 


MANUSCRIT    DE    VENISE.  27  I 

Quant  Alx.  ot  fait  son  hardiment, 
Que  Nicholas  ot  mort  si  fièrement, 

La  cÏÏé  prent  e  lo  albergement,  77$ 

795  Sales  e  tors  e  quant  que  i  aprent, 

Pailes  d'Aufrica,  lo  vin  et  le  piment 

Destriers  e  muls,  tôt  l'or  e  tôt  l'argent, 

A  son  barnage  done  tôt  e  despent. 

Cels  de  la  vile  a  pris  por  sarament,  780 

800  Per  dreit  homage  e  per  aliament  (f.  8) 

Que  il  li  feront  lot  son  comandement; 

Totes  lor  terres  e  toz  le  suens  li  rent. 

Apres  orrez  tôt  aroieement 

De  ses  prozces  e  de  son  conquerrement.        78^ 


805    •^uant  Alx.  ot  li  règne  aquité, 

v^Que  Nicholas  ot  mort  per  si  grant  fierté, 
Lo  chief  tramist  son  père  0  tôt  l'eîme  gemé. 
Quatre  jors  sejorna  en  la  bone  cité. 
Sai  de  defors  la  vile  [en]  un  verger  planté 

810  D'arbres  [e]  de  ciprès  e  de  pomiers  d'aé. 
Un  jor  i  vait  li  reis,  si  amené  Tolomé; 
Des  autres  chivalers  i  ot  à  grant  planté. 
Dan  Clin  e  Tolomé  ot  li  rei  apellé  ; 
A  une  part  l'ont  trait  à  un  conseil  privé. 

81 5  Oez  que  li  ont  dit  quant  furent  asemblé; 

Nos  vos  le  volons  dire,  ne  vos  ert  mais  celé  : 
«  Doçe  compagnons  faites  del  mielz  de  vos  régné, 
«  Qui  buen  chevalier  soient  e  vassal  aduré. 


272  MANUSCRIT    DE    VENISE. 

u  Cil  condur[r]ont  vostre  ost  por  estranges  contré; 
820  «  Pois  porez  chivaucier  à  moût  grant  seurté 

(c  Sor  Daire  lo  persant  que  vos  a  desfié.  » 

Ce  respont  Alx.  :  u  Moût  avez  bien  parlé  ; 

«  Bonament  en  farai  la  vestre  volenté  ; 

«  Vos  en  serez  li  dui,  qu'ensi  l'ai  devisé.  )> 
825  Cil  li  ont  respondu  :  ((  Volentiers  e  de  gré.  » 

Alx.  appelle  don  Clin  son  conseillier, 
Aristote  son  maistre  qu'il  tient  por  latiner 
Vos  en  serez  li  dui ,  ja  celer  nel  vos  quer, 
Tolomeu  avec  vos  armez  sor  suen  destrer, 

830  Eumenedus  e  Sanses  qui  sont  buen  chivaler 
Licanor  e  Pilotes,  cels  i  voil  outrier 
Festion  li  otesme,  ne  li  voil  pas  lasser, 
E  Toras  li  noesmes,  moût  l'ai  oi  nomer, 
Antiocus  et  Antigonus  qui  sont  pros  e  léger 

835  Ardi  e  corajos  per  lor  armes  porter; 

Il  ne  me  faudrient  mie  por  les  testes  trencier  ; 
Predicas  li  docesmes  qui  me  voudra  aider. 
Or  les  faites  venir,  nel  voil  pas  delaier. 
Quant  il  furent  venu,  sis  fait  acompagnier. 

840  Li  reis  vait  en  giber  e  tuit  li  doçe  per, 
Une  grue  abatié  au  faucon  montaner; 
Il  s'est  mis  el  repaire  n'i  volt  plus  atargier; 
Aristote  son  maistre  lo  prist  à  chastier, 
Dit  li  qu'il  n'ait  serjant,  chivaler  culvert  ni  pautoner, 

845  Ne  ja  de  malvais  home  ni  face  conseiller, 

819.  Ici  la  rime  et  la  grammaire  sont  en  complète  contradiction. 


MANUSCRIT   DE   VENISE.  IJ^ 

Car  cil  qui  gloton  creit  ni  malvais  losenger 
Ains  qu'il  moire  de  mort  le  compeira  mult  chier. 


o; 


ez  conte  d'istoire,  si  comme  li  bref  dist, 
Que  Lucans  e  Virgilles  li  conte  dont  lo  fist  : 
850  Ce  est  del  meillor  rei  qui  anc  fié  tenist,         (v^) 

Del  plus  rie  del  plus  saige,  de  cel  que  plus  conquist. 

D'Alx.  commence  qui  tant  règne  conquist; 

Tante  bone  cité  e  tant  fort  chastel  prist. 

Porter  se  fist  al  ciel  tant  que  li  chaut  santist  : 
8^5  Ce  fu  per  dos  grifons  que  norir  petiz  fist. 

Pois  entra  en  la  mer,  entrosqu'al  font  se  mist  ; 

Celui  ont  mielz  se  fie,  en  cui  s'antente  mist, 

Que  li  avoit  juré,  afié  sil  tenist 

Qu[e]  il  nel  laseroit  [au]tant  com  el  vesquist, 
860  Si  largoit  la  chaene,  dont  li  reis  fu  mont  trist. 

Li  reis  fu  en  la  mer,  ont  forment  se  marrist  ; 

La  vit  toz  les  agaiz,  as  peissons  les  aprist; 

Tormenta  l'en  gita,  que  à  dreit  port  lo  mist; 

Pois  retornent  ariere  e  son  senescal  prist, 
86  5  E  si  destruist  la  feme  e  celui  qui  la  prist  ; 

Amdos  les  prist  par  force  et  en  un  feu  les  mist. 

Pois  fu  sire  del  mond  car  trastoz  lo  conquist. 

Or  entendez,  seignor,  que  ceste  estoire  dist  : 


847.  Les  faits  racontés  dans  cette  laisse  et  dans  la  précédente  se 
retrouvent,  autrement  exposés  et  placés  avant  l'expédition  contre  Nicolas^ 
dans  M.  16,  34  d  17,  2}.  Miniature  :  D'Alx.  que  fist  li  doçe  per.  — 
868-86  Ces  vers  correspondent  à  M.  249,24-250,2  {d'après  J75;  ils 
manquent  dans  786);  cf.  Ars.,  ci-dessus  p.  J9-60.  Dans  789  (/.  47  a) 
les  vers  868-9,  872,  87  j,  879,  880,  882  manquent,  et  les  autres  se 
suivent  dans  cet  ordre  :  870-1,  877-8,  876,  873-4,  881,  883-6.  Entre 

iS 


274  MANUSCRIT    DE   VENISE. 

De  Nicholas  le  rei  que  il  prist  et  ocist, 
870  De  Daire  lo  persant  qu'Alx.  conquist 

De  Porri  le  rei  d'Inde  qu'i[l]  chaça  e  destruist, 

E  de  la  grant  vermine  qu'es  desers  desconfist, 

De  Gog  et  de  Magog  que  il  enclost  e  prist; 

Que  jamais  n'en  istront  jusqu'al  tens  d'Anticrist; 
87  5  De  la  raine  Candace  qu'en  sa  chambre  lo  mist, 

Ensi  com  Apertin  sa  ymage  contrescrist  ; 

Del  duc  de  Palatine  qu'il  pendi  e  desfist, 

E  de  la  vos  des  arbres  qui  de  sa  mort  li  dist  ; 

De  la  val  perilose  ont  intrent  e  se  mist, 
880  Dont  sofri  mante  pêne,  si  com  li  livre  dist, 

E  de  la  fort  cité  Babiloine  qu'assist, 

E  com  sailli  en  Tyr,  dont  grant  ardiment  fist; 

De  ce  que  Aristotes  l'entroduist  et  aprist. 

La  verte  de  Pystoire,  si  com  li  livres  dist, 
885  Un  clers  de  Chasteldon,  Lamberz  li  torz,  la  fist. 

De  latin  où  il  ère  qui  en  romanz  la  mist. 

Por  ce  qu'il  ère  sages  e  vit  en  la  lecion, 
De  l'enfance  Alx.  comence  un  sermon. 


871  et  877  le  même  ms.  ajoute  :  Et  des  bones  Artu  que  cerqua  et  que 
quist.  —  869.  Omis  dans  M.  —  870.  789  Or  vous  dirai  de  Daire 
c'Al.  —  871  M.  et  789  et  ocist.  —  872.  Ven.  qu'el  d.  —  Après  872 
M.  ajoute:  Et  des  autres  mervelles  qu'il  cerka  et  conquist;  789  Et 
des  bones  Artu.  —  873.  M.  qu'il  ensera.  —  874.  M.  jamais  n'en 
istra  j.  — 87J.  Placé  dans  M.  après  Bjj.  —  876.  M.  Apelles;  789 
ApoUum.  —  877.  M.  qu'il  ocist  et  conquist  ;  789  qu'il  mata  et  ocist. 
—  878.  M.  q.  se  m.  li  descrist;  789  ce  que  de  sa  m.  dist.  —  879- 
82.  Manquent  dans  M.  —  883.  M.  Issi  com  A.  —  884.  M.  si  com  li 
rois  le  fist;  789  si  c.  Lucas  l'escrist.  — 88 j.  789  de  Castiaus  fort; 
M.  l'escrist.  —  886.  M.  Qui  del  1.  le  traist  et  en;  789  De  latin  en 
romans  où  ce  estoit.  —  887-91.  Cf.  Albéric  1-4  et  789  v.  99-100  (d- 
dessus  p.  I  et  119).  —  887.  Corr.  que  il  ert  s.  e  lut? 


MANUSCRIT   DE   VENISE.  275 

Et  tôt  primerement  parla  de  Salamon. 
890  Per  lo  segle  qu'est  vans  commence  un'action, 

Dels  signes  que  il  vit  per  lo  fil  Felipon. 

Lo  jors  que  il  fu  nez  fist  aparicion  ; 

La  lune  e  li  soloil  firent  défection, 

E  la  terre  crola  d'entor  e  de  viron; 
895  Tona  et  esfoldra  per  grant  confusion. 

Ce  fu  senefiance  comme  de  tel  baron 

Que  pois  ot  toz  les  règnes  en  sa  subjection. 

Illec  ne  vou  je  mie  commencier  ma  rason^ 

Anceis  vos  voudrai  dire  la  grant  combatison 
900  Qu'il  fist  contra  rei  Daire  de  Perse  lo  félon  (f.  9) 


d; 


aires  fu  rei  de  Perse  moût  dotez  e  cremuz; 
Les  autres  reis  del  monde  ot  conquis  e  vencuz, 

Si  que  [à]  chascun  an  li  rendoient  treûz; 

E  qui  ce  ne  voust  faire  mors  fu  e  confonduz. 
90  s  Quant  Alx.  fu  en  aage  venuz 

Que  il  fu  chevalier,  moût  fu  grant  sa  vertuz; 

De  sens  e  de  largeçe  sor  trastoz  coneùz. 

A  UD  rei  de  Cesaire  s'est  primes  combatuz, 

Nicholas  ot  [à]  nom,  si  non  sin  deceùz 
910  Li  règnes  fu  conquis,  li  reis  mors  e  perduz; 

Alx.  li  rei  s'en  tome  à  ses  drus. 

Quant  fu  à  Macédoine  repairez  e  venuz 

Et  il  fu  al  peron  del  palais  descenduz, 

A  son  père  Felipe  rendi  maintes  saluz  ; 


892-7.  cf.  AlbériCy  laisse  vu,  Ars.  laisse  ii,  789  v.    119-29.- 
909.  sin,  corr.  sui. 


276  MANUSCRIT   DE   VENISE. 

9 1 5  La  corone  e  li  ceptre  li  fu  le  jor  renduz. 

Adonc  parla  ses  père  que  ne  se  fist  pas  mus, 

E  jure  Damedeu  e  le  ses  vertuz 

Jamais  de  Macédoine  non  ert  treù  renduz  ; 

E,  se  Daire  le  veut,  bien  i  ert  défendus; 
920  «  Se  Deus  garist  mon  fil  as  granz  espiez  moluz.» 

Maint  cuer  en  ert  passez  e  quassez  maint  escuz. 

Alx.  fut  moût  corteis  etenrasnez; 
De  totes  les  .vij.  ars  per  fu  bien  enseigniez 

E  fu  pleins  de  largece,  de  guerre  veciez  ; 
92  5  Unques  ne  lo  puet  veintre  malvaise  cubitez. 

Or  est  venuz  li  jor,  li  termes  aprochiez. 

Que  soloit  li  treùs  en  Perse  estre  envoiez. 

Quant  li  jors  est  passez,  Daires  s'est  corrodez. 

Donc  fu  li  brief  escrit  et  en  quarré  pleiez, 
930  E  botez  en  la  cire  e  de  saiel  segniez, 

E  fu  à  dos  messages  isnellement  carjez. 

Mais  il  n'i  mande  mie  saluz  ni  amistez. 

Mais  orgoil  e  menaces  com  hom  outracuidez 

Et  s'est  de  mal  à  faire  durement  afichiez  : 
935  Se  dens  .xl.  jors  n'est  0  lui  afaitiez 

Il  destrura  trastoz  e  vignes  e  vergiez  ; 

Ne  Pen  pora  garir  citez,  bors  ni  palez 

Que  per  force  nel  pregne  ainz  qu'ait  les  blez  seiez. 

Pendus  ert  s'il  est  pris,  ja  non  ert  respitiez. 

940    T    i  messaje  s'entornent,  ne  font  plus  lonc  sejor, 
1— 'E  portèrent  li  brief  au  roi  Macedonor. 

917.  Corr.  les  soies  v.  —  919.  Corr.  li  ert? 


MANUSCRIT    DE    VENISE.  277 

Alx.  ses  fil  non  i  ert  pas  cel  jor, 

Alez  s'estoit  desduire  de  sparvier  e  d'astor. 

E  quant  li  brief  fu  Hz  et  il  ot  la  rimor 

945  Que  Daires  lo  menace,  moût  en  ot  grant  iror. 
De  mautalent  dessire  de  son  mantel  un  tor; 
Trastoz  les  Deus  en  jure  e  del  ciel  la  luor 
Jamais  de  lui  n'aura  treù  senz  grant  estor. 
«  Si  Deus  garist  mon  fil,  li  noble  pugneor.  « 

950  E  donc  redis  après  :  «  Dites  vestre  seignor    (v*) 
«  Qu'Alx.  mon  fil  qui  est  de  grant  valor 
«  Li  rendra  li  treii,  ce  cuit  al  chief  del  tor.  » 

Quant  li  message  oïrent  que  Felipon  lo  rei 
Que  il  ni  prise  Daire,  ne  il  ni  son  bofei, 

955  Le  ccmgié  demandèrent,  prest  son  li  palafrei; 
Montent  isnelement,  chivaucent  à  desrei. 
Quant  il  vindrent  en  Perse  Daires  les  mande  à  sei  : 
Il  lor  a  conjuré  per  lor  Deu,  per  lor  (feu)  lei  : 
«  Dites  moi  se  Felipe  en  mentira  sa  fei  ?  » 

960  Dist  li  uns  des  messages  :  «  Oïl,  si  com  je  crei; 
«  Tu  li  mandas  orgoil,  il  te  mande  bofei 
«  Qu'Alx.  ses  fils  venra  parler  à  tei  : 
«  Ains  que  siont  passé  dos  mois,  non  mia  trei, 
«  Tel  treù  ti  rendra  qui  moût  ert  à  domei. 

965  «  Moût  est  proz  Alx.  por  la  fei  que  vos  dei  : 
«  N'a  si  rice  vesin  que  nel  face  totquei.  » 
Quant  Daires  Tentendi,  si'n  fu  en  grant  esfrei  ; 

947.  Le  dernier  mot  est  incertain.  — 9^2.  hfiniature  :  De  li  messaje 
Dayrc  que  vint  au  rei  Fclip  por  demander  lo  treù.  —  95}.  Corr.  de 
F.  —  958.  Corr.  Il  les  a  conjurés.  —  9J9.  Corr.  mantenra  ? 


278  MANUSCRIT    DE   VENISE. 

De  mautalent  desserre  de  son  mantel  plein  dei 
E  dist  à  ses  barons  :  «  Or  entendez  à  mei  : 
970  «  Per  ma  barbe  florie,  por  les  oil  don  vos  vei, 
«  Or  sera  m'out  semonse  à  trastot  mon  cartei  ; 
((  De  desoz  Macédoine  descendrai  el  perrei. 
«  Se  pois  prendre  Felipe  je  l'ocirai,  ce  crei.  » 

Alx.  li  reis  est  en  gibier(s)  alez, 
y,  j        Endreit  ore  de  none  (est)  arieres  retornez; 
E  ses  peires  Felipes  li  est  encontre  alez 
Car  il  voleit  saveir  cum  il  ert  (a)dotrinez. 
Il  li  dist  gentemant  :  «  Biaus  dolzfils,  dont  venez? 
—  Sire,  de  la  rivere,  (e)  des  plus  lui[n]tanes  prez  ; 

980  «  Si  avons  prises  arnes,  cers  e  cabrols  assez. 
«  Ja  sunt  en  la  cusine  ;  sire,  car  commandez, 
((  Ne  manjai  encor  hui,  que  fusse  un  poi  disnez.  » 
Il  respont  :  «  Li  manjer  sera  tost  aprestez; 
«  Tel  chose  te  dirai  dont  moût  sui  effreez, 

98  5  «  Si  Deus  e  ta  puissance  no  me  complis  mon  grez. 

Biaus  fils,  »  ce  dit  li  perre,  «  dir[e]  te  voil  novele  ; 
«  Quant  tu  l'auras  oie  no  te  parra  pas  bêle  : 
«  Daires  li  reis  de  Perse  de  servise  t'apele  ; 
«  Tes  peires  est  sis  hom  e  ta  mère  s'ancele. 

980.  Corr.  ânes  {des  canards).  —  986-1000.  Cette  laisse  se  retrouve 
dans  M.  252,16-33,  non  point  comme  ici  à  l'origine  de  la  lutte  entre 
Alexandre  et  Darius,  mais  après  une  première  victoire  remportée  par 
Alexandre.  Dans  M.,  ce  n'est  pas  Philippe^  mais  Aristote  qui  interpelle 
Alexandre,  d'où  un  certain  nombre  de  variantes  nécessitées  par  la 
différence  de  la  situation.  Ci-après  les  variantes  de  M.  {ms.  786)  et  de 
789  (/.  47  c).  —  986.  M.  Al.  fait  il;  789  dire  vous  sai.  —  987.  789 
Quant  l'averas;  M.  789  ne  te  sera.  —  988,  M.  789  de  servage.  — 
989.  M.  U  tes  p.  e.  sers  u.  ta  m.  est;  omis  dans  789. 


MANUSCRIT    DE   VENISE.  279 

990  u  Quant  treù  ti  demande  malement  si  révèle. 
«  Li  brief  en  sunt  ja  lit  devant  celé  capele  ; 
«  Tu  n'i  as  que  targer,  mais  fai  mètre  ta  sele.  » 
Alx.  l'escouta,  sa  main  à  sa  masele  : 
«  Sire,  »  ce  dit  li  enfes,  «  je  ne  sui  pas  pucele; 

995  «  Je  n*ai  soing  se  fait  chaut  o  si  pluit,  o  si  grele. 
«  O  lui  mi  voil  desduire  quant  malement  favele  ; 
«  Sel  pois  trover  en  camp  la  venjance  'n  ertbele  : 
«  Ne  li  vaudra  aubère  une  viele  gonele, 
«  A  mon  brant  d'acier  dont  trença  la  [le]mele 
1 000  «  Li  trencerai  lo  chief,  espandrai  la  cervele.»  (f.  1 1  ) 


01" 


uant  repaire  Alx.  del  desduit  de  falcons  ' 


990.  M.  Q^.  le  t.  d.  La  leçon  de  Ven.^  confirmée  par  789,  n'est  guère 
admissible  si  on  place, avec  Ven.,le  discours  dans  la  bouche  de  Philippe; 
il  faudrait  (^.  t.  mi  d.  —  991.  M.  je  vicier  les  briés  lire  par  devant  la 
c;  789  L'autrier  fu  ses  briés  lus  par  d.  sa  c.  —  992.  789.  Tu  n'as  que 
demorer.  —  993.  M.  A  s'aceute;  789  A  l'entent.  Après  993  M  et  789 
ajoutent  :  De  mautalent  et  d'ire  rougist  com  estincele.  —  994.  M. 
Mestres,  dist  Alx  ;  789  II  li  a  dit:  Biaus  maistre.  —  99J.  Af.  U  il  p.  u 
rosele  {var.  de  375  u  il  gelé);  789  Ne  m'en  caut  s'il  fait  (sic)  u  il  p.  u  il 
gelé.  —  996.  M.  Or  le  voel  revisder  car  forment  il  reviele;  omis  dans 
789.  — 998.  M.  une  tenneue  (37J  tainte)  gonniele;  789  place  ce 
vers  après  iooo.  Armes  ne  li  vauront  u  tainte  g. —  Après  ^f)S  M  et 
789  ajoutent  :  Mon  espiel  li  métrai  par  desous  la  mamele  (789  très 
parmi  le  forcele).  —  999.  M.  A  m.  bon  b.  ;  789  A  m.  boin  b.  forbi. 
—  1000.  Le  copiste  de  Ven.  a  d'abord  écrit, puis  exponctuéh  buelle  au 
lieu  de  la  cervele.  M.  Li  t.  la  tieste,  s'espandra  ;  789  s'espandrai.  — 
Après  IOOO  M.  ajoute  :  Autrefois  en  ai  jou  oïe  la  noviele  ;  789  qui  n'a 
pas  ce  dernier  vers  ajoute  :  Armes,  etc.,  voir  998  et  la  var.  \  Desconfis 
a  esté  ens  es  vaus  de  Pinele.  |  Là  conquis  jou  sor  lui  la  bêle  damoi- 
sele,  I  Sa  fille  la  cortoise,  Rosenete  la  bêle,  |  Voir,  jou  ne  le  ren- 
droie  por  tout  l'or  de  Tudele.  |  Montons  sans  atargier,  ja  est  mise 
ma  sele;  j  S'irons  querreroi  Daire  qui  contre  nos  révèle. 
I.  M.  2jo,3. 


28o  MANUSCRIT    DE    VENISE. 

A  ristotes  se  gist  adenz  sor  un  tapiz  ' . 

Or  s'en  vait  Alx.  o  sa  gente  compaigne^  ;  (vo) 
Non  a  bon  chevalier(s)  de  ci  qu'en  Alemagne, 
Ne  de  ci  qu'en  la  terre  c'om  apelle  Espaigne, 
Ni  en  la  terre  de  Rome  que  l'om  tient  per  estraigne, 
$  Ne  en  trastote  Grèce  qui  après  lui  remaigne. 
Li  doçe  per  lo  sivent,  n'i  a  cel  qui  s'en  faingne, 
Car  il  lor  done  tant  n'i  a  cel  qui  s'en  plaingne, 
Ni  en  nulle  manière  d'avarece  lo  taigne. 
Sor  l'aiga  de  Gangis  en  la  large  campaigne 

10  La  fu  ses  triés  tenduz  e  ficée  s'ansaigne. 
L'aiga  fu  d'une  part  e  d'autra  la  montaigne. 
Quant  Daires  l'oi  dire,  moût  li  vint  à  engaigne 
Mais  il  ne  seit  ancores  com  cil  mal  li  engraigne, 
QMl  ne  trova  chastel  ne  cité  qu'il  ne  fraigne 

I  $  Ni  mur  que  tant  seit  auz  qu'à  terre  no  l'enpaigne. 
Lo  maitin  vint  li  reis  o  la  chiere  grifaigne  ; 
Don  Clin  lo  fil  Carduit  a  comandée  s'ansaigne 


1.  M.  2jo,32.  Après  cette  laisse^  il  y  en  a  dans  M.  deux  autres 
qui  comprennent  ensemble  30  vers  :  Li  mangiers  fu  tous  près  que 
li  Griu  ont  hasté,  252,4;  et  Alixandre,  fait  il,  dire  te  voel  noviele, 
252,16.  Puis  devrait  prendre  place,  comme  dans  Yen.,  la  laisse 
Or  s'en  vait,  etc.,  mais  elle  manque  dans  786  et  par  suite  dans  M. 

2.  Var.    de    789  :    2.   dcsi   en    Morentaigne.    —    3.    Manque. 

—  4.  N'en  toute  Romenie  que  tienent  por  e.  —  5.  Au  lieu  de  ce 
vers,  'jSc)  De  Persiele  grant  desi  que  en  Espaigne,  |  Les  uns  por  signo- 
rie,  les  autres  por  cavaige.  —  6.  p.  i  sunt,  n'i  a  nul  q.  se  f.  —  7, 
De  son  service  faire  n'i  an.  —  8.  En  nisune  manière  c'a,  —  9. 
grande  c.  —  12.  si  li  torne  à  desdaigne.  —  13.  Comme  ses  max  e. 

—  14.  C'Al.  est  fiers  et  le  gent  est  grifaigne.  —  15.  N'est  m.  t.  s. 
espes  c'a  la  t.  n'e.  —  16-28.  Manquent  tout  naturellement,  puisqu'ils 
servent  d'introduction  à  la  prise  de  Tyr  qui  dans  789  comme  dans  M. 
est  racontée  beaucoup  plus  haut. 


MANUSCRIT    DE    VENISE.  281 

Et  a  tant  chivaucié  por  la  terre  estraigne 

Que  il  vint  devant  Tyr,  si  descent  en  la  plaigne, 

20  Et  a  mandé  al  duc  que  per  rien  no  remaigne 
Que  nel  sieve  après  o  tote  sa  compaigne. 
Quant  li  dus  l'entendi,  de  mal  talent  regaigne, 
Et  a  mandé  al  rei  une  parole  estraigne  : 
Que  lui  ne  sa  manace  ne  prise  une  castaigne. 

2  5  Et  Alx.  en  jure  ses  deus  e  sa  entraigne 

Que  s'il  lo  prent  per  force  gitez  ert  en  longaigne, 
E  commande  sa  gent  que  neguns  ne  s'en  faigne  : 
Jamais  n'ert  departiz  que  li  uns  ne  s'en  plaigne. 


avant  les  murs  de  Tyr,  lai  dedens  en  la  mer'. 
Li  Gré  eissent  de  l'ost  por  querre  la  vitaille  2.  (f.  1 1) 


D^ 


Androines  s'est  armez  e  galope  sor  frain  3.  (f.  1 8) 
Pestions  sist  armez  sor  un  amoravi  4. 
Aristes  vint  poignant  per  mei  l'estor  plenier  5. 
Eum.  d'Arcade  vit  la  gent  honorée  6.  (v*) 


18.  por,  corr.  parmi.  —  21,  nel,  corr.  ne  lo. 

I.  Af.  9j,i.  A  partir  d'ici,  le  premier  vers  de  chaque  tirade  est 
donné  pour  établir  la  concordance  de  Ven.  avec  M.  Il  est  à  noter  que 
l'ordre  suivi  par  Ven.  est,  jusqu'au  fol.  jj  v,  sauf  une  exception  indi- 
quée ci-après  {p.  282  n.  13),  celui  du  ms.  Bibl.  imp.  fr.  IJ094.  — - 
2.  M.  94,37.  La  suite,  jusqu'au  f.  i8,  commedans  M.  — }.  Af.  114, 
17.  —  4.  M.  121,  13.  —  j.  M.  115,16.  —  6.  M.  116, IJ. 


282  MANUSCRIT    DE   VENISE. 

Là  OÙ  li  Gré  recovrent  fu  li  caples  mont  grans'. 
Gré  si  vendent  moût  chier,  quMl  ne  trovent  menaie^ 
La  masnée  lo  rei  fu  moût  afobl[e]ée  K 
Ensi  corne  li  Turc  orent  place  guerpie  4.        (v") 
Devant  ses  compaignons  vint  armé  Salartins  5 . 
Per  lo  camp  esperone  li  povre  desarmez  6.  (f.  20) 
Licanor  e  Pilote  vont  irié  per  Pestor7.  (v°) 

Li  Gré  orent  l'enseigna  Alx.  crier  8. 
Por  Pilote  rescorre  sontli  Gré  assemblé  9.  (f.  21) 
Cil  de  Gadres  n'ont  mie  coneù  la  lauraigne  'o.  (v") 
Por  secorre  Betis  i  sunt  ses  gens  venues  '  ' . 
Por  secorre  Betis  sont  lor  gent  asemblées  '2. 
Gaidifer  de  Lariz  ont  creissent  li  palmier  'î.(f.  22) 


I.  M.  118,16.  —  2.  M.  146,9.  —  3.  M.  146,  21.  —  4,  M. 
119,10.  —  5.  M.  120,3.  ~  ^-  M-  148,1,  mais  il  est  à  remarquer 
que  dans  divers  mss.,  par  ex.  dans  789  (/.  29  a),  cette  laisse  est  à 
la  même  place  que  dans  Yen.  —  7.  M.  124,17,  —  8.  M.  I2j,i2.  — 
9.  M.  125,28.  —  10.  M.  126,33.  —  "•  ^'  127, 2j.  —  12.  M. 
128,9.  —  13.  M.  136,31.  Dans  15094  l'ordre  est  tel  : 

Por  secore  Betis  sunt  ses  genz  asembléez  (f.  74) 


MANUSCRIT    DE   VENISE.  iSj 

Pirrus  fu  en  l'eslor,  ses  cols  fu  pansant  '. 
Pirrus  veit  Gaidifer  que  si  mesle  as  Gregeis». 
Del  conte  Sibilor  qui  fu  mort  à  dolor.  ?      (f.  23) 
Eum.  d'Arcade  vit  son  nevo  morir4. 
Quant  veit  li  dux  Betis  des  Gris  la  contenence  $. 
Gel  jor  fu  li  besoing  fièrement  commenciez. ^  (f.  24) 


Quant  voit  li  dus  Betis  des  Grius  la  contenance,  (f.  75) 

Gel  jor  fu  li  besoinz  fièrement  commenciez.  — 

Tholomez  et  li  roiz  et  dan  Clins  sont  venu.  (f.  76) 

Gadifer  del  Laris  où  croisent  li  paumier.  (V" 

Pirrus  voit  Gadifer  cjui  se  mesle  as  Grijois  (f.  77 

Del  conte  Sabilor  qui  en  morz  à  dolor.  (v» 

Eumenidus  d'Arquage  vit  son  neveu  morir.  (f.  78 
Li  dus  Betis  de  Cadres  ne  se  vot  pas  refraindre.      (v" 

Dolanz  s'en  vait  li  dus,  coreceus  et  irez.  (f.  79 

Or  s'en  vait  Gadifer  qui  les  Gadrains  enmainne.  (f.  80 

Bien  en  alasl  sans  perte  Gadifer  ce  cuidons.  (V) 

Ne  porent  li  Gadrain  plus  l'estor  maintenir.  (f.  8r 

Gadifer  fu  molt  preus,  d'un  arabi  corage.  (V 

Fier  furent  li  vasal  et  de  grant  estoutie.  (f.  82 

Cil  ot  féru  grant  cop  qui  doné  en  ot  maint.  (v") 

Sor  une  coûte  pointe  de  soie  d'auqueton.  (f.  8}' 

Cel  jor  jurent  li  Griu  el  val  de  la  froidor.  (v"' 

Li  rois  porsuit  le  duc  qui  de  sejor  n'a  cure.  — 

Après  eure  de  tierce,  .1.  poi  devant  midi,  (f.  84) 

Quant  li  Grijoiz  conurent  Alix.  d'Aller.  — 

Quant  Alix.  vi[njt,  grant  mestier  en  ert  lors.  (v°) 

Iluec  où  li  Grijois  ont  as  Gadrains  josté.  — 

I.  M.  i}3,i6.  —  2.  M.  137,3  5-  —  3-  W-  138,16.  —  4.  M.  139, 
II.  —  5.  M.  130,  30.  Cevers  est  dans  1J09J  {fol.  7$,  voy.  ci- 
dessus)  comme  dans  Ven.  le  premier  de  la  tirade.  —  6.  Manque  dans 
M.  mais  se  trouve  dans  15094,70/.  75,  voir  ci-dessus. 


284  MANUSCRIT    DE    VENISE. 

Tolomeu  e  lirois  e  don  Clin  sont  venu',    (f.  25) 

Quant  li  Greceis  conurent  Alx.  d'Alier  *. 

Quant  Alx.  vint,  grant  mestier  en  ertlors.J  (f.  26) 

Li  dux  Betis  de  Cadres  ne  s'i  puet  pas  atendre(?).4 

Caidifer  fu  navrez  e  durement  bteciezJ. 

Or  s'en  vait  Caidifer  corrociez  et  iriez 6.      (f.  27) 

Or  s'en  vait  Caidifer  que  ses  Gadrinsenmaine7(f.  2  9) 

Bien  s'en  alast  sans  perde  Caidifer  ce  cuidons^. 

Ne  puent  li  Cadrin  l'estor  plus  mantenir9. 

Caidifer  fu  molt  pro,  d'un  Arabi  lignage  '°.  (f.  26) 

Fier  furent  li  vassal  e  de  grant  estoltie  '  • . 

Cil  ot  féru  grant  colp  qui  donéenotmaint'2.(f.  27) 

Sor  une  coûte  peinte  fronie  (?)  d'aucoton  n. 


I.  M.  151,14-  —  2.  M.  153,14-  —  3-  M.  153,37,  mais 
le  premier  vers  de  la  tirade  est  tout  autre.  —  4.  Manque  dans  M.^ 
IJ094,  f.  78  V".—  5.  M.  149,31.  —6.  M.  171,23.  —7.  M.  17J, 
23.  — %.  M.  174,21.  —  9.  M.  182,6.  —  10.  M.  182,29,  —  II- 
M.  183,12. —  12.  M.  187,34;  d'accord  avec  plusieurs  mss.^  entre 
autres  789  (/.  35),  Ven.  omet  les  trois  laisses  données  par  M.  entre 
celle-ci  et  la  prècédentt.  —  13.  Af.  188,25. 


MANUSCRIT    DE   VENISE.  285 

Cel  seir  jurent  li  Gré  el  val  à  la  fredor  '. 
Li  reis  perçut  lo  dux  qui  de  sojor  n^a  cure  ^ 
Eum.  fu  saint  e  de  sa  plaie  gariz?.  (f.  28) 

La  ont  li  Greseis  sunt  as  Gadrains  ajosté  4. 
Quant  vit  le  dux  Betis  Alx.  et  s'ansaigne  J . 
Al  chief  de  la  montagne  s^ajostent  li  Gadrin^. 
A  moût  grant  seùrtance  tome  li  dux  Betis  7.  (f.  29) 
Moût  ot  li  dux  grant  ire  et  li  plais  fut  moût  mals^. 
Moût  si  furent  malmis  li  vassal  au  joster9. 
Moût  fil  grant  la  bataille  per  lo  plain  doriuz  «o. 
Li  dux  Betis  remontent  si  home  natural  '  ' . 
Lo  duc  vit  Alx.  sor  son  ci  val  armé  '^. 
Moût  per  fu  grant  la  perte,  ce  nos  reconte  Estace.  '  ^ 

I.  A/.  190,10.  —  2.  M.  190,24.  —  3.  Tirade  qui  paraît  ne  se  ren- 
contrer en  aucun  autre  ms.  —  4.  M.  IJ478.  L'ordre  suivi  par  Ven. 
pour  cette  laisse  et  les  trois  suivantes  se  retrouve  dans  d'autres  mss., 
notamment  dans -]%<) f.  31.—  5.  Af.  162,37. — (>.  M-  i6j\,iî.  Entre 
cette  laisse  et  la  précédente  M.  ajoute  celle-ci  :  Gadifiers  vit  le  roi  et 
les  Grius  engramir,  163,9,  —  7.  Af.  164,32.  —  8.  Af.  167,21.  — 
9.  Af.  169,1.  —  10.  Af.  i6î,i6.  —  II.  166,4.  -^  12.  Manque 
dans  Af.  et  dans  presque  tous  les  mss.]  1J094,  f.  87  v».  —  13.  Af. 
"7»,  J. 


286  MANUSCRIT   DE   VENISE. 

Li  dux  fu  desconfit  e  sa  gent  fu  perdue  ' . 

Li  dux  fu  desconfit  e  sa  terre  gastée. 

A  l'auba  aparisant,,  si  corn  duit  esclarier. 

Li  reis  de  Macédoine  en  est  venuz  à  Tyr*  (f.  ^  i) 

A  partir  d'ici  Ven.  est  d'accord  avec  M.  pendant  onze  laisses 
qui  contiennent  le  récit  de  la  prise  de  Tyr,  d'Araines  ou  Arè- 
nes (Ven.)  et  de  l'attaque  de  Cadres  (Gaza).  Puis  il  s'en 
écarte  considérablement  :  il  raconte  plus  brièvement  et  sur 
d'autres  rimes  la  prise  de  cette  dernière  ville,  et  passe  ensuite 
au  message  injurieux  de  Darius  à  Alexandre  qui  dans  M.  est 
placé  bien  plus  près  du  début.  Voici  la  dernière  des  tirades 
qui  s'accordent  avec  M.,  puis  celles  qui  sont  propres  à  Ven.: 

Quant  cil  orent  la  ville  Alix,  rendue 
Li  reis  la  fist  garnir  et  autres  gardes  mue. 
Al  quint  jor  est  meûz  :  del  siège  si  remue  ; 
Tôt  dreitement  vers  Cadres  a  sa  voie  tenue. 
5  Or  sace  bien  Betis  pe[i]ne  li  est  creùe 
Que  jamais  en  sa  vie  no  li  sera  tollue. 
Li  dux  Betis  a  bien  celé  chosse  seùe 
E  mande  per  toz  ceus  e  secors  et  aûe, 
E  tramet  en  Aufrica  per  une  gent  creûe. 

I.  Cette  tirade  et  les  deux  suivantes  manquent  dans  M.;  IJ094, 
f.  88-9.  —  2.  M.  215,6. 

I.  M.  (222,  12)  0  le  tere.  —  2.  et  les  gardes.  —  3.  et  son  s. 
—  4.  voie  aquellue.  —  6.  a  nul  jor  ne.  —  8.  Et  m.  par  sa  tiere.  — 
9.  g.  crenue. 


MANUSCRIT   DE   VENISE.  287 

10  La  gent  Pensant  e  neire  i  est  o  li  venue, 
Et  envoie  en  Becaine  per  une  gent  becue  : 
Dens  ont  granz  e  piez  lez_,  gra[n]s  est  e  percreùe, 
Chascuns  d'els  porte  hace  o  tinel  o  maçue. 
Cui  un  d'els  fiert  à  colp,  merveille  est  si  nol  tue. 

1  j  Tant  cevaucent  à  force  que  la  vile  ont  veûe;  (f .  3  3 

Qui  ot  tenta  ni  tref  si  l'a  au  plan  tendue,       [v*») 
E  bien  saça  à  certes  moût  est  corta  sa  vie  : 
S'Alx.  lo  prent  ne  laira  ne  Pocie. 
Ses  engins  fait  drecier  e  la  peirere  que  rue. 

20    A  Ix.  fa  ses  periere  lever, 

^E  manganele  contremont  drecier. 
Da  totes  part  fait  la  cité  exalder, 
E  li  feus  greceis  contremont  lancier; 
A  dart  e  [à]  sajetes  fait  cil  dedens  berser. 

2  5  De  cil  de  la  cité  ne  fait  mie  à  plaider 

Corn  il  si  défendent  al  trair'  et  al  giter  (?)  : 
Il  gietent  palons  e  grant  père  corner. 
Alx.  en  jura  en  qui  il  se  puet  fier. 
S'il  po[t]  li  dux  Betis  à  ses  mains  bailer 
^o  II  le  fara  apendre  0  la  teste  couper. 

Por  Sanson  qu'il  i  a  mort  son  maistre  gonfanoner. 


10.  p.  et  morne  e.  avoec  li.  —  1 1.  en  Bretagne  por.  —  i  j.  Et  p. 
cescuns  h.  trançant  et  esmoulue.  —  18-19.  Ces  trois  vers^  dont  les 
deux  premiers  contrarient  la  rime,  manquent  dans  M. — 19.  Miniature: 
D'Alx.  que  asist  Cadres.  —  20.  //  est  inutile  de  chercher  à  corriger 
cette  tirade  et  les  suivantes  qui  sont  manifestement  d'origine  italienne. 
—  24.  dart  ou  darc  (ad  arc?).  —  31.  Cf.  M.  2jo,  19-20  : 

Quar  il  set  qu'Alixandre  est  tant  ses  anemis 
Por  le  mort  de  Sanson  qui  tant  ert  ses  amis. 


288  MANUSCRIT    DE    VENISE. 

Agran  tens  ne  fust  la  cité  perdue 
Se  no  fust  Alx.  qu'a  sa  broine  vestue. 
É  li  doçe  per  s'arm(er)ent  e  Paître  gent  menue. 

^  5  Li  reis  apelle  sa  gent,  (e)  dist  parole  membrue  : 
((  Baron,  »  dist  Alx.,  a  bone  gent  coneùe 
<(  Quante  citez  m'avez  pris  et  bataille  vencue  ; 
<c  Si  cesta  cité  ne  pois  aveir  ne  mi  près  une  lue.  » 
Quant  li  Grés  l'entendirent,  de  bataille  s'argue  : 

40  Al  premier  assaut  fu  la  barre  prendue 
E  la  doie  (?)  del  fossé  splana  et  abatue. 
Trosquament  a  la  porte  n'i  a  reine  tenue  : 
A  pié  e  à  conçie  ont  la  porte  rompue  ;       (f.  34) 
Unques  por  cil  de  denz  n'i  pot  estre  défendue. 

45  Grés  i  entrèrent  chascun  la  spée  nue  ; 
Cil  qui  rencontrèrent  ont  le  teste  perdue^ 
Don  Clin  perçut  li  dux  qui  fuz  per  mei  la  rue  : 
Li  cival  esperone  qui  de  correr  s'argue  ; 
De  l'espée  qu'il  porta  un  tel  colp  li  rue 

50  Que  li  heume  0  tôt  la  teste  li  a  al  brant  tolue  ; 
A  cil  colp  fu  la  cité  perdue. 

x-x  uant  la  cité  fu  prise  e  li  palais  listé 
v^Li  magne  reis  li  entre  il  e  son  bamé  ; 
Tuit  cil  de  la  terre  pris  per  feelté, 
5  5  Son  or  et  son  aver  li  rent  e  sa  grant  riceté. 
E  il  li  distrent  de  servir  à  bone  volunté. 
Li  roi  fi  garnir  la  terre  de  son  rice  barné  ; 
Divinus  pater  ont  de  la  cité  casé, 

jj.  Corr.  sa  g.  a.  —  51.  Miniature  :  D'Alx.  que  prist  Cadres. 


MANUSCRIT   DE   VENISE.  289 

La  segnorie  donée  e  trastuit  l'arité  ; 
60  Mais  de  cel  servise  n'ont  maie  soldé, 
Que  por  celui  traitor  fu  poi  enposoné, 
Si  corn  porez  oïr  ainz  quel  libre  soit  fine. 

Sages  fu  Alx.  e  granz  fu  ses  barnez  : 
N'i  remant  après  lui  ni  prince  ni  quassez, 

65  Si  ne  vait  après  lui,  ni  seit  deseritez. 
Et  Daires  fu  en  Perse  cremuz  e  redotez, 
Que  trastoz  ses  vesins  aveit  issi  matez 
Que  treù  li  rendoient  estre  ses  voluntez. 
Quant  il  ot  d'Alx.  qu'ensi  est  ajostez^ 

70  Sor  l'aigua  de  Ganguis  e  trastoz  ses  barnez, 
Mais  hom  n'i  trove  pont,  ne  il  n'i  avoit  guez, 
A  un  conseil  apelle  ses  druz  e  ses  pavez; 
Oez  que  lor  a  dit  quant  si  fu  porpensez  : 
«  Per  la  fei  que  vos  dei,  cist  enfes  est  desvez  : 

75  «  Or  lo  voil  essaier,  si  vos  lo  commandez, 
«  Se  il  est  per  enfance  aisi  desmesurez, 
«  0  s'il  fait  ses  grans  sens  o  sa  grans  poestez, 
«  Qu'il  vout  de  tôt  lo  mont  estre  sire  clamez.  » 
A  dos  de  ses  barons  a  dit  :  «  Avant  venez, 

80  «  Querez  moi  Abc.  tant  que  vos  lo  trovez  ; 

«  Cest  dons  que  je  vos  bail  da  ma  part  li  donez, 

«  E  la  senefiance  pas  ne  li  cèlerez. 

«  Si  com  vos  conterai  e  vos  dire  Porez.  » 

Dairez  prist  un  estuz  et  un  liem  de  soie, 
_ ,         Al  messagiers  lo  baile  e  dist  qu'ailent  lor  voie. 

72.  Sic  dans  le  fac-simîU.   Il  faut  sans  doute  privez.  —  84,  87. 
Le  ms.  donne  plutôt,  mais  à  tort,  escuz. 


290  MANUSCRIT    DE    VENISE. 

De  la  senifiance  dire  fortment  les  proie  : 
«  Li  estuz  senefie  qu'esbanier  si  doie, 
i(  Per  ce  que  il  est  ensas  d'ostier  si  recroie. 
«  Si  li  dites  après,  si  mon  treù  m'envoie 
90  ((  E  s'il  crie  merci  ge  li  la  perdonroie. 
«  E  si  ce  ne  vout  faire  et  de  rien  s'en  deroie 
«  Après  li  farai  pis  se  il  tient  ceste  voie.  » 

Li  mes  pristrent  les  dons  qui  délivré  lor  sont,(vo) 
E  la  senefiance  bien  entendue  l'ont. 
95  Alx.  tint  s'ost  antre  l'aiga  e  lo  mont, 

Mande  les  carpentiers  e  fait  lor  far  un  pont. 
Cels  cui  l'ot  commandé  en  quatre  jor[s]  lo  font. 
Après  passa  li  reis,  quant  la  presse  deront  ; 
Et  quant  il  furent  outra  toz  les  princes  somont 
100  Que  pas  facent  à  lui,  e  s'il  li  contrestont 
Per  force  e  per  poeste  les  destruit  e  confont. 

Anceis  que  Alx.  venist  illec  tôt  dreit 
Se  fu  il  combatuz  al  rei  que  Tyr  teneit 
Et  ot  la  cité  prise  par  force  e  par  destreit  ; 
105  In  (?)  monte  Libanij  un  poi  qui  près  esteit, 
La  sont  coupé  li  arbres  dont  les  engins  faseit; 
Et  ot  l'onor  saisie,  quant  que  à  Tyr  pendeit; 
Ne  un  sol  non  trespasse  qui  rices  princes  seit. 
Se  pas  ne  fait  0  lui,  que  per  force  nel  pleit; 


88.  ensas,  corr.  enfes?  —  92.  Le  même  récit  est  dans  M.  (^2-3) 
placé  après  la  gueire  d'Alexandre  et  de  Nicolas,  et  raconté  en  termes 
différents. 


MANUSCRIT   DE   VENISE.  291 

1 10  Car  ses  maistres  Aristotes  cui  il  aime  e  creit 
De  tôt  lo  sens  del  mont  l'entroduist  à  espleit  ; 
So[n]  sens  e  sa  proece  forment  li  sormonteit, 
Si  qu'Alx.  jure  que  ja  no  fmareit 
N[i]  inver  ni  esté,  ni  per  caut  ni  per  freit, 

1 1 5  Jusqu'à  de  tôt  lo  mont  segnor  clamez  sereit. 


l; 


i  message  rei  Daire  or  ont  l'ost  sormontée  ; 
I  Quant  furent  en  la  plaine  si  l'ont  bien  esgardée» 
Virent  tant  pavillon_,  tant'  aucube  dorée, 
Tant  civals  e  tant  muls  estaichié  per  la  prée. 

120  E  dist  li  uns  à  l'autre  :  «  Or  vei  gent  desf[a]ée; 
«  Orgoillos  est  li  sire  qui  ci  l'a  amenée. 
«  La  rente  del  treù,  je  cuit,  est  aportée, 
«  Mais  ele  ert  calungie  al  trençant  de  Pespée.  » 
E  virent  en  un  poi,  desor  une  vallée, 

1 2  5  Lo  tref  al  rei  meïsne,  car  moût  ert  granz  e  lée. 


D 


e  lo  tref  Alx.  vos  dirai  la  faiture. 


Cette  laisse  et  les  huit  qui  viennent  après  correspondent 
sans  variante  notable,  mais  un  peu  abrégées,  à  M.  53,27-57- 
$.  Puis  le  texte  se  poursuit  ainsi  : 

Alx.,  »  dist-il,  «  tu  ti  fais  rei  clamer:  (f.  3  5  vo) 
«  Messaige  sui  rei  Daire,  si  voil  0  tei  parler. 
^      «  Sis  hom  deûsses  estre  e  son  treù  doner  ; 
«  Enfes  est  trop  hardiz  qui  ce  ossas  parler. 


2Ç}2  MANUSCRIT    DE    VENISE. 

^  «  De  soe  part  ti  voilcist  estui  présenter 
«  E  cist  liem  de  soie;  ti  envoie  li  ber. 
«  E  saces  qu'il  lo  fa  per  ton  sens  esprover. 
«  Que  cest  don(s)  senefient  ce  ti  voil  je  mostrer  : 
«  L'estu  t^envoie  il  per  rire  e  per  joier  ; 

10  «  Carenfansesencorsnondeisàalspenser.  (f.  36) 
«  Si  mon  conseil  vols  creire,  tôt  ce  lairas  ester  : 
((  Toz  nuz  piez  et  [en]  lang(u)es  iras  merci  rover 
i(  E  rendras  lo  treù,  c'il  nol  volt  pardoner 
«  Sis  hom  devendras  liges  per  s'amor  acater. 

I  ^  Alx.  l'escouta,  nel  deigna  mot  soner. 


» 


Se  tu  ce  ne  vols  faire  que  l'estuis  senefie, 
«  De  cest  liem  de  soie  dirai  la  legerie  : 
«  Mes  sire  lo  ti  mande,  dreiz  est  que  je  tel  die  : 
«  De  ci  que  en  ta  terre  no  gariras  tu  mie, 

20  «  Dedenz  cest  premier  an  l'auras  tote  guerpie.  » 
Quant  l'oï  Tolomeu,  autement  si  escrie: 
«  Se  ne  fussez  messages,  dit  aûssez  folie  ; 
<(  Menacier  e  non  faire  c'est  moût  grant  vilanie. 
«  Demain  irons  avant  cinc  lieues  e  demie, 

25  (c  Li  treûz  ert  rendus  0  l'espée  forbie. 
«  C'il  a  de  nostre  terre  eu  la  seignorie, 
«  Or  est  venuz  avant  qui  mais  ne  li  otrie.  » 


ors  respont  Alx.  moût  veçieement  : 
«  Vos  serez  deceùz  :  tôt  ira  autrement. 
50  c(  Geste  senefience  Daires  per  quel  entent? 


l: 


6.  ti,  corr.  tes?  —  ij.  mot,  ms.  moz. 


MANUSCRIT    DE    VENISE.  2^^ 

««  Li  estuis  est  reons  e  lo  mons  ausiment 
«  Dont  je  istarai  sire,  si  je  vif  longement. 
«  Per  cest  liem  de  soie  dont  il  mi  fait  présent 
«  Mi  revest  de  sa  terre  e  de  son  tenement; 

)  5  «Or  li  cornant  e  pri  sens  aucun  maltalent 
u  Que  il  mi  voit  sa  terre  tost  et  isnellement. 
«  Se  dedins  a  set  jors  sa  terre  no  mi  rent 
«  E  pas  no  fait  o  mei  per  alcun  covinent, 
«  Bien  saura  d'escremir  se  vers  moi  se  defent. 

40  «  Gré  sunt bon  chevalier,  (e)  Daireamalvaisegent, 
«  Sil  pois  trover  el  camp  je  lo  farai  dolent.  » 

Li  messaige  rei  Daire  si  départent  per  mal  ; 
Montent  es  muls  amblans,  si  avalent  un  val. 
Quant  ont  lo  mont  monté,  si  tornent  à  estai. 
45  Unquas  pois  ne  finerent  am[b]edui  li  vassal 
Tant  qu'il  vindrent  en  Perse  dreit  al  perron  reial. 
Li  reis  jut  en  un  lit,  onquas  hom  ne  vit  tal, 
Tuit  li  quatre  quepol,  furent  fait  de  coral. 

Li  reis  Daires  si  dreice  quant  il  vit  les  messaiges  ; 
,_         Çoroes  vait  avant,  sa  parlé  comme  sages  : 
((  Garis  soies  (tu),  rei  Daire,  e  toi  e  tisbarnages; 
«  Toz  sensti  s(er)eit  durables  e  lonc  seit  tes  eages! 
«  Car  se  nos  ti  perdons  ce  ert  dois  e  domages. 
«  Alx.  est  fols  e  fiers  est  sis  corages; 
5  5  «  N'est  mie  de  merville,  bien  lo  deit  ses  aages. 
((  Tu  li  mandas  orgoil,  il  ti  mande  oltrages, 
<(  E  dit  qu'ai  brant  d'acier  ti  rendra  treùsages. 
«  Drugomans  mené  o  soi  detrastoz  les  lengages, 


294  MANUSCRIT    DE    VENISE. 

«  Dels  homes  de!  pais  dont  a  pris  les  homages. 
60  «  Et  dit  que  toz  li  monz  sera  sis  albergages.  »  (vo) 

Quant  Daires  ot  oï  la  novelle  contée, 
Que  Çoroes  u  dist  que  avoit  l'ost  trovée 

Sor  Faiga  de  Gangis  largement  ostellée 

Il  vit  tans  pavillons,  tans  aucube  dorée, 
6  j  Tant  trief  e  tant'  enseigne  à  fin  or  neelée, 

Tant  cival,  tante  mule  estraiheche  per  la  prée  ; 

De  besans  de  fin  or  oï  tante  sonée, 

Tantes  riches  lumières  vit  la  nuit  alumée 

D'encens  e  de  tubie  en  lampes  aut  levée 
70  Que  ja  n'i  faudra  sens  de  bone  oile  rosée, 

Desendens  per  desur  chascune  est  temprée. 

Tote  nuit  ont  clarté  jusqu'à  la  maitinée. 

Dist  Daires  as  messages  :  «  Est-ce  chose  provée  ?  » 

Ore  dist  Çoroes  :  «  Je  n'en  fai  recelée 
75  ((  Que  quatre  tans  n'en  seit  qu'en  avez  en  pensée. 

—  Oi  Deus  !  »  dist  Daires,  «  ma  vertuzest  passée; 

«  Cor  sui  desavanciez  e  ma  terre  gastée  ! 

«  S'or  ne  mi  puis  vengier  ne  doi  mais  cendre  espée; 

((  Lo  treû  mi  rendront,  qui  qu'en  prena  collé[e].» 

80    r^er  briés  e  per  messages  que  Daires  ot  apris 
1    Sot  que  Alx.  de  la  guerre  s'est  entremis, 
Per  trastotes  ses  terres  manda  ses  corlis, 
E  manda  toz  ses  homes  que  bien  seit  chascuns  fis 


62.  u,  corr.  li?  —  64.  Corr.  tant'auc.  —  66.  estraiheche,  corr. 
estraier?  —  80.  Ici  Ven.  rejoint  Ars.-^  cf.  ci-dessus,  p.  6y,  —  82. 
corlis,  ms.  corsis. 


MANUSCRIT    DE    VENISE.  29$ 

Que  qui  non  ert  à  lui  e[n]tresqu'à  .xv.  dis 

85  Que  non  perde  les  membres;  ja  non  sereit  plaidis 
Li  ors  ne  li  argens  qui  ot  Semeramis. 
Quant  il  ot  assemblé  ses  genz  devers  Tigris 
Si  ot  trente  tans  homes  qu^Alx.  n'ot  Gris  ; 
Mais  per  ce  fu  vencuz  e  ses  règnes  conquis 

90  Qu'as  filz  de  ses  culverz  s'isteit  en  conseil  mis, 
Qu'avoit  fait  de  sa  terre  senescalz  e  bailis, 
Donées  gentils  femes  et  es  honor[s]  assis. 
Cil  li  ont  si  son  règne  afollé  e  malmis, 
Les  villes  confundues  e  les  borgès  aquis  ; 

95  Les  povres  chevaliers  cels  ont  tenu  si  vils, 
Assez  sunt  plus  dolent  que  se  il  fussent  pris. 
Et  hontes  et  contraires  ont  tant  fait  as  gentils 
Que  quant  vint  al  besoing,  sor  l'aiga  de  Gangis, 
Si  dist  li  uns  à  l'autre  «  que  ja  n'ait  paradis 

100  «  Qui  per  malvais  segnor  si  lait  ferir  al  vis, 
«  Ni  qu'en  receit  collée  desor  son  escu  bis. 
«  Conbatent  sei  soi  serf  dont  il  a  fait  richis 
«  Qui  nos  avers  nos  tollent  e  tenent  per  chaitis 
«  Ja  cil  n'aura  la  terre  qui  nos  en  face  pis.  )> 

105  Chascun  baissa  sa  lance  e  fuit  vers  son  pais; 
Daires  veit  qu'il  s'en  vont,  per  poi  ne  rage  vis. 


Derniers  vers  '  : 
Ci  fenissent  li  livres,  dès  or  est  bien  mesure, 
I.  cf.  ci-dessus,  p.  loj. 


2C)6  MANUSCRIT    DE    VENISE. 

Del  bon  rei  Alx.  qui  tant  ama  dreiture. 
Sor  la  tombe  de  lui  ont  fait  mainte  penture 
E  de  mer  et  de  terre,  de  tote  créature. 
Li  Gré  s'en  sont  torné  la  petite  ambleùre. 
Alx.  remest  dedens  la  sépulture. 
Dex  li  face  merci  qui  fait  la  nuit  oscure, 
Cil  onquas  en  nul  tens  ot  de  nul  home  cure. 
Ci  fenissent  li  livres,  l'estoire  plus  no  dure. 


FIN    DU    TOME    PREMIER. 


VOCABULAIRE 


À  désigne  le  fragment  d'Albcric,  p.  1-9; 

B     —      \t  ms.  de  l'Arsenal,  p.  25-105  ; 

BB   —        —      de  Venise,  p.  2)7-272; 

C      —        —     de  la  Bibl.  nat.  fr.  78?,  p.  115-17J. 

D      — •      Thomas  de  Kent,  p.  177-2)5. 

Les  textes  i4  et  C  sont  constamment  cités  par  vers,  de  même  B 
jusqu'au  vers  785,  BB  jusqu'au  v.  looi,  D  jusqu'au  v.  588.  Pour 
le  reste,  les  renvois  mentionnent  la  page  et  le  vers  ;  ainsi  B  91/16 
signifie  Arsenal,  p.  91,  v.  16.  —  L'y  est  classé  avec  1'/. 


a,  vo-j.  ad. 

ab/1  23,  33,  38,  i6,  60,61, 
66,  82,  habuit. 

abiter  fins,  726,  habiter  C 
1294,  se  trouver^  vivre  avec. 

acesmée  de  vent  B  97,  ex- 
pression douteuse,  aieine  de 
vent  BB  99  est  plus  clair, 
mais  peut  être  une  correction. 

acesmer,  préparer ^  disposer., 
vêtir  ;  acismez  B  424. 

acobler  B  -ji^  (encobler  BB), 
accoupler. 

aconduire  B  91/16,  conduire. 

ad  A  105,  habet. 

ad,  a  {lat.  ad),    i .  Dey.  un 


subst.  ;  rapport  de  direction 
ou  de  temps.,  ad  enperadur 
A  43,  a  fol  omen  ne  ad  es- 
cueyri478,  ilbut  a  macopa 
ô  601,  a  seyr  et  a  matin 
A  92  ;  aveCy  fcrt  a  un  mal  B 
129,  li  Gré  les  enchaucent 
aus  chivaus  B81/3.  Indique 
le  moyen:  il  sefist  porter... 
au  (=:  par  le)  gripon  C  67. 
A,  combiné  avec  l'art,  est 
souvent  employé  dans  B  à  la 
place  d'tn  :  Li  reis  sist  au 
palais  86/ 1 23 ,  Puis  montent 
aus  chevaus,  etc.  On  trouve 
au  pour  a  dans  cambre  au 


20 


^o8 


VOCABULAIRE. 


astivement  B  -jG^ ,  astivament 

astralabe  D  94,  402,  astro- 
labe. 

atenir  {plutôt  qu'si  tenir),  ne 
pot  —  B  ^72,  W  ne  put  s'em- 
pêcher. Cf.  G.  de  BernevilU., 
Vie  de  S.  Gilles,  v.  2828. 

atifFementD  220}^^^  ornement. 
Littré  n'a  pas  d'ex,  ancien  de 
ce  mot. 

atiréement  B  784  {arotéement 
Bfî),  d'afilée. 

atorner  D  226/74,  préparer. 

auçors  B  ^2, ètymologi<]uement 
le  comparatifs  et.,  pour  le 
sens,  le  superlatif  de  aut. 

aùe  BB  286/8,  aide. 

aumaçor  B  142  (aumançor 
BB  133)  semble  être  ici  le  sy- 
nonyme de  roi. 

aûsé  C  1021,  accoutumé. 

aver  B  80/56,  cupides. 

avigurad  A  72,  vigoureux. 

avillier  C  870,  s'avilir. 

aviron  A  64,  aveyron  A  36, 
en  — à  l'entour. 

avoiés,  bien  —  C  798,  qui  est 
dans  la  bonne  voie. 

Baïs  D  419,  attentif]  absorbé 
dans  la  contemplation  d'une 
chose  ;  adj.  formé  sur  baer. 


Ce  stns  manque  dans  Du 
Cange^  VII,  et  dans  le  dict. 
de  M.  Godefroy. 

baiscor  C  1435  ? 

baldrei  B  300,  dans  une  rime 
en  ei  (=:/r.  oi),  baudrier. 

baner  B  437,  438,  BB  236 
(où  B  a  conestable)  celui  qui 
crie  le  ban  et  qui  est  charge 
de  veiller  à  son  exécution  ;  voy. 
Du  Cange  banerius  3  (I, 
565  a)  et  banerii  (I,  572  c). 
B  475,  le  banier  est  celui 
qui  commande  le  ban,  l'armée 
hdinn\e.,c'est-à-dircconvoquées 
Du  Cange  in  exercitum  ban- 
nire  (I,  570  c). 

barnaches  ^345  (  barnages 
BB),  l'ensemble  des  barons; 
barnage  D  466,  les  qualités 
d'un  baron. 

batalle  /4  1 3,  bataille. 

bendé  B  p.  67,  dern.  vers,  à 
bandes  de  couleur. 

berser  C  1267,  lancer  des  flè- 
ches; Diez  W.  Il  c  bercer. 

bestiaire  D  222/66,  les  bêtes 
sauvages,  de  même  que  ver- 
mine désigne  collectivement 
les  reptiles. 

betée,  mer  —  B^S,  mer  figée, 
coagulée; Di.zW.  Ilcbeter, 
Cachet,  Glossaire,  beté. 


VOCABULAIRE. 


bleve  B  6J/67,  blé;  ident'n]uc 
au  biava  des  dialectes  sep- 
tentrionaux de  l'Italie.  Man- 
que dans  le  dict.  de  M.  Go- 
defroj. 

boncs  C  1062,  estre  en  — , 
être  bien  dis  posé  ^  dans  ses 
bons  jours. 

bontaz,  pi.  reg.^  ^85,  bonnes 
qualités. 

borguné  D  101,  pourvus  de 
bourgeons. 

boùrder,  boùrdé  D  137,  pour 
behourdé,  jouter. 

bozon  B  582,  trait  qui  se  lan- 
çait à  l'aide  d'un  arc;  voyez 
Du  Cange  bolzonus,  Diez  I  a 
bolzone. 

bricon  C  98,  448,  860,  870, 
fou.  Aux  vers  98  et  870,  celui 
qui  se  trouve  dans  une  situa- 
tion absurde  ou  ridicule.  Voy. 
Romania,  IX,  626. 

broigneB  7,  716,  vêtement  dé- 
jensif  recouvert  d'écaillés  ou 
de  lamelles  de  fer,  la  squa- 
mosa  vestis  ferri  d'Albert 
d'Aix  (III,  Lxiv);  pour 
l'étym.  voy.  Diez  U  c. 

bniïr  C  i^Sij  bruir^  rendre  un 
son.  Cf.  le  provenç.  brugir. 

bu  A  70,  le  buste,  le  tronc  du 
corps. 


?09 

buzat  B  79/28,  busard^  oiseau 
de  proie  impropre  à  la  chasse 
au  vol.  La  leçon  correcte  se- 
rait de  buzart  faire  ostor(c/. 
éd.  Mich.  549,  4).  C'est  un 
prov.  sur  lequel  voy.  Le 
Roux  de  Lincyy  .1,  155  et 
r76. 

Caaingnon  C  880,  nœud  dans 
lequel  était  passé  le  cou  des 
pendus;  voy.  Du  Cange  VII 
chaignon  et  Diez  W.  II  c. 
chignon.  Le  proverbe  contenu 
dans  cet  ex.  se  trouve  dans  le 
Livre  des  prov.  de  Le  Roux 
de  Lincy  (II,  492)  sous  une 
forme  un  peu  différente  :  Qui 
le  larron  tornede  pendre  |  Ja 
li  lerres  ne  l'amera. 

cabeyl,  lo  —  i4  67,  /û  che- 
velure. 

cabir,  playt  cabir  A  98,  venir 
à  bout  d'un  procès^  le  résou- 
dre; voy.  Diez  II  c  chef. 

calitez,  voy.  qualitaz. 

oambreier,  le  maistre  —  C 
'49Sï  /«  grand  chambner^ 
fonctionnaire  ayant  dans  ses 
attributions  la  garde -robe 
royale^  voy.  Du  Cange  ca- 
merarius. 

caminals  BB  143  ;  au  v.  cor- 


310 

r  es  pondant  de  B  (F52)  il  y 
a  eschamaus;  voy.  ce  mot. 
Carpentier  donne  caminale^u 
sens  de  chenets. 

canteor  C  ^(^S^épithltedacoq. 

carpent  C  10^8,  charpente, 
corps  en  général^  il  s'agit 
d'un  lion  fortement  charpenté. 

causir  A  40,  96  {lis.  jausir), 
choisir,  viser. 

cavaine  C  3 1 3,  trou  servant  de 
retraite.  Les  dictionnaires  ne 
donnent  que  cavain. 

cegnerfî44^  (ceillier  BB  436), 
peut-être  faudrait-il  clegncr 
ou  cligner? 

ceillier  BB  436,  remuer  les  cils. 

cembiax  C  589  troupe,  voy. 
sur  les  divers  sens  de  ce  mot 
Cachet ^  cembel. 

cendé  B  77,  prov.  cendat,  taf- 
fetas. Du  Cange  Obs.  sur 
l'hist.deS.Louis,VlI,  346, 
cendalum. 

censier  C  90  5 ,  qui  paie  le  cens. 

cepdre  B  77/65,  sceptre. 

cercel  D  145,  194  {forme  an- 
glaise), cercle,  couronne. 

cha  z=  ja  fi  249,  250,  272, 
278,  290;  chadis  B  378, 
jadis. 

chahaleit  B  78/2,  89/215, 
probablement  litière,  comme 


VOCABULAIRE. 


enital.  cataletto;  voir  Littr 
à  l'historique  de  châlit. 

chalam  D  63 ,  chalant^  bateau 
de  transport. 

chalin  B  "j-j/ySy  chaleur.  Cha- 
line  est  fréquent  en  ce  sens^ 
mais  chalin  ne  se  trouve  dans 
les  dictionnaires  qu'au  sens 
de  «  brouillard  ». 

chaline  fî  221,  chaleur. 

chalnîeis  B  69,  chaumeis  B 
683,  d'abord  champ  couvert 
de  chaume,  anc.  fr.  chau- 
mois;  ici  plaine,  champ  de 
bataille. 

charecters  D  585,  charre- 
tiers. 

charme  D  -ji,  75,  177,  fém. 
un  charme. 

charra,  fut.  de  cheïr,  C  284. 

chassez  B  p.  103,  casés,  pour- 
vus d'un  fief. 

chauçons  fî  244;  le  'plus  anc. 
ex.  cité  par  Littré  est  tiré  du 
Livre  des  métiers. 

chaumeis,  voy.  chalmeis. 

chaus  fî  118,  515,  pour ']ius 
(gais  fîfî),  cf.  cha,  coq. 

cheter  fî  125,  jeter. 

choiier  fî  101/18?  Dans  l'éd. 
Michelant,  bagnier. 

cisclatons  am  flors  fî  85/94, 
étoffe  de  soie  brochée;  voy.  le 


VOCABULAIRE. 


vocabulaire  it  la  Chanson  de 
la  croisade  alb.  cisclato. 

citfîî92,409,588(ciléBfî,au 
détriment  de  la  mesure)^  cité. 

citoian  C  1448,  citoyens. 

ciar  A  66,  clair,  en  parlant  du 
teint;  pris  adverbialement  et 
se  rapportant  au  son^  A  \o\. 

claritaz  A  50,  clartés. 

clas,  mot  lo  clas  A  2,  fait  en- 
tendre le  son;  de  mime  mover 
la  razo,  dans  Gir.  de  Rouss. , 
ms.  d'Oxford.,  v.  J79. 

clerjoun  D  ^07,  jeune  clerCy 
enfant  de  chœur. 

cloé,  escu  —  B  22s . 

cochez  D  411,  cof. 

i^ot  D  passim,  ce;  se  mirent 
en  çoe  O  234/19,  «  ils  con- 
vinrent de  ceci.  » 

coller  B  38  (cuiller  Bfî)ftt/7/«r. 
Ce  mot  est  masc.  comme 
dans  tous  les  anciens  ex. 

coltel  B  -j^yil  s'agit  des  deux 
coltels  d'un  espe  nielé, 
sans  doute  Us  deux  pointes 
d'unèpieu  à  lame  fourchue . 

coma  i4  61,  come  léonine  D 
470,  mot  adopté^  comae  leo- 
ninae,  Valerius,  I,  13. 

cornant  B  349,  celui  (jui  est 
dans  la  commande  de  qqun^ 
voy.  Du  Cange  commenda- 


tus;  //  y  a  mime  II,  475  b, 
un  ex.  de  commandos  en  ce 
sens. 

come,  voy.  coma. 

compasser  D  224/25,  disposer 
régulièrement  comme  avec  un 
compas^  en  parlant  de  la 
fondation  d'une  ville;  voir 
des  ex.  analogues  dans  Littré. 

conopé fi  77/79,  voi/c,  tenture, 
lat.  conopeum.  Il  y  a  cono- 
pee  dans  Rabelais  ;  voir  Lit- 
tré, sous  canapé.       ^ 

conreer  i5  2  3  5 ,  habiller. 

conseyl  ^4  85 ,  raison,  jugement. 

consentir,  aider,  être  d'accord 
ou  de  connivence  avec  qqun, 
C  1338;  employé  pour  la 
rime,  C  1385,  ûu  sens  de  se 
trouver  auprès,  hanter. 

contençon  B  1 1 1 ,  débat. 

contenement  C  1344,  asput, 
maintien. 

contor  fî  2 1 ,  personne  noble  de 
rang  intermédiaire  entre  le  vi- 
comte et  le  vavasseur  ;  titre 
principalement  usité  dans  le 
Midi;  voy.  Du  Cange  comito- 
res,  baron  de  Gaujal,  Etudes 
histor.  sur  le  Rouergue,  III 

(i8s8),  3ii-3>- 
contraire   D  222/72,  opposi- 
tion, action  de  contrarier. 


U2 


VOCABULAIRE. 


contremont  C  923,  en  haut, 
en  remontant. 

contreval  C  1009,  en  descen- 
dant. 

convenant,  corn  lor  est  —  C 
377,  loc.  impers. f  comment 
il  leur  advient,  comment  ils 
se  comportent.  Cf.  covenir. 

coraille  BB  357  (coralle  B 
366),  intestins,  partie  du  gi- 
bier qu'on  abandonnait  aux 
chiens;  employé  ici  comme 
terme  de  comparaison  dans 
un  sens  méprisant. 

corlis  B  60/3,  courrier .^  ordi- 
nairement corWtu  ;  voir  Littré 
sous  courlicK. 

correor,  destrier  —  B  575, 
cheval  de  course. 

corsuz  BB  242  ;  épithete  appli- 
quée à  des  chaussons;  cosuz 
{cousus)  B  244,  est  meilleur. 

corteis  B  505,  courtois,  vilain 
courtois  B  685.  Escliine 
corteise,  en  parlant  d'un  che- 
val, D  115. 

coser  C  1433,  reprendre,  blâ- 
mer. 

costantin  B  2^2^  507,604,  de 
Constantinople,  épithete  or- 
dinaire de  bliaut  ou  de  paile. 

coster  B  36  (mangier  BB)., 
goûter. 


coupes,  avoir  —  C  953,  itre 
coupable. 

coustumier  C  904,  qui  paie 
les  redevances  comprises  sous 
le  nom  de  coutume  ;  Du 
CangeU,  560,  5ouj  consue- 
tudo. 

coûte  C  780,  couette. 

covenir  D  235/18  (même  leçon 
dans  le  ms.  de  Cambridge) 
semble  employé  dans  le  sens 
d' échoir.  Même  sens,  au  pro- 
pre C  466,  cf.  convenant. 

crampirC  ^6^,serecoqueviller. 
se  ratatiner,  Du  Cange  VII 
cranpi,  Diez  I  grampa. 

creiile  D  49e.  Est-ce  pour 
greille,  au  sens  de  grille? 
Mais  on  ne  connaît  pas  d'ex, 
ancien  de  ce  mot.  C'est  plus 
probablement  une  mauvaise 
leçon,  pour  treille. 

creime  B  85/97,  crime  D 
227-9  i,/?ourcrieme,  crainte. 

cremir  C  23,  D  22  5/46,  crain- 
dre. 

crep,  voy.  cresp. 

cresp  A  61,  crepD  ^6(), crépu, 
au  plur.  crespes  C  234. 

cressant,  al  —  de  l'herbage  D 
225/51,  au  temps  où.  croit 
l'herbe,  au  printemps. 

crime,  voy.  creime. 


VOCABULAIRE. 


Vi 


cristinité  BB  227  (manque  dans 
B),  forme  italienne^  chrétienté. 

croissir  C  24,  124,  1419,  cra- 
<juer.  Diez  I  crosciarc. 

crollar  A  48,  s'agiter,  trem- 
bler. 

crosBp.  67  (crues  Mich.  289, 
1 5  )  creux. 

cun  (ms.  cQ)/î  81,  comme  si. 

cur,  pour  cuer,  B  67,  336 
(cuer  fi^),  cœur. 

curs  plur.  règ.  D  367,  381, 
évidemment  synonyme  de  gi- 
ron ;  f/,  D  3  8 1  ^f  /<!  ru/»r/- 
*r/^u<  de  la  p.  2\o. Le  texte 
de  J.  Valerius  porte  dans  les 
deux  cas  in  sinum. 

cnrteis,  voy.  corteis. 

cusé  D  1 5  3  ? 

custus  D  18,  coûteux^  par  suite 
pénible, douloureux.  Au  v. 20, 
malgré  l'accord  des  deux  mss. 
la  leçon  parait  douteuse. 

cuté  D  22^/26,  coudée. 

Daintiés  C  772,  mets  délicats. 
Diez  II  c. 

damnation  B  107,  condamna- 
tion. 

dangier,  sans  —  B  83/62, 
sans  opposition;  a  —  C 
1288,  à  regret,  à  contre- 
caur.  Faire  —  D  198,  298. 


résister  ;  cf.  Littré  à  l'histo- 
rique du  mot  danger. 

dansier  C  i  $04,  dans  une  laisse 
en  ier,  danser. 

dauphin  B  720,  sa  peau  em- 
ployée à  couvrir  des  boucliers. 

de  après  un  comparatif,  /l  24, 
D  468  ;  précédant  une  pré- 
position dans  la  composition 
de  laquelle  il  se  trouve  déjà, 
de  desoz  B  149,  de  devant 
B  176,  de  deçai  B  6$o,  de 
desus  B  1081. 

deci  que  fî  7,  717,  C  321  ; 
desi  (pour  deci)  a  C  393, 
783,  jusque,  jusqu'à. 

dedens  [un  terme  fixé]  C  839. 

defois,  mettre  en  —  fi  172, 
mettre  en  interdit,  Du  Cange 
defensa  3. 

deges  B  98/ 1 4,  forme  ordinaire 
teche,  qualité.  C'est  le  cor- 
respondant du  p'.ov.  deçà, 
decha,  que  Diez  (II  c  dec) 
rattache  à  tort  a  e  d  i  c  t  u  m  ; 
voir  Remania  ,  X  ,  268  , 
note  2. 

degnar,  deynar,  ind.  prés. 
deyne  A  79,  prêt,  degnet  A 
42,  daigner,  trouver  digne, 
consentir  à. 

dehés  {pour  la  rime,  au  lieu  de 
dehet,  dans    une  laisse  en 


314  VOCABULAIRE 

C  1018,  soitmau 


es)  ;  ait 
dit 

deis  B  167,  476,  dois  C  7^5, 
haute  table ^  table  principale 
placée  sur  une  estrade^  p.-ê. 
cette  table  avec  le  banc  ^ui  l'ac- 
compagnait. Dans  l'ancienne 
version  des  Rois,  II,  ix,  7, 
in  mensa  mea  est  rendu  par 
a  mun  deis  ;  dans  un  ex.  de 
Mathieu  de  Paris  cité  par 
Du  Cange  (sous  dagus)  dais 
est  l'équivalent  de  magna 
mensa. 

délivrer  D  3,  livrer^  accorder. 

demaneis  B  6c}^  81/5,  sur-le- 
champ. 

dementiers,  en  tant  —  C  5  5 1 , 
760,  1257,  entre-temps^  pen- 
dant ce  temps- là. 

depeler ,  depeile  B 6^/c)  3 ,  arra- 
cher le  poil. 

dequasser  C  555,  se  briser. 

des  i4  104,  depuis. 

descovenue  B  64/94,  désap- 
pointement. 

desdurrCj  ré/l.  BS^  (s'aloit  des- 
duiant  BB  85),  se  déduire, 
se  déporter,  s'amuser. 

desevralle  B  642  (desevraile 
BB)  séparation. 

desi  que,  voy.  deci  que. 


despiet  C  491,  corr.  despiece    diable  C  \ 20 \,  exclamation  po 


(subj.  de  despecier)?  mettre 
en  pièces. 

desplei,  adj.,  B  745,  déployé^ 
cf.  au  confenon  despiois, 
Ch.  des  Saxons.,  éd.  F.  Mi- 
chel, I,  229. 

desraisonéement  C  1217,  d'une 
façon  excessive. 

desrei,  a  —  B  744,  d'une 
façon  démesurée ,  ici  avec  une 
violence  extrême.  Du  Cange 
VII. 

desrengier  B  100,  119,  partir, 
s'ébranler,  originairement  sor- 
tir du  rang. 

destorner,  réfl.  C  1365,  se  re- 
tirer à  l'écart, 

desvarie  B  78/9,  ordinaire- 
ment desverie,  folie,  aberra- 
tion. 

detraire  D  23  j/50,  déchirer  {au 
figuré),  calomnier. 

devis  233/1,  répartition  de 
biens ^  partage  fait  par  testa- 
ment. Du  Cange  divisa  i . 

devise  D  219/13,  description . 

devise  B  'j]^,BB'j}2,  endroit 
devisé,  délimité  pour  le  com- 
bat singulier.  Du  Cange  di- 
visa 5,4. 

devoir,  employé  comme  auxi- 
liaire C  900. 


VOCABULAIRE. 


315 


pulaire,  cf.  Raoul  de  Cam- 
brai, V.  ^401,  Bat.  d'Alise, 
éd.  Guessard  et  Montaiglon, 
V.  3052,  Flamenca,  p.  353^ 
note  2. 

diaspre  £  90/225,  étoffe  de 
soie.  Diez  I  diaspro. 

dies,  pi.  rég.,  A  56,  corres- 
pond au  provenç.  d\is  Jours. 

dignitaz,  pi.  rég.,  A  84,  mot 
adopté  du  lat.^  V ensemble  des 
choses  dignes. 

discernir  A  99,  mot  purement 
littéraire  dont  on  ne  connaît 
pas  d'autre  exemple ,  discer- 
ner. 

does  B  90/2,  féminin  de  dui. 

dois,  voy.  deis. 

doler  C  412,  tailler  en  amin' 
cissant  {comme  avec  une  do- 
loir  e).  Voy.  Liltré. 

domeine  B  66,  domaine,  pro- 
priété. DaCange  dominium. 

donbiement  C  827,  galanterie. 

dor  C  489,  la  largeur  de  la 
main  ;  Du  Canine  dornus, 
Diez  II  c  dour. 

doutement  C  1239,  crainte. 

drzgonseh Di^-j  Jeune  dragon.  \ 

dreyl  i4  9.;,  opposé  à  tort. 

dromedaine  5 730,  dromadaire 
femelle  ;  la  finale  en  aine 
parait  motivée  par  la  rime. 


dromon  BB  12,  C855,D63, 
dromon  ferré  C  522,  navire 
rapide.  Du  Cange  dromones. 

drugomans  BB  293/58,  tru- 
chements, interprètes 

duyre,  ind.  prés,  duyst  A  94, 
100,  prêt,  duyslrunt  A  84, 
enseigner. 

dun  A  24,  39,  45,  dont. 

dutus  D  31,  redoutable^  voir 
Littré  à  l'historique  de  dou- 
teux. 

Ebrey  i4  91,  hébreu,  langue 
hébraïque. 

ec  les  vos  B  95/20,  21,  les 
voici. 

efflecier  {corr.  efflecir),  réfl.  C 
1423,  s'incliner.,  fléchir  les 
genoux. 

efforchier  C  801,  défendre  par 
la  force;  efForciés  C  792, 
efforcie  C  1321,  réuni  en 
grand  nombre. 

efforciement,  subst.,  C  1242, 
renfort,  appui. 

eire  D  127,  226/74,  voyage. 
La  forme  erre  [Diez  II  c)  est 
tirée  du  verbe  errer,  tandis 
que  eire  (/r.  oirre)  reproduit 
iter.  C«  </^ux  mor^  sont 
confondus  dans  le  dict.  de 
M.  Godefroy. 


3l6  VOCABULAIRE. 

■  el  =:  en  la  C  77 1 . 

elleborez,  vins  —  D  226/77, 
vin  dans  lequel  on  a  fait  in- 
fuser de  r ellébore. 

embler,  réfl.  C82i,  se  dérober 
ou  se  laisser  voler. 

emfes  A  55,  56,  75,  enfant. 

empeyr  ^4  81,  empire. 

empenc,  voy.  enpeindre. 

en  tant  dementiers,  voy.  de- 
mentiers. 

enbrievement  D  2  2 1  /4 1 ,  action 
d'enregistrer.,  de  noter  par 
écrit. 

enbronchier  réfl.,  C  795,  s'in- 
cliner; ici  s'appuyer. 

enchantcres  B  279,  encanta- 
tour  A  28,  enchanteur. 

enclaus  B  114,  123,  dans  une 
série  de  rimes  en  aus  ;  enclos 
B  12!,  dans  le  corps  du 
vers. 

encliner  iB  181,  202,  saluer. 

encousche  D  228/132,  faute 
de  copiste,  pour  entousche, 
poison.  Cf.  entusche. 

encrieme   C  849,  endurci  (?), 


épith. 


félon. 


endreit  D  5 1 5,  ^  l'égard  de. 

enfance  C  826,  83  i,  acte  d'un 
enfant  ou  d'un  jeune  hcmme., 
légèreté  ;  enianchts ,  C  352, 
actes  téméraires. 


enfantement  C  472,  état  d'enA 
fance.  1 

enforcad  A  yi,  fourché^  voy. 
la  note  p.  13,  cf.  Roland, 
éd.  Miiller^  v.  31 57. 

enforgeùre  B  98/20,  enfour- 
chure. 

engarde  B  500,  grand' garde, 
service  d'avant-postes.  Diez 
II  c  angarde. 

engertré  B  86  (encartrez  BB  . 
tenu  en  prison. 

engoine,  voy.  aigoine. 

engososement  BB  81,  d'une 
façon  pleine  d'angoisse. 

engoulé,  ermin  —  C  1004, 
vêtement  de  fourrure  muni 
d'une  bordure  appelée  goule. 

engranir  C  ^^<^.,être  contrarié, 
affligé.  Diez  I  gramo. 

enhaïe  B  78/11,  part,  d'en- 
hahir,  composé  de  haïr. 

enmé  B  82/17,  85/97,  en  mi. 

enoier,  réfl..,  éprouver  de  la 
peine,  de  l'ennui  [de  qq. 
chose]. 

enpeindre,  ;?m.  empenc  5  48  5 
lenpeint  BB].,  prêt,  enpeinst 
B  66,  pousser .^  renverser. 

enperatour  ^4  3 1 ,  enperadur. 
.4  43,  empereur. 

enquis  B  61/14,  leçon  proba- 
blement fautive;  divers  mi 


ont  aquis  {BB  295/94), 
voyez  ce  mot; voyez  aussi es- 
quis. 

ensaier  C  1305,  essayer. 

ensemble  B  462  (ensemble  0 
BfifCeijui  est  meilleur)^  avec. 

ensientre,  a  lor  —  C  ^48,  à 
leur  escient  ;  cf.  essiente. 

enl  C  619,  1451  ;  en  C  768, 
876,  950,  963,  etc.,  latin 
inde. 

entalentés  C  759,  désireux. 

enterin  B  564,  entier. 

entischement  D  220/39  [mieux 
entiscement,  ms.  de  Cam- 
bridge) exhortation,  incita- 
tion; voy.  dans  Du  Cange^ 
sous  instigator,  des  ex.  de 
ces  mots  où  Carpenticr  pro- 
pose à  tort  de  corriger  enci- 
tement. 

entransglotir  {pour  entrenglo- 
lir?)  C  461,  avaler. 

entrepris  C  349, /?m,  surpris. 

enlretor  d'une  èpèe  D  567, 
peignée^  la  partie  de  la  mon- 
ture ^ui  est  entre  le  pommeau 
et  la  garde. 

entro  A  105,  c/.  entrosque, 
jusqu'à.  Diez  II  f,  Iro. 

entroduisant  C  }6^^  instruisant. 

entrosque  (plutôt  qu'entres 
que)  Z?6o/5,  64/95,  83/40, 


VOCABULAIRE.  31? 

89/208,  trosque  90/4,  /la- 
qu*à.  Diez  II  c  jusque. 

entusche,  V—doit  itre  substitué 
à  le  fusche  D  228/1 14,  mau- 
vaise leçon  du  ms.  de  Paris; 
poison. 

enuiere  i?  630  (jangiere  BB), 
mot  dont  on  n'a  pas  d'autre 
ex.  Le  sens  serait  «  celui  qui 
ennuie  rt.Enwïtrene  serait  pas 
plus  autorisé.  De  toute  façon 
la  leçon  de  BB  vaut  mieux. 

enveriné  B  p.  68,  empoisonné. 

enviosa  (ou  enuiosa  ?  )  5  83/58, 
envieuse. 

envolsez  B  404,  BB  395, 
garni,  recouvert  d'un  panel 
{voy.  ce  mol).  La  bonne  leçon 
est  celle  de  BB,  plusieurs 
mots  ayant  été  omis  dans  B. 

epsament  B  199,  549,  670, 
86/131,  92/9,  97/3,  lût. 
ipsa  mente,  mémement, 
forme  qui  n'avait  été  trouvée 
jusqu'ici  que  dans  le  poème 
de  Boéce. 

er  B  611  (ier  BB)  hier;  erser 
{mieux  ainsi  en  un  mot)  B 
601,  61 1  (ersoir  BB)  ;  er- 
soir  C  935,  942,  hier  soir, 

ermin  i4  91,  arménien^  langue 
arménienne.  C  .004,  four- 
rure d'hermine . 


^i8 


VOCABULAIRE. 


erreur  C  491,  esror  C  1430, 
estre  en  —  C  491,  être  in- 
quiet^ craindre  ;  tenir  en  — 
C  1430  tenir  en  crainte; 
dans  ce  second  ex.  la  locu- 
lion  est  employée  en  vue  de  la 
rime^  sans  signification  bien 
précise . 

ersoir,  voy.  er. 

es -6  722,  ais. 

esbriver  B  80/59,  épervier. 

escaper  C  608,  lâcher. 

escarpine,  en  —,  BB  213,  en 
écharpe^  à  la  façon  d'une 
écharpe  ou  d'un  baudrier. 

eschaniaus,  en  rimt^  B  152 
(caminals  BB)^  escabeaux. 

escharniz  D  ii^fx^.^  moqué. 
Diez  I  sclierno. 

eschermer  {forme  auglo-nor- 
mande^  pour  escremir)  D 
472.  Diez  I  schermo. 

eschevie  B  218,  //n,  élancé, 
mais  ici  cette  leçon  ne  convient 
ni  au  sens,  ni  à  la  rime,  cf. 
BB  21^. 

eschis  D  177,  escis  C  3^3, 
qui  évite,  qui  se  tient  en  de- 
hors de,  étranger  à.  Diez  I 
schivare. 

escient  B  59,  savoir;  men  es- 
cient, 5  6 1 ,  par  —  BB-j-j. 

escis,  voy,  eschis. 


esdiz,  D  ^ic)^  éclair.  Us  dic- 
tionnaires n'enregistrent  qu'ts- 
clistre,  escliste.  Diez  II  c. 

escomovoir  C  \  48  [corr.  si  quel 
mont  escomurent?),  ébran- 
1er  y  mettre  en  mouvement. 

escuage  D  225/49,  service  mi- 
litaire^ et  par  suite  droit  payé 
en  échange  de  ce  service.  Du 
Cange  scutagium. 

esfrei  B  3  iG^agitation^  tumulte. 

esgarder  C  1390,  juger.  Du 
Cange  esgardare,  sous  es- 
gardium. 

esir  B  483,  issir  BB. 

eskarnard,  Tant  ne  venissent 
nefs,  eskarnard  ne  dromon, 
var.  du  ms.  de  Durham^  D 
63 ,  sorte  de  bateau.  Du  Cange 
canardus. 

eslais  5  421,  saut,  en  parlant 
d' un  cheval  ;  formé  jur[s']es- 
laissier  ;  feruz  d'esiés  {rime 
en  es)  5  388,  frappé  d'un 
coup  lancé. 

esiaissier  C  «532,  sauter,  s'é- 
lancer. 

eslargir,  réfl.  C  5,  se  montrer 
large. 

eslaver  C  1 502,  laver. 

eslegier  C  1521,  proprement 
rendre  lige,  c.-à-d.  indépen- 
dant, affranchir  de  tout  droit 


d'autruiy  par  suite  acquérir, 

par  achat  ou  de  quelque  autre 
manière.  Ce  mot  ne  vient 
donc  pas,  comme  on  l'a  pensée 
</'ex  lit!  gare. 

eslès,  vo).  eslais. 

eslicion  B  627,  élection^  choix. 

esmaiés  C  807,  étonné.  Diez  I 
smagare. 

esmerés  C  991,  épuré,  choisi. 
Se  dit  ordinairement  de  l'or 
ou  de  l'argent  ;  //  se  peut  que 
la  leçon  du  ms.  soit  fautive^ 
ou  est-ce  un  nom  propre  ? 

espaventez  B  16  (espoantez 
BB),  épouvanté, 

esperon,  servir  àl'  — ,  C  15, 
rendre  le  service  militaire. 

espesse  C  <^  \  2,  épaisseur  ;  cf. 
groisse.  Du  Cangc  VII  es- 
poisse. 

espeudre  B  95/21,  expliquer 
exposer . 

espez  B  592  ^espiez  BB)., 
épieu.  Diez  II  c  espiet. 

espleit,a  —  BB  2()\/\\i^  ac- 
tivement. 

espoine  B  6,  effort.  A  part 
cet  ex.  ce  mot  ne  se  rencontre 
que  comme  adj .  et  toujours 
joint  à  gré  ou  volenté,  la  lo- 
cution ainsi  formée  signifiant 
»  de  son  plein  gré  »,  ce  qui 


VOCABULAIRE.  ^IÇ 

paraît  être  ici  le  sens  «/'es- 
poine tout  seul.  Toutefois  la 
leçon  de  BB,  de  trestot  son 
espoine  semble  signifier  1  de 
toute  sa  force  »,  et  espoine, 
en  ce  cas,  pourrait  être  rat- 
taché au  prov.  ponha,  ef- 
fort (Lex.  Rom.,  IV,  598). 
Cette  leçon  n'est  pas  sûre, 
parce  quelle  se  trouve  dans 
un  vers  trop  long. 

espois  C  412,  414,  broche  {de 
bois).  Diez  I  spito. 

espoisier,  espoisa ,  C 1 1 88,  s'ac- 
croître, se  répandre,  en  par- 
lant d'une  nouvelle. 

esponde  D  192,  le  bord  d'un 
Ut  (lat.  sponda).  Aussi  bord 
ou  bordure  de  quoi  que  ce  soit, 
chaussée^  digue.,  le  montant 
d'une  échelle,  etc.  {Du  Cangc 
sponda  5)  ;  espounde  D  36, 
probablement  règle  graduée. 

espundre  D  176,  exposer,  cxt 
pliquer . 

esquipé  C  544,  mis  en  mer, 
embarqué.  Diez  I  schifo. 

esquis,  esquise  D  219/12  (en- 
quise  dans  le  ms.  de  Cam- 
bridge qui,  dans  le  même 
vers,  omet  avec  raison  n'), 
constaté,  par  enquête,  établi. 

esror,,  vo>.  erreur. 


320  VOCABULAIRE. 

essiente  C  ^S^^escientf  cf.  en- 
sientre. 

essoine  B  8  {plus  clair  dans 
BB),  excuse,  principalement 
excuse  judiciaire  ayant  pour 
but  de  justifier  un  défaut. 

estachon  C  227,  tenue^  dé- 
marche. Ce  mot  n'est  pas 
relevé  dans  les  dictionnaires 
avec  la  signification  qu'il  a 
ici. 

establie  D  480,  a  souvent  le 
sens  de  garnison  (Du  Cange., 
stabilita,  stabililas)  qui  peut 
à  la  rigueur  expliquer  par 
force  d'  — . 

estai  BB  144,  lieu  qu'on  oc- 
cupe; tenir —  BGijy  doner 
estai  D  481,  garder  son  ter- 
rain, résister  de  pied  ferme  ; 
voy.  Cachet. 

esta veus  C  7  5  5 ,  flambeaux .  Du 
Gange  stadai,  et  VII  esta- 
vauls. 

estellacion  Z)  53,  constellation 
[Durham  constanlacion  ?) 

estorer  C  1561,  établir.  Diez 
II  c. 

estorn  A  87,  estor  A  42, 
combat. 

estot  C  loj G,  téméraire,  auda- 
cieux. Diez  II  c  estout. 

estoutier  C  46,  plus  ordinai- 


rement estoutoier,  traiter  du- 
rement. 

estovoir,  estuet  C  1389,  es- 
toveit  B38,estevoit  C88j, 
estut  B  8,  esieùst,  falloir. 

estraihece  BB  294/66,  crM/ifc. 
Celte  forme,  qui  peut  n'être 
qu'un  barbarisme  dû  au  co- 
piste italien,  manque  dans  les 
glossaires. 

estre  D  471,  être,  manUre 
d'être. 

estrée  B  492,  route.,  chemin. 

estris,  cas  suj.,  5  521,  lutte. 
Ce  peut  être  le  cas  suj.  a'es- 
trit  qui  suit  ou  </'estrif. 

estrit  (ms.  estric),  cas  rég..,  A 
1 3 ,  lutte  {ail.  streit),  distinct 
étymologiquement  ^'estrif, 
Diez  I  estribo. 

estrobatour  /4  27,  controuvcur. 
qui  invente  des  histoires. 

estrumans  C  685,  timonier.,  le 
marinier  qui  manœuvre  le 
gouvernail.  Diez  II  c. 

estuis,  BB  292/5,  9,  293/1. 
éteuf.,  pila  dans  Valerius,  I, 

36. 
estut,  voy.  estovoir. 
exalder  BB  287/22,  assaillir. 

forme  barbare  créée  par    un 

copiste  italien. 
exaltât  A  22,  élevé.,  mot  adopté. 


VOCABULAIRE. 


Fayllenci  i4  97,  rz  prov.  fail- 
lensa,  man(juement.  Pour  la 
forme,  c/.  II,  86. 

faire;  fayr  A  79,  87,  90,  92. 
Employé  comme  auxil.  avec 
un  inf.  {comme  en  angl.  do) 
B  101,  C  1055;  cj.  Diez, 
Gram.  (trad.),  II,  106,  et 
Tobkr^  Zeitschr.  f.  rom. 
Phil.  I,  11-2. 

fais;  jamais  por  nul  —  d'ar- 
mes C  1482  ;  il  faut  proba- 
blement fait  (factum)  ou 
nuls;  faist/c  fascis  convient 
mal  au  sens. 

failieremeni  ;  ensi  ~  C  1238, 
de  la  sorte. 

falcun,  sing.  rég.  A  6j  ;  fau- 
cons, SU).  B  -jx. 

faus,  smg.  SU).  B  1 19,  1 51 
(fais  BB],  406,  pi.  rég.  B 
6j/6i,  faucon. 

fé  B  22,  fief.  , 

feimentie  B  ^9,  celui  qui  a 
menti  sa  foi,  parjure. 

eon  BB  ^shS^  1^°^*  Progé- 
niture., petit  ;  ici  s'applique  à 
un  monstre. 

fermer,  —  la  bataille  5  6j  1, 
s'engager  à  combattre  en  duel 
en  un  temps  et  en  un  lieu 
déterminés;  de  même  condr- 
mer  la  bataille,  Du  Cange 
I 


MI 

II  950  a;  firmare  duellum, 
ibid.  9^  i  a;D^c)^yenfermer. 

fers,  sing.  suj,  B  ijo,  ijo, 
sauvage.,  fier.  • 

feus,  sing.  suj.  B  194  (fols 
BB],  félon. 

fiez  D  22^I\C)  [de mime  ms,de 
Cambr.)^ fidèles?  devrait  être 
de  deux  syllabes. 

figura  A  64,  met  adopté  du 
latin.,  forme,  l'ensemble  de  la 
personne. 

fis  B  40/4,  sûr  (fi dus). 

flatir  B  131,  C  462,  mettre  à 
plat.,  baisser;  Du  Cange 
VII,  Diez  II  c  flatter. 

foer  D  232,  façon ,  manière, 
(forum). 

foier  C  89 1 ,  pour  fossier .? 

foler  C  587,  agir  follement, 
opposé  à  faire  sens. 

fonde  Z)  45,  fronde,  signe  ca- 
ractéristique du  mois  de  dé- 
cembre ip.-é.  à  cause  du 
Sagittaire,  signe  du  Zodia- 
que). 

forein  D  478,  étranger  {angl. 
foreign). 

forez  D  473 ,  foréti,  par  extens. 
chasse. 

forma  A  ^^J'orme,  au  sens  de 
grandeur,  taille. 

fort  B    147    (sor  BB),fort, 

21 


322  VOCABULAIRE. 

bien  fortifié.    C'est  le  plus 
ancien  ex.  connu  de  ce  subst. 

iouBp.  67,  fus  B  p.  67,  fu^ 
p.  6%,  feu. 

frarin  C  117/4,  malheureux^ 
misérable.  Cachet^  sous  po- 
vres  gens,  le  dérive  defnter, 
au  sens  de  religieux  ayant 
fait  vœu  de  pauvreté^  opinion 
qut  Diez,  II  c  frairia,  paraît 
accepter. 

fraynt  A  j,  brise  [de  frayndre) 
leçon  conjecturale  (voy.  la 
note  y  p.  10). 

freselé  D  148.  Fresel  est  la  gar- 
niture froncée  d'un  vêtement. 
Du  Cange,  III  freseilus,  et 
VII  freseaus;  freseler  signi- 
fie généralement  plisser,  fron- 
cer, Diez  I  fregio.  Henschel 
{Du  Cange,  VII)  traduit  ce 
mot  par  «  ondoyer,  flotter  » , 
mais  les  ex.  auxtjucls  il  ren- 
voie sont  douteux.  Dans  Guill. 
Guiart^  aux  endroits  cités 
(vv.  2713  et  2903)  //  y  ^, 
non  pas  freseler,  mais  fre- 
teier;  //  ne  reste,  avec  ce 
sens,  qu'un  ex.  de  la  Chron. 
de  Benoit,  v.  3940.  Ici  c'est 
la  reine  Olympias  dont  le 
corps  est  freselé  dans  un 
bliaut.  P.-é.  faut-il  corriger 


fesselé,  serrée  f<^ëoté^  comme 
on  dit  encore  avec  un  sens  dé- 
favorable. 

fugir  A  At2.,  tueient  B  i  59, 
fuir. 

fusche,  le  —  D  228/1 14,  faute 
du  ms.  de  Paris,  pour  i'en- 
tusche. 

Gage,  ploier  son  —  C  922, 
plier  le  gant  qu'on  présentait 
comme  gage  de  bataille. 
Voyez  ma  traduction  de  Gi- 
rart  de  Roussillon,  p.  64, 
note  3 . 

gahaine  ^258,  récolte.  Diez  I, 
guadagnare. 

galeis  B  p.  69,  plaisant.^  bon 
compagnon.  Du  Cange,  gal- 
letus. 

galoné  D  144,  lié  {en  parlant 
des  cheveux).,  ordmairemenî 
avec  un  fil  d'or,  non  pas  seu- 
lement tressé,  comme  traduit 
Carpcntier  [Du  Cange,  VII), 
voir  Littrê  à  l'ètym .  de  ga- 
lonner.  On  jf  galonnait  aussi 
la  barbe,  voir  Huon  de  Bor- 
deaux, V.  2932,  ce  qui  ne 
veut  pas  dire  qu'on  y  mît 
«  de  petits  glands  au  bout  de 
chaque  floquet  »,  comme 
l'entend  M.  Godefroy. 


VOCABULAIRE. 


gais,  voy.  chaus. 

gaut  B  276,  bois. 

gef  B  1 40,  pour  chef. 

gcïr,  ^  79/40,  gehir,  82/21, 
pour  cheïr,  cheoir. 

gemin  B  691,  ;jour  che- 
min. 

gencir,  m/.,  ;>r/i  substantiv:- 
mcnty  C  1401,  i«  détourner^ 
fig.  reculer.  Diez  II  c  gan- 
chir,  guenchir. 

genuïr  >1  4$,  engendrer;  en- 
genuïr  «f  />/u5  fréquent . 

genzor  i4  40,  comparatif  qui 
existe  en  fr.  {yoy.  G.  Paris, 
Rôle  de  l'accent  latin,  p.  58) 
et  en  prov. 

gtr  B  30,  373,  489,  83/46, 
pour  cher,  comme  gef,  geïr, 
gemin,  etc. 

gige  C  218,  instrument  de  mu- 
sique à  archet  et  ayant  ordi- 
nairement trois  cordes^  D.  C. 
giga  2  ;  Diez  I  giga  ;  De 
Coussemûker,  dans  les  Ann. 
archéol.  de  Didron,  VII, 
326;  Viollet  le  Duc,  Dict. 
du  mobilier,  II,  273. 

girfaut  ^281,  gerfaut.  Diez 
I  girfalco. 

glauc  A  62,  vert  d'eau.,  mot 
emprunte  au  latin  de  Val»- 
rius  qui  porte  glaucus.  //  n'y 


a  pas  d*ex.  ancien  dans  Littri 
au  mot  glauque. 

goitron  B  109,  gosier.,  Du 
Gange  III  gurgustium  2  ; 
Diez  II  c  goitre. 

goles  B  284  (gules  BB  269), 
bordures. 

gopiz  B  p.  67,  pour  gorpiz,  re- 
nards. 

gorz  B  89/208,  correspond  à 
argors  de  l'édit.  Mich.,  qui 
doit  être  une  forme  moiifiée, 
en  vue  de  la  rime.,  </'argotz 
{la  rime  est  en  0  ouvert),  er- 
gots d'un  cheval. 

graai  BB  ôiS,  vase.  Du  Gange 
gradalus,  grasala. 

grain  B  97/12,'  affligé.  Diez 
I  gramo. 

graisia  ^691,  sorte  de  trom- 
pette à  son  aigu.  D.  G.  III, 
gracilis  ;  Diez  II  c  grêle  ; 
Viollet -le  Duc,  Dict.  du 
mobilier,  II,  274. 

grant  -<4  95,  grand  coup;  sur 
cet  adj.  employé  comme  com- 
plément sans  substantif,  voy. 
lobler^  Germania,  II,  443, 
et  Jahrb  f.  rom.  Lit.  VIII, 
338. 

greiffent  B  Sy/iOi,  faute,  pour 
creissent,  de  croistre. 

grifaine  B  256,  sauvage. 


3  M 

gripon  C369, 364, 391,  409, 

etc.,  griffons.  Diez  II  c  grif 

et  gripper, 
groisse  C  494,  adj.  fém.  pris 

substantivement,  grosseur. 
grongdier  B  76/38,  gronder. 
gu  C  206,  472,  pour  ju,  jeu. 
guige  5  69,  5orfc  </«  courroie 

qui    servait    à   retenir    Vécu 

suspendu  au  cou.   Diez  II  c 

guiche. 
guiton  B  629,    jeune  homme. 

Vo-j.  Romania,  VIII,  619. 
gurpir  B    351,    abandonner. 

Diez  II  c  guerpir. 

Hanc,  vo-j.  hunc. 

haras  C  1268. 

herbez,  plur.  D  ^i^l-jG,  in- 
fusion  d'herbes.  Manque 
dans  les  glossaires.  Pour  le 
sens.,  voy.  Du  Cange  III,  her- 
bas  dare,  herbaria,  sous 
herba,  i;  il  y  a  aussi  her- 
batum  vinum,  vin  dans  le- 
quel on  a  fait  infuser  des 
herbes  aromatiques. 

hermine  77/8 ii  d'hermine; 
hermine  joint  à  un  subst. 
masc,  B  178,  283. 

honiz  D  223/9,  '4j  ^ridoni- 
magé.,  abîmé. 

hunc  5113  (anc  BB)^  367, 


VOCABULAIRE. 


381,  une  B  461,  $48,  J72, 
unques  B  94,  266,  hanc  A 
42,  onques. 

Inclaust,  B  60,  /^ourenclaust, 
italianisme. 

ingremanchc  C  272,  nécro- 
mancie. 

irois  C  93,  irlandais. 

irrur  D  3  50,  pour  irur  {cf. 
parré  128,  corroune  490, 
orreille  50$,  querreit  220/ 
27,  irreit  220/35,  ^^^^^^ 
221/^7,  dorrez  226/85), 
affliction,  tristesse. 

irus  D  9,  û//?/gf',  fr/5/t. 

iue  (/.  ive)  C  1263,  jument. 

yzo  ^75/30,  yze  78/7,  c^/û. 

Jargerie  5  78/17,  /?/w  ^ouvcnf 
gargerie,  ivraie.  Jahrb.  f. 
rom.  u.  engl.  Literatur, 
XI,  145,  152. 

jargonce  5  705,  plus  ordinai- 
rement jngonce  {leçon  de  BB) , 
pierre  précieuse  Du  Cange 
VII;  Littré^  jargon,  2. 

jausir,  vo)'.  causir. 

jeter  oisel  D  473,  lar.cer  un 
faucon . 

jovne  B  79,  jovnes  169  (5^ 
jovenz),  jeune. 

jubé  D  491,  crinière. 


VOCABULAIRE. 


?2^ 


jugeor  C  1205,  tribunal.  Du 
Cange  III:  «  judicatorium  ; 
SixaTCïîptov  in  vett.  glos- 
sis  > . 

jugeons,  pi.  rég.  B  s^t  jugts. 

juggeres  D  225/6$,  juge. 

jungnet  0  43,  juillet. 

junois  B  p.  66,  juillet. 

justice  C  I  j6o,  lien  où  s'exé- 
cutent les  sentences  capitales. 
Du  Cange  justitia. 

Kaicre  C  599,  417,  siège, 

karectes  D  2^2,  charmes^  con- 
jurations. Voy.  Du  Cange 
caracter  3  c/caragus. 

karolerD  140,  danser  en  rond. 
Du  Cange  carola  2  ;  Diez 
II  r. 

ke,  pour  com,  C  891. 

Laborus  {ms.  de  Durham  la- 
brus)  D  5,  laborieux,  pé- 
nible. Je  ne  connais  pas 
d'antre  ex.  de  cette  forme. 

laidure  C  6,  injure,  tort. 

laine  5  7^1,  leçon  tjui  parait 

corrompue  :  SB  Hélène, 
anci   A    96,  lance.    Pour    la 

forme,  cf.  II,  86. 
angoser  B   100/1,  mauvaise 
leçon  :  engoiser  dans  BB,  an- 
goscier  à  l'endroit  correspon-  [ 


dant  de  l'éd.  de  Stuttgart. 

laprof  D  223/3,  mauvaise  le- 
çon; ms.  de  Cambridge  : 
k'aprof. 

laschement  D  1 44,  d'une  façon 
lâche  {au  propre),  non  serrée. 

lascher  B  78/1,  affaiblir, 
amoindrir[la chaleur],  laisier 
dans  ledit,  de  Stuttgart. 

laùr  D  224/26,  largeur. 

laz  A  48,  côté. 

lei  B  177  (lui  BB),  elle,  cas 

leyra  A  101,  lyre. 

leoine  J5fî  1  (lioine  B  n,  B 
251,  rirn^  ^ui  s'étend  à  la 
dernière  syllabe  d'un  mot  et 
à  la  voyelle  précédente,  par , 
ex.  Dei-Galilei,  venturus- 
positurus  (T/iuror,  Notices 
et  extraits,  etc.,  p.  452), 
c/.  Leys  d'Amors,  I,  160. 

léonine  D  470,  de  lion,  cf. 
come. 

lettrure  D  474,  science. 

leu,  sing.  suj.  A  59,  lion.  — 
CA  la  note  p.  13. 

levar  cant  /l  103,  entonner  un 
chant. 

WngA  31,  lignée. 

lioine,  voy.  leoine. 

lioneis,  escu  —  B  p.  69,  «eu 
où  ^fâif  peint  un  lion. 


p6  VOCABULAIRE. 

lionier  C  1 068 ,  gardien  de 
lions. 

lirsB  86/131,  lys. 

listé  B  705,  82/18,  bordé. 
Cachet;  Dicz  I  lista. 

livreison,  doner  a —  B  108, 
donner  en  pâture. 

lo  BB  78  (0  B  62)  cela. 

loement  C  840,  avis^  conseil, 
ce  qu'on  loue  à  faire. 

lof,  pL  suj.  B  lie,  loups. 

loi  C  1592,  amende. 

longes  C  1400,  longtemps. 

losengetour  A  29,  losengeor 
5  42,  intrigant j  ordi'aire- 
ment  losengier  ;  mor  d'origine 
incertaine;  Diez  I  a  lusinga. 

lues  C  525,  aussitôt,  sur  le 
champ.  Diez  I  loco. 

luiton  C  1263,  être  fantastique 
auquel  la  croyance  populaire 
attribuait  la  propriété  de  re- 
vêtir les  formes  les  plus  di- 
verses. Dicz  II  c  lutin; 
Littré,  ibid.  ;  Cachet  luiton. 

lujor  B  76/58,  lueur. 

lune  B  76/37,  selon. 

lunger  5  100/3,  mauvaise  le- 
çon, cf.  la  note;  BB  del 
manger. 

Magesteyr  A  80,  temps  d'école 
ou  d'étude. 


magne,  voy.  mangne. 

mail  BB  125  (mal  B  129), 
maillet. 

maisel  C  689,  d'abord  boucherie 
{voy.  Du  Gange  macellus), 
puis  massacre.,et  ici  désastre . 

maistroier  C  886,  être  le  maî- 
tre, le  gouverneur  d'un  en- 
fant. 

mal,  voy.  mail. 

mal,  adj.,  pris  adverbialement, 
5  81/8,  9. 

manantise  D  219/3,  richesse 
en  général  ;  originairement 
demeure ,  habitation.  Du 
Cange  managium  2. 

manges  B  99/29,  manche. 

mangne  B  8$/ioo,  lat.  ma- 
gnus  ;  employé  dans  cette  seule 
locution  :  lo  mangne  empe- 
reur, ou  li  magne  reis  BB 
288/5  3 ,  comme  dans  Rolant, 

V.    I. 

manovrer,manovré5  86/149, 
faire,  travailler  à  la  main. 

marement  C  1 5  34  {mieux  mar- 
rement),  affliction,  peine. 

mareschaus,  sing.  suj.  B  \i^, 
pi.  rég.  B  96,  palefrenier. 

margerie  B  78/16,  perle. 
Cette  forme  manque  à  l'his- 
torique de  marguerite  dans 
Littré. 


mat  A  14,  abaissé,  abattu^  ha- 
mille.  Cet  adj.  n'a  rien  de 
commun  avec  mat,  terme  du 
jeu  d'échecs.  Mattus  se  trouve 
déjà  en  latin  avec  le  sens  de 
tristis. 

matir  C  4,  abaisser,  mater; 
cf.  Rolant  895,  5206;  Gir. 
de  Vienne,  2337,  etc. 

malire  D  po  (en  rime),  ma- 
titre. 

maus,  ;;/.  rég.  B  12^  [manque 
dans  BB),  leçon  fautive  pro- 
duite par  la  répétition  de  la 
rime  précédente.  D  226/86, 
poison. 

mealle  B  640,  maille  ^  petite 
monnaie.  Du  Cange  medala 
et  medalla. 

medier,  mediez  Z>  226/86, 
medierent  D  235/40  mêler; 
rcfl.  D  235/40,  entrer  en 
lutte. 

membrue  BB  288/35,  Mm^ 
barbare  pour  membrée. 

men  lo  B  376  (mé  leu  BB)^  mi- 
lieu. 

menuisier,  menuisoit  BB  534 
en  un  mot.  et  suppr.  la 
note),  se  di{  du  chant  du 
coq;  voy.  Ogicr,  v.  6289. 

micha  A  ^Z,  mie,  mot  employé 
pour  renforcer  la  négation. 


VOCABULAIRE.  ^IJ 

mirer  D  519,  regarder. 

mischin  A  88,  en'ant.  Diez  I 
mesquino;  Cachet  meschin. 

missaudor  C  1432,  épithHe 
ordinaire  des  destriers  de 
prix;  ici  pris  substantive- 
ment: equus  mille  solido- 
rum,  non  pas  «  mille  sous 
d'or  i,  comme  l'a  cru  Cachet. 
Diez  II  c  milsoudor. 

mollez,  rég.  pi  5  73  {manque 
dans  BB),  moulés,  formés. 

mot,  adj.  motes  ^  201  (moût 
grant  BB),  nombreux. 

monde,  universe  —  D  44,  le 
monde  entier. 

mul  A  19,  moult. 

N'  ou  'n  B  67,  230, J20, 388, 
464,  543,  61/24,  ^i/l^^ 
75/20,  80/63,85/98,  pour 
en. 

nage  C  602,  subst.  formé  de 
nager?  semble  signifier  cou- 
rant, mouvement  de  la  mer. 

naissement  C  1 3 1 ,  naissance. 

natiz  A  18,  natif. 

nec  un  A  30,  nec  unum  ; 
neguns  B  477,  nec  unus  . 

neent  D  220/32,  néant,  nulle 
chose;  nient  d'une  syll.  D 
512. 

neguns,  voy.  nec  uns. 


?28 


VOCABULAIRE. 


nequedent  D  220/j 1  ;  nequi- 
dent  D  7,  toutefois  y  no- 
nobstant,   Diez  ^    Gramm. 

nés  5  514  (niés  BB) ,  ne- 
veu. 

nesun,  sing.  ré  g.  fi  234  (negun 
BB),  nul,  aucun. 

nient,  voy.  neent. 

non  devant  une  voy.  A  23,  no 
devant  une  consonne  A  "]<). 

nonporquant  C  675,  néan- 
moins. 

0  A-jG,  B  29  (ou  BB),  ou. 

0  B  62  (lo  BB),  cela. 

ci  pour  01    D  224/J2  {même 

leçon  dans  le  ms.    de  Cam- 
bridge)., oui. 
oiseler  C   394,    ordinairement 

chasser  à  l'oiseau  (Du  Cange 

oiseliare),  ici  voler? 
ordre  D  5  24,  par  ordre  (or- 

dine?) 
orés  C  1 3 1 ,  orage.  Diez  I  aura, 
orferré  C  244,  mauvaise  leçon, 

pour   orfresé,    broché  d'or. 

Diez  II  c  orfroi. 
oriflor   B   77/65,   oriflamme. 

Diez  II  c  oriflamme, 
orin  fi  38,  d'or.   Raynouard, 

Lex.  rom.  II  144,  aurin. 
ostelon,  maison.,  demeure. 


ostorin  B  77/76,  sorte  de  pour- 
pre, voy.  Du  Cange  IV,  os- 
trearius. 

ot  B  79,  156  (0  BB),  723 
(a  BB),  avec. 

ouan  D  516,  mointenant.  Diez 
I  uguanno. 

eut  D  69  fc/".  la  var.},  host, 

ovels  D  222/74,  mauvaise  le- 
çon; pour  olives,  conjecture 
proposée  en  note  et  (jui  est  la 
leçon  du  ms.  de  Cambridge. 

owel  D  225/50,  égal. 

Paeis  B  680,  pays. 

paire,  ^^/îj  une  rime  en  aire, 
fi  451,  père. 

palestre  D  472,  /zzWc,  mot  de 
formation  littéraire. 

panels  BB  395,  5orftf  ^(r  cou- 
verture  rembourrée  tenant  lieu 
de  selle,  ou  sur  laquelle  on 
plaçait  la  selle.  Du  Cange 
panellum  3.  C'est  p.-ê.  en  ce 
sens  qu'il  faut  entendre  le 
mot  paniaus  dans  le  passage 
où  Joinville  conte  comment  les 
Tartares  préparentleur  viande: 
«  Les  chars  crues  il  mettent 
entre  lour  selles  et  lour  pa- 
niaus »  {éd.  de  Wailly, 
^  489)- 


pantcre  B  286,  hétc  marine 
pour  la(}uelle  le  lion  a  beau- 
coup de  respect.  La  croyance 
ordinaire  est  que  la  panthhe 
répand  une  agréable  odeur  qui 
adoucit  les  animaux  féroces. 
Cf.  Hervieux^  Fabulistes  la- 
tins, II,  637. 

par  D  577,  employé  avec  un 
sens  distributif;  construit  avec 
un  infinitif  D  $83,  par  poi  B 
657;  par  meïsmes  C  12 19, 
plus  ordinairement  a  par 
meïsme,  sur-le-champ. 

parabla  A  10,  parole. 

pare  /l  3?,  pire. 

parir  BB  186  (pareistra  B 
192)  paraître. 

parv  A  88,  petit .,  mot  dont  on 
n'a  pas  d'autre  exemple. 

pauc  -451,  peu. 

pecunia  A  20,  mot  purement 
latin . 

peis  fi  68 1  ?  leçon  toute  diffé- 
rente dans  BB  696. 

peitevin,  or  —  fi  29$  (arabin 
BB). 

peitral  D  485,  pitral  fi  227 
(petral  BB)^  pitraus  B  403, 
armure  couvrant  le  poitrail  du 
cheval;  voy.  Chanson  de 
la  Crois,  des  Albigeois,  II, 
2\2,  note  s  ;  324,  note  ^,et 


VOCABULAIRE.  ^29 

les  add.  et  corr .  p,   526-7. 
peitrise  fi  717,  peitrine  mo- 

difié   pour    la   rime  y    leçon 

douteuse.,  cf.  BB. 
peyz  [et  non  pcys)  A  69,  poi' 

trine . 
pel,  pi.  suj.  B  249  (peus  BB)y 

410  (pez  BB),  les  pieux  de 

la  quintaine. 
peller,  peille  D  506,  ôter  les 

poils,  les  cheveux.  Diez  I  pi- 

gliare. 
pennil  B  p.  73,  pénil,  bas  du 

ventre.  Diez  I  pettine. 
penus  Dm,  qui  se  donne  de  la 

peine . 
perillié    C    617,    623,    790, 

naufragé.  Du  Gange  pericli- 

tari  et  periculare. 
perrier  C  1530,  grève ^  endroit 

sablonneux. 
pescerel  C  694,  pescereax  607, 

pécheur. 
pies,  n'en  est  —  escapé[s]  C 

5^8.  Cachet  pied, 
pitraus,  voy.  peitral. 
plaier  B  83/59,  blesser. 
playt  A  98,  plaidy  débat. 
platonerD  58o,po«r  paltoner, 

pautonier^    vagabond.    Diez 

II  a  paltone. 
plentivus    D   30,   plantureux, 

riche. 


HO 


VOCABULAIRE. 


plevir  C  1404,  garantir. 
podent  A  19,  puissants. 
poi  B  2J-J,  590,  puy,  colline. 
poises    B  64/76,  j/7rh  que, 
forme  poitevine,    cf.    prov. 
poissas. 

polplier,  polplie  B  76/40,  pu- 
blier ^  répandre. 

pomerini?509,  GoG^depomier. 

porgarder  5  610,  garder  en- 
tièrement. 

por  quant  C  922,  9^6,  pour 
cela. 

porquei^  le  --  D  226/73,  le 
pourquoi.,  ce  qui  peut  motiver 
un  actz. 

potnée  5  6^2  (pugnée  BB)^ 
hauteur:.^  arrogance  .^Du  Gange 
VII  podnée  ;  Diez  II  c  pos- 
née. 

poues  D  228/132,  229/134, 
leçon  fautive  pour  pous, 
pouces  ?  poues  ou  poes, 
pattes,  ne  peut  guère  convenir 
ici. 

poulenès  C  1262,  jeune  pou- 
lain. 

pouoir,  employé  comme  auxi- 
liaire, pot,  prêt.  B  79/43, 
C  562,  prés.  96/28. 

premeiran  B  747  (premere-  j 
ment  BB)  d'abord.  \ 


339,  224/29,  en  premier 
lieu. 

prendre,  réfî.  D  55,  67,  faire 
une  entreprise. 

prendue  BB  288/40  (en  rim:  . 
prise,  barbarisme. 

présent,  mettre  en  —  B  45. 
offrir. 

primur,  voy.  premur. 

prcdeltaz  A  87,  promesses,  ex- 
ploits. 

prof,  voy.  laprof, 

pugnée  BB  66^,  voy.  potnée, 

Qualitaz  A  52,  qualitez  BB 
22.  calitez  B  w,  qualités, 
propriétés  inhérentes  à  une 
chose. 

quartiers  D  562,  le  vers  doit 
être  rétabli  ainsi  :  Chalces  out 
de  samit  taillé[e]s  a  quar- 
tiers, c'est-à-dire  écartelées. 

quassez  BB'  289/64,  barba- 
risme pour  chasez. 

que,  pron.  rcl.  fém.  C  1420. 
1450;  que,  de  que  B p.j], 
de  quoi,  par  que  C  3  ^o,  par 
quoi . 

quepol  BB  293/48,  pour  pe- 
col,  les  pieds  d'un  lit. 

quintaine  B  239,  249,  410. 

quire  D  517,  cuire. 


premur,  pnmur,  en  la  —  D  |  quise  B  \ji,  pour  guise. 


VOCABULAIRE. 


n' 


Rador  C  1098, 1  \ 06 ^rapidité, 
impétuosité  d'un  cours  d'eau. 

raicmbre  C  375,  racheter. 

raropronerC926,  978,  railler 
d'une  façon  insultante . 

rascaille  BB  6^4  (rencalle  B 
643),  racaille.  Littré  n'a  pas 
d'ex,  de  ce  mot  plus  ancien 
qu'Eustache  Deschamps^  et 
M.  Farster  ne  le  cite  pas 
entre  les  mots  en  aille  qu'il  a 
groupés  dans  la  note  sur  le 
V.  2089  de  son  édition  de 
Richart  le  bel .  En  présence 
de  ces  formes  il  faut  renoncer 
à  l'étymologie  proposée  par 
Diez  (II  c  raca)  qui  propose 
la  racine  germanique  conservée 
par  le  norrois  racki ,  l'an- 
glais rach  ,  chien  de  chasse, 
et  la  rapproche  du  prov.  raca 
que  Raynouard  traduit  sans 
preuve  suffisante  (V,  29)  par 
'  rosse  ».  Il  faut  abandonner 
aussi  l'étym.  de  M.  Littré 
[le  raca  de  Math.,  V,  22). 
//  semble  plutôt  que  ce  mot 
devrait  être  rapproché  du 
prov.  rasca  ,  gale ,  teigne 
(Diez  I  rascar),  étymologie 
qu'indique^  sans  l'adopter  dé- 
finitivement^ M.  Scheler. 

rapine  B  76/40,  symbolisée  par 


le  loupf  comme  chez  Dante 
(Inf.  I,  49),  par  la  louve. 

ravir  C  ^-jc^f  voler^  s'élever 
dans  les  airs  ;  s'emploie  sou- 
vent dans  le  sens  de  courir 
rapidement. 

re-  particule  itérative.,  r(ise\t{re- 
savoir)  D  226/73,  revoelC 
226,  etc. 

reau  B  314  (reial  BB  301), 
cri  de  guerre  des  troupes 
royales .  Voir  Du  Cange^  re- 
gales (V,  660  b),  id.  Diss. 
VII,  p.^cfa;  Jahrb.  f.  engl. 
u  roman,  litcratur^  II.  120; 
cf.  Girart  de  Roussillon, 
trad..,  p.  i86,  note  3. 

recercelad  A  67,  bouclé ^  en 
parlant  des  cheveux. 

receler  C  909,  recevoir,  donner 
refuge  à  quelqu'un. 

réduit,  dire  —  C  577,  mot 
corrompu  ? 

reial  BB  301 ,  voy.  reau.  Che- 
min —  0615. 

reillc  D  ^<)-j,  sillon.  Du  Cangt 
riga. 

remplue  B  64/77,  pour  rem- 
plie, à  cause  de  la  rime. 

remusé  C  1271. 

rencalle,  voy.  rascaille. 

renges  C  1527»/^  baudrier  de 
Pépie.  Du  Cange  VII.   BB 


H2 


VOCABULAIRE. 


39 j  (rennes  B  404).  rênes. 
reprovier   C  819,   enseigne- 
ment (sous  for  me  de  proverbe); 

C  890  reproche^  blâme. 
requiz  D  223/7,  "^^^^  ^^(^^ 

dans  le  ms.  de  Cambridge).^ 

distingue.^  habile? 
rés  D  85,    rase;  ries  D  jo6 

ras^  au  ras  de. 
resambler  C  453,  sembler. 
respassés  B  p.6-j,  rétabli.  Du 

Cange  VII. 
respensee  D   150,  corr.  tres- 

pensé. 
reter  C  1 3  5  6,  accuser  en  justice. 
retor  B  76/56,  revenu,  avan- 
tage. 
ries,  vo)'.  rés. 
rivière,  tenir  la  —  B  62/54, 

63/62,  occuper  la  rive. 
roez,  pailes  —  5  76,  ornés  de 

dessins  en   forme    de  roue. 

Voir  le  vocab.   de  Daurel  et 

Béton,  sous  rodât, 
rotta  A    1 0 1 ,  ro/d,  instrument 
à  cordes.  Du  Cange  rocta; 
^.  tVb//,  Ueberd.  Lais,  note 
78  (;?.  242). 
roveisuns  B  60,  /f5  Rotations. 

Saive  5  379,  sapi  >1  2 1 ,  5jg«. 

samitB  218, D  1 19,  138,  193, 

562,  227/194;  semble  em- 


ployé comme  adj.  au  v.  193 
de  D.  ;  étoffe  orientale  à  cou- 
leur variée,  qui  n'est  pas  le 
velours,  voy.  Pariset,  His- 
toire de  la  soie,  II,  378-84. 

sanz  D  477,  excepté. 

sarcir  B  -ji-^  (sartir  BB), 
ajuster,  joindre  par  une  cou- 
ture. 

sarco  B  712  (sarcoi!  BB), 
cercueil. 

saudoier  C  1535,  soudoyers. 

saur  A  60,  blond,  anc.  fr. 
sor;  Diez  I  sauro. 

sause  C  1500,  eau  salée,  eau 
de  mer. 

sauvement,  adv.,  C  81 5. 

savor.  voy.  vert  savor. 

secreement  B  671  (celeement 
BB).  secrètement. 

segur  Z)  56,  en  sécurité. 

semedips  A  115,  soi-même. 

semeùre  B  6^/6j,  semûre. 

senigieyr  A  79,  seul;  on  ne 
connaît  pas  d'autre  ex.  de  ce 
mot  formé  de  singuiarius 
(comme  le  montrent  les  rimes 
correspondantes),  et  par  con- 
séquent distinct  du  fr.  sen- 
gler  et  du  prov.  senglar. 
sen,  voy.  suen. 

sengle,  adj.  fèm.  Z)  1 93 .  seule, 
isolée. 


VOCABULAIRE. 


senz  i4  97,  sans. 

sermon  A  89,  langage  (lati- 
nisme); C  879,  proverbe^ 
enseignement. 

sinople,  escus  a  —  C  152J. 

sire  D  58,  fir«. 

soigne  Z)  229,  Jo/ig«. 

soingnant  C  158,  concubine. 
Du  Cange  VI,  279  tf. 

sojorncz  fî  82,   reposés,  Jrais. 

solerez  B  245  (forme  douteuse^ 
solers  55),  souliers. 

solier  C  944,  habitation^  lo- 
gement ;  ordinairemenl  l'étage 
supérieur  d'une  maison. 

sollent  B  97/4,  «n  sueur;  cf. 
le  prov.  suzolen. 

solum  D  224/28,  selon. 

somose  B  62/40,  part,  fém.^ 
pour  semonse,  convoquée. 

son,  par  —  Z)  505,  en  haut., 
par  dessus. 

sonc  598  (so\VL),BBsoin^souci. 

sor  i4  41,  5aur. 

sordeis  B  Gj^.  pis,  plus  hon- 
teux; a  —  B  173,  à  honte. 

sorlisseour  C  27 1 ,  ceux  qui 
consultent  les  sorts.  Du  Cange 
sortir!,  sortes  sanctorura,  et 
cf.  Girart  de  Roussilion, 
trad.  p.  i8{,  note  4. 

sovinCi  i-jj,  renversé  sur  le  dos. 

suen  BBGi}  (sen  B),  sien. 


sur  >1  22  (cette  leçon  est  dans  le 
ms.  surchargée  et  corrigée  en 
sor,  sur). 

suscele  D  120,  housse  de  che- 
val. Du  Cange  subsellium  2. 

Tabour  C  \^^\, bruit,  tumulte. 
tal  A  38,  59,  tel. 
talent  A  73.  caractère^  dispo- 
sition d'esprit;  tenir  a  —  B 

47  (servir  a  talent  BB  62), 

/ûiVc  ûu  gr^'  de. 
tapiné  /)  1 29  ? 
tapir  C  141  j,  réfl.,  se  cacher. 
tartiz  D    146,   />our  traitiz, 

allongé. 
teche   C    224,     343,   ^uû//r^ 

bonne  ou  mauvaise.  Cf.  deges. 
tempestez  .4  1 5 ,  tempête. 
temprar  yl  102,  accorder. 
tent    5   163  (crement  BB), 

craint. 
terrier  C   1539,  mur  déterre 

qu'on  s'exerçait  à  franchir. 
terrier  Z)  559,   possesseur   de 

terres.  Du  Cange  terrarius. 
tesa  3  766,    forme   italienne, 

pour  toise, 
thehir.  theïr,   B   79/38,  47, 

conserver .^  sauver;  même  lac. 

Rom.d'Al.edMich.  J49/1J; 

cf.  ibid.  139/13  :  et  de  sen 

cors  tehir.  Diez  II  a  tecchire. 


3  34  VOCABULAIRE. 

lymbre  C  217,  sorte  de  tam- 
bour, tympanum. 

tinaus  B  1 1 7/1 56  (tinals  BB), 
massue.  Du  Cangc  VII 
tinel  3. 

toaille  BB  363  (toalle  B),  ser- 
viette ,  morceau  d'étoffe. 

tolir,  loyl  A  6,  ôter,  enlever. 

torment  C  567,  tourmente, 
tempête. 

torneïz,  poncel —  Bp.  71,  pont 
tournant. 

tortins  C  -j^^,  flambeau.  Du 
Ctf/?gc  VII  tortil.  Il  est  pro- 
bable que  tortins  est  une  faute 
au  lien  de  tortius,  cependant 
il  y  a  dans  Du  Cangciorùnus. 

testée  B  6^^,une  rôtie,  tranche 
de  pain  grillée;  employée 
comme  terme  de  comparaison. 
Du  Cange  VI  tosta. 

toueliier  C  666,  rouler,  être 
ballotté  en  parlant  d'un  na- 
vire. Du  Cange  VII.  Diez, 
I.  tovaglia,  rattache  ce  mot 
aufr.  toaille.  Cachet  n'ad- 
met pas  ce  rapprochement. 

trahin,  par  —  B  77/77,  traî- 
nant à  terre. 

trahitra  B  549  (traites  BB), 
traître. 

trait,  a  —  83/62,  de  suite, 
d'afilée. 


tra veiller  C  262^  voyager  ou 
faire  voyager.  Des  ex.  de  ce 
mot  employé  en  ce  sens  sont 
cités  par  Cachet  {Chev.  au 
cygne)  et  par  M.  Littré 
(Froissart  et  Chastelain). 

travelliés  C  775,  S02,  fatigué. 

treper  C  1^0^, sauter,  s'agiter. 
Du  Cange  trepare  ;  Diez  Ile 

tresgeter  C  387,  tresgiter  5/^ 
743,  trcschiter  B  723, 
fondre,  couler  [du  verre,  du 
métaf]  ;  plus  particulièrement, 
dans  l'ex.  de  B  et  de  BB, 
souder  avec  un  corps  en  fu- 
sion. Tel  est  aussi  le  sens  des 
ex.  que  rapporte  Henschel 
[D.  C.  VII)  et  de  plusieurs 
de  ceux  que  cite  Raynouard 
(Lex.  rom.  III,  471).  — 
Un  autre  sens  est  celui  de 
faire  des  tours  d:  passe- passe, 
escamoter,  et  se  trouve  en 
prov.  et  en  ital.,  mais  non. 
que  je  sache,  en  français. 
Tragetaire  est  encore  em- 
ployé au  sens  de  «  bateleur  » 
par  d'Aubigné  (Avent.  du 
baron  de  Faeneste,  éd.  Mé- 
rimée, /?.  83). 

trespas  de  vent  B  4  3 ,  souffle  de 
vent;  employé  comme  terme 
de  comparaison  dans  un  sens 


VOCABULAIRE. 


M) 


méprisant;  de  mime  Alis- 
ans^  éd.  Guessard,\w.  1216 
et  S7ÎS;  Cour.  Looïs,  éd. 
Jonkbloet,  v.  8}8,  Aubri. 
éd.  Tabler t  175/29,  cic.  Sur 
d' autres  locutions  romanes  où 
vent  est  employé  dans  le  même 
sens,  voy,  Diez ,  Gramm. 
{trad.)  III,  400,  note. 

irestor  B  ji,  C  1 109.  rour 
lomplet,  évolution. 

iresvoler  B  ï^ï,  voler  à  ira-  j 
vers^  traverser  en  volant. 

irosquament  8828^/^2,  bar- 
barisme; même  sens  que  le 
suivant. 

tros  que  8  684  (jusqu'à  88), 
p.  60  (où  //  faut  lire  tros  que 
venge),9o/4,99/j6.yu5^u'a 
ce  que.  Voy.  entres  que. 

truiant  D  574,  mot  corrompu} 

tubie  BB  294/69,  gramc  odo- 
riférante? C'est  probablement 
la  mime  chose  que  la  tubiaine 
[Romania,  XI,  244;  XIII, 
16). 

tuer,  tue  0^287/ 14,  -î"^/.  tut 
C  1354,  écraser.,  tuer. 

tulpiné,  owculpiné?  7)  121. 

luraer  C  1 1 5 1 ,  faire  tomber. 

Uger  b  101/28.  ;>oiir  uchier, 
appeler  à  grands  cris. 


une,  voy.  hune. 

univers,     Uiiy.,    Z)     224/44, 

225/48,  54. 
unques,  vo^.  hune. 
MT  D  497,  iort/.  Djm  1  orlo. 
us,  estre  a   —,  D  545,  itre 

habitué. 
uyl  A  62,  œ/V. 


Vair  D  222/75,  wr*^*/ 
vavasor  -ô  144,   vavasseurs  ^ 

personnes  appartenant  au  plus 
bas  degré  de  la  noblesse. 

vcaltrez  £>  135,  lévriers. 

veillé/)  123,  forr.  neillé, /)our 
niellé,  en  supposant  la  syné- 
rése  de  nie?  Pourrait  à  la 
rigueur  être  dérive  de  veille 
ou  viille  {Du  Cange  VI,  82  5 
by  sous  vigilia)  mais  la  forme 
de  ce  mot  n'est  pas  sûre,  voy. 
Littré  vrille,  et  «  percé  de 
trous  »  convient  mal  au  pas- 
sage. Il  n'y  aurait  non  plus 
aucun  sens  satisfaisant  à  ti- 
rer de  l'étymologie  de  vrille 
proposée  par  M.  Bùgge  (Ro- 
mania,  III,  160  ,  viticula. 

veisine,  estre  protchana  —  B 
1^2, se  tenir  pris  de  quelqu'un. 

ventalla^  365, 370,  647,  703, 
ventait  le;  capuchon  de  maille 
attaché  au  haubert. 


556 

veoir,  prêt.  s.  i"  et  3»  pcrs. 
vid  i4  9,  34;  subj.  imp.  s. 
3«  p.  vidist  A  12. 

vergonder,  se  —  -0  43,  i« 
déshonorer;  paraît  n'être 
employé  ici  que  pour  former 
une  allitération  avec  virgo. 

verine  B  220, 286,  verrihe,  vi- 
trail. Du  Gange  VI  verrinae, 
VII  verrine;  de  Laborde , 
Gloss.  des  émaux,  soui  ver- 
rines. 

verrur  i>  321,  vérité. 

versaeus  B  98/ 1 5 ,  versets 
(versiculi)  en  —  chantez 
équivaut  à  versilliez.  Du 
Gange  versilare. 

vert  savor  G  497,  verdure, 
légumes  verts. 

viaire  fi  4^2,  opinion. 

viaire  5  557,  visage. 

vianders,  larges  —  D   584, 


VOCABULAIRE. 


qui  vit  largement.  Du  Gange 
VII. 

vianeis  B  69,  de  Vienne  {en 
Dauphiné)  épithete  fréquente 
des  lames  d'épée. 

vicin  A  93,  voisin. 

vid,  voy.  veoir. 

vit  jB  85/112,  part,  intensil 
de  veoir? 

voientis/)  416,  volontaire,  qui 
a  de  la  volonté. 

voloir,  employé  comme  auxi- 
liaire fi  459,  G  1467. 

volt  de  cire  Z)  516,  figure  ma- 
gique. Du  Gange  vu I tus. 

volt  fi  719.  recouvert, 

voûtes,  rues  a  —  B  99/33, 
rues  bordées  de  galeries. 

vult  A  66,  visage. 

Waimenter  D  234/30,  se  la- 
menter. 


ADDITIONS  &  CORRECTIONS. 


Le  tome  I  du  présent  ouvrage  ayant  été  imprimé  de 
1868  à  1870,  on  comprendra  sans  peine  que  sur  certains 
points  accessoires,  tels  que  l'emploi  des  accents  dans  les 
textes,  l'opinion  de  l'éditeur  se  scit  modifiée.  Il  est  d'ail- 
leurs dans  la  nature  des  choses  qu'en  revoyant  une  édition 
achevée  depuis  plus  de  quinze  ans,- on  y  trouve  considé- 
rablement à  reprendre.  Je  ne  veux  cependant  pas  introduire 
ici  une  longue  série  d'additions  et  de  corrections  :  je  me 
bornerai  à  indiquer  les  modifications  les  plus  nécessaires,  et 
pour  l'un  des  textes,  les  variantes  d'un  ms.  que  je  n'ai  trouvé 
qu'après  l'impression. 

Alberic.  —  Le  fragment  de  Florence  a  été  l'objet  de 
bien  des  travaux  depuis  que  je  l'ai  édité,  traduit  et  commenté 
dans  les  premières  pages  de  cet  ouvrage.  J'ai  moi-même 
eu,  à  plusieurs  reprises,  l'occasion  d'en  collationner  le 
texte  sur  le  ms.  de  la  Laurentienne,  qui  ne  m'était  connu, 
il  y  a  dix-huit  ans,  que  par  !a  publication  de  M.  P.  Heyse. 
La  copie  de  Florence  est  maintenant  accessible  à  tous,  grâce 
à  la  reproduction  phototypique  que  M.  Monaci  en  a  pu- 
bliée dans  sei  Facsimili  di  anùchi  manoscntù  per  uso  délie 
scuole  di  Filologia  neolatma  (Rome,  1881),  sous  les  n*»  12 
et  13.  Voici  quelques  corrections  à  mon  texte  faites  en 
I.  12 


5^8  ADDITIONS    ET    CORRECTIONS. 

ayant  le  ms.  sous  les  yeux  et  dont  chacun  peut  vérifier 
l'exactitude  à  l'aide  du  fac-similé  précité  : 

V.  6,  il  y  a,  non  pas  toyl  le,  comme  je  l'ai  dit  p.  1 1 , 
mais  toyllc,  ce  qui  du  reste  n'a  pas  d'importance.  —  12. 
dans  nuls  Vs  a  été  visiblement  ajoutée,  la  copie  une  fois 
faite.  —  17,  ici  et  ailleurs  (59,  60.  61,  62,  63,  81,  105), 
cum  est  toujours  écrit  cU.  —  22,  sur  est  corrigé  en  sor,  qui 
est  plus  correct.  —  31,  lisez  enperatour  et  non  emp-.  — 
35,  dans  la  note  relative  à  ce  vers,  lire  Gretia  et  non  Grecia 
(au  V.  18,  toutefois,  il  y  a  bien  Grecia),  —  V.  38,  le  ms. 
portait  d'abord  tenzun  qui  est  corrigé  en  ienzon.  —  40  et 
96,  causir^  lis.  jausir.  C'est  ce  qu'avait  lu  d'abord  M.  Heysc- 
qui  plus  tard  est  arrivé,  je  ne  sais  comment,  à  lire  caiisii 
Il  y  a  clairement  dans  le  ms.  un  /  et  non  un  c.  ~  43,  lisez 
enperadur.  —  49,  tenpestai,  ms.  tepestaz  avec  une  barre  sur 
IV.  On  peut  lire  n  ou  m.  cf.  enperatour  31,  enperadur  43,  et 
empeyr  81.  —  52,  le  ms.  porte  indubitablement  ja-get  et 
non  canget.  —  56,  il  y  a  réellement  dies  et  non,  comme  a  lu 
le  premier  éditeur,  ches.  —  58,  les  éditeurs  ont  hésité  entre 
tocares  et  toca  res;  il  y  a  dans  le  ms.  ta  cares^  qui  n'a  pas  de 
sens.  —  59,  regard^  lis.  regart.  —  61,  62,  63,  cun  ou  cum. 
voy.  la  note  sur  le  v.  17.  —  69,  peys^  lis.  peyz.  —  76,  0 
vey  ;  j'ai  dit  en  note  que  le  ms.  portait  oirey  ;  je  crois  lire 
ouey^  Vo  était  primitivement  un  u  qui  a  été  corrigé.  —  80, 
Aysis  conteny  le  ms.  portait  d'abord  aysionten;  la  correction, 
comme  du  reste  toutes  les  autres,  paraît  contemporaine.  — 
87,  lisez  estorn.  —  93,  j'ai  dit  en  note  que  le  ms.  portait 
incin^  maison  peut  aussi  bien  lire  uicin. —  94,  duyst;  lems. 
portait  d'abord  dust,-  Vu  a  été  corrigé  en  0  et  un  y  a  été 
ajouté  au-dessus  de  la  ligne.  —  95,  espaa^  le  ms.  porte  bien 
esspaa,  comme  je  l'ai  dit  en  note,  mais  il  faut  ajouter  que  la 
première  s  est  pointée.  —  96,  Yistz  jausir^  voy.  la  remarque 
sur  le  V.  40.  —  c^j,  Wstz  fayllenti. 


à 


ADDITIONS   ET   CORRECTIONS  ;?9 

Dans  la  traduction,  il  faut  lire,  p.  r,  «  quand  il  fait  •  et 
non  fit,  cjr  mot  (v.  2)  est  au  présent,  comme  l'a  justement 
remarqué  M.  Suchier,  Zeitschr.  f.  Rom.  PhiU,  II,  252. 
note  2.  J'ai  traduit  le  v.  60,  saur  ab  lo  peyl  cum  de  peysson 
par  •  il  eut  le  poil  blond  comme  [l'écailled'jun  poisson.  » 
Même  en  suppléant  ['écaille^  ce  qui  dépasse  peut-être  les  li- 
mites d'une  prudente  interprétation,  le  sens  est  médiocre. 
J'ai  supposé  (II,  250)  q\ie  peysson  pourrait  être  pour  r^}iJO/i, 
un  taisson  ou  blaireau. 

Manuscrit  de  l'Arsenal.  —  V.  26,  note,  ajoutez  des 
renvois  aux  vv.  347  et  607.  —  28,  remplacer  le  point  final 
par  une  virgule.  —  313,  mettre  deux  points  à  la  fin  du 
vers.  —  333,  remplacer  le  point  final  par  un  point  d'inter- 
rogation. —  336,  /^,  lis.  Iq.  —  542,  lis.  vallisant.  —  387, 
lis.  cencdrc.  —  396,  mettre  une  virgule  après  furent.  — 
468,  471,  et,  lis.  e.  —  ji$,  525,  lis.  Mesavint.  —  705, 
lis.  latcent.  —  764,  lis.  Astivement.  —  P.  60,  v.  4,  tros 
venqucge,  lis.  tros  que  venge.  —  Ibid..^  notes  2  et  3,  j'aurais 
dû  laisser  subsister  la  leçon  Vescris...  la  fis^  qui  se  trouve 
en  d'autres  mss.  ;  voy.  par  ex.  Romania^  XI,  277.  — 
F.  62,  V.  43,  mieux  la  vesprée.  —  P.  69,  v.  14,  i/,  lis.  //. 
—  P.  64,  il  n'est  pas  tout  à  fait  exact  que  l'épisode  com- 
mençant au  V.  Segnors  en  Babiloine,  manque  au  texte  de 
M.  Michelant.  Il  s'y  trouve,  mais  conté  autrement,  p.  506. 
il  est  à  noter  que  la  rédaction  même  que  nous  offre  l'édi- 
tion se  retrouve  plus  loin,  à  sa  vraie  place,  dans  le  ms.  de 
l'Arsenal,  fol.  106  (p.  97).  —  P.  93,  ligne  3,  lis.  $00,  au 
lieu  de  520.  —  P.  105,  v.  10  à  partirdu  bas  (£/ mo/?f. ..). 
il  faut  un  point  à  la  fin  du  vers. 

Ms.  BiBL.  NAT.  789.  —  P.  1:6,  note,  au  lieu  de  30-48, 
lis.  54-48,  —  49,  s*il  sevent,  lis.  s*il  se  veut.  —  148,  c'au, 


^40  ADDITIONS    ET   CORRECTIONS. 

|is.  eau   (pour  {juel).  —  201,  savoir,  corr.  savoit.  —  261 
mettre  une  virgule  à  la  fin  de  ce  vers.  —  454,  c'est  à  ce 
vers  que  se  réfère  la  correction  rattachée  au  v.  453. 

Thomas  (ou  plutôt  Eustache  ')  de  Kent.  —  P.  204. 
V.  214-9,  suppr.  les  guillemets.  —  227.  m'envei[é]  a  (le 
ms.  porte  m'enveia)  rétablit  la  mesure,  mais  donne  une 
mauvaise  construction.  Il  faut,  ou  garder  le  vers  trop  court 
du  ms.,  ou  admettre  la  correction  proposée  en  note,  enveié 
m'a.  —  P.  219,  à  partir  du  vers  Quant  Alix,  tout  ce  qui  a 
été  imprimé  du  poème  d'Eustache  de  Kent  d'après  le  ms. 
de  Paris  se  trouve  aussi  dans  le  ms.  de  Cambridge  '.  Voici 
les  principales  variantes:  V.  5.  la  terre  ad  tute  assise.  — 
7,  E  as  parcns  rei  Darie.  —  9-10  manquent.  A  cette  place 
on  lit  dans  les  deux  mss.  la  rubrique  transcrite  au  t.  II, 
p.  282.  —  II,  Dis  fez  AUxandre  ki  veut  saver  covient  k'a. 

—  12,  ^/  ci  est  emprise.  —  14,  E  corn  Ethiopie  t  Bramand. 

—  15,  Tharaconte.  —  18,  Faascen  purprise.  —  22,  [e]  est 
dans  Cambr.  —  23,  e  de  Athie.  —  25,  T.  e  Arabie  et  Per- 
siene  g.  —  27,   e  desheritement.  —  28,  De  tut.  —  31,  /  ai. 

—  37,  A  çoe  ke  em  veit  (suppr.  la  note).  —  40.  Ki  mon 
mn  demande  Eustace.  —  47,  Ke  font  a  e.  a  celui  ki  les.  — 
63,  en  estoire  de  croniaire.  —  64,  En  romanz  voil  l'epistre 
le  reis  A.  estraire.  —  74,  E  portent  olives  com  l'en  sout.  — 
76,  M.  i  ad  beau  p.  —  P.  225,  v.  3,  K'aprof.  —  6,  les  nous 
de  eus.  —  17,  Devis  p.,  comme  le  ms.  de  Paris.  —  28, 
bien  que  les  deux  mss.  portent  solum  (Cambr.  soliin]  la  tur, 


!.  voy.  Il,  281-2. 

z.  Pour  la  description  de  ce  ms.  fragmentaire  que  je  n'ai  connu 
qu'après  l'impression  de  mon  premier  volume,  voy.  II,  276-7. 
J'ajoute  ici  que  les  deux  mss.  ont  bien  souvent  les  mêmes  fautes, 
surtout  vers  la  fin. 


ADDITIONS  ET  CORRECTIONS.  34 1 

jc  crois  qu'il  y  a  lieu  de  corriger  solun  l'autur  ou  l'atur, 
•  selon  l'auteur  ».  —  53.  En  B.  fut.  —  67  Li  reis  tramist 
por  lui  od.  —  j\.  Il  d.  m.  le  rei  ne  set.—  84.  Li  mes prent. 
—  Après  le  v.  86  on  lit  dans  le  ms.  de  Cambridge  (f.  39  a)  : 

Cornent  Alisandre  al  mengier  but  la  poison. 

Alisandres  prent  la  cupe,  si  en  beit  bonement, 

Corn  grant  doel  d'un  tel  hom  quant  sa  mort  i  prent  ! 

Li  beivcres  tut  agu  c  si  chet  tranchantiment  (j/c), 

Tut  li  ret  le  venirail,  a  poi  k'il  ne  font. 

Li  reb  gette  b  cupe  c  dist,  oiant  sa  gent: 

M  Tut  icil  ki  m'aiment  poent  estre  dolent, 

«  Ensurkctut  ma  merc  e  mi  autre  parent, 

«  Kar  çoe  ke  ai  beû  est  ma  mort  vcrement, 

«  Ne  pus  longes  vivcre,  les  anguisses  en  sent  : 

«  Antipater  m'ad  mort  par  son  félon  présent; 

«  Gardez  ke  nul  n'en  beive,  a  tuz  le  defent. 

«  Oscis  m'ad  come  traitre  e  tut  febnessement  ; 

«  Ne  quid  ke  mes  moerge  reis  par  tel  entuschement. 

n  Dont  tel  mal  vienge  aprof  men  escient, 

«  La  dolur  en  ert  grant  e  foit  le  vengement; 

c  Li  munde  le  sentira  desk'  al  chef  del  Occident.  » 

Conunt  Alisandre  se  les  s  a  morir 

A  cestes  paroles  est  del  paleis  eissuz 
E  trcskc  a  son  lit  est  a  paine  venuz  ; 
Pus  manda  ses  parenz,  ses  amis  e  ses  druz, 
Ses  ducs  e  ses  barons  e  ses  princes  creûz, 
Les  terres,  les  reaumes  lor  ad  en  sus  renduz. 
De  tantes  com  aveit  servises  e  les  treûz, 
Ses  trésors,  ses  aveirs  furent  tost  despenduz, 
E  fist  ben  Sun  devis  por  tant  com  a  geùz. 

Veanz  tur  $€s  barons  fet  li  reis  son  devis. 


^42  ADDITIONS    ET   CORRECTIONS. 

A  ce  vers  le  ms.  de  Cambridge  se  raccorde  avec  celui 
de  Paris  (p.  233)  et  de  là  jusqu'à  la  fin,  les  deux  mss. 
offrent  un  texte  à  peu  près  identique,  sauf  quelques  insigni- 
fiantes différences  de  graphie .  Les  trois  seules  variantes  sont  : 
7  (p.  233)  k'il  oat.  —  45,  {E)  du  ms.  de  Paris,  manque 
dansCambr.—  <,2,  as  règnes.  — P.  23s,  note,  39J"'S- 49- 
—  Après  le  vers  qui,  dans  le  ms.  de  Paris,  termine  l'ou- 
vrage {Pur  la  mort  Alisandre.,.),\e  ms.  de  Cambridge  place 
les  Rcgrez  Aiisandre  { Venuz  est  li  termes  ke  li  arbres  eurent 
dit,  fol.  39  rf),  morceau  emprunté  au  roman  français,  et  qui 
est',  avec  raison,  placé  dans  le  ms.  de  Paris  avant  le  récit 
delà  mort  d'Alexandre  (p.  226-32).  La  suite  des  tirades  est 
exactement  la  même  que  dans  le  ms.  de  Paris.  A  la  suite  de 
la  dernière  laisse  [Apres  Eumenidus  ke  fut  reis  de  Nubie... 
Quant  Tholomcn  le  redresce  e  soef  le  chastie,  Mich.  334,  8 
vient  l'explicit  :  Ci  fin  ist  erjomanz  de  toute  chevalerie. 

Manuscrit  de  Venise.  —  Les  morceaux  que  j'ai  ex- 
traits de  ce  ms.  n'ont  pas  été  copiés  d'ap.-ès  l'original,  mais 
d'après  un  calque  au  crayon  qui  m'avait  été  envoyé  de  Ve- 
nise par  un  érudit  qui  occupe  actuellement  en  Italie  dans 
l'enseignement  supérieur  un  rang  considérable.  Mon  texte  a 
été  collationné,  plusieurs  années  après  le  tirage,  d'abord  par 
M.  G.  Paris,  puis  par  moi.  —  P.  238,  note  du  v.  $  (lis.  6 
la  leçon  du  ms.  est  sûrement  cngoine  (non  engoinne).  —  8. 
prise,  ms.  pris.  —  21,  mo:it,  ici  et  ailleurs  il  y  a  plutôt 
moût.  —  23,  lis.  soloil.  —  44,  nurricier  n'est  pas  douteux. 
—  46,  laist.  —  so,  chivalcr.  —  120,  //  (et  non  si).  —  171 . 
mescline  est  dans  le  ms.  —  59?.  le  ^^''^i^''  "^^^  ^^  *'^  ^^'"'^ 
comme  dans  le  ms.  de  l'Arsenal.  —  629,  le  ms.  porte  réel- 
lement mef.  —  909,  sin,  lis.  sui.  —  c^ii,  passez, coxv.  pas- 
mez.  —  P.  282,  v.  I,  La,  lis.  Lai.  —  P.  284,  dern.  v., 
fronie,  ms.  froirie  (Mich.  fourêe).  —  P.  287,  note, 


ADDITIONS   ET  CORRECTIONS. 


Hî 


lis.  17-19.  —  p.  288,  V.  41,  dote  esi  bien  la  leçon  du  ms. 
—  P.  289.  V.  72,  le  ms.  porte  privez.  — P.  292,  v.  6,  lis. 
E  cist  Hem  de  soie  t'i  envoie.  —  P.  294,  v.  64,  tant'  ûucubc, 
proposé  en  note,  esl  la  leçon  du  ms. 


ift#ir«vi    0bw  ■  .         OI.I     1  ^ 


PLEASE  DO  NOT  REMOVE 
CARDS  OR  SLIPS  FROM  THIS  POCKET 

UNIVERSITY  OF  TORONTO  LIBRARY 


63 


m 


m 


m 


^"'iWi